A toi l'usager Facebook, avec qui on rigole bien quand tout va bien; à toi qui me racontes tes péripéties, tes mini-coups de gueule et tes enthousiasmes futiles. A toi le blogueur littéraire (car l'essentiel de mes contacts Facebook appartient à la blogosphère) à qui je parle bouquins, éditeurs, prix et autres joyeusetés du monde du livre. A toi l'ami, le citoyen sur l'épaule duquel on pleurait ensemble il y a moins d'un mois...j'ai à te parler.
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| crédit photo: journaldugeek.com |
J'aime et je like les photos de tes enfants, de ton chien, de ta sortie piscine ou course à pieds, de ton assiette, de ta nouvelle couette, des travaux dans ton salon, des boutons de varicelle de ton petit dernier, de ta vitre de train, de ton gouter qui s'est renversé dans ton sac, de tes voyages formidables....tout ça me rend heureuse et me donne la vague impression d'être sociable et intégrée (et soyons claire, pour une no-life comme moi, c'est un vrai luxe).
Seulement voilà, n'oublie pas le principe de base: nous sommes Français, donc inhibés. C'est culturel que veux-tu. Nous n'avons pas le côté no-tabou de nos amis américains, et j'ai envie de dire qu'après la récente sortie de Donald Trump, ce serait presque une chance.
Partons donc du principe qu'il y a deux ou trois sujets qu'il vaut mieux que tu te gardes pour tes noëls en famille, tes conversations avec tes amis ou les apéros enflammés avec des gens de ton camp. Globalement, il faut que tu te dises que tes pratiques sexuelles, tes croyances religieuses (ou non croyance d'ailleurs parce que dis donc, les gens qui ont la foi n'ont pas le monopole de l'intolérance), ton rapport à l'argent, et surtout tes analyses politiques, franchement on peut faire sans...et j'ai envie de dire, on doit faire sans.
Comprends moi l'ami. Moi j'ai été élevé dans une famille dite "dysfonctionnelle", ou personne ne vote (ni ne pense, ni ne marche) du même côté. L'inconvénient, c'est que chez nous, aucun repas ne se termine sereinement. L'avantage, c'est que je suis devenue quelqu'un de tolérant (et d'indécis aussi car choisir entre son père et sa mère, c'est pas si simple, et crois-moi j'aurais à dire là dessus, mais ce sera pour une autre fois).
Du coup (comment te dire?) je suis un peu gênée par cette deshinibition politique qui pullule sur notre cher réseau, ma deuxième maison, mon havre social à moi: Facebook. Car sache-le, le principe du militant de base (qu'il soit religieux, politique ou sociétal), c'est d'être sûr d'avoir raison contre tous les autres qui naturellement ont tort. Mais à la limite, bon, c'est le jeu.
Le problème, c'est qu'entre le facho complètement décomplexé qui affiche ses opinions racistes sans honte, le type de gauche qui va m'expliquer que la droite et l'extrême-droite c'est pareil, le type de droite qui répète à n'en plus pouvoir que c'est le gouvernement est responsable de ce carnage, et tous ces convaincus ensemble qui vont taper sur l'abstentionniste qui finalement se révèle comme LE coupable de l'année 2015 (plus que l'EI et le FN réunis), c'est trop.
Quand, en plus, chacun pense qu'il est tout à fait légitime à insulter ceux qui ne votent pas comme lui, ou pire ceux qui ne votent pas du tout, je n'en peux plus. Car à force d'utiliser des mots orduriers à l'encontre des uns et des autres, à force de vouloir démontrer à quel point tu crains pour la démocratie et pour la tolérance, ça commence à me faire sérieusement penser aux résistants de la dernière heure en 43-44, de ceux qui mettaient plus de coeur que les autres à tondre les femmes qui avaient couché avec les Allemands, pour bien montrer (ou convaincre) qu'ils n'avaient rien à se reprocher.
Pour moi la fin ne justifiera jamais les moyens, car les remèdes peuvent être pire que les maux, l'histoire l'a prouvé (j'ai des preuves si tu veux). Quand on n'est pas capable de bien se tenir, on ferme sa grande bouche. Quand on n'est pas capable d'écouter l'opinion des autres, on ne se réclame pas de tolérance. Quand on n'est pas capable de laisser les gens voter ou ne pas voter, on ne se dit pas démocrate. Aucun principe politique ni moral ne justifiera jamais l'utilisation d'injures aussi vulgaires qu'illégitimes. Sans faire d'élitisme à deux sous (vraiment ce n'est pas mon genre), je ne suis pas certaine que tout le monde soit vraiment en mesure d'analyser une situation politique complexe. Je ne dis pas que seuls ceux qui sortent de l'ENA ou Sciences-PO en sont capables (ben non vu l'état du pays, ça serait un peu risqué), mais disons quand même que le petit côté "café du commerce", on s'en passerait sans problème (parfois, il nous manque juste "Remets nous une tournée Francis, toujours ça que les Boches n'auront pas").
Tout ça pour te dire que, de la même manière que pour tes positions préférées au lit, le montant de tes économies sur ton Livret A ou ton rapport à Dieu, Allah ou Yahvé, tes analyses de comptoir sur l'avenir politique de mon pays, je m'en balance, et je dirai même plus, je préfèrerais les ignorer, parce qu'honnêtement, je ne suis pas sûre qu'elles t'avantagent tant que ça (tu n'as pas remarqué que même certaines grandes gueules des réseaux sociaux se sont mis en retrait ces derniers temps?).
De cette année 2015 (dont on ne sortira pas indemnes) on retiendra les attentats, les polémiques, la haine, et les certitudes. Les cohésions nationales n'auront été que de courtes durées, tellement chacun est certain d'avoir raison sur tout.
Alors tu sais quoi, quand on a un besoin viscéral d'étaler sa vie sexuelle, on va dans des établissements spécialisés (cabinets de sexologue ou club d'échangisme) ; quand l'argent est une obsession telle qu'on en parle tout le temps, on appelle son conseiller financier et on compte ses économies en silence ; quand on a une foi inébranlable, on intègre les communautés religieuses (à la synagogue, au temple ou à l'église) ou on arrête d'y aller quand on ne se sent pas à sa place (en laissant les autres faire ce qu'ils veulent), et quand on veut faire de la politique, on prend sa carte, on milite, on va aux réunions, meeting et on distribue joyeusement des prospectus avec la tête de son candidat dessus...
Mais on laisse les autres tranquilles car, en leur âme et conscience, ils font ce qu'ils pensent être le plus juste, le plus honnête pour eux et leur nation. La liberté c'est ça. Il y a plein de manières d'être citoyen, et il n'est pas certain cher ami, que tu détiennes de vérité universelle à ce sujet.
Alors, toi l'ami Facebook (que je n'ai plus, car j'ai fermé temporairement mon compte de blogueuse), contente-toi de montrer ta dernière tarte aux pommes sans lactose, les dessins de tes gosses, la couleur de ton mur, râle contre ton train en retard, ton collègue un peu lourd, ton ascenseur en panne, mais n'oublie quand même pas la règle de base du vivre-ensemble: la liberté de chacun s'arrête quand elle empiète sur celle des autres, et les propos de chacun sont acceptables tant qu'ils ne s'acharnent pas gratuitement contre autrui.
Le mieux c'est que tu gardes tes opinions sensibles pour toi (ou trouve- toi un boulot d'éditorialiste dans un journal engagé au sein duquel tout le monde sera d'accord avec ce que tu écris).
PS: à la base je devais parler aujourd'hui du Livre de Dina, mais mes hormones étant ce qu'elles sont, j'ai un mal fou à me maîtriser, et je dois dire que je me fiche totalement de perdre les amis réels ou virtuels qui ne respecteraient pas ce principe de base qui consiste à respecter les autres. Et vu que ce blog ne me rapporte rien et est totalement bénévole, je me contrefiche d'une perte de notoriété virtuelle.
A bon entendeur.
Salut.











