| Derek Nikitas, Longue division Edition Télémaque, 2013, (348 p.) |
C'est plus ou moins un road movie social avec pour personnages : une femme de ménage qui a volé de l'argent pour retrouver son fils abandonné à la naissance qui du coup est devenu homosexuel (bien sûr et pas du tout cliché), un type en fac de math qui suit son ami d'enfance dont il est amoureux de la soeur (une toxico évidemment sinon pas d'intérêt), un flic dont la femme agonise d'une tumeur au cerveau (forcément quand on n'a pas la conscience tranquille).
Longue division ce n'est pas que cette série de poncifs réjouissants, c'est aussi unanimement glauque: le décors est triste et moche, les situations caricaturales et improbables, les dialogues creux. Et surtout c'est joyeusement écrit (ou traduit) à la truelle: redondances, phrases inutiles, envolées métaphysiques incompréhensibles pour mon cerveau limité.

Le clou de ce polar est quand même une stylistique ahurissante qui consiste à laisser en suspens la dernière phrase du paragraphe, et à commencer la suivante de la même manière. Je vous livre un exemple parmi tant d'autres de cette maestria du style:
"Il braverait courageusement l'oubli frissonnant pour regagner ce qu'il avait presque.... [fin de la page 52] "...Une fugitive au yeux rouges. Le coeur de Jodie cherchait à traverser sa gorge." [début de la page 53]. Une fois ça va, au bout de 80 pages, j'étais presque hystérique. Mais ça c'est mon côté psycho-rigide.Les scènes d'action sont peut-être très cinématographiques mais totalement illisibles. Je n'ai rien compris, il fallait parfois que je relise (ah mais oui, il est mort alors).
Et en plus c'est très barbant à lire jusqu'à la page 207, moment culminant du livre parce qu'il y a un rebondissement. A la page 207, on a presque l'impression que le roman va démarrer.
Je vois bien ce que Nikitas a voulu faire, et je pourrais éventuellement dire qu'il y a quelque chose à sauver dans l'histoire (enfin... à partir de la page 207!). Mais, sans avoir de master en psychologie, on s'aperçoit assez vite que rien ne se tient, les rebondissements et la fin sont totalement improbables, (je meurs d'envie de vous en donner un exemple ici mais je crains de déflorer l'intrigue).Mais le vrai problème c'est que ce polar n'en est pas un et du coup c'est terriblement ennuyeux. Aucune énigme à résoudre, juste des gens sur des routes américaines (ou des motels sinistres - au choix), sous la neige en plus et la nuit le plus souvent. On m'avait promis du sang, du crime, de la violence insoutenable. Alors oui, il y a des morts, mais même ça, il faut relire deux fois pour comprendre.
Quant à celui qui les tuent, bah on n'en sait pas plus au début qu'à la fin, ce qui est invraisemblable. Le meurtrier (je ne dévoilerai rien rassurez-vous) est le seul personnage dont on ne connaît rien des raisons, de la vie, de l'enfance. Pourquoi? Comment? Qui est-ce? Il est où le traumatisme originel? La question n'est même pas posée. Il est là c'est tout. Pas de chance pour les autres en fait!!
Je m'interroge vraiment sur ce qu'est un polar quand même aujourd'hui dans le paysage littéraire: comme si tous les sujets glauques et mal écrits étaient catalogués directement dans cette catégorie. Il me semblait qu'un policier, c'était la résolution d'une énigme, d'un mystère. En général, on va dire qu'il y a une petite partie psychologique, une histoire détricotée, un commencement des choses qu'on découvre à la fin. Il y en a eu plein quand même des bons polars, des trucs sanglants qu'on ne lâche pas avant de connaître le fin mot de l'histoire, des dernières pages dont on est horrifiée. Bref, des choses bien écrites.
Franchement, à la lecture de ce navet, il ne faut pas s'étonner que les policiers soient souvent considérés comme de la sous-littérature, et pardon mais c'est vraiment dommage. Parce que les polars sont généralement des vecteurs d'entrée en littérature pour les ado..
Je dis ça, je dis rien, comme d'hab et dans la foulée je rajoute une participation chez Liliba pour son challenge thrillers et polars.
C'était Galéa-la-râleuse en direct du prix Elle 2014, catégorie Policier