| Florence Seyvos, Le Garçon incassable Edition de l'Olivier, 2013 (173 p.) |
Je dois dire que j'ai tout de suite été séduite par le titre qu'a trouvé Florence Seyvos. Dans ce récit, elle raconte l'histoire de son presque-frère Henri, un enfant "différent". On ignore sa pathologie exacte, mais on le suppose déficient (moteur et mental), suffisamment pour ne pas avoir une vie comme tout le monde, mais pas assez pour ne pas s'en apercevoir.
Le Garçon incassable,c'est donc un plaidoyer . Et moi, j'aime ça.
Les passages qui racontent la relation entre Henri et son père sont parfois d'une tendresse formidable (p.26). Le livre est par ailleurs très juste dans ses réflexions. Jusqu'à quel point doit-on se battre pour qu'un enfant différent devienne normal? Les parents luttent-ils par amour de leur petit ou par orgueil!! "Dans le combat mené par son père pour lui et contre lui, presque toutes les victoires dissimulent une défaite" (p.36). C'est aussi un ouvrage qui dénonce la petite cruauté et les grandes injustices du monde envers les gens simples. D'ailleurs Florence Seyvos ne s'épargne pas non plus dans sa relation à Henri (les petits accommodements, exaspération de celle qui est responsable).
Le seul problème de ce document, c'est que Florence Seyvos met en parallèle Henri et Buster Keaton. Et là, Galéa perd le fil de la narration. Le récit est émaillé d'extraits de films qui dénoncent ceux qui profitent de celui qui ne sait pas se défendre.
Mais lequel des deux est le garçon incassable?
Parce que vraiment, il n'y a aucun rapport entre Henri et Buster Keaton. Comment comparer un enfant de la balle, qui va de théâtres en théâtres faire ses cascades, et un gamin relié à des machines, des béquilles et des atèles.... Leur solitude même n'a rien de comparable: Buster Keaton est un gosse de foire, qui, une fois adulte, devient la vache à lait de la famille de sa femme. Henri fut, au contraire, toute sa vie, à la charge de sa propre famille. C'est-à-dire que c'est très audacieux de comparer un comédien et réalisateur américain des années 1930 avec un garçon français des années 70'.
Tellement audacieux que j'ai eu un peu de mal à trouver cela pertinent......même si Buster Keaton passait pour un imbécile, il a fait des films, mis en place des cascades, fait rire des gens, c'est un artiste qui a eu la reconnaissance de ses pairs. Henri rêve de faire des trous dans une rondelle avec une machine... et le parallèle met presque mal à l'aise en réalité, avec un dernier chapitre incompréhensible pour moi (et Julie) ou Florence Seyvos raconte son accouchement sur fond de Wagner.
Rien ne tient dans cette comparaison et c'est dommage.
C'est dommage parce que les deux histoires racontées sont passionnantes. ...Et quelque part, on sent que Florence Seyvos a perçu dans le handicap, la différence ou la naïveté, quelque chose qui ressemble à une chance, une faculté de résister au monde....
C'est dommage parce que c'est un livre qui se lit vite et bien, c'est un récit touchant sans être voyeur.
Je l'intègre donc au projet non-fiction de Maryline chez Lire et Merveilles.
Et puisqu'on parle de handicap et de maladie, je me permets d'être un peu lourde (parce que tout le monde n'est pas sur Facebook, et que c'est un sujet qui me tient à coeur). Enna courra dans 15 jours un marathon solidaire pour l'AFHA. N'oublions pas que les maladies rares sont les oubliées de la Recherche, parce que l'argent public doit profiter au plus grand nombre (et par principe les maladies rares touchent peu de gens...)
Sans s'infliger 42,195 Km en courant (j'ai repris le tabac depuis qu'on m'a enlevé les points...je sais, c'est mal), il y a moyen de participer un petit peu au combat des familles touchées par l'hémiplégie alternante...
Comme dirait ma Tante C. "A votre bon coeur Messieurs Dames..."
Edit de 9h31: Enna et moi nous renvoyons mutuellement à nos blogs respectifs aujourd'hui, ce n'est même pas fait exprès.