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jeudi 2 octobre 2014

Les Bibliomaniacs et moi


En ce jour de rentrée littéraire, il était temps que je revienne sur la visite des célèbres Bibliomaniacs chez moi (enfin...pas loin de chez moi).

Pas facile de parler d'un week-end entre blogueuses, surtout pour moi qui n'en connaissais aucune en vrai, et qui ne suis pas très IRL dans l'âme...Cette rencontre, on ne va pas se mentir, je la redoutais, d'abord parce que je ne suis pas un modèle de sociabilité, ensuite parce que ce n'est pas facile d'accueillir des filles qui se connaissent déjà bien, qui se voient régulièrement, qui ont un projet en commun (j'ai donc harcelé des copines qui se reconnaîtront de mes doutes et autres angoisses étranges).

Et puis franchement quand on fait des heures de train pour voir quelqu'un, le risque d'être déçu est quand même proportionnel aux Kms parcourus non ?  (Bah si, évidemment)

Alors en quelques chiffres, mon week-end avec les Bibliomaniacs finalement ça a été:

- 2 jours sans ouvrir l'ordinateur (un truc fou qui ne m'arrive jamais le week-end).

- 1 traversée de la ville la nuit (23h), à pieds, en sandales (moyennement efficaces en cas d'agression) et vers la gare (sans doute mon  Koh Lanta personnel - avec point de situation toutes les 5mn sur Facebook pour dédramatiser l'événement, merci à Val, Sylire et Miss Léo, les blogueuses solidaires et  connectées, qui m'ont encouragée pendant mon périple à travers la ville)

- 4 heures de retard à l'arrivée pour les Parisiennes (ma loose est contagieuse, mais j'avais prévenu).

- 3 filles souriantes et détendues qui descendent du train, même pas cernées, même pas grincheuses, même pas énervées (une leçon pour chacun de nous, et surtout pour moi).

- 1 café le samedi matin à l'ombre des parasols d'une place aux façades ocres.

- 1 crise de spasmophilie à la gare à midi (accueil spécial pour mon binôme, Marjo, dans le bain dès son arrivée, à la manière de "bienvenue chez les névrosés").

- 1 apéritif avec fromage et charcuterie pendant que la nuit moite tombe sur la ville.

- 292ème débriefing du prix ELLE entre jurées.

- 1 pique-nique sur une colline et sous un ciel couvert (avec réflexions profondes sur le Babybel et le Caprice des Dieux).

- 2 petites filles qui distribuent leurs bracelets élastiques et font  un festival (sonore et visuel...).

- 10 mots prononcés par l'Homme en 3 heures, (un record pour ce taiseux qu'on ne fabrique plus que dans un petit village du Sud de la Bretagne).

- 1 petite émotion contenue au moment du départ (quand tu n'es pas démonstratif c'est pour toute la vie)

-...et puis des verres ringards de mariage, des marque-pages estampillés, un Irving dans mon sac, un triple carnet Chagall, du chocolat fondu, une discussion sur l'épilation définitive, des récits d'accouchement, des réflexions ferroviaires profondes...

Et moi mon week-end, c'était surtout Maxi Vav et son appareil photo (un petit gout d'Italie), l'enthousiasme de Coralie sur la coulée verte (un air de jeunesse dans une ville de vieux), Marjo et ses jeans (ici c'est encore l'été), Laure et la glace pralinée (une vague impression de vacances)...

Et enfin

-  59 mn d'enregistrement avec une Galéa en touriste (je n'avais lu que 2 des trois livres) et en mode mal-élevée (avec prise de parole intempestive, réflexions pas toujours très a propos, mauvaise foi et partialité, il faut se l'avouer, quand je parle je suis davantage dans l'esprit café du commerce que Masque et la Plume...élégance-attitude for ever) pour écouter c'est ici.

Ces quelques petits moment de vérité, certaines rigolades et autres confidences anodines, font que ce week-end nous place, les Bibliomaniacs et moi, de l'autre côté de la Toile, un peu hors de ce blog finalement, quoique...



Merci les filles

mercredi 17 septembre 2014

L'ultime SWAP (ou l'épilogue du prix Elle 2014)

J'avais dit que je ne swaperai plus jamais.

Parce que j'ai toujours peur d'en faire trop ou pas assez (surtout pas assez en fait), d'être à côté de la plaque, de ne pas envoyer le colis dans les temps. Disons que pour les tempéraments anxieux, le SWAP, c'est risqué.


Mais quand le chef a proposé en mai dernier, un swap entre jurées, je me suis dit que ce serait sans doute bien de finir comme ça un prix, qui, avouons-le, a été parmi les meilleures choses qui me soient arrivées cette année (on l'aura compris, je suis dans une grande période faste). Et vu que ce prix a fait de moi quelqu'un de meilleur (mais qui a quand même réussi à quitter le groupe suite à des discussions un peu houleuses), je ne pouvais pas ne pas le faire.


Je me suis donc jetée sur Marjorie (à peu près de la même manière qu'une gamine de CE2 s'empresse de donner la main à celle qu'elle trouve sympa, de peur que quelqu'un le fasse avant elle et de rester toute l'année toute seule dans le rang de la classe; et ça c'est du vécu).

Marjo c'est la copine, qui connait quelqu'un qui connaît un blogueur que j'aime beaucoup, c'est l'amie qui me ramène des porte-bonheurs du Japon, celle qui (avec Pauma) nous a régalé de textos pendant la remise du Prix Elle, celle qui me prévient que son avion ne s'est pas écrasé entre Paris et Montréal. Marjo, elle est poisson (moi aussi), sa soeur est de l'autre côté de l'Atlantique (moi aussi- mais avec la Méditerranée), et surtout Marjo n'a pas aimé le K. (moi non plus!!!!), ce qui en soi, est suffisant pour nous rapprocher.


Les consignes du leader étaient claires et (théoriquement indépassables):

- 1 livre de la rentrée littéraire
- 1 livre qu'on aurait aimé voir dans la sélection
- 1 livre coup de coeur
- quelques marque-pages
- de la papèterie
- des gourmandises
- des souvenirs de vacances
- du fait-main....

Je vous passe mes cris de joie à l'arrivée du colis, je vous épargne la danse indienne de Numérobis devant les paquets, et je ne vous cache pas mon immédiate inquiétude quand j'ai vu sa taille (je venais de poster le mien en déchirant un peu le carton car j'avais oublié de mettre deux petits paquets dedans).

Marjo m'a gatée, et pas qu'un peu. L'ouverture des paquets s'est faite en textos simultanés, elle, pour vérifier que ça me plaisait, moi pour le dire que c'était top. Marjo et moi sommes monomaniquaes, nous avons donc swapé autour d'un thème unique: le sien était anglophone, donc j'intègre sans complexe ce billet au mois américain.

D'abord les livres.

Je savais que je ne lirai le Kerangal pas de mon plein gré, et je supposais qu'un jour quelqu'un me l'offrirait. Ce livre, qui n'était pas dans les sélections Elle, a fait l'unanimité parmi les jurées, et c'est avec émotion (et antidépresseur) que je l'attaquerai en pensant à toutes celles qu'il a bouleversées.
Vu que je suis Cussetophile, elle n'a pas pu m'empêcher de m'offrir son Education catholique, dont je subodore une déception en espérant me tromper. Et puis, il y a le Tana French, dont j'avais vraiment aimé La Maison des absents (Mior, arrête, je t'entends souffler d'ici) et dont je me réjouis de lire celui-ci. Enfin, Marjo a dépassé les consignes (vilaine) en rajoutant un livre que j'avais vu sur des blogs, dont le sien, La Femme au carnet rouge d'Antoine Laurain, où il est question de femmes, de Paris, d'un carnet, d'une libraire...et de Modiano ! what else...


Pour que je pense à elle tous les matins, Marjorie m'a aussi offert un mug gaélique (validé par l'Homme of course, et qui sera raccord avec ma peau de rousse) et du thé québécois très relevé, dont ma binômette me conseille quand même de faire des pots pourris (ce qui n'est pas idiot pour masquer l'odeur de tabac froid), mais après avoir goûter à celui à la pomme, je pense quand même les consommer en tant que thé.


J'ai aussi reçu un superbe carnet qui m'enchante et qui dit tout, des post-its intelligents et félins, deux très beaux marque-pages : un de Belfast et l'autre des US (dont Valérie m'a expliqué le jeu de mots....yeahhhh Allemand LV1 la Galéa), une boîte de sablés aux couleurs de chez moi, et des bonbons expérimentaux, pur érable, pour les filles.


Enfin, the last but not the least, le sac-à-livres Gatsby le magnifique en VO,  avec l'affiche d'origine (s'il vous plaît, oui Aspho, tu peux m'envier!), qui est le livre culte de ma binômette et qui prend pour moi une importance bien particulière. Quelle chanceuse je suis.


Merci infiniment Marjorie (son billet sera en ligne que ce soir), je me félicite encore de ma précipitation.

Finalement, on ne s'était pas aperçues qu'on se connaissait aussi bien, le chef avait raison, c'était vraiment important de finir cette aventure comme ça. Après une année à communiquer tous les jours, sur tout, tout le temps, après une année d'addiction complète à Facebook, après tous ces mois d'échanges, de disputes, de rigolades, de confidences, de tensions et d'émotion, c'était vraiment bien de pouvoir la terminer en se gâtant les unes les autres. Un peu de générosité ne nuit pas en ces temps de chacun pour soi, et les amitiés précieuses méritent d'être entretenues.

C'était Galéa en direct de son dernier Swap...

PS:... ce n'est pas vraiment la fin du prix Elle, pour moi, c'est un faux épilogue. Ce week-end, je remets mon habit d'envoyée spéciale, car  j'accueille quatre jurées (plus une toulousaine) un peu inconscientes, qui traversent la France  pour qu'on fasse connaissance.  Les Bibliomaniacs chez Galéa (enfin pas loin - à deux rues pour être exactes) c'est dans quelques jours...

dimanche 7 septembre 2014

Absences


J'aurais du faire un billet de présentation pour le mois américain, mais voilà, le temps passe et nous sommes déjà le 7 septembre, je ne voudrais pas que Titine s'aperçoive que je suis effectivement une blogueuse peu fiable.


Alors je lance mon mois américain et ma première chronique américaine, avec Absences d'Alice Laplante, que j'avais lu dans le cadre du prix Elle 2014 (il y a déjà plusieurs mois). 

Quel étrange policier que celui-là!

C’est l’histoire d’une femme qui est accusée du meurtre de sa meilleure amie. Mais, atteinte d’un Alzheimer avancé, on craint que la meurtrière n’ait déjà disparu dans les méandres de la maladie, et que de fait, elle soit incapable de s'en expliquer.

Alice LaPlante, Absences (2011)
Robert Laffont, 2013, 407 p.
Je précise en préambule que s'il y a une maladie que je connais bien (en plus de toutes celles que je pense attraper régulièrement), c'est celle-là. Car dans ma famille, c'est notre petit fléau génétique, du coup, nous sommes tous à guetter notre mémoire. Et celui d'entre nous qui oublie ses clefs ou son digicode pense immédiatement avoir déclaré les premiers symptômes...(d'ailleurs, sans faire de la psychologie de comptoir, cette épée de Damoclès n'est sans doute pas pour rien dans l'existence de ce blog). 

Donc ce livre je l'ai lu avec l'oeil  inquiet, hypocondriaque et chipoteur du lecteur-potentiellement-malade-dans-l'avenir.

Et finalement, à travers cette dégénérescence de souvenirs, ces instants où l’on s’oublie à soi-même, La Plante reconstruit les personnalités de la victime, du bourreau présumé et des personnages périphériques. Je dois dire que c’est bien écrit ce récit d’Alzheimer, cette narration à rebours qui correspond si bien à la maladie, et qui fait ressurgir les souvenirs les plus anciens en effaçant les plus récents.

Ceci-dit, ce n’est pas à proprement parler un policier, hormis les meurtres du départ, il n’y a pas vraiment d’enquête. Les révélations ne viennent pas de déductions.

Mais en tant que roman, je l'ai plutôt apprécié, même si cela reste une histoire de femmes (en général ça me fait fuir). Et les femmes sont vraiment réussie avec:  Jennifer, la présumée coupable, (malade, ancien grand ponte de la médecine, femme de fer qui disparaît peu à peu), Amanda, la victime, (femme frustrée, manipulatrice et faussement chevalier blanc -honnêtement je l'ai détestée), Fiona, la fille de Jennifer, (petit prodige emprisonné dans ses névroses et ses tatouages- qui a remporté toute ma sympathie). 

Ce qui m'a gênée ce sont les hommes qui tous ne sont que des figurants sans beaucoup d’épaisseur, et qui apparaissent (au choix) vénaux, faibles ou corrompus. Et c'est là que ça pêche, j'aime quand les personnages masculins apportent quelque chose et là, vraiment, Alice Laplante, je vous le dis, n'a pas une très haute opinion de l'autre moitié de l'humanité. 

Mais, malgré la lenteur de ce policier, que j’ai mis du temps à achever, je peux dire que je l’ai bien aimé. Parce que ce qui est réussi c’est qu’il reconstitue la psychologie d’un monstre (qui n’est pas celui qu’on croit) et la raison d’un crime (qui n’est pas celle qu’on pense).

Je ne l'inscris pas au challenge de Liliba, car ce n'est pas vraiment un polar même si le New York Times trouve qu'il transcende le genre...(les journalistes, même américains, n'ont peur d'aucune exagération).

Bon dimanche à tout ;-)

jeudi 5 juin 2014

Ma remise du prix des lectrices Elle (en direct live)

Ce soir, je suis invitée à la remise du prix des lectrices de Elle.

Alors, j'aurais pu vous raconter que ce matin, je suis allée jusqu'à Marseille rejoindre mon amie Dominique pour prendre le train toutes les deux vers Paris. Vous auriez rigolé en sachant qu'à Lyon je serais descendue sur le quai pour fumer une cigarette, et que Dominique m'aurait hurlé de remonter vite dans le wagon sous peine de passer ma soirée dans la capitale des Gaules.

Je vous aurais ensuite rapporté ma surprise à la vue du beau temps parisien (avec une petite digression sur les terribles a priori des sudistes qui remontent au Nord de la Loire). J'aurais sans doute fait une crise de panique dans le métro, en admettant avoir pris le bon. Mais Dominique m'aurait rassurée et remise dans la bonne direction bien sûr.

Et nous serions (peut-être) arrivées à l'heure chez Ladurée où une poignée de jurées se séraient réunies  pour faire connaissance avant les tables rondes. Là je me serais ruinée en prenant une salade à un prix ahurissant tout en jaugeant, version IRL, toutes ces filles avec lesquelles je discute (ou me dispute) depuis presque un an. J'aurais découvert des couleurs de cheveux, des tailles, des grains de voix que je n'imaginais pas. Et puis, je me serais sûrement fait le complexe de la provinciale, qui n'a pas compris que pour un cocktail on met une tenue un peu habillée, et je me serais dit (en voyant les chaussures à talons et les robes distinguées) que j'aurais quand même pu faire un effort (surtout que ma mère me l'aurait dit avant de partir).

Et vu que j'aurais répondu à l'invitation de Elle, j'aurais su, une semaine avant, quels auraient été les lauréats.  J'aurais donc préparé  mon petit laïus pour M. Manook en lui disant quand même qu'il n'avait pas été très discret, puisque dans son commentaire du 19 mai sur mon blog, on se doutait quand même que Yeruldelgger serait le lauréat dans la catégorie polar.

J'aurais probablement amené avec moi mes exemplaires de Vendredi Soir et Stallone pour que Emmanuèle Bernheim me les dédicace, puisque j'aurais été au courant que Tout s'est bien passé avait remporté la catégorie Document.

Mais surtout, j'aurais su que ce que je craignais était arrivé, que le K avait raflé le prix du roman.

Moi qui ai aimé presque tous les gagnants des romans du prix Elle ces 10 dernières années, c'est un livre que je déteste qui l'emporte l'année où je suis jurée. Ce n'est plus de la loose, c'est de l'Art. 

Je me serais excitée toute seule, mauvaise perdante que je suis. Enna, Natalie, Coralie, Pascale et Eva m'auraient un peu disputée, en me disant que vraiment que je n'étais pas fairplay, qu'il fallait se ranger à l'avis de la majorité. Certaines m'auraient même peut-être carrément ignorée, voire trouvée terriblement lourde. C'est là que je leur aurais expliqué que même à la belote j'ai du mal à perdre et que je me suis fâchée avec mon cousin-presque-frère le jour où, en tant que partenaire, il a pris à pique sans le valet (ni le 9 d'ailleurs). Il a fallu du temps ensuite pour qu'il accepte d'être mon témoin de mariage et le parrain de ma fille.

Sans doute aurais-je crié au complot, à la falsification des résultats, j'aurais essayé de rallier à ma cause, Martine, Mathilde, Dominique et Marjorie pour ne pas être trop seule.

Et puis nous serions toutes parties aux tables rondes, moi empestant le tabac froid et avec ma mine des mauvais jours. A partir de 18h, j'aurais appelé chez moi toutes les 30 mn pour vérifier ce qu'auraient mangé les filles, l'avancée des devoirs et l'heure du coucher....jusqu'à ce que j'abuse du champagne.

Ensuite, il y aurait eu la photo des jurées sur les marches, que j'aurais montrée à ma soeur aînée ce week-end, histoire de frimer un peu devant mes nièces. Je me serais mise à côté de mes copines préférées, en sortant toutes mes dents et en priant pour que mon nouveau fond de teint (une escroquerie sans nom) tienne jusqu'au soir.

J'aurais peut-être, dans l'euphorie de l'alcool, tenté de transmettre à Olivia de L. les félicitations d'Attila sur son récent prix de meilleure journaliste littéraire. Et si j'avais eu l'alcool mauvais, j'aurais peut être agressé l'éditrice de Kasischke, en évoquant une théorie du complot. (Personne n'a prévenu Laura que je ne venais pas, du coup elle est restée aux US).

Je sais en fait que nous serions restées entre jurées, je ne crois pas que je me serais mêlée au gratin littéraire parisien (déjà rien que ma tenue aurait été un obstacle). Vaguement mal à l'aise, j'aurais rigolé avec mes copines, tenté de reconnaître quelques vedettes de la littérature, et je suis presque certaine que les affinités virtuelles auraient été fidèles à l'IRL.

Et puis repue de champagne et de petits fours, je serais rentrée chez une blogueuse qui aurait eu un bout de canapé à m'offrir (ou chez ma tante en banlieue qui veut m'engraisser dès qu'elle me voit, ou chez mes cousins et amis déjà serrés avec leurs enfants dans leurs appartements intra-muros, mais qui m'auraient fait une petite place "pour une fois que tu montes").

Et au retour je vous aurais régalé d'un délicieux billet d'envoyée spéciale, plein de mauvaise foi, ou Kasischke en aurait pris pour son compte, et dans lequel j'aurais brossé le portrait de certaines jurées (enfin celles qui m'auraient supportée jusqu'au bout).

Mais en fait, je ne me suis disputée avec personne car, dans la vie, on est moins libre qu'on le croit de se fritter avec autrui.

En réalité, aujourd'hui, je suis restée chez moi, j'ai reçu, dès l'aube, des textos de Dominique qui était sans moi dans la rame du train. J'ai travaillé toute la journée en faisant la tête, mais non sans échanger  avec Valérie-  privée de cérémonie pour cause d'oraux du bac- des petits mots de soutien. Nous serons vraiment restées jusqu'au bout la fayote et le leader. Finalement, l'école m'a appelée pour récupérer Rayures qui fait une grosse crise d'asthme (vivent les pollens). Donc je pense que le cosmos m'a envoyé un message clair: ma place était chez moi (n'est pas Clémence?)

Sauf que je reçois, tous les 1/4 d'heure, un petit texto de jurée, avec une photo, un petit mot gentil, une blague, et en plus Marjo et Dominique (qui réconcilieraient n'importe qui avec le genre humain) me font vivre la cérémonie en live (avec photos et commentaires). Ma coupe est donc vide....

...mais j'y suis un petit peu quand même...

Bien sûr, je vais attendre demain pour savoir qui sont les heureux lauréats, j'espère ne pas avoir une mauvaise surprise...

jeudi 29 mai 2014

Je suis interdite

Anouk Markovitz, Je suis interdite,
J-C Lattès, 2013, 350 p.
Dans Je suis interdite d'Anouk Markovitz, les femmes sont des ventres avant d'être des esprits. 

Le roman commence avec l’horreur de la traque et l’assassinat massif des juifs d’Europe de l’Est, dont deux enfants rescapés, Josef et Mina, issus tous les deux de familles juives hassidiques seront le fil conducteur. 

Mais ce n'est pas un livre qui pleure le sort des juifs, c'est un roman qui dénonce l’orthodoxie religieuse (en l'occurrence les hassidiques). On y trouve des personnages masculins qui ont peu de chance d’être aimés par un lecteur et aucune d'être appréciés par une lectrice. La palme revient à Zalman (le père de famille qui recueille Josef et Mina), qui est aussi inquiétant qu’obtus, à la fois dictateur domestique et détenteur de la vérité universelle.

Le Rebbe (chef spirituel des hassidiques) se défend bien aussi, puisqu'il négocie, en pleine traque,  son sauvetage en laissant ses ouailles à leur sort. Markovitz montre à quel point même cette trahison des siens est pardonnée par une communauté aveugle qui y voit une volonté divine. 

Parce que dans cette communauté mal connue (de moi en tous les cas), il n'existe ni libre-arbitre ni liberté individuelle. Markovitz dénonce un fondamentalisme qui va jusque dans la couche conjugale dicter sa loi (d'où le titre). Et si les femmes ont le droit d'apprendre, ce qui est déjà un privilège, c'est uniquement la pensée unique dispensée dans des établissements encadrés et sans aucune ouverture sur le monde.

Une fois devenus adultes, Josef et Mina se marient. Et c'est à ce moment que j'ai senti bouillir un fond de colère. Parce que Mina  se croit stérile dans une communauté qui ne fait de la femme qu'un moyen de s'agrandir. Mina était tellement passive face à la tradition que je lui préférais de loin son amie Atara, fille de Zalman (pauvre enfant!). La jeune Atara va en cachette à la bibliothèque, lit les journaux dans l'ombre, essaie de comprendre le monde. Mais elle fuit la communauté et disparaît du roman. Même si on la retrouve à la fin, on ignore tout de son parcours. 

Le problème chez Markovitz, c'est qu'il n'y a pas de réconciliation possible :Mina est le ventre et Atara l'esprit.

Il manque malheureusement quelque chose dans ce roman, un supplément qui m'aurait permis de m'attacher aux personnages, de me relier à eux. La froideur, la description chirurgicale des us et coutumes hassidiques, la colère et la rage de la romancière sont telles que je suis restée en dehors de l'histoire. Pourtant, Je suis interdite (qui n'a aucune chance de gagner le prix) fait partie de ces ouvrages importants qui dénoncent le sort des femmes dans les communautés repliées sur elles-mêmes et je comprends que Fleur, à contre-courant de la plupart des jurées Elle,  en ait fait un coup de coeur (parce que même deux mois après l'avoir achevé, j'en garde encore un souvenir très précis).

dimanche 18 mai 2014

Yeruldelgger

Ian Manook, Yeruldelgger
Albin Michel, 2013, 400 p.
J’aurais pu l’aimer, et peut-être même l’adorer, ce policier. Mais non en fait. 

Pourtant, il surfe sur une tendance historique importante : the global history qui, même si elle appartient à mon ancienne vie, me tient encore à coeur. Manook réfléchit à  l'histoire à parts égales entre Orient et Occident, avec chacun ses monstres et ses héros mal connus de l’autre. Comme point de départ c'est louable. 

Donc vouer un culte à Hitler en Mongolie, c'est aussi et surtout ignorer l'entendue de l'horreur qu'il a déclenchée en Europe (avec un petit parallèle avec Gengis Khan). Et là, je me suis dit "punaise, c'est du lourd, là, le type il est solide". En plus, tout en mesure, il nous rappelle que certaines traditions sont nécessaires pour garder son identité profonde mais que le nationalisme reste un principe dangereux. Bien bien bien. 

Il dénonce la manière dont on saccage des terres et des usages ancestraux pour le loisir (d’ailleurs, j’espère que le livre ne sera pas traduit en Corée, parce que les Coréens pourraient vraiment mal le vivre. Manook, les Coréens il les déteste.)

Yeruldelgger est bien ficelé, sans être surprenant: page 116 j’avais compris qui était le premier policier corrompu, j’ai eu une petite surprise pour le second, mais aucune sur le fin mot de l’histoire. Les grands thèmes du polar sont bien tenus ; les pires bourreaux ont été des victimes qui ont perdu une part d’humanité, le cours de l’histoire échappe aux hommes, les gens bêtes sont pratiques pour que les gens intelligents arrivent à leurs fins, une famille ressort fracassée par un crime, avec en prime un petit laïus sur les ressources naturelles et la cupidité des hommes…

Pas mal, pas mal

Seulement voilà....

Moi, je suis une chochotte et mon seuil de tolérance à la violence littéraire a été dépassé dès la page 28 : le cadavre d’une enfant (qui a l'âge de la mienne), trois corps lacérés et mutilés post-mortem avec les descriptions détaillées de tout cela ; déjà, j'ai failli vomir. J'ai cru que c’était terminé,  mais non, 10 pages plus loin, on assiste à la description (qui dépasse la limite du supportable, la preuve: l'enquêteur Yeruldelgger vomit lui) de deux nouveaux corps suppliciés dans une mise en scène hideuse. 

Mais surtout, il y a dans ce livre une violence envers les femmes, les jeunes filles et les fillettes qui dépasse l’utilité littéraire, et que je n'ai pas trouvée forcément nécessaire. Entre les viols décrits sur plusieurs pages, ceux qui sont racontés, ceux qui sont suggérés, le lecteur doit se rendre à l’évidence : dans ce roman les femmes sont à la merci des hommes. Aucune figure féminine qui ne soit pas une potentielle victime. Et la seule femme courageuse et vaillante du livre, Oyun, prend très cher avec des détails qui ne peuvent être inventés que par un homme qui se complait quand même dans cet exercice.  


Ian Manook (qui serait le frère d'un juré d'une émission musicale populaire reconverti en animateur radio sur Inter) est pour le coup l'Homme qui n'aimait pas les femmes. Et franchement, bien que je ne sois pas spécialement féministe (ce qui désole ma mère) cette part-là a été trop envahissante pour que j’en aime le reste.

Participation aux challenges d'Asphodèle A tous prix (prix des lecteurs 2014 quais du polar, prix 20 minutes), et de Liliba Thrillers et polars. 

dimanche 11 mai 2014

Témoin de la nuit

Kishwar Desai, Témoin de la nuit,
Edition de l'Aube, 2013, 229 p.
Vous sentez votre girl power en berne en ce moment? Vous avez envie d'un truc un peu exotique, genre un polar indien....Bon, j'ai ce qu'il vous faut: Témoin de la nuit de Kishwar Desai. 

En trois mots (histoire de planter le décor) c'est l'histoire d'une famille qu'on retrouve sauvagement assassinée dans sa belle demeure indienne (oui on est dans la caste dominante). Seule, une adolescente de 14 ans a survécu au carnage: Durga. Certes,  ça commence un peu dans le sang (mais bon, le genre veut ça).

Alors, avant toute chose, il faut savoir qu'il n’y a aucune mesure dans ce livre, tout est énorme. Le nombre de victimes, ce que subissent les femmes dans les milieux privilégiés en Inde, la personnalité borderline de l’enquêtrice sociale. Franchement, quand nous (enfin moi surtout), on se plaint de la différence de salaires ou du partage inéquitable des tâches ménagères, dans Témoin de la nuit, on parle de nourrissons filles qu'on enterre pour s'en débarrasser. Forcément, après on relativise (surtout quand on n'a que des filles).

L'enquêtrice est à la fois vaguement cougar, clairement alcoolique, totalement névrosée, tout de suite elle m'a plu, quoiqu'encore une fois, ce soit très excessif tout ça (même moi, j'ai trouvé qu'elle fumait vraiment trop, et que 10h du matin, c'est un peu tôt pour ouvrir un bière).

 Et pourtant, tout fonctionne bien. Le récit alterne entre le journal de Durga et les investigations de l’enquêtrice, les personnalités disparues se révèlent dans toute leur horreur, la violence est partout tout en restant supportable et utile (ce qui est rare dans le genre), bien sûr, la police est corrompue, la jeunesse débauchée, on trouve des hôpitaux pour des aliénées qui ne le sont pas, la lutte des castes est sous-jacente, l'Angleterre apparaît par touches (Commonwealth oblige)..

Bref, le déroulé de l’énigme est efficace, les personnalités des individus ont de beaux retournements et j’ai trouvé la fin réussie et bien menée, avec un petit frisson d'effroi à la dernière page (j'ai même du demander à une collègue si j'avais bien compris le dénouement).

Certaines jurées se sont plaints quand même d'un style assez moyen, mais moi je ne m'en suis pas trop aperçue finalement, je l'ai avalé d'une traite.

On peut reprocher un certaine démesure, c'est presque trop beau de résoudre une enquête de cette manière, mais finalement, ça m'a convenu, j'ai passé un bon moment de lecture (bien que j'ignore ce qu'il m'en restera dans quelques temps), et je me suis dit aussi que c'est bien de se souvenir que le sort des femmes n'est pas égal sur la planète (c'est important pour ma mère que j'ai conscience de tout ça, elle regrette un peu mon absence de militantisme féministe).

Et hop, une participation supplémentaire au challenge thrillers et polars chez Liliba

samedi 19 avril 2014

Ma vie de jurée Elle: clap de fin

Voilà, c'est terminé, je me sens un peu comme à la fin d'une colonie de vacances; contente de rentrer chez moi mais déjà nostalgique de ce qui est terminé.

Presque 10 mois de lecture sous la contrainte, 28 livres reçus à domicile, par paquet de 3, tous les mois, 1 recalé acheté par rébellion. Parce que je reste quelqu'un de très scolaire, je les ai tous lus, je n'ai sauté aucune ligne, aucune page, ce prix je l'ai bu jusqu'à la lie....et je ne regrette RIEN. 

C'est donc l'heure du bilan:

1: Force est de constater que je ne suis pas tout à fait dans la cible du jury Elle. Ma soeur ainée avait surjoué la perplexité quand j'avais été reçue ...et je comprends pourquoi :  "la jurée du Prix des lectrices de Elle incarne l'idéal-type de Elle (femme "haut de gamme", 35-40 ans, aisée, mère de famille active, aimant la mode, curieuse, en phase avec son époque, un rien pionnière et émancipée)." ( La littérature à quel(s) prix p.122).

Si certaines jurées se sont reconnues dans cette description, je suis forcément restée dubitative. A l'époque je n'avais que 34 ans (pardon mais c'est important). J'ignore à partir de quel salaire est-on quelqu'un d'aisé (donc passons). Mais si "mère de famille active" signifie travailler en élevant ses enfants, je dis oui, si c'est parvenir à tout faire sans être en retard ou à côté de la plaque, bon, ben non alors. Faire les boutiques est pour moi une punition. Ma curiosité reste quand même limitée (puisque je ne monte pas dans un avion). J'aurais aimé vivre dans les année 20' et je suis contre le jean slim ce qui ne me met pas très en phase avec mon époque. Quant à mon "rien pionnière et émancipée", il faudrait d'abord que mon patron ne soit pas mon mari, niveau girl-power il y a encore du boulot....

2: Du coup, j'ai trouvé la sélection vraiment très moyenne, pas vraiment médiocre, mais pas enthousiasmante non plus.  Aucun coup de coeur en roman si ce n'est  Adèle et moi (chouchou du leader dont j'étais la fayote principale). Il méritait le prix parce qu'il parle des femmes, parce qu'il est littéraire, parce qu'il m'a bouleversée. Lady Hunt aurait pu l'emporter aussi, mais il a également été recalé. Je mise tout sur le Ozeki (qui a quand même une petite chance semble-t-il).

Je n'étais pas fan des policiers au départ, je ne le suis pas plus maintenant. J'en ai lu de très médiocres, des acceptables et des trop violents. Disons que si la Maison des absents ou Témoin de la nuit (billet à venir) l'emportent, ça m'ira...

Et puis, il y a eu les documents qui ont déchaîné les passions plus que les autres catégories, si Tout s'est bien passé remporte le prix en document, c'est parfait, Ailleurs et Passion arabe le méritent aussi de mon point de vue même si je crois que ce dernier n'avait pas sa place dans cette sélection.

Je me suis sévèrement coralisée pendant ce prix puisque je ne supporte plus les gens qui parlent d'eux, à moins qu'ils n'aient un talent littéraire indéniable. J'aime que les auteurs racontent une histoire mais pas nécessairement la leur (surtout si elle concerne leurs parents, leurs enfants, leur mari etc...). Je crois que j'ai eu mon compte de récits intimes et familiaux et de faux-documents pour les années à venir. 

A défaut d'un trio gagnant, je vous donne donc le pire résultat pour moi:  Esprit d'hiver, Attentat Express, et Longue division. S'ils sont lauréats, très clairement, cela prouvera j'étais l'intruse absolue du jury...et je dois dire que je trouve cela drôle, parce qu'au fond, je me moque un peu de qui va remporter le prix, je n'ai pas eu suffisamment de coups de coeur pour être vraiment sur la brèche...

3:  Ce qui est certain c'est que si j'avais eu à lire tout cela toute seule, je crois que ça aurait été une gageure. Mais heureusement, nous étions une petite quinzaine à partager nos colis (oui nous avons perdu certaines jurées en cours de route: par manque de temps, par fuite de nos éternelles digressions ou par désintérêt total envers nos discussions). Notre groupe a largement compensé mon absence réelle d'enthousiasme. 

J'ai découvert qu'on pouvait défendre un livre comme on prendrait le parti d'un ami d'enfance, et qu'on peut détester un roman autant qu'un candidat prétentieux dans une émission de cuisine. Par exemple (à tout hasard bien sûr), si Sulak l'emportait, ce serait comme si Alexis était finaliste de Top Chef (spéciale dédicace à Marjo et Leila, mes trinômes du lundi soir). Je me suis aussi rendue compte à quel point le lien aux livres était viscéral, et je me suis prise à détester quelqu'un qui disait du mal d'un livre que j'ai aimé, ou bien à mépriser celle qui encense ce que je jugeais médiocre. 

Mais ça, c'était avant. 


Je pense être devenue une lectrice plus tolérante et plus ouverte, j'ai appris qu'il n'y avait pas de bonne ou mauvaise littérature et que l'unanimité et le bon goût en cette matière n'existait pas. Le jugement sur un livre reste un point de vue personnel, et on peut aimer quelqu'un qui n'aime pas les mêmes auteurs que nous (je crois que ma grande découverte c'est celle-ci en fait, il m'a fallu 35 ans pour arriver à cette conclusion). 

Je retiens aussi de cette petite année les hauts et les bas de notre vie en collectivité littéraire, ses disputes finalement assez violentes et ses moments de grâce et d'empathie. Nous avons eu notre lot de choses de la vie: la naissance d'une petite Alice, la disparition de la maman de l'une d'entre nous, des nouvelles douloureuses, des bonnes aussi, l'arrivée sur la Toile de trois nouveaux blogs, la création d'un petit groupe de parisiennes passionnées, la préparation d'un marathon, la soutenance d'une thèse, des changements de boulot, un déménagement, des déplacements en République Tchèque, des vacances en Inde, en Australie, au Japon...bref toutes ces petites et grandes choses qui ont donné à ce groupe une consistance affective qui a fait, pour moi, toute la différence.

Comme à la fin de chaque colonie, on se promet de rester en contact et on y croit dur comme fer, on tente de trouver un créneau pour se revoir, et on craint de se perdre de vue...l'avenir nous dira combien d'entre nous maintiendront un lien (et je me dis que si Internet avait existé quand j'avais 10 ans, peut-être que tout aurait été différent).

4: En bonne looseuse, je suis bien sûr dans les premières à descendre du bus, puisque  je ne vais pas jusqu'au terminus: le 5 juin à Paris.  C'est vraiment regrettable, vu comment je suis bout-en-train et détendue par nature, j'aurais mis une ambiance du tonnerre (entre deux coupes de champ' et une cigarette fumée à la va vite sur le trottoir). Inutile de préciser que les cocktails un peu chics avec des journalistes de presse féminine, des éditeurs et des auteurs, sont par définition des moments que j'affectionne et dans lesquels je suis dans mon élément : habillée de lumière, maquillée à la truelle, avec mon rire gras, mon talent de l'à propos, mon sens de l'orientation et ma ponctualité inégalables...je me serai sentie comme un poisson dans l'eau. Malheureusement, je resterai chez moi, parce que j'ai beau être très pénible à vivre, mine de rien, c'est quand même très compliqué quand je m'absente...(oui, je suis indispensable).

Plus sérieusement, je regrette de manquer ce rendez-vous, car je crois que je me suis fait un peu plus que des copines parmi les jurées, sans avoir la présomption de parler d'amies, je crois quand même qu'avec certaines, je n'en suis plus si loin.

Si la même équipe recommence l'aventure dans trois ans, je pense que j'en serai (pour peu que je ne manque pas la date... et qu'ELLE veuille encore de moi ...rien n'est gagné non plus de ce côté là). Et vu qu'on ne se refait pas, j'ai une petite pointe de jalousie envers les futurs jurées 2015... A celles qui hésitent encore, tentez votre chance les filles...c'est un moment important dans la vie d'une lectrice...

C'était Galéa en direct de la route retour du jury ELLE.
Clap de fin, j'arrête mon cinéma
A vous les studios!

mardi 15 avril 2014

Le parfum de ces livres que nous avons aimés

Will Schwalbe
Le parfum de ces livres que nous avons aimés
Belfond, 2013, 415 p. 
Ce document, j'aurais pu en dire le plus grand mal et à dire le vrai, c'est ce qui a failli se produire.

Déjà parce que j'en ai assez (et même plus) des gens qui racontent leur vie, et ça m'exaspère encore plus quand ils ne sont pas écrivains parce que littérairement parlant, c'est souvent assez médiocre (écrire est un métier, je pense que c'est une base de départ). En plus, la traduction française du titre est d'une mièvrerie à peine croyable.

Le parfum de ces livres que nous avons aimés...mais qui chez Belfond imagine cette traduction à partir de The End of your life book club ? Même moi avec Allemand en première langue, j'aurais trouvé mieux...bref...

Donc en trois mots, Will nous raconte la fin de vie de sa mère, au dernier stade d'un cancer du pancréas dont on sort rarement vainqueur. Il nous décrit les séances de chimiothérapie pendant lesquelles lui et sa mère parlent ensemble de littérature, et fondent leur cercle de lecture privée, dernier instant d'intimité (livresque mais pas que) entre une mère et son fils.

A l'inverse de Russo, Will Schwalbe commence son livre par : "ma mère, ce héros des temps moderne". Et alors là, inutile de regarder autour de vous, plus parfaite que Mary-Anne, ça n'existe pas, et surtout pas dans sa propre famille! Mais bon, j'aurais détesté avoir cette mère pour génitrice. 

Parce que Mary-Anne est un savant mélange de Mère Thérésa, Wonder Woman et Margaret Thatcher. C'est à dire qu'elle est d'un altruisme aussi rare que stupéfiant, qu'elle a traversé des pays en guerre et partagé le quotidien des réfugiés, et qu'elle organise de manière autoritaire la vie de ses enfants quadragénaires.  Bon, en plus elle est tolérante, acceptant sans le moindre problème l'homosexualité de deux de ses enfants (dans les années 80' ce n'était pas gagné non plus). Enfin, elle est dure au mal, ne se plaint jamais et supporte stoïquement les épreuves que son corps malade lui inflige.


Cette image d'Epinal de la famille parfaite américaine n'a rien pour me plaire, je n'aime pas les gens lisses (ils me complexent trop), et je préfère voir poindre un peu de sens critique de temps en temps (même et surtout envers ceux qu'on aime).


Oui mais voilà, ce témoignage (le dernier heureusement de la sélection ELLE), je l'ai lu avec mes deux yeux mais aussi avec ceux d'autres lectrices qui y ont entendu une résonance différente. Alors j'ai dépassé mon aversion pour cette famille intellectuelle, aisée et aimante, et j'y ai vu d'autres choses.

J'y ai vu un fils qui pleure à chaque page la femme de sa vie, sa mère. Un fils qui se demande s'il y avait une autre issue possible. J'y ai vu l'avancée irréversible d'une maladie qui gagne presque à chaque fois: "j'étais en train d'apprendre que vivre avec quelqu'un qui est sur le point de mourir implique dans le même temps de célébrer le passé, de vivre le présent et de pleurer l'avenir" (p.166). 

 J'y ai compris la nécessité de lire, même un peu, pour rester vivant. J'y ai vu aussi un très bel hommage aux livres qui restent quand les lecteurs partent. Je ne connaissais pas la majorité des titres dont il était question (parce que je suis inculte en littérature anglo-saxonne), mais j'ai aimé cette lectrice en sursis qu'est Mary-Anne, qui commence les romans par la fin pour mieux en comprendre le déroulé. Je l'ai presque aimé cette femme qui raconte à son fils qu'élever des enfants en travaillant à temps plein l'avait habituée "à être tout le temps fatiguée. Si j'avais attendu d'être reposée pour lire, je ne l'aurais jamais fait" (p.309). Moi ça m'a fait un bien fou de lire cela. 

J'ai été heureuse de retrouver Millénium et L'Elégance du hérisson (avec le fantasme de l'appartement de M. Ozu qui, moi aussi, m'a fait entrevoir la possibilité d'une autre vie).  J'y ai vu aussi l'entêtement d'une mère qui insiste (quand même lourdement) pour que son fils lise quelques ouvrages importants (à ses yeux) avant qu'elle ne meure. J'ai adoré que Will Schwalbe confesse n'en avoir pas lus certains jusqu'au bout.  Et j'en retiens cet amour immodéré pour les livres imprimés qui "ont un corps, une présence" (p.59). 

En écrivant ce billet (qui sans mes amies jurées aurait été bien plus sévère) j'ai une pensée pour celles d'entre nous qui ont déjà traversé cette épreuve et à celles qui la traversent maintenant.

Ce témoignage  rappelle  que lire, même peu, c'est vivre encore (je ne cacherai donc pas que j'ai pleuré en cachette de l'Homme sur les dernières pages).

Une fois n'est pas coutume: discuter d'un livre au moment où on le lit modifie ce qu'on en pense...j'assume, je suis une lectrice influençable.

vendredi 11 avril 2014

En même temps, toute la terre et tout le ciel

Ruth Ozeki,
En même temps, toute la terre et tout le ciel
Belfond, 2013, 605 p. 
C'est mon roman chouchou de la sélection ELLE, celui qui (j'espère) l'emportera dans la catégorie roman...pas véritablement un coup de coeur, mais de loin celui que j'ai pris le plus de plaisir à lire parmi les 10 romans.

Alors, oui, il a deux ou trois défauts c'est sûr, c'est un premier roman, sans doute un petit peu trop bavard et un tantinet trop long, mais En même temps toute la terre et tout le ciel reste vraiment très abouti. Il y a tellement de choses dans ce livre que ce billet promet d'être absolument foutraque.

Ruth Ozeki raconte une histoire double: deux voix, deux époques, deux espaces. On suit Ruth qui lit le journal intime de Nao, qu'elle a trouvé échoué sur le rivage. Ruth, romancière quinquagénaire et solitaire, retirée avec son compagnon sur une île, est la voix américaine, celle du présent, celle de l'après Fukushima. Nao, adolescente retournée au Japon contre son gré et qui s'est mise à tenir un journal, est la voix du passé, celle d'avant 2011. Pendant tout le livre, Ruth se demande si Nao a échappé au séisme-tsunami (et à d'autres choses aussi). L’alternance des deux récits fonctionne, de mon point de vue, vraiment bien. 

C'est donc une histoire qui passe d'un continent à l'autre avec l’Océan Pacifique en trait-d’union. Les deux femmes appartiennent à la fois aux cultures japonaise et américaine.  Au fond, Ozeki nous parle de cette histoire d’amour (et de haine) compliquée entre le Japon et l'Amérique, avec une Seconde Guerre Mondiale qui a tout changé. De quoi se rappeler que l'Europe n'est pas le centre du monde...et ça ne fait pas de mal en ces temps de chauvinisme...(passons). J'ai eu une phase japonisante il y a quelques temps et depuis je reste complètement perméable aux influences nippones (enfin ce que j'en imagine): culture zen, technologie de pointe, fleurs de cerisier, sagesse du silence et portes coulissantes...

Ensuite, Ruth Ozeki, a touché ma corde sensible (oui j'ai un coeur), parce qu'elle parle remarquablement bien de l’amour filial: entre Nao et son père,  aussi décalé, âpre que tendre ; et entre Ruth et sa mère dans une tonalité plus touchante et douloureuse (Alzheimer quand tu nous tiens).

Mais surtout (et là c'est ma partie) les personnages de grandes ratés sont extrêmement réussis. Dans le désordre on a:
- Nao en collégienne martyrisée (et pas qu'un peu) qui ne se remet pas d'avoir quitté les Etats-Unis.
- Le père de Nao en ancien informaticien déchu et suicidaire (qui rate en permanence sa mise à mort malgré les sites spécialisés en suicide qu'il fréquente).
- Ruth en romancière sans inspiration, qui a choisi de vivre sur une île mais qui n'est pas certaine de supporter cet ermitage.
- Olivier, le compagnon de Ruth, en paysagiste incompris et artiste-ès-arbres maudit.

Quelque part,  ils ont tous raté tous leur vie, mais en passant à côté avec poésie, humour et désespoir. Et finalement, les winners et les héros ne sont pas ceux qu'on attend (je dis ça, je dis rien).


Tous  ont cette caractéristique (qui m'emballe) de vouloir vivre hors du monde, avec la nécessité de se replier sur soi. Et il n'y a pas qu'eux, puisque gravitent autour des nonnes zen, des marginaux, des insulaires, des ermites dépressifs, des phobiques, bref des gens, d’une certaine manière,  incapables de vivre en société. 

Et on ne les comprend (enfin moi je les comprends) parce que ce roman, avec un humour très noir, montre bien le danger qu’est l’Homme pour l’Homme (et l’Humanité de manière générale).  Et cela commence tôt, dès le collège (pire période de vie pour les bouc-émissaires de tous les continents), puis la guerre, la lutte contre les siens et contre les autres.

Enfin, c'est le roman 2.0 par excellence (qui va un peu plus loin que le mausolée que K. a écrit pour Steve Jobs dans Esprit d'hiver- pardon je ne peux pas m'en empêcher).  Dans ce roman, tout est numérisé, accessible et aux vues de tous. Il y a un blog, des recherches Google, des concepteurs de logiciels, des sites spécialisés...La Toile compose un monde parallèle qui peut être aussi riche que désespérant "il n'y a rien de plus triste que le cyberespace quand vous êtes  tout seul sans personne pour vous écouter" (p.183). Punaise, comme c'est vrai. 


Et pour terminer (et ensuite je me calme) c’est un livre sur les livres. Ozeki parle de littérature, de romancière, de philosophes, des histoires et de l’Histoire. En même temps, toute la terre et tout le ciel n’est pas parfait,  il n'a pas du tout fait l'unanimité, le rythme est saccadé, le propos un peu décalé, il  peut laisser le lecteur sur le bord, mais moi je m'y suis immergée. J'en retiens un livre généreux, plein d’humour et de tendresse, à la fois grave, drôle et mélancolique. 

C'est mon préféré, il n'a donc aucune chance d'être le lauréat...mais je vous renvoie de mémoire chez Keisha et Lystig qui l'ont aussi aimé...et chez mes collègues-jurées, Laure, Fleur, Coralie, Enna, Mior, Eva ou Valérie qui l'ont apprécié très diversement...

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