| Laura Kasischke, Esprit d'hiver Bourgeois éditeur, août 2013 (276 p.) |
Ce billet vise donc uniquement à expliquer pourquoi je suis déçue qu'il ait supplanté ma Lady Hunt et pourquoi je serais en colère s'il remportait le prix.
Vingt pages haletantes peuvent-elles rattraper 230 pages
assez ennuyeuses ?
Oui, mais en partie seulement et pas de quoi sauver mon impression générale.
Globalement, c'est l'histoire d'une mère qui le jour de Noël doit mettre un rôti à cuire mais qui, au lieu de cela, se dispute avec sa fille qu'elle a adoptée en Russie, 16 ans auparavant. Ce roman a l’immobilité d’un train qui n’en finit pas d’amorcer son
départ. J’avais l’impression de relire Univers Univers de Jauffret (que j’avais
détesté). Si je ne l'ai pas abandonné à la page 150, c'est uniquement parce j'étais jurée.
Alors bien sûr, je retiendrai d’Esprit d’hiver une jolie réflexion sur
le besoin d’écrire, sur le fait qu’une mère semble exister pour culpabiliser,
et d’autant plus quand elle est adoptante. Bien sûr, j’ai souri sur toutes les
allusions à Apple « Steve Jobs, à
l’image de Dieu, lui avait offert tellement plus de fonctionnalités qu’elle ne
serait jamais capable d’en maîtriser » (p.79). Le problème c’est qu’il
est question de feu Steve Jobs et de l’I-phone toutes les 3 pages, et qu’au
bout d’un moment, même pour une Apple-addict comme moi, c’est un peu redondant.
Et franchement, j’ai été
exaspérée par les répétitions, les descriptions et les souvenirs des 230
premières pages. L’histoire du bébé qui se cache dans le panier à linge est rétrospectivement
émouvante, mais vraiment beaucoup trop longue et appuyée. Ce huis-clos (dont on
sent quand même assez vite qu’il n’en est pas vraiment un) entre la mère
adoptive et la fille adolescente est d’un ennui profond. Chaque détail est
décortiqué, des monceaux de phrases expliqués sous toutes leurs coutures, le
temps s’écoule atrocement lentement. Il y a même un moment où les flash-back ne
sont plus supportables. Sans compter certaines scènes que j’ai trouvées assez
improbables (comme la mère qui explique à sa fille de 15 ans qu’elle a dû se
faire avorter quand elle avait son âge parce que personne ne lui avait parlé de
contraception... je me vois bien faire ce genre de confidence à ma fille dans 10 ans)
Personnellement dès la page 127 (la preuve par le post-it),
j’avais bien compris que certaines choses n’existaient pour lors plus de la même manière (j'essaie de ne rien déflorer parce que je suis sympa). A la page 202, j’ai failli l’abandonner, je saturais du huis-clos
mère-fille et du fatalisme facile.
Alors, oui c'est vrai, le retournement de l'histoire est formidable. Les vingt
dernières pages sont vraiment bien, clairement glauques, drôlement bien fichues. On se dit qu'elle nous a bien eue, bravo: clap clap clap, une demie-journée de cafard où on se remémore le roman et.... basta!Parce que même si de manière rétroactive, on doit saluer l'efficacité du procédé (utiliser ce terme en littérature me donne envie de pleurer), il n'en reste pas moins que les 230 premières pages sont longues, beaucoup trop longues. Même si la dualité mère/poétesse est vraiment très intéressante et touchante, l’écriture de Kasischke manque justement, à mon sens (et contrairement à ce que vend le bandeau), de poésie et de beauté littéraire.
Voilà c'est dit.
Je serais extrêmement déçue s'il remportait le prix, et je sais que je suis un peu seule sur ce coup (c'est mon côté loose....)
C'était Galéa, l'éternelle ronchon, en direct de la contre-sélection de décembre du Prix Elle 2014.