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samedi 30 novembre 2013

Une Part de ciel


Claudie Gallay, Une Part de ciel
Actes Sud, 2013, (445 p.)
Claudie Gallay est la romancière préférée d’une amie-libraire chère à mon cœur, donc quand Sylire a proposé de parrainer quelqu’une pour l’opération Price Minister, je me suis précipitée sur l’occasion et j’ai commandé Une Part de Ciel quasiment les yeux fermés.

Une Part de ciel fait parler Carole, une looseuse comme je les aime. La quarantaine, fraîchement abandonnée par son mari, elle revient dans son village de montagne, un endroit dont on ignore si elle se sent chez elle ou chez les autres. Elle revient parce qu’elle pense que son père va y revenir aussi. C’est donc l’histoire d’une attente qu’elle partage avec son frère Philippe (une sorte de notable forestier) et sa sœur Gaby (un quasi cas-social dont on ne prononce pas le nom).

Effectivement, Une Part de ciel c’est un roman sur l’attente. Absolument tout le monde attend dans ce livre. Les montagnards attendent la neige, la fratrie attend le retour du père, Gaby attend que son Homme sorte de prison, Diego attend que son puzzle délivre son image, la Baronne attend une réponse pour son chenil, Carole attend tous les matins que la serveuse batte ses draps dehors, Frankie attend son nouveau Juke-box, la Môme attend de partir, le petit Marius attend sur le tourniquet, sans savoir quoi exactement…

Bref, tout le monde attend. D'habitude, ça m’exaspère... mais pas  là. On le sait un livre sur l’attente, c’est un livre sur le passé. Quand l’action n’avance pas, c'est qu'elle a déjà eu lieu. Les événements ne se produisent pas, ils se sont déjà produits dans Une Part de ciel. Cela ne marche pas toujours (genre…, le Kasischke par exemple - humour-), mais là c’est une belle réussite.

J’ai aimé l’ambiance, la lenteur, j’ai aimé qu’il ne se passe pas grand-chose au présent. J’ai été touchée par les aspérités rurales des montagnards, par l’ambiance de village en huis-clos, par cette communauté de l’entre-deux, encore dans les coutumes du passé. J’ai aimé la rudesse du climat, la rusticité des habitants, les histoires passées. J'ai été touchée par ce qu’il reste de l’enfance, et par les stigmates des traumatismes familiaux.

J’ai beaucoup aimé les arrière-plans et les second rôles : Diego est un personnage merveilleux (un cuisinier qui écoute Mozart, qui cherche le beau partout, un patient généreux), Jean (le plus ou moins premier amour de Carole, plus ou moins séducteur, plus ou moins franc), Sam (le vieux quincailler)…bref c’est très réussi.

Malgré tout cela, ce n’est pas un coup de cœur absolu.

A cause de style d’abord. Trop de passé-composé nuit à la beauté d’une phrase, il faut le savoir. Et là, il y a beaucoup trop de passé-composé. Ce n’est pas parce que l’histoire se déroule chez les gens simples qu’on est obligé d’écrire « la serveuse à Frankie » , ou du finir certaines phrases par « j’ai dit ». Ce n’est pas nécessaire et ça heurte certains psychorigides dans mon genre.

Ensuite, il y a deux ou trois invraisemblances…. bon des détails. Comment l’Oncle, qui a globalement l’âge du père, c’est-à-dire au moins une bonne soixantaine d’années (voire plus, vu que c’est l’aîné), peut-il avoir trois garçons dont le dernier n’a que 7 ou 8 ans ? Pourquoi Carole dort-elle dans un gite et non pas chez son frère ? En ville, cela se comprend, mais en campagne, c’est rare de ne pas accueillir une sœur chez soi.

Détails, détails… ça ne gâche rien.

Sans dévoiler la fin, qui est vraiment poignante, je me demande si Claudie Gallay a pensé à Modiano et Rue des boutiques obscures quand elle a imaginé la chute de son livre. Moi, cela m’est immédiatement venu à l’esprit, et c’est naturellement un compliment dans ma bouche (sur mon clavier plus exactement). Soit c’est un hommage à Modiano, soit c’est une idée talentueuse partagée par hasard…

Les deux me conviennent. C’est un beau roman que La Part du Ciel.

Merci à ma marraine Sylire qui l'a chroniqué aussi, à l’opération Price Minister (livrée avec les messages délicieux d’Olivier Moss), et aux éditions Actes Sud.

Cette lecture se voulait commune avec Enna et Jérôme, vu comment nous étions un peu pressés par le temps (surtout Jérôme et moi), nous l'avons rebaptisée : lecture commune des pieds nickelés (il est donc possible que tout ne soit pas instantané...)





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