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lundi 7 avril 2014

Et tu danses, Lou...

Pom Bessot, Philippe Lefait
Et tu danses, Lou, Stock 2013, 204 p.

C'est officiel, je n'ai pas de coeur, et ce billet, pour ceux qui en doutaient encore, va le confirmer.


J'étais absolument certaine d'aimer Et tu danses, Lou, parce que j'avais lu des billets très élogieux chez des blogueurs dont je partage les goûts, et parce que je suis toujours très perméable aux ouvrages qui parlent des enfants différents. Mais comme Le garçon incassable j'ai été déçue, je crois décidément que j'attends beaucoup trop de ce type de livres et que je suis invariablement déçue.

 Pourtant, c’est un beau projet que Pom Bessot et Philippe Lefait ont porté :  parler de leur Lou, enfant différente et handicapée, montrer le combat contre la normalité, les ravages que cela produit sur un couple, le manque de tact et de sensibilité parfois du monde médical à l’égard des patients et de leur famille...Tout cela m'a touchée forcément.

Le problème de mon point de vue, c'est que ce document, qui alterne journal intime au jour le jour de la mère et réflexions a posteriori du père,  ne parvient pas à aller au delà de la l’histoire intime des narrateurs. Peut-être que le choix des typographies différentes, avec deux, voire trois, points de vue, affaiblit la fluidité de la narration.  Certains passages m'ont semblé un peu trop ampoulés, assez verbeux. Il m'a manqué un peu de simplicité. 

Au final,  j’ai lu une histoire particulière d'un couple (qui se sépare, se rabiboche, hésite sur une autre grossesse, ne se désire plus).  C'est une histoire qui se déroule dans un milieu extrêmement privilégié (entre le Cap Ferret et la belle maison de banlieue), alors que j'attendais un propos plus universel.... Il m’a manqué ce petit plus, ce recul sur soi, un peu d'humour et d'aspérité sans doute, qui permet de donner une dimension plus générale à ce combat quotidien.

J'ai été gênée, et même un peu plus, par la dimension égocentrique de ce récit, même si je ne doute pas qu'elle soit attachante cette toute petite Lou, privée de mots, qui mène sa vie envers et contre tous (ou presque) avec déjà ses goûts, ses lubies et sa volonté de fer.  J’ai aimé cette réflexion sur la dictature de la normalité. 

En fait, je crois que je sature des ces ouvrages où des gens privilégiés, qui ont accès à une certaine visibilité médiatique, parlent d'eux et des épreuves qu'ils traversent. A part la romancière Bernheim qui avait réussi à me faire pleurer sur les dernières phrases, je crois qu'il faut que j'arrête ce genre: j'ai fait le plein de littérature nombriliste pour l'année. 

Malgré tout, parce que je n'assume pas mon manque sensibilité évident, je retiendrai  les petites victoires et les jolis souvenirs d’une vie qui avance à son rythme et surtout la belle conclusion sur la solidarité quotidienne et humble des anonymes, qui sont des pages magnifiques. 

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