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mardi 3 octobre 2017

Les Vacances

Les Vacances de Julie Wolkenstein
POL, 2017, 361 p.
Comment dire ?

En fait, je n'ai pas acheté les Vacances de Julie Wolkenstein, je me suis littéralement jetée dessus, et plutôt deux fois qu'une d'ailleurs, car je l'ai offert à une jurée ELLE qui avait adoré Adèle et moi (le colis est en partance Val; ne lis pas ce billet tout de suite).

Alors, d'abord, j'ai bien aimé. C'est un livre agréable à lire.

Oui...mais....

Bien sûr, je savais bien qu'il serait difficile de passer après Adèle, qui de mon point de vue était un grand et beau livre. Entre temps, j'ai lu d'autres Wolkenstein, et vu que j'aime les romanciers qui écrivent toujours le même livre (on s'en douterait...rapport à Modiano #DieuLittéraireVivant),  à chaque roman, je retrouve avec plaisir la maison mangée par la mer, les vieilles dames au passé sombre, les traces qui n'en sont peut-être pas, les portraits des universitaires, le tabac et l'alcool, les maternités ambiguës, les parents divorcés, le père mutique, la mère fantasque, l'Amérique toujours un peu suggérée etc... à chaque fois je me régale. 

Donc là rebelote : Sophie, une universitaire spécialiste de la comtesse de Ségur et proche de l'éméritat part dans un institut normand (un vieux monastère transformé en centre d'archives) retrouver un dossier sur Rohmer, qui doit être le thème d'un colloque à l'étranger. Elle y croise un trentenaire thésard (et bien entendu fauché, beau gosse et venant d'une famille fantasque) qui, hasard de dingue, travaille aussi sur Rohmer (en particulier) et sur les films invisibles (en général).

Donc le pitch était évidemment écrit pour moi.

Sauf que Julie Wolkenstein a du lire trop attentivement les critiques des jurées de septembre qui l' avaient éjecté de la pré-selection (sachez-le les filles, je ne vous le pardonnerai jamais). Adèle et moi avait été jugé trop long, trop littéraire, trop exigeant etc..., et je me demande si Wolkenstein ne s'est pas dit: "allez ma grande, fais un livre qui marche pour le plus grand nombre". Donc j'y ai retrouvé tout ce que j'aimais.

Sauf que....

Mais le style punaise! Alors que ces précédents romans étaient écrits dans une langue très littéraire que j'affectionne, là je me retrouve avec des : "on bouffe", "on clope", "on gerbe" etc.... Rien que l'incipit, j'ai failli allumer ma cigarette à l'envers (purée depuis quand on écrit comme on parle ? Moi aussi je m'exprime comme un charretier, mais bon, à l'écrit on se tient non ? C'est trop demander, un peu de beau, d'élégance, de tenue?)

Et puis il y a le problème de la crédibilité. Ma mère a l'âge de Sophie la narratrice, et honnêtement, autant Juliette (20 ans) ou la narratrice d'Adèle (40 ans) étaient hyper crédibles, autant là, pas tellement. Hormis le fait qu'elle va faire pipi toutes les 3 pages (le périnée pas rééduqué j'imagine...à la page 100, j'en avais vraiment assez qu'elle aille aux toilettes), je ne retrouve rien des femmes de plus de 60 que je fréquente et qui sont dans l'antichambre de la retraite. Concernant la deuxième voix du roman, Paul, je ne veux rien dévoiler, mais ce qui lui arrive est aussi moyennement probable, voire carrément capillotracté.

Enfin, il y a le problème de la facilité. Tout est bien ficelé, ça s'enchaine sans accroc jusqu'au dénouement final dont on se doute qu'il va arriver comme une fleur ; de coups en chance en hasards incroyables, ta ta ta, tout roule, donc on y va cool, on comprend au ton qu'elle utilise qu'il n'y aura pas  (ou peu) de failles, de zones d'ombre, de questions sans réponse.

Bien sûr,  on le lit avec plaisir, on ne le lâche pas en route, parce que tous les ingrédients sont là, c'est moderne, avec même une pincée de Game of Throne dedans (et une spécialiste m'a dit que pour écrire ça il faut être un vraie fan). Bien sûr, le discours aviné en fin de pot de thèse d'un MCF dépressif qui se désole de l'effondrement du système universitaire est drôlissime. Et tout ce qui a trait à l'Université est vraiment très réussi (des repas entre chercheurs autistes jusqu'à la grève de la faim d'une universitaire attachée à ses archives comme à des animaux, tout cela est excellent). On aime sans réserve l'idée de la voiture enfumée, de Nostalgie à fond sur les routes de Normandie, le vin, la mer, la tisane, les embruns, les souvenirs, les photos etc....

Mais bon.

Zéro tragique, un dénouement tellement gros qu'on le voit venir de très loin, et surtout il n'y a plus ni la profondeur dramatique d'Adèle et moi, ni la dimension littéraire (le passage du Dormeur du Val était tellement beau), il n'y a pas les retournements narratifs que seuls la littérature permet, il n'y a plus ce doute lancinant du dénouement, cette pirouette qui nous parle du faux, du vrai, du peut-être.

Je le le conseille aux consommateurs de feel good books (puisqu'une chroniqueuse de France Culture le fait rentrer dans cette catégorie), parce que c'est vrai que c'est une lecture agréable, fluide et facile (je comprends d'ailleurs dans la foulée que ma nature profonde et sinistre résiste à ce type de romans).

Je ne sais pas bien ce qu'a tenté Julie Wolkenstien, mais bon ça a l'air de marcher, puisqu'Adèle et moi était passé quasiment inaperçu en 2013, alors que Les Vacances est sur la liste du prix de l'Académie Française.  J'ose le dire que je fulmine ou pas ?  Bref, je regrette que cette mise en lumière ne soit pas sur son meilleur livre.

A bien y réfléchir, peut-être qu'une fois qu'on a écrit un pavé aussi travaillé qu'Adèle et moi, il n'est pas vraiment possible de rester dans la même veine, et que la romancière avait sans doute à ce moment là, besoin de légèreté.

Rendez-vous au prochain Mme Wolkenstein et sans rancune, je vous aime encore.

samedi 30 septembre 2017

My September

Me revoici, hors d'haleine au bout de ce mois de septembre-marathon (pour les mères dénuées de sens pratique, c'est un mélange de retards humiliants, de dilemmes domestiques et de calculs savants pour savoir qui emmener qui à quelle heure et où).

Bref, j'avais bien envie de reprendre le rendez-vous initié par Moka, ce Mois par moi que j'affectionne tant et que je lisais chez les autres même quand je ne bloguais plus, et puisque je me suis attrapée un de ces virus que les hommes appellent "la grippe" et que nous femmes, appelons un "gros rhume", je me suis dit que je pouvais me faire plaisir quand-même et tenter un Mois par moi en vidéo. 

J'y ai perdu un temps fou, je me suis bien amusée, et je me suis dit qu'il compenserait mon sevrage de RS dont l'un des dégâts collatéraux est de prendre nettement moins de photos qu'avant. C'est approximatif, égocentrique et partial, bref Tarantino n'a rien à craindre.





vendredi 6 septembre 2013

Adèle et moi-Julie Wolkenstein

Julie Wolkenstein, Adèle et moi
P.O.L., 2013, 595 p.

 Adèle et moi: 5 raisons de l'engloutir

Adèle et moi de Julie Wolkenstein ne sera pas le roman lauréat du Grand Prix Elle 2014...parce qu'il n'a pas passé la sélection de septembre. Donc théoriquement je ne devrais même pas en parler ici. Mais avec la mauvaise foi qui ne me quitte jamais, et ma tendresse pour les loupés,  je vais en parler quand même. Inutile de vous avouer qu'il fait partie de nos contrariétés!!

1 : D'abord, on ne se prive pas d'une saga familiale

Pourquoi ne pas s'introduire chez les très grands privilégiés du XIXe siècle jusqu'à la veille de la Seconde Guerre Mondiale? Ce serait dommage de ne pas suivre Adèle de ses 9 ans jusqu'à sa mort. Adèle, c'est une petite fille riche, élevée avec tendresse et exigence, une épouse amoureuse, une mère comblée. Mais Adèle, c'est aussi une femme joyeusement asociale, qui aime le silence, la musique, une anti-mondaine, une insomniaque, qui se livrent à des réflexions métaphysiques absolument géniales.

2: Ensuite, on ne refuse pas une maison qui fait rêver

Rien que pour elle, ce roman vaut le coup  parce qu'il réveille les fantasmes architecturaux de chacun . Je vous propose d'abord une demeure bourgeoise en banlieue chic, oui, mais située le long d'une voix ferrée. Je vous parle d'une orangeraie, d'un jardin splendide mais aussi du bruit, du train...grandeur et décadence.  Wolkenstein nous emmène dans un hôtel particulier parisien (construit sur un terrain assemblée de manière bourgeoisement incorrecte), dans une rue qui sent le XVIè à plein nez. 

Mais surtout, elle vous livre, non pas une, mais deux maisons normandes de bord de mer dans une villégiature de second ordre, Saint Pair (c'est elle qui le dit p.255):  du salon sur le front de mer, mais aussi du volet décrépi et moisi, une humidité qui ne disparaît jamais, des vitres battues par les embruns, des réparations toujours repoussées.  L'espace, c'est le point de départ ET la résolution de l'histoire; c'est là où Adèle et Julie Wolkenstein se confondent finalement.

3: Pour une fois, il est question  des hommes qu'on aime

Ce n'est pas si fréquent dans ce type de littérature. Certes les personnages féminins sont pléthores, mais complètement décalés. Vous savez que je ne suis pas très preneuse des histoires de femmes mais alors là, Wolkenstein m'a conquise. Hormis Adèle, on trouve Pauline une demi-demeurée, Tante Odette la délicieuse et formidable vieille fille (et dont je soupçonne Julie Wolkenstein de se servir pour faire passer certains points de vue...et celui sur les mariages dans la bonne société est absolument jouissif p.91). C'est un roman sur les femmes et leurs hommes:  les maris qu'on désire -j'ai adoré-, les fils qu'on protège en vain, et les pères, ceux qui nous manquent, qui nous mentent, qui nous mettent à l'ombre de leurs forces et qui disparaissent. Des pères, il y en a beaucoup dans ce roman : celui d'Adèle, celui de ses enfants, celui de la narratrice, celui de Jacques. La figure du père est la très grande réussite du livre (de mon point de vue)....


4: Il faut aussi le lire parce que, finalement dans Adèle et moi , on croit qu'il est surtout question d'Adèle, mais en fait non, c'est Moi ou, plutôt de Julie Wolkenstein, qui est le personnage principal. Elle est délicieusement antipathique cette auteur. D'abord, elle boit et fume (puis fait un jogging pour se donner bonne conscience), donc d'emblée je me suis sentie concernée. Sans parler des week-end "no kids", de son rejet des goûters d'anniversaire (avec une réflexion sur le vide et le plein de ce type de réjouissances); tout cela fera frémir toutes les bonnes mères de famille (dont j'ai renoncé à faire partie)...Mais surtout, il y a quelque chose de Mendelsohn chez Wolkenstein quand elle recherche les liens invisibles qui la lient à son arrière-grand-mère. Après, c'est vrai que Julie Wolkenstein en fait un peu trop quand elle se revendique en intellectuelle de gauche affranchie du milieu tradi, catho, droite dure dont elle semble être issue... peut être force-t-elle trop le trait...  Mais Wolkenstein est tellement incorrecte -littérairement parlant- que je suis séduite. C'est l'anti Amélie Nothomb, peu attirée par la rencontre de ses lecteurs "une sorte de secte dont je ne suis pas" (p.72), peu encline aux rencontres dont nous raffolons. Elle tacle gentiment mais fermement les ateliers d'écriture, (en se servant de Tante Odette qui trouve que les gens devraient se contenter de lire), je sais, ce n'est pas très sympa pour les blogueurs que nous sommes...mais j'aime ça, parce que ça va à rebours de la mode, parce qu'à mon avis les écrivains sont pléthores à le penser...

5: Enfin dernière raison et pas des moindres:  ce livre est très peu visible virtuellement et réellement (hormis dans l'ouest de la France visiblement). Certes, il apparaît chez certains médias de temps à autre, mais les blogs l'ont ignoré et certaines librairies ne l'ont pas en rayon. Alors soyons clairs, je ne remets pas en cause les partenariats entre éditeurs et blogueurs: publicité gratuite pour l'un, roman gratuit pour l'autre, (gagnant-gagnant comme dirait l'autre) mais quand même. A force de parler des livres offerts, certains beaux romans passent à la trappe, juste parce qu'il faudrait le trouver et les acheter.

Et quand je vois le nombre de fois, ou j'ai gaspillé une vingtaine d'euros pour acheter des livres chroniqués, ou devrais-je dire, loués -survendus- sur de nombreux blogs, je m'interroge. Si les blogueurs en question avaient acheté leur livre en librairie, auraient-ils été aussi enthousiastes?

Donc, à ceux qui s'interrogent sur cet engouement qui me ressemble peu, je peux jurer que ce roman je ne l'ai pas reçu par un service de presse, je ne connais pas l'auteur, ni en vrai ni sur Facebook, je n'ai pas d'entrée chez P.O.L. Ce livre je l'ai acheté 22€, et encore j'ai du le commander parce qu'il était introuvable dans trois librairies différentes (et j'habite la 5ème ville de France). Et s'il n'avait pas été recalé à la sélection de septembre- au désespoir de Valérie- je n'en aurais jamais entendu parler.

Après soyons honnête jusqu'au bout. Ce livre est long, il est littéraire, et s' il n'a pas passé la sélection de septembre chez Elle, il y a sûrement des raisons. Certains ne l'ont pas aimé du tout. Et puis, il faut reconnaître que c'est un livre peu propice à l'exercice du blog : un gros pavé, une écriture exigeante, des références historiques et littéraires. Exactement l'inverse du livre lu en une journée et chroniqué le lendemain matin sur son blog.

Mais, vraiment, pour Valérie, Meellyet moi, c'est un coup de coeur, qui méritait, à défaut d'être sélectionné par les jurées, d'être un peu plus visible sur les étals des libraires et sur la blogosphère. J'aurais pu mettre 10 points sur mon billet, mais je crains déjà qu'il ne soit trop long, et je sais que dans ce cas, les articles sont lus en diagonale..

Alors à bon entendeur...

C'était Galéa, en direct de la contre-sélection du prix Elle 2014, sobrement intitulée "le recalé de septembre"



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