| Maria Semple, Bernadette a disparu, Plon, Feux croisés, Janvier 2013, 371 p. |
Bernadette a disparu raconte l'histoire d'une femme de 50 ans, mariée à un génie de Microsoft, maman de Bee, une adolescente cardiaque et géniale. Toute cette joyeuse famille habite une maison délabré envahie par les ronces sur une colline de Seattle (la description de la ville est à hurler de rire), et s'apprête à partir en croisière en Antarctique.
D'abord Bernadette est un paradoxe réjouissant. Elle est le meilleur et le pire de la femme. Elle est à la fois brillantissime et en plein laisser-aller, misanthrope et coquette, mère fusionnelle et irresponsable ( elle a quand même appelé sa fille Balakrishna!), elle fut une architecte de génie, visionnaire et sublime qui habite maintenant dans une ruine insalubre, elle vit recluse en détestant ses congénères et apparaît pourtant d'une crédulité ahurissante. Bref, comme dit Aifelle, Bernadette nous ferait toutes passer pour des femmes bien dans la norme.
Bernadette a disparu c'est d'abord une réflexion sur le génie, la création sous toutes ses formes, la maternité, la frustration, la place dans la société, la modernité dans ce qu'elle a de meilleur et de pire. Que des thèmes que j'adore.
Le roman s'écrit à plusieurs voix: des mails, le journal intime de Bee, des articles de journaux, des rapports de polices, des lettres, des badges magnétiques...vous l'aurez compris , quand Bernadette disparaît, ce sont toutes ces traces qu'on laisse sur du papier ou sur la toile qui reconstituent, plus ou moins bien, la réalité. C'est drôle, ça se lit vite, et pourtant j'y ai trouvé une certaine profondeur, une lecture à plusieurs niveaux. On pense lire un Kinsella...mais ça va bien au delà d'un roman humoristique sur une femme névrosée.
Par exemple Maria Semple évoque la religion avec une certaine finesse. Au début elle se moque gentiment des grenouilles de bénitier, des groupes de jeunesse chrétienne, on sourit avec elle (parce qu'on est propice à la moquerie), mais finalement, Maria Semple parle de la foi (rien qu'avec le prénom de Bernadette vous l'aurez compris), sans complaisance ni caricature et avec une grande bienveillance et une vraie sincérité. Le personnage de Audrey Griffin est particulièrement bien tourné ...je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher les rebondissements aux futurs lecteurs.Seul bémol selon moi : Bernadette est un livre de femmes dans lequel les hommes sont, au choix, d'une faiblesse condamnable ou des junkies/dealer/menteur. Il m'a manqué un beau premier rôle masculin. Mais à la limite, ce n'est pas grave, parce que je me suis régalée, parce que Bernadette fait des choses ahurissantes, que sa fille est formidable, que l'intrigue est bien construite et que finalement, rien n'est jamais perdu ni gâché, et qu'être original promet une vie palpitante.
Je laisse reposer tout ça, et dans quelques semaines, selon le souvenir que j'en garderai, je reviens vous dire si c'est un coup de coeur....
PS - Message personnel : ZAP si tu veux je te le prête, ce sera avec un grand plaisir (tu comprendras en le lisant)