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dimanche 5 novembre 2017

Compte rendu de vacances #ToussaintForEver

J'ai testé pour vous : les vacances inratables.

Pour, nous les vacances constituent une vraie réflexion philosophique (parce qu'on en a très peu et du coup on a bien le temps d'y réfléchir en amont). L'Homme et moi considérons qu'en août, c'est risqué de partir en vacances : la canicule, le rythme ralenti, les bouchons sur l'autoroute, les beaufs en vadrouille, non vraiment on est au dessus de cela, du coup on travaille les 9 semaines des vacances scolaires et on joue la sécurité (#SecondDegré). Par conséquent cette année et on a privilégié novembre.

L'Univers était de notre côté: beau temps, couleurs d'automne, grand chalet au calme, frigo plein; non là comme ça a priori,  partir tous les cinq ne pouvait être qu'une totale réussite. J'avais même prévu de poster des photos des girls sur Instagram, s'enlaçant avec tendresse sur fond de coucher de soleil, rigolant aux éclats, genre "famille Ricorée". En plus, je n'ai pas vomi dans les virages en montant, présage on-ne-peut plus optimiste pour des vacances réussies, je me suis contentée de chouigner sur Arrivederci de Biolay sous le regard consterné de l'Homme et des girls qui ne comprennent pas ma passion pour les chanteurs dépressifs (ou morts...ou les deux- mais la il est vivant...la preuve il fait la Nouvelle Star, ce qui réjouit l'Homme qui me titille avec cette histoire, bref).

Je suis donc partie avec l'entrain qui me caractérise, bien décidé à mettre ce séjour à contribution pour résorber  les cernes bleues qui me défigurent et ce petit teint grisâtre qui fait ressortir la frange que je me coupe moi-même (coiffeur c'est un métier, mais je n'ai jamais le temps d'y aller). J'étais d'autant plus optimiste sur nos vacances en famille qu'on m'avait toujours dit: un bébé difficile fait un ado tranquille . Dans la mesure ou Rayures a eu ses premiers amis imaginaires dès 2 ans, qu'elle a fait ses nuits à 3 ans, que toute sa scolarité jusqu'à présent a été un long chemin de croix où je passais ma vie dans les bureaux des maîtresses, directrices ou psychologue scolaire, honnêtement, je me suis dit que la puberté couplée à l'entrée au collège serait plus que tranquille (même si bien sûr le fait qu'elle ait été collée dès la deuxième semaine de son entrée au collège aurait du me mettre la puce à l'oreille).

ERREUR

Rayures découvre à 11 ans que le monde est moche et ne s'en remet pas du tout. Elle déplore la déforestation, le racisme, la cruauté des hommes, l'indifférence des pays riches pour les pays pauvres (cf: cours de géographie à réviser pour la rentrer, attention évaluation sur table), les faits divers qu'elle apprend on-ne-sait-où vu qu'elle ne regarde pas la TV et n'a pas Internet sur son téléphone (les copains au collège peut-être, car elle en a...pas ceux que j'aurais espéré mais bon). Elle n'échappe évidemment pas à cette langueur adolescente qui m'exaspère, à l'absence d'enthousiasme dès qu'il s'agit de sortir, elle tente d'échapper à la plupart des corvées domestiques et souffle en déambulant dans la maison, plein de rancoeur contre l'ONU qui ne fait rien contre la guerre, sa prof d'histoire géo qui pratique la classe inversée, les chasseurs qui font du mal aux animaux "juste pour le plaisir", la peste de sa classe qui lui a dit que son idée de roman était bof, et l'ophtalmo (le seul qui accepte de lui prescrire des lentilles) qui arrive toujours à lui glisser une petite vacherie lors de la consultation.

Du coup, pour ne pas garder tout ça pour elle ("parce que Mamie, elle dit qu'il vaut mieux que ce soit dehors que dedans, sinon on s'abîme la santé"),  elle en fait profiter sa soeur de 8 ans (pour qui le dernier drame tient à un rebondissement malheureux du  Royaume de feu), Numérobis donc qui découvre qu'à 9 ans une petite fille peut disparaître lors d'un mariage et pour toujours (ambiance ambiance). Le problème subsidiaire c'est effectivement les capacités vocales de Numérobis dotée d'une voix forte et éraillée. Elle hurle donc sa résistance au monde réel à grand coup de "Elle est méchannnnnnnnnnte, elle dit ça pour que je fasse des cauchemars". 

On m'avait dit aussi "3 filles, c'est cool, bien mieux que 3 garçons, au moins tu évites les bagarres".

ERREUR

L'Homme et moi élevons nos filles comme n'importe quel garçon,  et du coup fatalement, elles se cognent, se menacent de mort, se donnent des coups de pieds, se courent après avec des bâtons. Il y en a une qui souffle et l'autre qui hurle. Chacune est bien sûr convaincue qu'on lui préfère l'autre, c'est délicieux, surtout avec les arbres qui rougeoient et le dégradé des jaunes chaleureux de l'automne.

A cela bien sûr, il a fallu ajouter Duracell dont on pensait qu'une maison avec jardin lui ferait le plus grand bien (le grand air, le calme, la nature....)

ERREUR

Duracell est dangereuse juste dans un salon avec une simple table basse. Quand elle tente de sauter de la table au canapé, je manque de faire une crise de spasmophilie, donc là avec des escaliers partout, j'ai juste passé ma semaine à répéter en boucle "les barrières sont bien rabaissées devant l'escalier ?". Au bout de 2 jours, évidemment plus personne ne me répondait: l'Homme ne m'entendait pas, Rayures soufflait genre "ma mère cette relou" et Numérobis chantonnait l'air des chevaliers du Zodiaque (sa nouvelle lubie ramenée de la bibliothèque grâce à l'influence de l'Homme). Bien entendu, au mieux Duracell a dormi jusqu'à 4h (5h ancienne heure donc presqu'une nuit, yeahhhhhh), au pire elle s'est réveillée toutes les trois heures (à cause de l'altitude, ou parce qu'elle n'est pas dans son lit et toussa quoi; l'avantage des vacances c'est qu'on a des prétextes à la pelle pour justifier qu'à presque 2 ans elle ne dorme toujours pas).

Duracell a également découvert qu'elle a deuxième parent, l'Homme, avec qui tout est plus facile. Miel pops au petit déjeuner, courses sur les épaules, verre en verre pour boire, pas d'obligation de mettre un manteau pour sortir ("Il fait 8 degrés quand même" "mais elle ne veut pas, c'est qu'elle n'a pas froid je te dis" "nan mais à 21 mois, peut-être qu'on sait encore mieux qu'elle?")

Au final, je me suis dit: tiens et si j'allais courir pour évacuer.

ERREUR

Courir à 1000m d'altitude, c'est courir en côte, se bruler les cuisses et les poumons (honnêtement je ne suis pas médecin mais je pense vraiment que je n'étais pas loin de pneumothorax ) . Juste avant que je parte, Rayures m'a rappelé que courir seule dans un chemin désert, c'était risqué, surtout vu les événements récents (moue de connivence et regard appuyé) et évidemment elle sait que je suis peureuse comme tout et que moi aussi j'ai peur de la mort et des gens méchants. Je suis donc partie moyennement rassurée, et pendant que j'écouter System of a down, une idée a germé dans mon cerveau suroxygéné.

J'ai envisagé de simuler ma disparition pour aller faire le plein de sommeil dans un hôtel reculé. Il suffisait que je vide discrètement le Livret A de Duracell (qui s'en rendrait compte qu'à sa majorité), et que je m'organise comme Walker dans le dernier Bello pour me reposer quelques temps (je n'ai besoin que de livres, cigarettes, une ou deux bières, des capsules de café et du pain frais).  Je comptais revenir 3 jours après et dire que j'avais souffert d'une amnésie passagère suite à une chute dans un petit chemin (futée la Galéa!! Plus crédible tu meurs). Au moment où je réfléchissais à la manière dont l'homme pourrait gérer les 3 pendant 3 jours (et l'éventualité de mettre ma mère -qui n'a jamais su garder un secret- dans la confidence pour lui apporter un soutien logistique),  ma playlist a enchaîné les premiers accords follement joyeux de "Ton héritage".

"Si tu aimes les soirs de pluie mon enfant mon enfant" ; bon fatalement j'ai été obligée de reconsidérer la situation. Biolay décidément. "Si tu parles à ton ombre de temps en temps" alors déjà que Rayures est dans un phase compliquée, peut-être n'est-ce pas le meilleur moment pour disparaître, même pas longtemps, sans compter ce que je risque de me prendre si jamais un jour elle attaque une thérapie. "Si tu aimes ce qui est bon, si tu vois des mirages" après, il y a aussi Numérobis qui doit travailler ses saletés de démanchés pour son audition, et honnêtement on n'y est pas, l'Homme est encore plus nul que moi en clef de fa, et je ne suis pas certaine que la table de 8 soit totalement acquise (le 7 X 8 reste un problème récurrent). Enfin il faut bien avouer que vu l'autorité que l'Homme a sur Duracell, je crains quand même qu'elle se prenne pour Dieu  (autant il va lui faire d'une entrecôte maître d'hôtel à midi parce qu'elle ne veut pas de steak haché). "Ce n'est pas de ta faute, c'est ton héritage, ce sera pire encore quant tu auras mon âge"; oui donc là je me suis dit que déjà, vu qu'on vient tous les deux de familles dysfonctionnelles, ce n'était pas la peine d'en rajouter et qu'il fallait mettre toutes les chances de leurs côtés.

En plus j'ai croisé un type bizarre avec un chien et un fusil: 3 éléments qui m'inquiètent toujours quand je suis seule, même en baskets; j'ai regagné la maison mine de rien en fredonnant "il faudra faire avec ou plutôt sans".

J'ai été accueillie par un "déjà?" de Numérobis, par un "j'ai oublié tous mes devoirs à la maison et j'ai 4 évaluations à la rentrée" de Rayures, et par une cascade de Duracell à qui l'Homme tentait péniblement de mettre des chaussettes "elle préfère être pieds-nus je t'assure"

Nous sommes repartis le lendemain de mon projet de fugue, parce que j'avais oublié qu'il y avait un rappel de vaccin pour Rayures (et que l'infirmière du collège m'a mis un mot dans son carnet de santé avec des gros points rouges d'exclamation). 

Une fois de retour à la maison, les filles ont décidé qu'il serait bien mieux pour tout le monde qu'elles dorment toutes les trois dans la même chambre (on a déménagé et fait 6 mois de travaux juste pour avoir une chambre de plus- c'était vraiment une idée géniale, merci l'Homme). Rayures  a eu le rappel de son vaccin, Numérobis a passé une nuit à toucher les 40 de fièvre, Duracell a enrichi son vocabulaire d'un nouveau mot "oh la la". J'ai un jour et demi pour faire les devoirs de tout le monde et 4 ou 5 machines à faire tourner avant lundi.

Belle rentrée à tous.  Je le répète la Toussaint, en termes de vacances en famille, c'est une valeur sûre. Demain je vais afficher une mine réjouie et répondrai avec un sourire éclatant "c'était une semaine merveilleuse".

"Et si tout se déroule jamais comme dans tes plans, si tu n'es qu'une pierre qui roule, roule mon enfant"

samedi 23 mai 2015

Brèves de galets: traité de vieillitude

C'est bientôt la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, sommet du glamour et du glitter, ça brille et ça swing,  les vieilles actrices paraissent plus jeunes que leurs filles, le journaliste parisien vient goûter la cocaïne azuréenne, il me semble que c'est LE moment idéal pour parler de "la Vieillitude".

La Vieillitude, on l'a ou on l'a pas, et moi, Galéa, je me fais un devoir d'y consacrer un billet (toujours en pointe de l'actu et du fashion, tel est le créneau de ce blog d'investigation).

La Vieillitude commence le jour où on se souvient précisément de sa mère quand elle avait notre âge (généralement, on a une dizaine d'années et une mère permanentée comme un mouton sur le dessus de la tête, avec l'incontournable veste bariolée aux épaulettes disproportionnées). Ceux, comme moi, qui n'ont pas eu la chance d'avoir une mère moche, ont entendu toute leur enfance que c'était "une belle femme" sans comprendre vraiment comment pouvait-on être vieille et belle (heureusement pour mes filles, j'ai hérité des gênes paternels, et heureusement pour moi:  j'ai rencontré l'Homme très jeune, au faîte de ma bellitude, il est depuis obligé de faire avec).


La Vieillitude c'est croire au complot de l'industrie agro-alimentaire (avec une surveillance accrue de la composition des aliments et la traque des E en tous genres- bref la base). La Vieillitude c'est se méfier  du soleil qui n'est pas si sympa que ça (la crainte du mélanome quand on oublie la crème solaire), c'est ne se faire plus aucune illusion sur les politiques, les pharmaciens, les beaux-parents, les lotions anti-poux...C'est aussi être pour l'allemand, le latin, le grec, l'histoire enseignée dans un contexte chronologique, et croire en l'importance des cours de Français pour construire les citoyens de demain (aucun rapport avec l'actualité évidemment, je ne suis que mode, lifestyle et tendance). 

La Vieillitude, c'est avoir des manies, des routines et , disons le, être devenu psychorigide (en fait, le psychorigide l'est depuis toujours, mais ne le découvre qu'au moment où il rentre en vieillitude). Ne jamais terminer une journée sans une bière fraiche (sachant qu'un verre de vin est conseillé par les médecins, je dirais qu'on est dans l'idée générale de la prescription médicale), ne jamais se coucher sans sa tisane Nuit Calme (c'est fou comme on croit aux plantes quand on vieillit), mais garder un vague côté sale gosse en continuant de fumer, alors qu'on nous dit "bonjour Monsieur" au téléphone (c'est la Jeanne Moreau's attitude).

La Vieillitude c'est avoir (enfin) renoncer au "paraître" pour se concentrer sur notre "être" profond :  on assume ses bas de contention et ses vergetures (qui ne partiront JAMAIS sans la crème hors de prix que la vendeuse de Sephora tente de refiler à toutes les femmes entre deux âges). On renonce aux maillots de bain fluo, léopard, échancrés ou minimalistes. On marche dans des chaussures confortables à défaut d'être sexy, on se coupe la frange et on s'épile toute seule, parce que vraiment, notre image de femme fatale, on n'y tient plus tant que ça finalement (et pour cause, c'est la Bardot's attitude).

La Vieillitude c'est croire qu'on avait touché le fond avec Loft Story en 2000, et ignorer qu'il existe maintenant Les Chtis à Las Vegas. 

La Vieillitude c'est aussi se féliciter d'avoir été jeune avant l'apparition de Facebook et IG, et qu'il ne reste plus trop de traces de nos adolescences ingrates et notre jeunesse un peu honteuse.

La viellitude c'est comprendre que nos parents avaient parfois raison, qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu et qu'on est pas sûr de faire mieux.

La vieillitude c'est être fidèle à ses principes et à son personnage en continuant inlassablement de reprendre les amis ou parents qui disent "la voiture à Jean-Claude". Ne surtout pas lâcher le rôle d'anti bout-en-train du dimanche et des soirées en ville, un rôle qu'on a mis des années à construire et peaufiner.

La vieillitude, c'est se croire encore crédible, quand on jure "sur ses yeux" que  JAMAIS nos filles n'auront de portable, de cigarettes, de poster de boys-band dans leur chambre, de sortie en boîte avant 21 ans  et qu'elles porteront, toute leur vie, des culottes Petit Bateau.

Et puis, la vieillitude c'est apprécier les trucs de vieux : l'aube, le silence, la plage déserte et le bruissement du matin. Comme les enfants, les vieux aiment les aurores (pourquoi perdre du temps à dormir alors qu'on peut être épuisée toute une journée?).  La viellitude c'est échapper -de peu- à une dépression quand on apprend la durée de vie d'une passiflore (ce qui reste une honte quand même); c'est ne plus tourner sa langue dans sa bouche avant de dire ce qu'on pense. La vieillitude, c'est se moquer du regard des autres et de savoir si on a raison ou tort, c'est s'arrêter à des détails qui paraissent primordiaux et se disputer copieusement avec les gens qu'on aime.

Mais dîtes donc, je me demande si la vieillitude, ce ne serait pas comme avoir retrouvé la sale gamine l'enfant qu'on a été.

lundi 26 janvier 2015

Brèves de galets: traité de snobitude

Aujourd'hui, je devais chroniquer La femme au carnet rouge, mais j'ai ressenti comme une urgence, à parler avant de la snobitude, j'ai senti qu'après les poux il fallait continuer mon exploration des choses fondamentales de la vie (et dans la foulée, ne pas être à un néologisme près)

A l'origine la snobitude (cela n'existe pas, mais quel autre mot utiliser ?), à l'origine donc, le snob, c'est  la mère Groseille qui se prend pour Lady Grantham. La preuve par Downton Abbey: c'est la comtesse douairière, Lady Violet, qui traite son majordome de snob, quand ce dernier se permet de ne pas proposer du gâteau à un roturier (qu'il est lui-même donc). Le snob vient donc du bas de la société et fait croire à tout le monde qu'il en est sorti. Et puis la mère Groseille s'est tellement donnée des airs de grande dame que tout le monde y a cru. Et maintenant, on imagine que les snobs sont une espèce d'élite qui méprise le vulgaire. 

Mais non.

Ainsi, je pose la question. Comment le reconnaître? Dans un pays où la noblesse n'a plus de poids politique depuis deux siècles et demi, il est d'autant plus difficile de démasquer le roturier qui se prend pour un aristocrate.

Voici 5 conseils pour l'identifier (et éventuellement le fuir)

1- Le snob (qui a longtemps écouté Boris Vian) est anti-télé, anti tablette, anti console, anti jeux vidéos. Parce que ça abrutit, et qu'il a lu une étude là-dessus (surtout arrêtez-le avant qu'il vous la déballe). Le snob est celui dont les enfants ne connaissent pas les publicités, ni les programmes destinés à la jeunesse, ni les stars du petit écran, ni the Voice. Tout cela ne l'empêche pas d'être greffé à son smartphone, addict aux réseaux sociaux, et vaguement geek sur les bords.

2- Le snob a généralement fait des études longues, passionnantes et inutiles. Il a donc acquis une foule de connaissances qui ne lui servent strictement à rien, sinon à être vaguement inquiétant et ennuyeux en soirée. Il ramènera sa science comme un boulet (alors que personne ne lui demande rien), quand les autres profitent d'un apéritif entre amis et échangent des blagues graveleuses. Le snob est socialement difficile à intégrer, l'anti bout-en-train des vacances. On ne rit pas avec le snob, on rit de lui. Il imposera à ses enfants allemand, latin et grec en sachant pertinemment que ce n'est pas un investissement sur l'avenir.

3-Le snob tend à se rapprocher du bobo. Il habite généralement dans un quartier multiculturel, un centre-ville historique, dans un ancien entrepôt réaménagé ou dans un immeuble vétuste vieux de deux siècles, dont il vante le cachet (mais ou les volets décrépis manquent de tuer les passants par jour de grand vent). Néanmoins, il s'arrangera pour dépendre d'une école d'un bon niveau et le cas échéant inscrira sa progéniture dans le privé. Pareillement, il lutte contre les additifs alimentaires, graisses hydrogénés, et légumes transgéniques, mais fume trop et partout, laissant dernière lui une vague odeur de tabac froid et de kérosène. On le distingue du bobo,  parce qu'il ne prend pas les transports en commun car il n'aime pas trop la compagnie des autres êtres humains.

4- Le snob ne suit pas la mode, s'offusque du port du slim, milite contre le retour du fluo, ignore qui est Nabila, s'insurge contre la frange effilée, se bat contre les baskets compensées. Son style vestimentaire sera toujours à la fois décalé et désuet (souvent à la limite du ridicule, sans qu'il le sache toujours d'ailleurs). Ses enfants sont habillés dans un mélange de tradi (parce qu'il essaie de faire croire qu'il est de la haute) et de home-made (parce qu'il n'a pas compris les limites de ses capacités manuelles). L'ensemble n'est pas toujours harmonieux, surtout s'il décide de couper lui-même les cheveux de ses enfants.

5- Le snob ne lit ni chick-litt, ni romance, lève les yeux au ciel quand on lui en parle, feint de ne pas connaître Sophie Kinsella. Il se trémousse de joie à l'évocation de Beauvoir, Aragon, Ronsard ou Racine, mais peine à cacher son malaise quand on lui cite Proust ou Céline qu'il n'a pas encore lu (tout en justifiant de manière désespérée sur son inculture). Le Snob méprise Johnny Hallyday et Michel Sardou, bien qu'il connaisse par coeur, bien malgré lui, les paroles du lac de Conemara et de Que Je t'aime (qu'il chantera faux et fort un soir d'excès de boisson sur laquelle il est généralement porté).

En bref, le snob s'y prend tellement bien qu'on n'oublierait presque d'où il vient : de la masse laborieuse. Ses arrières-grand-pères sont généralement morts au front avant septembre 1914, parce qu'ils fournissaient la chaire à canon des armées, ceux qu'on met en première ligne parce qu'ils manqueront moins que les autres à la nation, ceux qu'on a sacrifiés en tout premier. Ainsi, le Snob restera toujours celui, qui quand il s'est inscrit à Cambridge, a eu un Sine NOBilitate devant son nom dans les registres. Le Sans Noblesse, sans titre, sans terre. Le Snob restera celui qui venait du peuple quand les autres étaient issus de la haute société et de la notabilité cultivée et élevée pour l'être. 

Mais l'environnement spirituel et culturel que le Snob n'a pas eu par naissance, il l'a acquis par exigence personnelle, par travail, par curiosité. Car le snob aura compris tôt que pour trouver le monde beau et supportable, il est nécessaire de lever la tête et de s'élever l'esprit. Et le plus souvent, il l'aura fait tout seul, parce qu'il faut de l'exigence envers soi, pour se permettre d'être à ce point pénible avec les autres.

La snob est donc un imposteur, saturé de contradictions profondes et joyeuses; ce qui devrait nous le rendre finalement sympathique. Peut-être même devrions trouver un peu de bon dans la snobitude.

C'était Galéa pour Brèves de galets (la rubrique qui coupe les cheveux en quatre)

samedi 6 décembre 2014

Brèves de galets # 1 : Les poux

J'inaugure une nouvelle rubrique sur ce blog, intitulée "brèves de galets", qui n'a rien à voir avec la littérature (mais alors rien de rien), et qui a pour objectif de vous faire partager mes réflexions profondes sur la vie, le monde et l'univers: aujourd'hui nous traiterons donc des poux. 

Je revendique des chroniques à portée universelle bien sûr, et je ne doute pas de l'intérêt profond que je suscite chez mes lecteurs, mais je comprendrais bien sûr que l'estampillage "brèves de galets" soit tout à fait dispensable.

Les poux donc.

Dans la vie de parents d'élèves, il y a plusieurs moments forts dans l'année.

- La rentrée bien sûr (tout le monde sur son 31, parents bizarres, enfants surexcités, enseignants concentrés).
- La première convocation pour écart de conduite (boule au ventre, visage de composition, mea culpa prêt à jaillir)
- Et les poux : ce moment fort de l'année ou TOUT peut basculer.

Cela commence par des affiches partout (devant la classe, dans l'escalier, devant le réfectoire...) avec un dessin qui se voudrait presque rassurant (deux enfants dubitatifs mais encore sains)  mais dont le message fort "Les poux sont de retour, vérifiez la tête de vos enfants", peut me déclencher une crise de spasmophilie.

Cela se poursuit par la maîtresse qui nous accueille (avec une nouvelle couleur de cheveux of course) en nous demandant gentiment d'attacher TOUS des cheveux des enfants (en regardant précisément ma fille, venue en classe avec un serre-tête Reine des Neiges, "emprunté" à une copine).

Les poux : c'est LE moment de vérité introspectif de l'année, celui où ressurgissent nos démons les plus enfouis. Etant naturellement sociable et chanceuse, j'ai toujours eu une tête à poux. S'il y en a un qui traine quelque part, en général il est pour moi. Enfant, ma mère (tout à la joie de son statut de femme active/mère moderne) n'en pouvait tellement plus de m'épouiller, qu'elle a fini par me couper les cheveux. Pas le carré-frange des filles de bonne famille, non, non, non le coupe courte à la garçonne (qui sera à la mode 10 ans plus tard chez les adultes, mais jamais chez les petites filles) ce qui m'a valu des "bonjour jeune homme" pendant de longs mois.

De manière plus générale, les poux permettent, (un peu comme les périodes de guerre finalement) de comprendre qui sont VRAIMENT les autres parents de l'école. Il y a d'abord les hystériques qui beuglent et poussent des hurlements, en se jetant frénétiquement sur la tête de leurs enfants. Ayant une très forte communauté américaine dans mon école, et partant du principe que les Américains ont quand même des doutes sur l'hygiène des Français, je peux vous dire que j'en ai entendu des "Oh My God", "fucking lice" "No, no, no" ... 

Mais ce n'est rien à côté des mères écolos. Pourtant à la base, je les aime bien: je trie mes déchets, je suis contre les bains et les 4X4, j'éteins la lumière, je mange de saison, je ne prends pas l'avion (oui oh c'est bon, c'est autant par conviction pas que par névrose). Mais visiblement, être écologiste  orthodoxe empêche de comprendre que l'huile essentielle de lavande ne permet pas l'éradication des poux, surtout sur des longues chevelure d'enfant (à 5 ans, je pensais qu'une mère pouvait décider de couper les cheveux de sa fille...mais manifestement non)

- "Elle est très attachée à sa chevelure tu comprends, ça fait partie de son identité". (A 5 ans, la gamine parvient à formuler de manière remarquable la perception qu'elle a d'elle même)

 Même en rassemblant toute mes capacités de tolérance (dont déjà la Nature m'a peu pourvue), je n'ai pas pu m'empêcher de me disputer avec cette mère (ceci-dit je ne suis plus à ça près). Comme quoi, tous les extrêmes sont dangereux dans une société. Quand j'ai suggéré d'utiliser une autres méthode de traitement (genre un shampooing ou une lotion conçus pour cet effet), je me suis fait littéralement agresser. J'ai eu le droit à une réflexion sur la couches d'ozone, sur Monsanto, et les laboratoires pharmaceutiques.

- "Tu te la joues écolo, hein, Galéa, mais quand il s'agit de se comporter en citoyenne de la planète, il n'y a plus personne: un ou deux poux et tu t'écrases devant les lobbies". 
J'ai eu peur, je suis partie  en courant (et en me grattant la tête) et depuis je fais de incantations vaudous pour que nos filles soient séparées l'an prochain.

Bien sûr comme dans toutes périodes troublées, on trouve les tièdes et les négligents, qui ne résistent ni ne collaborent. Ceux qui se contentent de faire un shampooing à leur enfant mais qui "oublient" (bande de feignants oui) de laver tous les draps, housse de canapé, de fauteuils, les bonnets, les capuches, les doudous, les taies mais aussi le siège-auto, oui ce truc moyennement propre, plein de miettes de gâteaux au fond, qu'on n'a jamais déhoussé depuis le premier enfant. Bien sûr, ils nous assurent qu'ils ont tous fait bien. Mais non!!! Il n'ont fait que la moitié du travail, que dis-je le quart...sans aucun respect pour ceux qui ont consacré leur week-end entier à faire des machines, qui se sont agités avec des sprays, qui voient des poux partout, dont l'appartement n'est rien de moins qu'un chantier de désinfection.

Mais surtout, l'épisode-poux fait sortir du bois les délateurs. Oui, oui, les mêmes qui vous auraient vendu à la Gestapo en 1943. Ils sont difficiles à reconnaître car ils se noient dans la masse des parents impliqués, sympas et ponctuels de l'école: ils, ou plutôt elles (car ne nous leurrons pas, malgré les progrès féministes du XXe siècle, les femmes et surtout les mères, restent quand même des langues de vipères inégalables),  elles, donc, flattent la maîtresse aux sorties bibliothèques (et lorgnent les enfants des autres), font des gâteaux aux kermesses (et te faisant bien comprendre que pour elles ce n'est pas grand-chose),  elles n'oublient jamais rien (mais notent bien les retards et lacunes de chacun). Ces mères-là, animées par la volonté réelle de trouver une solution (pour le bien du groupe-classe évidemment), et ayant envie d'un peu d'animation dans leur morne vie,  procèdent donc à des enquêtes. 

-"Mais enfin, ils viennent d'où ces poux? c'est pas possible ça"

Elles ont le temps d'avoir une idée précise de chaque enfant (rapport aux sorties scolaires), et suspectent rapidement deux ou trois spécimens. 

"- La petite K*****, ça ne m'étonnerait pas qu'elle en ramène, sans vouloir critiquer, j'ai déjà remarqué qu'elle portait souvent les mêmes affaires deux jours de suite, si tu veux mon avis, j'ai bien peur que les lavages de cheveux soient assez occasionnels dans cette famille, en plus je crois que son père a perdu son travail".

Elles suspectent aussi et surtout les enfants des mères avec lesquelles elles ne s'entendent pas, celles qui n'ont pas le tutoiement facile, qui disent bonjour quand elles se brûlent, celles aussi qui ne sont pas très branchées, qui s'habillent comme dans les années 90', bref les arrogantes, les moches, les prolo, les trop riches, les bêcheuses, les vulgaires....

"- Ecoute, une amie dont le fils est dans la classe du grand de Mme O**** m'a dit que malgré ses grands airs, elle est loin d'être maniaque, si tu vois ce que je veux dire, en plus je crois que son mariage prend l'eau..si tu vois ce que je veux dire, alors, c'est sûr, la pauvre doit avoir autre chose à faire qu'à vérifier la tête de ses enfants...malheureusement"

Les poux sont un formidable moyen de régler ses comptes en fait. Les délatrices par définition se considèrent en dehors du problème poux sous prétexte qu'elles n'ont que des garçons, ou des filles aux cheveux courts, qu'elles ont le temps de vérifier tout chez tout le monde. ERREUR. 

Ce qu'elles ignorent surtout c'est qu'aucune classe jusqu'à présent n'a pu éviter les poux quand Numérobis est parmi ses élèves.

Numérobis, en plus d'avoir hérité de mes gènes qui attirent les poux est une énigme capillaire depuis sa naissance. Quand elle est née, elle avait plus de cheveux que sa soeur de 2 ans et demi. Numérobis, c'est des cheveux, des cheveux, des cheveux. Si un pou se perd, il atterrit chez elle. Et en plus, elle aime les autres enfants (ce qui me semble étrange mais bon, à la limite, pourquoi pas, et j'accepte mes enfants tels qu'ils sont). Elle recherche le contact, joue, échange ses barrettes, et ce malgré mes menaces du matin.

- "Je te jure Numérobis que si tu reviens avec une barrette qui ne t'appartient pas, tu es privée du chocolat de l'Avent". (inutile de commenter mes méthodes d'éducation, je suis une enfant de Dolto, je sais que je paierai un jour ce genre de chantage honteux)

Bref, Numérobis est chevelue, sociable et régulièrement pouilleuse. Elle a beau empester le lavandin de septembre à juin, elle les attrape de manière régulière (et moi aussi dans la foulée).

A présent, je suis une spécialiste de toutes les marques de shampooing, lotions et sprays qui détruisent la planète, des peignes (en plastique, en métal), des répulsifs (naturel, bio, artisanaux ou industriels) et autres arnaques pharmaceutiques vendues à prix d'or. Je suis une épouilleuse professionnelle, lunettes sur le nez, je n'en loupe pas un, je pousse des hurlements de victoires à chaque mèche impeccable, je m'auto-congratule du génocide, je marmonne à chaque prise et me réjouis devant une tête saine. Véritable professionnelle de l'enturbannement de tête au film alimentaire, je suis une encyclopédie vivante du poux.

C'est pour cela qu'un jour, je prendrai mon courage à deux mains et j'irai voir la délatrice qui pense que les poux ont des préférences socio-professionnelles. Je lui avouerai que sa fille a toutes les chances d'en attraper en trainant avec Numérobis J'irai aussi lui dire que sa fille a confié à la mienne que sa mère, toute BCBG qu'elle soit, a dit trop fort qu'elle avait autre chose à faire qu'à déhousser son canapé Roche-Bobois. A 5 ans ils se disent tout les gamins. Un jour j'harponnerai ma copine américaine en lui disant que les poux ce n'est pas la galle, qu'elle a toutes les chances que sa fille en sorte indemne, que dans 99,99% des cas on s'en remet sans séquelle. Un jour, je me farcirai la mère écologiste qui se permet de douter de mes convictions sur la planète et lui offrirai un peigne fin pour qu'elle fasse le minimum quand même.

Un jour, il faudra aussi que je dise à ma mère que vraiment, j'ai mal vécu les cheveux courts.

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé serait le fruit d'une pure coïncidence. 

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