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samedi 22 mars 2014

Sulak-Philippe Jaenada

Une fille de petits fonctionnaires peut-elle s'éprendre (littérairement) d'un voleur?

Sulak-couverture
Philippe Jaenada, Sulak, 
Julliard, 2013, 496 p.

Absolument, puisque j'adore Arsène Lupin. Donc j’aurais pu l’aimer ce Bruno Sulak, braqueur des années 80', auquel Philippe Jaenada semble vouer un culte. J'aurais pu l'aimer cette histoire d'un type surdoué qui devient brigand un peu par hasard. En plus, il est souvent question de Modiano, de ma ville et  de Hey You des Pink Floyd. Jaenada et moi avons les mêmes références.

Sauf quand la lectrice est issue de la classe moyenne

Le problème c'est que je suis trop snob, parce que Sulak commence par braquer des Mammouths du Vaucluse quand Lupin volait des tableaux. Il m'a manqué un peu de glamour.

L'autre problème, c'est qu'en plus je suis old-school. La plume de Jaenada n’a pas grand chose à voir avec celle Leblanc. Le style est terriblement relâché, parfois un peu grossier, sans compter les quelques coquilles passées au travers des relectures. J’avais l’impression de lire un blog d’humeur, un long billet qui part dans tous les sens, avec jurons, doubles parenthèses, tirets, assertions et réflexions égocentriques…

Et puis pour être honnête, mon éducation rigide ne m'a pas permis d'apprécier non plus le parti-pris pro-gangster et sa nécessaire contrepartie: le mépris des petites gens (guichetiers de la Poste, comptables de provinces, gérants de supérettes, fonctionnaires de police). La plus belle part est laissée aux matons qui se font sévèrement écorcher. Ce doit être parce que je viens de ce milieu sûrement, mais je me suis sentie visée (j'avais l'impression de lire : "tu gagnes de l'argent honnêtement, tu paies tes impôts, tu économises pour tes vacances: bref tu as raté ta vie").

Sauf quand l'auteur se regarde écrire

Et puis, il y a les assertions personnelles (souvent assez prétentieuses et sans grand intérêt) qui gâchent le rythme du livre qui aurait gagné à être plus court. Je n’ai pas apprécié non plus qu'il se répande sur les faits de banditisme les plus glauques des années 80’, sans doute pour établir un contraste qui ferait du héros un voyou au grand cœur (oui Sulak braquait des gens mais n'en a tué aucun...ceci-dit j'ai connu quelqu'un qui s'est fait braquer, qui a survécu mais qui en faisait encore des cauchemars 5 ans après...).

Tout n’est que répétition dans ce roman : Sulak a besoin d’argent, il braque, il mène la grande vie, il se fait prendre, il s’évade de prison, il a besoin d’argent…et retour à la case départ, avec à chaque fois, la marque de la voiture du casse en prime…(je ne suis pas très voitures en fait).

On sent bien que ce n’est pas une biographie, c’est juste une manière de raconter l’histoire avec des œillères. On se doute que Bruno Sulak était plus proche du milieu des affaires, du show business et de la politique que veut bien le dire Jaenada, par manque d’informations, de sources, ou par parti-pris. 

Sauf quand le héros du livre est plus cupide que flamboyant

Et finalement je n’y ai pas cru pas à cette histoire. Un type élevé dans une famille aimante et unie, qui réussit tout ce qu’il touche, brillant à l’école et performant en sport, bien noté à l'armée, ne finit pas par braquer des supérettes de province puis des bijouteries (même si je reconnais qu'il est monté en gamme). Pas besoin d’être né dans une famille d’énarques pour apprendre que voler c’est mal, que terroriser des gens avec une arme pour de l’argent c’est cupide, que voir sa fille 4 jours en 6 ans, ce n’est pas exactement la description d'un type attaché à sa famille.

Surtout, j'ai eu du mal à croire qu’un type comme Sulak se fichait de l’argent, comme semble le croire Jaenada, parce qu’il avait des sacrés goûts de luxe ce braqueur : le ski en Suisse, les grosses voitures allemandes, les briquets de chez Cartier, le champagne (avec d'ailleurs un mépris récurrent pour le mousseux- bon, ça à la limite.... ). Cette vie inaccessible avec salaire médiocre, il n’en a pas voulue. 

Bref, je reste le vilain petit canard du Prix ELLE

Sans doute le personnage est-il fascinant, mais ce roman qui se veut sans doute subversif, est trop long, trop partisan, trop digressif pour m’avoir convaincue.

Je précise que Sulak côtoie Esprit d'hiver dans nos pronostics du roman lauréat du prix ELLE, c'est dire combien je suis raccord avec l'ensemble des jurées. D'ailleurs Jaenada a fait une forte impression à mes copines jurées hier au Salon, il paraît que c'est un type extra, et peut-être que si j'avais eu la chance de le rencontrer, ce billet aurait été plus élogieux....ou pas.

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