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mardi 13 mai 2014

Sophie, son marathon et un blog

Je n'aurais jamais blogué sans Sophie-la-styliste-mais-pas-que.

Au creux du creux de ma période de loose (2012 forcément ), je passais un temps infini sur les blogs des autres, désoeuvrée, aigrie et passablement remontée contre la terre entière (bref la copine idéale dont tout le monde recherche la compagnie). A l'époque je courais 30 km par semaine, histoire de me détendre (en fait, j'échafaudais le plan idéal pour me venger d'un vieil universitaire qui m'a gâché la vie).  Au hasard de mes pérégrinations, je suis tombée sur le blog de Sophielastytliste, que j'ai suivi assidûment pendant plusieurs mois  en sous-marin. 

Ce qui est bizarre c'est que Sophie est mon absolue antithèse, et son blog reflète un monde diamétralement opposé au mien. Elle a deux fois et demi plus d'enfants que moi et n'oublie pas le bonnet de bain le jour de la sortie piscine. Sophie est femme de militaire quand mon homme retient de ses trois jours la découverte de son daltonisme. Sophie a des convictions religieuses quand je peine à avoir foi dans le genre humain. Sophie coud comme une reine alors que je sabote tous mes ourlets. Sophie fabrique des robes de mariées quand je fais des crises de spasmophilie dans les cérémonies. Sophie ne connaît pas le stress alors que l'anxiété est ma meilleure compagne.

Bref, entre elle et moi ce n'était pas gagné, et pourtant, il y a deux choses qui nous rassemblent: la lecture et la course (en fait il y en a beaucoup plus, mais ça on le sait après). 

Un jour d'octobre 2012, elle publie un billet merveilleux sur La grande course de Flanagan. C'est là que je me souviens subitement qu'il y a des livres qui changent la vie, que le pouvoir des mots ça existe, que parfois l'encre et le papier modifient le cours d'une existence. Je découvre aussi que partager ce qu'on lit, ça rend heureux.

Ni une, ni deux, tout dans la mesure, j'ouvre un blog et je me dissimule sous les galets.

Je commente le sien. Elle marraine le mien (oui c'est ma toute première visiteuse).

En octobre 2012, je cours beaucoup et elle publie trois fois par semaine. En mai 2014, elle prépare un marathon et blogue quand elle se brûle. Je me traîne toujours le dimanche matin sur 10 Km mais suis devenue blogo-addict. Entre temps, j'ai acheté une machine à coudre, j'ai cousu des choses plus ou moins portables, réalisé mes premières Gengi (dont Sophie m'offre les patrons)

Et surtout, on s'est rencontrées, et sans mentir, c'est fou ce que certaines blogueuses ressemblent à leur blog (je dis ça , je dis rien, mais on ne peut pas mentir longtemps sur soi quand on tient un blog). Vu que je n'ai rencontré qu'elle comme blogueuse, j'ai 100% d'expériences positives en rencontre IRL.

Alors pourquoi ce billet?

Parce qu' un nouveau blog est né. Un blog éphémère pour un marathon solidaire.

Deux ans après la lecture du McNab, Sophie va s'enfiler la distance mythique en courant le marathon de Toulouse le 26 octobre prochain. Et comme le véritable esprit du sport c'est de se dépasser soi-même sans oublier les autres, Sophie n'avalera pas les kilomètres que pour elle. 


Comme d'habitude, elle ne choisit pas la facilité. Elle défend la cause des femmes de militaires. Bon,  alors c'est sûr que dans un pays qui ne considère pas exactement les soldats comme des héros, c'est limite punk comme cause. Au mieux, on a une vague idée de qui sont les femmes de militaires, au pire on est confortablement installé dans ses a priori (obtuse comme je suis, je vous laisse imaginer de quel côté j'étais...mais ça c'était avant).  Et pourtant, Sophie, elle y va, elle y croit et elle assume. Elle espère dépoussiérer l'image...
et ça c'est ma copine à moi, fidèle à ses convictions.


Oui c'est vrai, si elle avait couru un marathon pour changer la couleur de la carte vitale, je l'aurais soutenue pareillement. Mais là, Sophie court pour "un mari militaire. Des hommes blessés. Des familles endeuillées."

Elle est de celles qui sont généreuses sans s'en vanter, qui vont au bout des choses sans s'écouter, qui bousculent aussi un peu nos idées reçues. Des gens comme elle sont précieux, sur la blogosphère et dans la vraie vie.

Je pourrais vous raconter plein de choses sur elle, sur sa manière de courir, sur des personnes qui lui sont chères et qui restent associées à sa démarche...mais j'en ferais trop donc le mieux est d'aller sur son nouveau blog (qui racontera sa préparation et détaillera les actions de son association) et surtout de la soutenir chacun à sa manière.

dimanche 29 septembre 2013

La Grande course de Flanagan

Tom McNab,
La Grande course de Flanagan (1981)
J'ai lu, 2013 (631 p.)
C'est à cause de ce livre que j'ai ouvert un blog. Enfin, disons qu'il a été le déclencheur. Mais je vous reparlerai de tout cela, le mois prochain, pour les un an de ce qui n'est plus un bébé-blog ...


La Grande course de Flanagan parle de course bien sûr. Mais pas de n'importe quelle course, pas de celle du dimanche. Non, non, non!! On parle de la Trans-América des années 1930.  5 000 Km à parcourir, 2 milliers de coureurs venus du monde entier. Tous espèrent  relever le défi de Flanagan, un mégalomane, fou de sport, et fou tout court, toujours engagé des projets ahurissants... 

Dans le roman de Mc Nab, les athlètes de Flanagan courent 80 Km par jour, 5 jours par semaines pendant 3 mois. Deux marathons par jour!!!! Et le plus fort, c'est que les scores des premiers avoisinent les 6 mn/Km sur cette distance; c'est absolument ahurissant (mon meilleur score c'est 5'40 sur 11 Km !!). 


7h08: départ...il fait nuit!

Km 1: 05'34''


Km 2 : 05'43''



Km 3: 05'49''



Km 4: 05'47''


Km 5: 05'23''

Km 6: 06'05''

Km 7: 05'35''

Km 8: 05'22''


La course de Flanagan, c'est LA course de la dernière chance, la course qui traverse l'Amérique avec tous les ressorts de la période (la crise de 29, Al Capone, les manœuvres politiciennes, les JO de 1932, les jeunesses hitlériennes...). 

La masse des coureurs ressemble à une cour des miracles : plusieurs centaines de crèves-la-faim, fracassés par la crise de 29, des gens qui courent pour ne pas mourir ...même pas pour gagner, juste pour manger à leur faim . 

Au milieu de cette foule de partants, on y trouve Hugh Mc Phail (un sprinter écossais affamé), un Anglais ,Lord Thurley en mal de reconnaissance de ses pairs, un merveilleux quinquagénaire, Doc Cole, plus ou moins colporteur et bonimenteur, qui a la mémoire et la sagesse de ce qu'est la course. Mon chouchou, Mike Morgan, un aciériste gréviste, boxeur à ses heures noires,  qui a déjà perdu toutes ses batailles. Une fantastique Kate Sheridan, jeune danseuse de cabaret, qui s'essaie à la course. Que je l'aime cette Kate!! Il m'arrive de me  prendre pour elle quand je dépasse deux personnes devant moi (ce qui arrive rarement en ce moment puisque la ville s'apprête à donner le départ du marathon dans un mois, donc ça s'entraîne sec et tôt).

 Je pourrais vous parler longtemps de tous ces merveilleux personnages, mais je me conterais de citer le journaliste de la course qui dit d'eux qu'ils "oscillent sur la corde raide de l'absolu (...) ils symbolisent l'espèce humaine dans ce qu'elle a de meilleur" (p.367). 

La Grande course...c'est le livre des coureurs (même à mon niveau dominical) . La course ici, c'est un chemin presque christique qui va chercher le meilleur de soi-même, qui déclenche les solidarités. Mc Nab parle du fait d'être coureur, de la posture, il livre une ode à la solidarité sportive, à la vertu de l'effort, au véritable esprit de compétition et au fair-play. Courir ici, c'est une raison de vivre et un état d'esprit. 

Quoique  l'athlète de Flanagan soit finalement, comme aujourd'hui, une sorte de modèle qu'on scrute. Ça met presque mal à l'aise de voir à quel point les coureurs qu'on aime (comme Kate je suis secrètement amoureuse de Mike Morgan) sont la propriété de Flanagan qui les exhibe comme des bêtes de foire, les fait courir contre des chevaux, boxer contre des pro... 

Il y a quelque chose de Fear Factor ou de Koh Lanta dans La Grande course...C'est malsain, c'est pathétique...mais ça dit quelque chose de la fascination qu'on a tous de l'exploit sportif. Et finalement, les athlètes de Flanagan n'ont rien à voir avec nos sportifs contemporains qui font de la pub pour téléphone portable et chocolats saturés de graisses hydrogénées. Ce qu'ils endurent, ils le font par nécessité pour s'en sortir, pas pour acheter des voitures ou des jeunes filles peu farouches.

Mac Nab érige le marathon en distance mythique, même au terme de 5 000 Km. J'ai pleuré à la fin tellement les dernières pages ont l'esprit du sport, le vrai, et tellement ses personnages sont beaux. 

Même chez moi, le concept de mental de vainqueur ça résonne quelque part...

Et franchement, un peu de beaux sentiments sur fond de dépassement de soi, punaise que ça fait du bien!!!

De vous à moi, il y a des gens qui après la lecture de ce livre se sont mis à courir...et qui engloutissent les Km depuis....vrai de vrai.

Je vous renvoie donc chez Alphonsine et Dominique qui avaient chroniqué ce beau livre avant moi...
et aussi chez des coureusesdes vraies qui font un peu plus que courir le dimanche matin..
 

PS: je n'avais pas d'idée pour illustrer ce billet, j'ai donc tenté de mettre mon modeste jogging de ce matin en images... 8 malheureux Km au levé du jour (les coureurs de Flanagan faisaient ça dix fois par jour...). Je précise que:
-  j'avais oublié qu'il y avait le départ du triathlon ce matin (j'ai amputé mon parcours de 2 Km), 
- de la grêle était prévue (d'où mon départ presque de nuit)
- je m'arrêtais tous les Km pour prendre ces photos inoubliables (d'où les moyennement nettes)

Les feignants ont toujours de bonnes excuses...mais, retenons plutôt l'essentiel de ce livre:

"L'athlète représente l'homme aux frontières de ses possibilités" (p.598). 


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