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samedi 25 janvier 2014

Fille de la campagne

Edna O'Brien, Fille de la campagne,
Wespieser, 2013, 478 p.
Quel étrange document que ce Fille de la campagne,  que Lire a quand même  élu document de l'année 2013  (bref).

Edna O’Brien entreprend de raconter sa vie avec un début très prometteur :  une vieille dame, qu’on suppose dans sa dernière ligne droite , décide de se raconter à elle-même. 

Oh surprise! O’Brien n’a conservé en mémoire que des souvenirs malheureux. Il y a donc beaucoup d’amertume et peu de chaleur. Du coup, elle peine à créer des ambiances, les descriptions sont longues et souvent redondantes. Toutes les étapes de sa vie sont aigres : son dépucelage sinistre,  son mariage sans joie, sa maternité trop rapide, son premier livre mal accueilli par le siens, l’achat de sa maison pleine d’embûches. Rajoutons à cela, la pauvreté de ses parents, la pingrerie, l’hypocrisie...et on a le carton plein.

Sa vie a été triste et fatalement, ça se ressent. 

Ensuite, Edna O’Brien reste à distance d’elle-même mais aussi de ses autres personnages, qui n’ont ni consistance, ni physique. Aucune figures secondaires, seulement des ombres qui passent. Cette autobiographie est d’une solitude pratiquement totale. C’est une éternelle amoureuse abandonnée, mais on peine à saisir ses amants. Dommage.

Enfin, il y a un vrai problème d’écriture ou de traduction. L’emploi des temps est absolument anarchique. On passe dans une même phrase, du passé simple au présent, parsemé d’imparfait ou du futur antérieur. C’est grammaticalement contestable et franchement difficile à suivre pour le lecteur moyen que je suis (très beaux spécimens p.292 et p.431). Je suis plus qu’étonnée que cela n’ait choqué personne chez l’éditeur. 

Mais je l'ai bien aimé quand même, parce que j'en retiens la vie triste d’une romancière seule dans son  succès, et qui s’est davantage égarée qu’elle ne s’est trouvée. C’est long, sans être inintéressant. Mais bon, éventuellement, s'il y avait eu un fil rouge, ça aurait été bien aussi. 

Ses longues recherches d’elle-même chez des psy de tous genres m'ont rappelé que j' ai autour de moi pléthore de femmes comme ça, (d'où le cadeau de mon père à Noël qui connaît ma passion pour ce genre d'introspection).

Et c'est vrai que quand elle parle de sa vie de romancière, elle sauve le livre. Le chapitre intitulé «Livres » est formidable. En plus, elle a de très belles phrases d’anticipation historique « Le Nord était une région sur une carte […] je pressentis qu’un jour il assombrirait nos vies. » (p.52). Je me suis attachée à elle et ses fils, mais c'est vrai que je me suis un peu ennuyée quand elle raconte sa vie à New York, pourtant parsemée de personnages célèbres,  mais que j'ai trouvé fastidieuse. 

En fait, je l'ai bien aimé alors que j'ai passé mon temps à relever les défauts....(contradiction quand tu nous tiens).

Je terminerai sur une phrase qui devrait donner à réfléchir aux blogueurs (si tant est qu’on considère le blog comme un journal personnel) « je lus avec inquiétude que seuls les très jeunes et les très fous tenaient leur journal » (p.319)...voilà, voilà, vu que je suis vieille depuis toujours, donc je vais me ranger dans l'autre catégorie. C'est fait.

J'intègre ce billet au rendez-vous non-fiction chez Marilyne de Lire et Merveilles.

Je vous laisse aller voir ce que mes collègues jurées en ont pensé....Fleur a un avis assez proche du mien (nous sommes souvent d'accord), Enna et Awa n'ont pas aimé du tout (et je les suis sur cette histoire de traduction bancale), il a manqué à Pascale une dimension historique un peu plus fouillée, Meelly et a été littéralement emballée (son billet est très beau) et Laure, Virginie et  Valérie-leader l'ont beaucoup apprécié aussi..
Mais pour être honnête,  certaines jurées ne l'ont pas fini et d'autres n'ont pas eu envie de le chroniquer...Il n'a donc pas plu à tout le monde...

J'en profite pour leur adresser un message personnel : chères jurées, nos échanges sont ce qui me plaît le plus dans cette aventure féminine, même si certaines ont délaissé Passion Arabe, même si le Kasischke enthousiasme la majorité d'entre vous, même si Adèle et Lady Hunt se sont faits sortir, même si je pense être la seule à avoir été déçue par Attentat Express, même si je déteste le Nikitas... 


Je reste avec plaisir le vilain petit canard de cette aventure qui aurait été tellement moins bien  sans vous les filles...

C'était Galéa qui se sert honteusement d'Edna O'Brien pour  faire passer un message  à la de Gaulle  (quand je vous dis que j'ai vécu les années 1940)
scrthh....scrtchh....Les jurées parlent aux jurées....le navire prend l'eau mais je ne déserte pas...scrthh...

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