Pour une raison que j'ignore encore, je me suis dit: "tiens, moi aussi je vais m'inscrire à un challenge littéraire" (un peu comme si j'avais le temps ; ceci-dit, je n'avais qu'à m'abstenir de bloguer si je manquais de temps, c'est une question de priorités, n'est-ce-pas? ). Je voulais un challenge qui relève de l'aventure personnelle (littéraire j'entends; vu que j'ai peur en avion, c'est la seule aventure que je me permets!).
J'ai donc choisi le challenge Colette, niveau Bel Gazou.
Je ne connais de Colette que ce qu'en disent les amies féministes de ma mère et par les allusions faites régulièrement par l'inquiétante et troublante Mme de Fontenay, philosophe des animaux sur France Inter le dimanche après-midi. De Colette, à part le Blé en Herbe, je ne savais rien hormis ce que tout le monde croit en savoir.
J'ai donc pris, totalement au hasard, le seul qui était disponible dans ma librairie fétiche. Le titre m'a tellement plu que je n'ai pas hésité. Et je dois dire que je n'ai pas été déçue. Sauf que je ne pense pas que La naissance du jour soit un roman, c'est un récit.
| Colette, La Naissance du Jour, G.F. 1984, 191p. 1ère édition: 1928 |
En 1928, Colette n'est plus une jeune fille (la jeunesse s'éteignait alors plus tôt). Elle passe son mois d'août dans sa maison dans le massif des Maures (Saint-Tropez), à la fois Provence et Côte d'Azur. Je connais un peu cette région, mais elle en parle avec le gout de l'entre-deux guerres, avant que ce soit vulgaire, quand la campagne était encore belle et le bord de mer poétique. Forcément, en bonne azuréenne d'adoption, j'ai été touchée par sa description d'un paysage qui n'existe plus. Elle raconte aussi l'aube du petit matin en évoquant sa mère qui s'était fait une sagesse de se lever avant le jour. Depuis que j'ai des enfants, c'est aussi l'heure que je préfère parce que c'est le moment de tous les silences et tous les possibles.
Mais La Naissance du jour, ce n'est pas seulement cela, c'est aussi le crépuscule d'une vie, ou plutôt d'une manière de vivre. Colette dans ce livre s'interroge sur les animaux, sur ce qu'ils lui inspirent, sur son goût pour la viande et son empathie pour les être vivants.
Colette raconte aussi (et surtout) sa petite communauté parisienne en villégiature qu'elle retrouve dans le Var et qu'elle observe avec une distance sereine. Autour d'elle, gravitent Hélène Clément qui aime Vial qui aime Colette de 15 ans son aînée (au moins!). Mais la romancière semble avoir renoncé à la passion. Spectatrice de son environnement, elle donne à ce livre une tonalité bien particulière: celle d'un doux désespoir C'est le chemin de Colette vers une solitude assumée au dessus de laquelle plane l'ombre de sa mère.
J'ai aimé cette écrivain qui se met à distance en se mettant en scène. Elle évoque par touche son oeuvre (que je connais peu -voire pas-), sa vie, ses choix. Je ne pense pas que j'aurais du commencer par celui-ci. Certaines choses m'échappent indubitablement. Mais, moi qui suis fascinée par les livres qui parlent des livres (même de celui qu'elle peine à écrire), ça m'a enchantée.
C'est une lecture à contretemps. Lire le mois d'août alors que je prépare Noël, entendre les bruits de la campagne aride quand les pompiers passent sous ma fenêtre, deviner l'oisiveté paisible quand je tarde à finir mon dossier dans les temps...c'est un voyage dépaysant.
Pour être tout à fait honnête, je m'interroge encore sur les challenges, si j'y ai ma place. Je me demande même si j'ai respecté toutes les règles.
Mais sans ce challenge, je n'aurais pas découvert Colette. Sans lui, je n'irais pas cet après-midi en chercher un autre...et franchement ce serait dommage, parce que Colette gagne a être lue.
Laisser tomber, le temps d'un livre, la frénésie de la rentrée littéraire, c'est une parenthèse réjouissante.