Je suis quelqu'un d'influençable, une suiveuse force 10, depuis l'enfance c'est ça...je suis de toutes les sorties, du moment que je ne mène pas la danse.
Du coup quand Jérôme a parlé d'une lecture à l'aveugle, évidemment je me suis inscrite (alors que je me plains de ne pas choisir mes lectures depuis 8 mois). J'adore l'idée, c'est un beau partage entre blogueurs. Finalement, c'est comme faire une sortie run en découvrant un itinéraire que quelqu'un (qui vous veut du bien) aurait choisi pour vous.
Et jeudi dernier, tatadam, je reçois un petit colis avec mon livre mystère mais pas que. J'ai la chance de tomber sur LA blogueuse qui sait que je suis tout le temps fatiguée, et qui m'y joint du chocolat et des sachets de thé au jasmin et à la menthe (au début j'ai cru que c'était ma mère; c'est dire).Je l'attaque dans la foulée, et je me retrouve en Sardaigne après la guerre. Je découvre une narratrice sans prénom, qui me parle de sa grand-mère, à l'époque où elle ne l'était pas encore, où elle n'avait pas d'enfant et des calculs dans les reins.
Je découvre vite que je ne lis pas un roman linéaire. Il commence par le point de rupture, la rencontre de Grand-mère avec le Rescapé. Pendant 150 pages, on remonte ou avance dans le temps; mais avec une narration fluide et forte dans cette ambiance méditerranéenne que j'affectionne (labeur, chaleur, proximité).
Rapidement, je comprends que tout s'articule autour de la Grand-mère chez qui on sent bien qu'il y a quelque chose d'un peu différent. Mais on y trouve aussi un grand-père, sans patronyme, mutique, généreux (malgré tout) et à l'appétit sexuel féroce (tellement j'ai cru que c'était écrit par un homme), une famille rude, un Papa musicien de génie, asocial et solitaire; et puis un Rescapé...
J' ai adoré ce que la narratrice fait de cette grand-mère, d'une beauté indiscutable et saisissante. Elle revient sur le destin d'une femme pas tout à fait comme les autres dont la narratrice en fait un Christ rédempteur qui concentre sur elle les malheurs, et sauve le reste de sa famille de la fatalité...C'est très sarde comme vision du monde...
La fin est une clé comme je les aime, qui donne des réponses. Et finalement, l'auteur dresse le portrait d'une femme qui aurait pu être une grande artiste... J'y ai retrouvé quelque chose d'Expiation de McEwan, pas dans le style, pas dans l'intrigue, mais sur ce que la littérature peut faire de la réalité, sur le pouvoir de l'imagination...
Il ne m'a manqué que quelques pages de plus pour en faire un vrai coup de coeur, j'ai du mal avec les formats courts qui m'empêchent de m'immerger dans une histoire...
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| Milena Agus, Mal de pierres, Livre de Poche, 2009, 153p. |
Est-ce à cause de cette phrase qu'elles ont pensé à moi: "Et la nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu du bonheur" (p. 112) ?
Je suis une lectrice vraiment très gâtée....Merci à Jérôme pour cette idée intelligente et généreuse et merci à ma blogueuse mystère (qui ne l'est pas restée longtemps avec les indices énormes qu'elle m'avait mis dans sa lettre - à nous deux les codes nucléaires seront bien gardés Sandrion...)
