| Natasha Solomons, La Galerie des maris disparus Calmann-Lévy, 2014, 348 p. |
Et si je vous parlais d'une femme, Juliet, abandonnée par son mari qui disparait (of course...rapport au titre). Si je vous dis que c'est une femme juive, qui évolue dans une communauté où la femme n'existe pas sans son mari (à moins qu'il soit mort...bref il aurait mieux valu qu'elle soit veuve). Et si je vous promet que Juliet va aller au delà de cela et s'émanciper en tant que femme en créant sa propre galerie à Londres?
Tentant non ?
Alors sur le papier, franchement ça fait rêver : on nous promet de l'intrigue (mais pourquoi a-t-il donc disparu dis donc ?) , du destin de femme qui sort du carcan de la communauté, la saveur des années 60 (et d'un certain accès à la liberté), de la description d'une société juive repliée sur elle-même, tout cela mêlé de peinture, de galerie, de peintres maudits...
On se dit "oh punaise, le bon moment que je vais passer, surtout après le Manoir qui m'avait enchantée".
La je dis: "doucement Galéa, attention".
Car hormis la description de la communauté juive orthodoxe (drôle, tendre, piquante et bien menée), tout le reste est absolument raté.
Le personnage de Juliet déjà, auquel on ne s'attache pas deux minutes (comment apprécier quelqu'un qui collectionne des portraits d'elle-même ? je pose la question). Elle n'est pas drôle, n'a aucune consistance, et manque autant de faille que d'aspérité, elle est assez ennuyeuse, en tant que mère c'est un peu difficile de s'y identifier, en tant que femme elle est bizarre, en tant que fille, éventuellement, on aurait quelque chose à sauver....peut-être...
L'histoire ensuite qui ne tient pas tellement debout. Il y a plus ou moins la quête du mari disparu ...enfin plutôt moins en fait, avec un roadtrip américain globalement sans intérêt, on ne sait pas bien où ça va nous mener (réponse : à une révélation assez molle).
La veine "romance" est assez pathétique aussi, autant Elise dans le Manoir avait quelque chose d'assez sensuel avec le père et le fils, autant là franchement, le Max, (peintre maudit et ermite qui ne s'est jamais remis de la guerre, parce que la guerre c'est dur, des gens meurent) dont Juliette est amoureuse, ne fait fantasmer personne.
L'histoire de la peinture enfin, qui aurait du fournir une toile de fond convenable (jeu de mots!!!) ne présente qu'un intérêt assez limité. La description des toiles (dont Juliette est l'éternel sujet) n'est pas à proprement parler très intéressante, ni très ludique. Hormis le suicide d'un peintre figuratif qui est plutôt bien trouvé, tout le reste m'a profondément ennuyée (les peintres, les galeries, les soirées dans un manoir).
Quant à la mention spéciale en fin d'ouvrage, intitulé Note de l'auteur, sur la grand-mère du mari de Solomons, dont elle se serait inspirée, avec la petite anecdote du couple avant son mariage (je jure sur l'honneur que c'est vrai) bon franchement, c'est simple, ça fait de la peine.

Voilà, on peut réussir un roman, et même deux, et en rater complètement un troisième.
Où alors, la pauvre Natasha a du répondre à une commande de son éditeur, où bien elle avait sa toiture à refaire, où (dernière possibilité) elle s'être prendre son identité par quelqu'un qui la déteste...
Sinon, c'est officiel Natasha Solomons est une romancière inégale qui est capable de faire de la soupe.
C'était une lecture commune avec Hélène (qui a tiré le bon lot avec Jack) et Fleur (qui partage ma déception).
Fournisseur officiel de ce roman : Aifelle, la merveilleuse, qui a toujours une petite attention pour ses amies virtuelles, et qui me gâte plus souvent qu'à mon tour. J'espère qu'elle me pardonnera ce billet un peu sévère.


