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Liliane Kerjan, Fitzgerald le désenchanté
Albin Michel, 2013, 315 p. |
Me revoilà, entre deux courses où je me ruine pour Noël, l'organisation du réveillon, les péripéties familiales traditionnelles de la fin d'année...me revoilà, pleine de mauvaise foi et d'aigreur...bref, fidèle à moi-même.
Aspho m'a convertie l'an dernier aux Fitz, alors quand ELLE m'a envoyé la biographie de Liliane Kerjan sur Scott, forcément, je me suis mise en mode automatique.
La bio de Scott Fitzgerald est d’une lecture
agréable, de facture classique et d’un déroulement linéaire. Certes, on a un peu l’impression de lire un mémoire universitaire,
tant le style et la typographie sont académiques, mais cela a le mérite de la
clarté.

C’est indéniablement agréable de parcourir la vie de Scott Fitzgerald,
dans cette période de l’entre-deux-guerres que j’affectionne particulièrement.
L’ambiance
des universités, des fêtes, des nuits américaine et parisienne en passant par
les plages de la côte d’Azur, est plaisamment restituée.
J’ai eu un plaisir
particulier à me replonger dans le microcosme des artistes américains expatriés à
Paris dans les années 1920. Cela m’a rappelé le Madame Hemingway de Mc Laine.
Je me suis plu à lire ou relire des
extraits de l’œuvre de Fitz ou de sa correspondance, je me suis même dit que le couple avait quelque chose des
« héros » des Real-TV de notre époque avec cette recherche effrénée
de notoriété immédiate et d’argent facile…à cette différence fondamentale
qu’ils y mettaient de l’art, du talent et de beau. Ce qui est aujourd’hui
vulgaire était alors glamour.
Mon souci, c’est
le parti-pris de Liliane Kerjan.

Pour elle, Fitzgerald est un génie qui a eu la
malchance d’épouser une Zelda qui a étouffé son talent, parce qu’elle était
malade et cupide, parce qu’il lui fallait une vie de luxe, de passion et
d’ivresse. Zelda est présentée comme la dominante malveillante du couple, qui
empêche, presque coûte que coûte, Scott de se réaliser. Et cela m'a dérangée.
Zelda et ses talents sont expédiés en trois phrases, artiste versatile, danseuse trop vieille, passant d’une lubie à une autre, sans but véritable. Le talent littéraire éventuel de Zelda n’est même pas envisagé par l’auteur. Elle irait même jusqu’à penser que Scott fait l’insigne honneur à sa femme de publier ses textes sous leurs deux noms, elle qui souhaitait s’en faire un. Il lui aurait presque rendu service !
A aucun moment
Liliane Kerjan n’a, ne serait-ce que supposé, que Fitzgerald s’est détruit tout
seul, qu’il aurait pu entraîner Zelda dans sa chute et que peut-être cela
aurait pu être lui qui aurait empêché Zelda d’exprimer ses talents. L’hostilité
que l’auteur ressent pour la femme de Fitz est manifeste.

Je suppose que c’est parce qu’elle aime profondément Fitzgerald (ce que je peux
comprendre). Mais j’aurais aimé que, dans cette biographie, il n’y ait pas
qu’une seule voix (l’essentiel des sources reposent sur «
Un livre à soi »), j’aurais aimé un
croisement des points de vue, des formulations d’hypothèses. Elle ne parle à
aucun moment des relations très « fusionnelles » de Scott avec ses
camarades masculins, relations qui rendaient Zelda malade (dans tous les sens
du terme). Pareillement, ses passades amoureuses seraient presque à porter à
son crédit. Liliane Kerjan évoque à peine un élément pourtant fondamental de la vie du couple : la folle passion entre Zelda et l’aviateur français.
L’alcoolisme intermittent mais réel de Scott est cité, mais l’état
déplorable dans lequel il se mettait n’est jamais mis en avant.
L’argent est au
cœur de tout leur monde, mais probablement pas davantage pour Zelda que pour Scott.
Les rêves de fortune appartiennent autant à l’une qu’à l’autre. Zelda est
constamment présentée comme une entrave…elle a aussi été une muse, qu’aurait été Tendre est la nuit sans elle ?
Comme Scott, Kerjan botte en touche : il se serait ruiné et
rendu alcoolique uniquement à cause de Zelda.
Malgré tout,
Liliane Kerjan décrit très bien la fin de vie de Scott, sa déchéance privée et
publique, sa misère. La scène de trahison d'un journaliste le présentant comme une épave est assez poignante (p.250).

Je me demande si dans cette histoire, on n'est pas contraint de choisir son camp entre Zelda et
Scott, Liliane Kerjan a choisi celui de Scott, en s’appuyant sur le merveilleux
héritage littéraire qu'il a laissé (elle cite même Murakami pour qui il demeure un
maître). Je laisse ma chère Aspho trancher dans le vif et j'intègre ce billet à
son challenge Fitz et les enfants du jazz, ainsi qu'au rendez-vous non-fiction de Maryline (actuellement en plein déménagement virtuel).
De toutes
manières, j’ai toujours préféré les écrivains aux hommes. Je préfère donc
Fitzgerald à Scott. Je continuerai à défendre Zelda contre la légende de son
mari (ma tenue de réveillon atteste de mon soutien)...
MAIS je ne peux que me joindre aux louanges tressés à l’auteur
merveilleux de
Tendre est la nuit et
de
Gatsby le magnifique.
PS: par soucis d'honnêteté, je précise que je suis l'une des seules jurées à être aussi sévère, mes copines l'ont beaucoup aimé, je vous laisse aller lire les avis chez
Madame bouquine,
Bianca,
Valérie,
Coralie,
Eva,
Mior,
Fleur-Fleur...et d'autres (mais je n'ai pris que les 2 premières pages de google)