
J'aurais du faire un billet de présentation pour le mois américain, mais voilà, le temps passe et nous sommes déjà le 7 septembre, je ne voudrais pas que Titine s'aperçoive que je suis effectivement une blogueuse peu fiable.
Alors je lance mon mois américain et ma première chronique américaine, avec Absences d'Alice Laplante, que j'avais lu dans le cadre du prix Elle 2014 (il y a déjà plusieurs mois).
Quel étrange policier que celui-là!
C’est l’histoire d’une femme qui est accusée du meurtre de
sa meilleure amie. Mais, atteinte d’un Alzheimer avancé, on craint que la
meurtrière n’ait déjà disparu dans les méandres de la maladie, et que de fait, elle soit incapable de s'en expliquer.
| Alice LaPlante, Absences (2011) Robert Laffont, 2013, 407 p. |
Je précise en préambule que s'il y a une maladie que je connais bien (en plus de toutes celles que je pense attraper régulièrement), c'est celle-là. Car dans ma famille, c'est notre petit fléau génétique, du coup, nous sommes tous à guetter notre mémoire. Et celui d'entre nous qui oublie ses clefs ou son digicode pense immédiatement avoir déclaré les premiers symptômes...(d'ailleurs, sans faire de la psychologie de comptoir, cette épée de Damoclès n'est sans doute pas pour rien dans l'existence de ce blog).
Donc ce livre je l'ai lu avec l'oeil inquiet, hypocondriaque et chipoteur du lecteur-potentiellement-malade-dans-l'avenir.
Et finalement, à travers cette dégénérescence de
souvenirs, ces instants où l’on s’oublie à soi-même, La Plante reconstruit les
personnalités de la victime, du bourreau présumé et des personnages
périphériques. Je dois dire que c’est bien écrit ce récit d’Alzheimer, cette narration à rebours
qui correspond si bien à la maladie, et qui fait ressurgir les souvenirs les
plus anciens en effaçant les plus récents.
Ceci-dit, ce n’est pas à proprement parler
un policier, hormis les meurtres du départ, il n’y a pas vraiment d’enquête.
Les révélations ne viennent pas de déductions.
Mais en tant que roman, je l'ai plutôt apprécié, même si cela reste une histoire de femmes (en général ça me fait fuir). Et les femmes sont vraiment réussie avec: Jennifer, la présumée coupable, (malade,
ancien grand ponte de la médecine, femme de fer qui disparaît peu à peu),
Amanda, la victime, (femme frustrée, manipulatrice et faussement chevalier
blanc -honnêtement je l'ai détestée), Fiona, la fille de Jennifer, (petit prodige emprisonné dans ses névroses et ses
tatouages- qui a remporté toute ma sympathie).
Ce qui m'a gênée ce sont les hommes qui tous ne sont que des figurants sans beaucoup d’épaisseur, et qui apparaissent (au
choix) vénaux, faibles ou corrompus. Et c'est là que ça pêche, j'aime quand les personnages masculins apportent quelque chose et là, vraiment, Alice Laplante, je vous le dis, n'a pas une très haute opinion de l'autre moitié de l'humanité.
Mais, malgré la lenteur de ce policier,
que j’ai mis du temps à achever, je peux dire que je l’ai bien aimé. Parce que ce qui est réussi c’est
qu’il reconstitue la psychologie d’un monstre (qui n’est pas celui qu’on croit)
et la raison d’un crime (qui n’est pas celle qu’on pense).
Je ne l'inscris pas au challenge de Liliba, car ce n'est pas vraiment un polar même si le New York Times trouve qu'il transcende le genre...(les journalistes, même américains, n'ont peur d'aucune exagération).
Bon dimanche à tout ;-)