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vendredi 19 juin 2015

La Galerie des maris disparus

Natasha Solomons, La Galerie des maris disparus
Calmann-Lévy, 2014, 348 p.
Et si je vous parlais d'une femme, Juliet, abandonnée par son mari qui disparait (of course...rapport au titre). Si je vous dis que c'est une femme juive, qui évolue dans une communauté où la femme n'existe pas sans son mari (à moins qu'il soit mort...bref il aurait mieux valu qu'elle soit veuve). Et si je vous promet que Juliet va aller au delà de cela et s'émanciper en tant que femme en créant sa propre galerie à Londres?

Tentant non ?

Alors sur le papier, franchement ça fait rêver : on nous promet de l'intrigue (mais pourquoi a-t-il donc disparu dis donc ?) , du destin de femme qui sort du carcan de la communauté, la saveur des années 60 (et d'un certain accès à la liberté), de la description d'une société juive repliée sur elle-même,  tout cela mêlé de peinture, de galerie, de peintres maudits...

On se dit "oh punaise, le bon moment que je vais passer, surtout après le Manoir qui m'avait enchantée".

La je dis: "doucement Galéa, attention".

Car hormis la description de la communauté juive orthodoxe (drôle, tendre, piquante et bien menée), tout le reste est absolument raté.

Le personnage de Juliet déjà, auquel on ne s'attache pas deux minutes (comment apprécier quelqu'un qui collectionne des portraits d'elle-même ? je pose la question). Elle n'est pas drôle, n'a aucune consistance, et manque autant de faille que d'aspérité, elle est assez ennuyeuse, en tant que mère c'est un peu difficile de s'y identifier, en tant que femme elle est bizarre, en tant que fille, éventuellement, on aurait quelque chose à sauver....peut-être...

L'histoire ensuite qui ne tient pas tellement debout. Il y a plus ou moins la quête du mari disparu ...enfin plutôt moins en fait, avec un roadtrip américain globalement sans intérêt, on ne sait pas bien où ça va nous mener (réponse : à une révélation assez molle).

La veine "romance" est assez pathétique aussi, autant Elise dans le Manoir avait quelque chose d'assez sensuel avec le père et le fils, autant là franchement, le Max, (peintre maudit et ermite qui ne s'est jamais remis de la guerre, parce que la guerre c'est dur, des gens meurent) dont Juliette est amoureuse,  ne fait fantasmer personne.

L'histoire de la peinture enfin, qui aurait du fournir une toile de fond convenable (jeu de mots!!!)  ne présente qu'un intérêt assez limité. La description des toiles (dont Juliette est l'éternel sujet) n'est pas à proprement parler très intéressante, ni très ludique. Hormis le suicide d'un peintre figuratif qui est plutôt bien trouvé, tout le reste m'a profondément ennuyée (les peintres, les galeries, les soirées dans un manoir).

Quant à la mention spéciale en fin d'ouvrage, intitulé Note de l'auteur,  sur la grand-mère du mari de Solomons, dont elle se serait inspirée, avec la petite anecdote du couple avant son mariage (je jure sur l'honneur que c'est vrai)  bon franchement, c'est simple, ça fait de la peine.

Voilà, on peut réussir un roman, et même deux,  et en rater complètement un troisième. 

Où alors, la pauvre Natasha a du répondre à une commande de son éditeur, où bien elle avait sa toiture à refaire, où (dernière possibilité) elle s'être prendre son identité par quelqu'un qui la déteste...

Sinon, c'est officiel Natasha Solomons est une romancière inégale qui est capable de faire de la soupe.

C'était une lecture commune avec Hélène (qui a tiré le bon lot avec Jack) et Fleur (qui partage ma déception).

Fournisseur officiel de ce roman : Aifelle, la merveilleuse, qui a toujours une petite attention pour ses amies virtuelles, et qui me gâte plus souvent qu'à mon tour. J'espère qu'elle me pardonnera ce billet un peu sévère.

mercredi 7 mai 2014

Le manoir de Tyneford

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford
Le Livre de Poche, 2014,  519 p
The novel in the volia, 2011
(trad. Lisa Rosenbaum)
Pourquoi Le Manoir de Tyneford m'a-t-il plu à ce point?

Sans doute l'ai-je lu au bon moment (sous une pluie fine et froide dans le Doubs), juste après Maisie Dobbs qui m'avait mise dans l'ambiance britannique de la Première Guerre (il venait presque naturellement derrière). 

Une semaine après l'avoir terminé, j'y repense encore, émue et ravie, et je me retiens de ne pas acheter tous les autres romans de Natasha Solomons. 

En fait je crois que j'ai adoré ce roman parce qu'il réunit tout ce que j'aime de la britannitude (c'est là que je vois que c'est ma nature profonde de lectrice).

Evidemment, l'histoire était faite pour moi (vu que j'ai vécu ma vie antérieure dans les année 40'): Elise est une Autrichienne juive de 19 ans, elle quitte Vienne à la fin des années 30' et part en Angleterre faire la femme de chambre (le temps que les événements se calment). Globalement c'est l'histoire d'un manoir anglais pendant la seconde guerre Mondiale.

 Pour dire le vrai j'en ai lu plein des histoires comme ça (rapport à mon ancienne vie), mais Elise est un merveilleux personnage. Elle est juive mais ne connaît aucune de ses prières (même pas son Kaddish). Elle vient d'une famille intellectuelle viennoise mais son vrai questionnement intérieur, c'est la nourriture. Elise est grosse quand sa soeur et sa mère sont fines et belles. Elise est la seule à n'avoir aucune oreille quand tout le monde excelle en musique. Elise se retrouve seule à Tyneford, et parle un anglais épouvantable ...

En fait Elise c'est l'authentique looseuse des années 40'. Rien que pour cela, j'aurais pu l'aimer ce roman.

Ensuite il y a du Menderley dans Tyneford et du Maurier chez Solomons. L'incipit fait clairement référence à Rebecca (et c'est confirmé page 330). Moi, j'arrive à avoir les larmes aux yeux, rien qu'à la lecture de la première page. Je crois que les Anglais, mieux que les autres, savent parler des belles demeures. J'ai adoré Tyneford, avec bien sûr un majordome qui ressemble à s'y méprendre à Carson de Downton Abbey, l'ambiance est la même. Sauf que Tyneford est au bord de la mer, qu'en contrebas de la maison, il y a les casiers de pêche, des bateaux amarrés, il y a la baie sauvage, la mer et les arbres. 

Et puis, en vrac (parce que ce billet va vraiment être trop long) il y a les deux Mr. River, aussi fantasmants l'un que l'autre (la vingtaine vigoureuse et insouciante pour le fils, la quarantaine sombre et attirante pour le père), un manuscrit dissimulé dans un alto (the novel in the volia), des souvenirs viennois douloureux, un magnifique personnage de mère, des romans brûlés en Europe, une soeur réfugiée aux Etats-Unis. Il y a aussi la question de l'identité, de la communauté, la violence de la haine, des avions qui bombardent, des Anglais qui résistent, des comtesses méchantes, des WAAF hébergées au manoir, des villageois attachés à Tyneford, des soeurs qui correspondent......

C'est un roman qui a le mérite de ne tomber dans aucun excès, pas de surcharge de fiction, ni de rebondissements artificiels pour garder le lecteur en haleine. On nous parle de la fin d'un monde, de la disparition des lieux, de la création, du désir de l'autre, des instants fugaces du bonheur, de la guerre, du deuil, de la peur, de la faim, de la loose...

En plus, je dois dire qu'il est remarquablement écrit et traduit par Lisa Rosenbaum, c'est à la fois grave et drôle
Tout est fin et pesé.

Ce livre, je l'attendais depuis 6 mois, heureusement qu'Aifelle (une fois de plus) et Théoma m'ont mise sur son chemin. Keisha l'aimait déjà depuis l'année dernière. Je n'en reviens toujours pas d'être aussi emballée j'en ai déjà acheté plusieurs que je vais offrir, en espérant qu'il continuera à plaire....en tous les cas, il a eu le prix des lecteurs du Livre de Poche pour l'année 2014. Je l'agrège donc au challenge  A tous prix d'Asphodèle, en me réjouissant que le jury du Livre de Poche ait si bon goût....

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