| Valérie Zenatti, Jacob, Jacob Editions de l'Olivier, 2014, 166 p. |
Je savais que Jacob, Jacob serait au programme des Bibliomaniacs quand elles sont descendues me voir sur les bords de la Méditerranée. Je l'ai acheté tard et je ne l'ai pas lu tout de suite (heureusement qu'il est court). Il a traîné sur la table du salon pendant quelques jours avant que je m'y mette, et pour nous, à la maison, c'était bizarre de voir écrit sur une première de couverture Jacob, Jacob. J'ai donc eu le droit aux interrogations de Rayures - "C'est son nom et son prénom tu crois? Ils avaient un drôle d'humour ses parents", aux questions codées de l'Homme - "Tu en es où avec double J?" et aux réflexions esthétiques et facebookiennes de Valou sur le regard dudit Jacob.
Bref, pour nous Jacob, Jacob suscitait toutes les interrogations. Mal organisée comme à l'accoutumée, je l'ai fini une heure avant l'enregistrement, en pleurnichant un peu sur mon canapé.
Jacob, Jacob c'est l'histoire de Jacob, juif algérien, qui est mobilisé pour partir au front pour le débarquement de Provence. Il n'a que 18 ans, il attend les résultats du bac, et est issu des milieux pauvres, où on s'entasse à plusieurs dans un pièce, toutes générations confondues, les uns contre les autres. Un univers dur, où la claque (et les coups) sont faciles sur les enfants insolents et dans lequel le patriarcat ça veut dire quelque chose.
Jacob c'est le sensible de la famille, un peu plus que son père et son frère en tous les cas, un presque adulte qui part faire une guerre glorieuse dont on ne sait pas s'il en reviendra. Zenatti invente le débarquement de Provence, tout en intuition et en odeurs de peur, de froid et de sang. Avec une remontée au Nord, dans un pays que finalement les Algériens ne connaissent pas, dans un pays où soldats musulmans et juifs doivent parfois manger du porc pour ne pas froisser les paysans de l'Est qui les accueillent le temps d'une ville reprise sur l'Ennemi.
Jacob, Jacob, c'est l'histoire de l'enfant qu'on attend, mais aussi celle de sa famille qui reste en Algérie - sans nouvelle. L'une des grandes réussites de ce roman, ce sont les magnifiques personnages de mères; des mères qui se taisent, qui souffrent, qui espèrent et qui parfois font preuve d'une détermination émouvante. Des mères en deuil aussi. Jacob c'est l'enfant disparu et celui qui va disparaître, c'est l'enfant des beignets et celui de la photographie avec un décor de carton-pâte.
Jacob, Jacob, ce sont les quelques mois d'un presque'homme, tels que les a imaginés Zenatti. C'est la fin de la Seconde Guerre Mondiale et les prémices de celle d'Algérie. C'est finalement l'histoire banale, troublante et tragique d'une partie de la communauté séfarade, sans forcer le trait ni grosses allusions.
Rien qu'à cause du titre, je ne pouvais qu'être sensible à ce roman, dans lequel pourtant, le style m'a complètement déstabilisée. Les phrases jaillissent des tripes de Zenatti (elle l'a dit elle-même chez Busnel), et il faut s'y habituer, mais la dernière partie est tellement poignante, et la dernière page tellement émouvante, avec une boucle bien soignée comme je les aime, que je ne peux que le saluer ce livre.
Il gardera pour moi la couleur d'un week-end de septembre.
J'attends maintenant de découvrir d'autres romans de Zenatti, et particulièrement un dont le titre m'échappe et dans lequel elle raconte sa difficulté à se sentir française quand elle était enfant (si quelqu'un a le titre, je suis preneuse).
