Gone girl est le titre original des Apparences de Gillan Flynn. Je viens de le finir, partagée entre plusieurs sentiments contradictoires (oui je sais, cela m'arrive malheureusement très souvent).
L'histoire démarre le jour du cinquième anniversaire de mariage d'un couple américain de quasi quadragénaires qui ne s'est toujours pas remis de la crise de 2008 et qui s'est installé dans l'Amérique profonde au bord du Mississippi. Les premières pages s'étendent sur ces grandes perdants devant l'Eternel. Why not?! Sauf qu' Amy, "the gone girl" (mais bon sang, pourquoi le titre n'a-t-il pas été conservé? la fille partie, la fille disparue...ça aurait été bien plus fidèle à l'esprit du livre...mais bref !), m'a été très antipathique dès la page 52 : elle déteste Murakami. Amy s'évapore subitement et Nick est rapidement suspecté par la police. S'en suit alors une longue enquête qui dissèque lentement mais sûrement le mariage des Dunne. Nick, aidé de sa soeur jumelle Margo, se retrouve à mener seul des investigations parallèles aussi inquiétantes que tordues. J'ai peur de trop en dire donc je vais m'arrêter là sur l'histoire.
| Flynn Gillian, Les Apparences, Sonatine, 2012, 574 p. |
C'est un récit à deux voix rudement bien mené, c'est l'excellente idée de l'auteur. La voix de Nick d'une part et les journaux intimes (le pluriel a son importance) de sa femme d'autre part. L'intrigue est superbement bien menée, très articulée, très américaine, une équation parfaite. Rien à dire de ce côté, c'est un pavé que j'ai englouti en quelques jours, parce que soyons honnêtes on est très très pressé de savoir ce qui va se passer, même si à mon gout la surenchère de rebondissements était un peu excessive (mais je mets cela sur mon côté trop "européen"...enfin dixit ma meilleure amie...américaine, of course).
Gillian Flynn décrit bien cette Amérique d'après la crise, l'omniprésence des médias,la généralisation de l'inculture, la question de l'image que l'on aimerait renvoyer de nous même, nos petits arrangements avec la réalité! C'est indubitablement brillant, bien esquissé et sans compromission ...Et pour être complètement sincère, si on a globalement l'âge des personnages, ce livre est plutôt néfaste, conjugalement parlant. Enfin dès la deuxième partie, théoriquement, on ne s'identifie plus à eux...
Une question subsiste néanmoins: mais pourquoi les bons thrillers (un très bon, indubitablement) ne sont-ils jamais correctement écrits? Pourquoi manque-t-il toujours ce petit supplément littéraire qui résonne comme du velours? Je suis toujours un peu frustrée de la pauvreté du style. Il n'y a que sur certains blogs (qui se reconnaîtront) que les gros mots ne me dérangent pas. Sur presque 600 pages, ce n'est qu'indigence de vocabulaire, absence absolue de poésie avec une crudité assez proche d'une Virginie Despentes (l'humour en plus).
Ceci-dit je l'ai englouti...donc si je n'intellectualise pas, c'est évidemment un bon polar. Mais de vous à moi, j'étais quand même très contente de l'avoir fini, ce n'est pas un livre qu'on tarde à achever parce qu'on sait qu'il va nous manquer.