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| Kishwar Desai, Témoin de la nuit, Edition de l'Aube, 2013, 229 p. |
Vous sentez votre girl power en berne en ce moment? Vous avez envie d'un truc un peu exotique, genre un polar indien....Bon, j'ai ce qu'il vous faut: Témoin de la nuit de Kishwar Desai.
En trois mots (histoire de planter le décor) c'est l'histoire d'une famille qu'on retrouve sauvagement assassinée dans sa belle demeure indienne (oui on est dans la caste dominante). Seule, une adolescente de 14 ans a survécu au carnage: Durga. Certes, ça commence un peu dans le sang (mais bon, le genre veut ça).
Alors, avant toute chose, il faut savoir qu'il n’y a aucune mesure dans ce livre, tout est énorme. Le
nombre de victimes, ce que subissent les femmes dans les milieux privilégiés en
Inde, la personnalité borderline de l’enquêtrice
sociale. Franchement, quand nous (enfin moi surtout), on se plaint de la différence de salaires ou du partage inéquitable des tâches ménagères, dans Témoin de la nuit, on parle de nourrissons filles qu'on enterre pour s'en débarrasser. Forcément, après on relativise (surtout quand on n'a que des filles).
L'enquêtrice est à la fois vaguement cougar, clairement alcoolique, totalement névrosée, tout de suite elle m'a plu, quoiqu'encore une fois, ce soit très excessif tout ça (même moi, j'ai trouvé qu'elle fumait vraiment trop, et que 10h du matin, c'est un peu tôt pour ouvrir un bière).
Et pourtant, tout
fonctionne bien. Le récit alterne entre le journal de Durga et les investigations de
l’enquêtrice, les personnalités disparues se révèlent dans toute leur
horreur, la violence est partout tout en restant supportable et utile (ce qui
est rare dans le genre), bien sûr, la police est corrompue, la jeunesse débauchée, on trouve des hôpitaux pour des aliénées qui ne le sont pas, la lutte des castes est sous-jacente, l'Angleterre apparaît par touches (Commonwealth oblige)..
Bref, le déroulé de l’énigme est efficace, les personnalités
des individus ont de beaux retournements et j’ai trouvé la fin réussie et bien
menée, avec un petit frisson d'effroi à la dernière page (j'ai même du demander à une collègue si j'avais bien compris le dénouement).
Certaines jurées se sont plaints quand même d'un style assez moyen, mais moi je ne m'en suis pas trop aperçue finalement, je l'ai avalé d'une traite.
On peut reprocher un certaine démesure, c'est presque trop beau de résoudre une enquête de cette manière, mais finalement, ça m'a convenu, j'ai passé un bon moment de lecture (bien que j'ignore ce qu'il m'en restera dans quelques temps), et je me suis dit aussi que c'est bien de se souvenir que le sort des femmes n'est pas égal sur la planète (c'est important pour ma mère que j'ai conscience de tout ça, elle regrette un peu mon absence de militantisme féministe).
Et hop, une participation supplémentaire au challenge thrillers et polars chez Liliba.
