| Alex Berg, Zone de non-droit Edition J. Chambon, 2013, 285 p. |
Je ne sais plus en quelle année j'ai appris ce terme qui glace le sang. Mais disons que la lecture du polar d'Alex Berg m'a bien rappelé ce que cela signifiait. A vrai dire, je m'en serais bien passée. Alex Berg démarre sur B. Franklin et sa réflexion sur la liberté et la sécurité...ce qui promet du lourd; et on n'est pas déçue.
Le monopole de la violence légitime, c'est ce qu'un état ou une institution peut, en toute légalité, infliger aux individus pour la raison d'état. C'est ce que va découvrir l'héroïne, Valérie Weymann un jour de décembre à l'aéroport d'Hambourg, et ensuite dans une prison officieuse d'Europe de l'Est. J'ai lu tout ce livre en réprimant une sérieuse nausée.
Alors d'accord, c'est extrêmement documenté et argumenté. Nous sommes dans les arcanes des Services de Sécurité des puissances occidentales qui veulent, à tous prix, éviter un attentat ou un complot terroriste. Bien sûr, ce livre a le mérite
de bien nous faire comprendre la question du renseignement, le pouvoir de la peur, les dégâts collatéraux de la lutte. Oui, on en apprend beaucoup sur la diplomatie. Bien sûr, c'est un livre haletant, qu'on lit vite, qui reprend les codes et rebondissements du genre (même si on devine quand même un peu la fin). Mais c'est surtout extrêmement éprouvant.

Le problème c'est que c'est une lecture qui réveille tous les instincts claustrophobes. En général, les policiers démarrent sur des scènes de vie à peu près normales jusqu'à la découverte d'un crime...pas ici. Au bout de deux pages, l'héroïne est enfermée, isolée, suspectée et coupée du monde. Et ça, ce n'est rien par rapport à la suite.
Ce qui m'a gênée, c'est aussi la ribambelle de clichés. Valérie est riche, belle et brillante, c'est une avocate qui "tente de combattre" les vices de la mondialisation "dans la mesure de ses moyens" (p.27). N'en jetez plus. Si tout l'aspect politique est très fouillé, la galerie de personnages ne m'a pas emballée : un tortionnaire de métier qui a quand même une éthique, un psychopathe de la CIA, un agent secret allemand seul au monde, un mari dépassé et notre héroïne brisée....mouai!!
Moi je lis pour fuir l'actualité et je me retrouve avec Al-Q****, des Syriens et des femmes en postures plus que délicates (je vous jure c'est un euphémisme). C'est très clairement beaucoup trop violent pour moi. Les scènes de tortures, sans être détaillées, sont suffisamment explicites pour que je les déteste. En bref: Valérie vit, dans cette prison américaine d'Europe de l'Est, le cauchemar que redoutent toutes les femmes.
Sans compter que toutes les explications geo-politiques sont souvent longues et ennuyeuses, même si j'ai bien compris qu'elles étaient nécessaires. Le style est assez froid et surtout beaucoup trop didactique. Certaines scènes m'ont paru improbables (comme rentrer et sortir d'un consulat en toute clandestinité). J'ai en plus trouvé une très grosse coquille page 174 : ce n'est sûrement pas Marc qui "pousse un soupir" mais bien Mayer. Je sais, c'est un détail. En plus, la fin est beaucoup, beaucoup trop longue.
Finalement, ce que je me demande au terme de ma première lecture Elle 2014: la fin justifie-t-elle tous les moyens? "Une innocente avait été kidnappée pour une illusion de sécurité" (p.211). Et je n'ai pas de réponse définitive à apporter à cela.
Je pense qu'il a quand même sa place dans le challenge de Liliba "Thrillers et polars"
Bref, si vous cherchez un livre qui vous redonne confiance dans le genre humain, une certaine légèreté, un moment de lecture poétique et sensible, passez votre tour.
Sinon, si vous n'avez pas un fond parano, inquiet ou dépressif, éventuellement vous pouvez vous penchez dessus...D'autant que parmi les jurées ce livre a plutôt bien été accueilli (leurs commentaires seront en kiosque vers le 6 septembre je crois)