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samedi 29 août 2015

Non-challenge des pépites 2014-2015 : terminus


Alors voilà l'année littéraire se termine, enfin quand je dis se termine, elle est pour la plupart oubliée depuis un moment, tournée que chacun est vers les stars éphémères de la rentrée de septembre, dont les livres circulent déjà depuis un moment, avant même d'être sur l'étal des librairies d'ailleurs.

C'est donc le moment M (le moment Modiano- celui où on revient sur ce qui est fini), que je choisis pour se souvenir encore un peu de l'année passée, avec les coups de coeur prévisibles et parfois inattendus des amis blogueurs qui une année de plus, se sont prêtés à ce non-challenge, avec enthousiasme et sincérité et je les en remercie. Et vu que la plupart d'entre ces livres seront oubliés dans 6 mois, je profite de cet entre-deux pour les rappeler à notre bon souvenir.

L'heure de la moisson d'été est donc arrivée avec les surprises et retournements de dernière minute, grâce à ce long été chaud qui aura permis à la plupart d'entre nous de finaliser des lectures prévues depuis plusieurs mois.

Et l'outsider qui revient au grand galop dans ce non-challenge est l'incontournable Jérôme Ferrari avec son Principe chez Actes Sud, qui, non content d'avoir obtenu le Goncourt il y a 3 ans, enthousiasme la clique des blogueurs , certes à contretemps mais avec efficacité. On sait qu'il est question d'Heisenberg et de mécanique quantique, mais on sait surtout qu'il s'agit de bien plus que cela finalement....En plus, ce ne sont que des blogueurs chers à mon coeur qui le plébiscitent: l'incontournable participant de ce non-challenge, j'ai nommé Jérôme le chouchou national, qui nous parle carrément d'un livre "vertigineux"; et on a envie de le croire quand on enchaîne avec la chronique de la douce et la loyale Philisine qui reste "épatée par la corrélation du fond et de la forme"; et d'autant plus quand Laure en rajoute encore une couche au sujet d'Heisenberg " cet homme ange ou démon, fou ou passionné, ami ou nazi".   Et encore, c'est sans compter la verve de ma Comète, en pause de blog et qui nous manque à tous, et qui note que non seulement "la langue de Ferrari est la beauté même" après avoir sauvagement lâché "captivant, poétique et tragique". Vous en voulez encore? Bon d'accord, c'est donc Papillon qui aura le mot de la fin "pour approcher la transcendance de la beauté, il faut lire ce roman". What Else les amis? Je lui prédis à ce tout petit roman de 160 pages de jouer les prolongations bloguesques dans l'année à venir. Ce sera d'ailleurs le cas Sous Les Galets ... 

Autre remontée de l'été, moins médiatique mais tout aussi réjouissante avec de la littérature italienne: Plus haut que la mer de Francesca Melandri chez Gallimard. C'est Kathel qui ouvre la danse pour nous parler d'un homme et d'une femme qui se croisent à bord d'un navire qui les emmène voir quelqu'un de cher, sur une île pénitentiaire "C'est l'une de ses histoires toutes simples, que vous avez envie de faire durer bien plus longtemps que leur 200 pages".  Et à Marilyne d'enchainer en nous rappelant qu'il y a "en filigrane cette période de l'histoire italienne que l'on appelle les années de plomb. Et des mots, ce que l'on fait des mots, avec les mots". Deux très belles chroniques donc, qui ne sont pas seules sur la Toile, et qui en ce qui me concerne, m'ont convaincue de le lire pour mon mois italien.
On enchaine deux coups de coeur de blogueurs avec des romans qui avaient eu les honneurs de notre Busnel national à La Grande Librairie, avec d'abord Je vous écris dans le noir de Jean-Luc Seigle chez Flammarion, un roman imaginé à partir de l'affaire Dubuisson, autour d'une lettre que Pauline aurait écrite de sa prison en 1953. Pauline, une jeune fille tondue (et courageusement violée par des hommes prétendant oeuvrer pour le Bien) à la Libération qui assassina son fiancé moins de 10 ans plus tard. Sylire parle "d'une immersion totale et d'un résultat remarquable". Si le sujet n'est pas gai, il a le mérite d'être magistralement traité et pour une fois qu'un homme tente de se mettre littérairement dans la peau d'une femme on ne va pas bouder notre plaisir.

Autre privilégié Busnelien qui a enchanté une blogueuse, c'est le discret Georges Picard et son Merci aux ambitieux de s'occuper du monde à ma place chez Corti. Un choix complètement décalé que nous devons à l'irremplaçable Margotte. Il s'agit donc d'une lettre échangée entre deux amis vieillissants et misanthropes (oh mon dieu....je me sens tout de suite comme public-cible là), dont Margotte nous promet "Une réflexion jubilatoire sur la société d'aujourd'hui, et entre autres, invite à se questionner sur les médias, et la pensée conforme qu'elle nous déverse à longueur de journée". Au passage je signale que le billet de Margotte est un petit bijou d'anticonformisme et de révolte qui ne fait pas de mal en ce temps de moutonnage aigu (#JdcJdr).

C'est ensuite Aifelle avec D'Argile et de feu d'Océane Madelaine aux Editions des Busclats qui nous revient avec un premier roman s'il vous plait, bâti sur une histoire de femmes, d'argile, de grand Sud, de démons qui resurgissent  et de nouvelle vie qui se dessine : "C'est l'histoire de deux Marie, celle d'aujourd'hui qui se raconte dans un cahier blanc et Marie Prat, potière du 19e siècle, évoquée dans un cahier rouge. Leur trajectoire va se croiser dans une cabane abandonnée au fond des bois." Peut-on vraiment résister au croisement de deux destins, des éléments et de la matière ?

Aifelle ne s'est pas arrêtée en si bon chemin, elle a dans la foulée, été emballée par La Petite lumière d'Antonio Moresco chez Verdier, où il est question de maison isolée dans des contrées rurales (dis donc Aifelle, tu n'aurais pas des envies d'ermites en ce moment?). Sauf qu'ici il y a une petite lumière qui brille au loin, une petite lumière à la recherche de laquelle un homme qui pourtant a décidé de se retirer du monde va aller : "Ce qu'il y trouve est assez fascinant. Le récit devient très intrigant, soulevant des questions, suscitant des suppositions. Différents niveaux de lectures peuvent  en être faits, le réalisme n'est plus de mise, c'est la métaphysique qui s'invite, le fantastique ou la fable." Vous cherchiez du fond ? des romans qui nous questionnent ? Aifelle a travaillé pour vous. 

Athalie, qui a blogué par intermittence toute l'année, participe avec Une Plage au Pôle Nord d'Arnaud Dudeck chez Alma Editeur avec un billet qui fait fondre mes hormones parce qu'elle nous parle avec enthousiasme d'un livre ou se rencontrent deux cabossés de la vie: une veuve à la retraite et un tout jeune chômeur, avec toute la tendresse qu'on peut imaginer:  "l'histoire en pointillée de deux béquilles l'une à l'autre indispensables et fragiles." Si le livre est à la hauteur du billet d'Athalie, il promet d'être un vrai bijou....

Phili la délicieuse, livre sa dernière pépite de l'année avec Les Arpenteurs de Kim Zupan chez Gallmeister. Un roman qui avait eu la chance d'être mis en lumière sur Inter (c'est juste pour toi MTG cette phrase). On est bien là dans une ambiance virile, à l'américaine avec un shérif, un "arpenteur", et un serial killer. Bref, des histoires d'hommes qui s'enfoncent, qui se dissimulent, qui se cherchent les uns les autres. On n'est visiblement pas dans le gai ni le feel-good, mais dans quelque chose de plus troublant et de davantage maîtrisé :  "Tout est réussi dans Les arpenteurs : la prose efficace et raisonnablement descriptive, des protagonistes suffisamment ficelés dont on suit le parcours, une intrigue qui tient la route jusqu'au bout. "

Papillon (qui a incontestablement eu la main heureuse cette saison) revient avec une dernière pépite bien peu présente sur les blogs Academy Street de Mary Costello au Seuil, avec une femme irlandaise et expatriée qu'elle nous propose de suivre pendant soixante ans , une histoire de fille, de femme et de mère. Papillon nous dit : "C'est un roman dans lequel on entre avec désinvolture comme dans une évidence, comme dans un jardin ouvert qui dévoile peu à peu son mystère, sa complexité, sa splendeur, un roman qui tout doucement vous saisit par un coin du cœur et ne vous lâche plus, et vous met de l'eau plein les yeux. Un roman poignant et magnifique."

Céline participe pour la première fois à ce challenge avec le très médiatique Vernon Subutex de la très sulfureuse Virginie Despentes chez Grasset, qui a été plutôt bien accueilli par les blogueurs. Il est je pense inutile de rappeler l'histoire, il suffira de citer l'enthousiaste Céline, qu'on ne peut suspecter de parti pris, puisqu'elle reconnait dans son billet n'avoir pas été emballée par un autre titre de la romancière. Mais là, c'est l'engouement:  "Vernon Subutex c'est le roman d'une génération, celle de la fin du rock, un constat triste et amer mais non dénué d'humour. L'écriture de Despentes, vive et mordante, est sans concession et frappe toujours juste. "

Je termine cette saison avec Jérôme dont on pensait qu'il avait dit son dernier mot avec le Ferrari pour cette saison mais c'était sans compter Finir la guerre de Michel Serfati chez Phébus. Encore une histoire d'homme brisé, d'homme pendu même, dont le fils circonspect part à la recherche de l'homme qu'il fut, lors de cette période sombre de la guerre d'Algérie. Des thématiques dont on sait qu'elles sont chères à Jérôme : "Le texte est magnifique, il interroge sur la lâcheté, l’amitié, la trahison, sur la frontière ténue entre héros et bourreaux, sur l’idée de résistance, de responsabilité individuelle face à la soumission aux ordres de l’autorité « légitime ».


Cette année encore nous aurons été gâtés.
Merci à tous.
Je vous donne rendez-vous au 1er septembre pour le lancement de la saison 2015-2016

Un rappel des coups de coeur de l'année

Moisson du printemps




Moisson de la nouvelle année


Moisson de la rentrée



Récapitulatif des pépites 2014-2015

Aaliz (une petite cerise exigeante )
- Mon combat, t.2, Un homme amoureux de. K. Ove Knausgaard

Aifelle (la photographe maritime que je jalouse)
- Dans la gueule du loup de M. Levi-Strauss
- D'Argile et de feu d'O. Madelaine
- La Petite Lumière d'A. Moresco

Anne (qui chapitre chez ELLE)
- Le Violoniste de M. Borrman

Asphodèle (la grande prêtresse)

Athalie (qu'on a failli perdre en route mais qui est revenue quand même)
- Une Plage au pôle Nord d'A. Dudeck

Céline (la blogueuse bruxelloise d'enlivrez-vous)
- Vernon Subutex de V. Despentes

Christiane (non-blogueuse mais bienvenue quand même)
- La couleur du lait de Nell Leyshon

Comète (en pause de bouquins garnis et dont on attend le retour avec impatience)
- Autour du monde de Laurent Mauvignier
- Le Principe de J. Ferrari

Estelle (entre crochet, pouponnage, train et enseignement)
- Retour à Little Wing de N. Butler
- L'Ecrivain national de S. Joncour

Jérôme (avec ses quatre femmes entre deux berges)
- Je refuse de P. Petterson
- Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé
- Finir la guerre de M. Serfati
- Le Principe de J. Ferrari

Kathel (expressément lettrée)
- Aucun homme ni dieu de William Giraldi
- Plus haut que la mer de F. Melandri

Laure (du MicMélo littéraire et chroniqueuse chez les Bibliomaniacs)
- Le Principe de J. Ferrari

Laurie (que je découvre avec plaisir)
- Une vie à soi de L. Tardieu

Laeti (la bulleuse de la blogo)
- Jacob, Jacob de Valérie Zenatti
- Les corps inutiles de Delphine Bertholon

Marilyne (de lire et merveilles)
- Plus haut que la mer de F. Melandri

Margotte (la petite Bretonne sauvage qui se cache dans les bois quand elle le peut)
Maxi Vav' (qui n'arrête jamais de s'abîmer les yeux)
- La Peau de l'ours de Joy Sorman
- Price de Steve Tesich
- Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé
- Les Grands de Sylvain Prudhomme
- L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage d'Haruki Murakami

Mina (l'intransigeante marquise du plat pays)
- Dans le bleu de ses silences de Marie Celentin

Mior (ancienne jurée ELLE, adepte et initiatrice du slow-blogging)
- L'idée ridicule de ne jamais te revoir de Rosa Montéro

Papillon (présidente en chef des Reinhardtophiles et des Bellosiens)
- Price de Steve Tesich
- Autour du monde de Laurent Mauvigner
- L'Amour et les forêts d'Eric Reinhardt
- Academy Street de M. Costello
- Le Principe de J. Ferrari

Philisine Cave (la merveilleuse)
- Les Arpenteurs de Kim Zupan
- Le Principe de J. Ferrari

Sylire (la vie est un roman, la sienne est en Bretagne)
- Je vous écris dans le noir de J.L. Seigle

Valérie (Blogueuse Itinérante)
- Meursault Contre enquête de Kamel Daoud
- Le Puits d'Y-Repila

Vio (qui a disparu de la blogo sans préavis)
- La Condition pavillonnaire de S. Divry
- Tristesse de la terre d'E. Vuillard

jeudi 26 mars 2015

Non challenge des pépites : le point du printemps

Vous n'avez pas pu aller au Salon de Livre de Paris? Votre radio préférée est en grève? Vous avez trop chaud en collants mais trop froid sans manteau? Vous n'aimez pas les intersaisons? Un beau gosse vous a donné 5 ans de plus que votre âge en pensant vous faire un compliment? Les infos vous rendent dépressifs ? 

Il est donc temps de faire le point de printemps pour le non-challenge des pépites.

Que vous dire les amis? Où sont les enthousiasmes de l'année dernière? Les grandes unanimités autour de grands livres? Point de grandes envolées dans cette saison, il faudra nous y faire. Avec pourtant plus de participants et de participations, mais aucun livre ne se dégage aussi nettement que l'an dernier (et là, je me dis: mais que vais-je donc lire cet été et l'année prochaine?).


Malgré tout, le Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé chez Delcourt se hisse dans le peloton de tête avec le billet d'Eva qui s'ajoute à celui de Jérôme :  "Fabien Toulmé est très sincère, parfois brutalement honnête, il ne cache rien de ses larmes".  On rappelle qu'il s'agit du chemin personnel d'un papa qui se retrouve à devoir accepter d'avoir une petite fille trisomique. Ce roman graphique rejoint donc Price, Autour du Monde, et la Peau de l'ours qui sont, contre toute attente, ceux qui jusqu'à présent recueillent le plus de voix (2 précisément...on ne rigole pas merci).

Eva ne s'arrête pas là, puisqu'en deux mois elle remplit son quota de participation au non-challenge en y ajoutant Les Grands de Sylvain Prudhomme chez Gallimard qui nous emmène en Guinée Bissau avec un balayage sur 30 ans d'un pays en pleine mutation, sur fond de musique: "C'est un beau roman, extrêmement bien écrit, qui évoque l'amour, l'espoir, l'histoire la musique, de façon captivante. Un magnifique moment de lecture".


Enfin Eva termine son non-challenge avec un auteur que j'aime beaucoup et dont j'ai trouvé la dernière sortie peu médiatisée, j'ai nommé L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage d'Haruki Murakami chez Belfond. On y retrouve le lycée comme pierre fondatrice de notre avenir d'adulte, les grandes solitudes adolescentes, et le moment où on doit se retourner pour régler ses comptes avec ses démons de jeunesse, même si je suis étonnée que Murakami n'y ait pas mis, comme à son habitude, une petite touche de surnaturel. Et j'ai d'autant plus hâte de me jeter dessus quand je lis : "C'est un roman passionnant, qui réussit l'équilibre entre suspense et introspection, dépression et espoir, flash-backs et temps présent. C'est très bien écrit, et c'est un magnifique portrait d'un homme qui revient à la vie".




Dans les nouveaux venus, tout aussi inattendus que les autres, notons La route de Beit Zera d'Hubert Mingarelli chez Stock, qui a littéralement enthousiasmé notre Margotte nationale et préférée. Je vous dit lac de Tibériade, tendresse, un vieil homme juif qui écrit à son fils, un jeune Arabe qui croise son chemin, une vieille chienne malade..."c'est une ode à la tendresse humaine et à la fraternité dans ce qu'elle a de plus fragile", nous dit Margotte, "en 157 pages, il traite avec beaucoup d'humanité du conflit israélo-palestinien, mais presque sans le dire"...Tout le billet de Margotte est à l'avenant. En ce qui me concerne, je suis absolument convaincue.


La délicieuse et tempétueuse Mior fait son entrée dans ce non-challenge, par la grande porte et grâce à son libraire, avec la déjà très plébiscitée Rosa Montéro qui s'attaque à un monstre de notre patrimoine scientifique français, Marie Curie, dans L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir chez Métailié. L'histoire d'une romancière qui a perdu son mari et qui écrit sur Marie Curie qui avait aussi perdu le sien, et comme nous le dit Mior avec son franc-parler habituel "voici en peu de mots la genèse de ce texte qui se penche sur le veuvage- un sujet plutôt casse-gueule et à ce titre pas si souvent abordé, et plus largement la perte. Le tout en vous filant une patate d'enfer, ce qui est tout de même fou!!. C'est vivant, c'est brillant, c'est éminemment digressif et passionné, quel plaisir!" Sachez, chers amis, que Mior a plutôt le coup de coeur difficile, apprécions donc sa pépite.


Une non-blogueuse, mais lectrice passionnée, Christiane, a décidé de pépiter elle-aussi, et propose de mettre en avant La couleur du lait de Nell Leyhson chez Phébus, qui raconte l'histoire d'une jeune domestique, placée dans une famille de pasteur, qui va apprendre à lire et écrire pour finalement livrer au lecteur "une implacable confession". C'est donc officiel, ce non-challenge est aussi ouvert aux non-blogueuses, Val avait ouvert la porte, Christiane ne l'a pas refermée en passant. ET c'est peut être aussi bien ainsi.


Notre Laeti (et ses bulles d'air) intègre ce non-challenge avec non pas une mais deux pépites. Elle nous chronique d'abord (et pour mon grand plaisir) Jacob, Jacob de Valérie Zenatti aux éditions de l'Olivier. Rappelez-vous, cette histoire d'un jeune séfarade algérien, Jacob le doux, Jacob le tendre, qui s'embarque pour participer au débarquement de Provence: "Le lecteur est confronté à plusieurs émotions: il traverse la fureur des événements de l'époque, passe ensuite à la douce naïveté de Jacob, pour repartir dans la désolation la plus paralysante d'une maman qui chercher partout après son cadet". Pas mieux Laeti. 

La deuxième pépite de Laeti a beaucoup été vue sur les blogs récemment : Les corps inutiles de Delphine Bertholon aux Editions de l'Olivier. Un roman qui évoque l'agression sexuelle d'une jeune fille de 15 ans, le repli sur soi, la volonté de ne plus ressentir, puis la femme qu'elle est devenue 15 ans plus tard. Je dois reconnaître à Laeti un billet vraiment bouleversant "Mais quel sens du détail incroyable ! Delphine Bertholon pense à tout lorsqu'elle ôte le sens du toucher à son héroïne. Du coup, elle arrive à questionner les autres sens du lecteur qui restent continuellement en alerte, pour avancer à tâtons dans cette incroyable histoire. C'est une maîtrise inconditionnelle des mots et de la mise en scène, du suspens." 

Mina nous rejoint aussi pour cette saison du non-challenge, avec le gros pavé d'un petit éditeur Dans le bleu de ses silences de Marie Celentin chez Luce Wilquin, qui n'est rien de moins qu'une fresque historique à l'époque des Ptolemée à Alexandrie au IIIè siècle av- JC, dont le point de départ est une certaine Bérénice, princesse pion de l'échiquier politique antique. A partir d'elle, l'auteur a monté un roman historique inattendu et audacieux  "L'humanité est l'une des caractéristiques qui fondent la modernité (...) au delà de l'époque choisie qui pourrait paraître lointaine ou peu attrayante. Les préoccupation des personnages sont certes ancrées dans leur temps et varient en fonction de leur condition sociale, mais elles n'en sont pas moins universelles (...) Marie Celentin n'hésite pas à jouer de la diversification, tant dans les registres d'écriture (...) que dans les genre (intrigues policières, de Cour, amoureuses, familiales ou encore romand d'aventure) (...) tout est parfaitement maîtrisé et servi par une très belle écriture". J'ai envie de dire, what else ?

Enfin nous terminons ce point de printemps avec Kathel qui nous rejoint in extremis avec Aucun homme ni Dieu de William Giraldi chez Autrement, un roman qu'on a déjà vu chez plusieurs blogueuses enthousiastes, qui à mon avis, n'étaient pas si loin de la pépite. Bon visiblement, âmes sensibles s'abstenir, parce qu'on est dans le sombre et le dur. Là, il est question de loups inquiétants, de paysage désolé, des enfants disparus, et surtout d'hommes et femmes (d'après ce que je comprends) visiblement de l'autre côté de la ligne : "Quand un auteur réussit à mélanger à la perfection une histoire qui nous attrape et ne nous lâche plus, des personnages peu communs, une écriture pleine de sensibilité et de force, que demander de plus? Une paysage à la rudesse extrême? On l'a aussi".  Quand Kathel s'enthousiasme, elle ne fait pas semblant.


Merci à tous de vos participations
On n'oublie pas les précédentes moissons pour autant ;-) 
et avant de vous laisser avec les récapitulatifs, 
je vous souhaite une belle fin de semaine et bon début de printemps (humour du Sud...).


Moisson de la nouvelle année


Moisson de la rentrée



Récapitulatif des pépites 2014-2015

Asphodèle (la grande prêtresse)

Aifelle (la photographe maritime que je jalouse)
- Dans la gueule du loup de M. Levi-Strauss

Aaliz (une petite cerise exigeante )
- Mon combat, t.2, Un homme amoureux de. K. Ove Knausgaard

Laurie (que je découvre avec plaisir)
- Une vie à soi de L. Tardieu

Margotte (la petite Bretonne sauvage qui se cache dans les bois quand elle le peut)
- La peau de l'ours de Joy Sorman
- La route de Beit Zera d'Hubert Mingarelli

Vio (qui ne lit que sur un banc)
- La Condition pavillonnaire de S. Divry
- Tristesse de la terre d'E. Vuillard

Estelle (entre crochet, pouponnage, train et enseignement)
- Retour à Little Wing de N. Butler
- L'Ecrivain national de S. Joncour

La Comète (avec ses hommes entre deux bouquins garnis)
- Autour du monde de Laurent Mauvignier

Jérôme (avec ses quatre femmes entre deux berges)
- Je refuse de P. Petterson
- Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé

Maxi Vav' (qui n'arrête jamais de s'abîmer les yeux)
- La Peau de l'ours de Joy Sorman
- Price de Steve Tesich
- Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé
- Les Grands de Sylvain Prudhomme
- L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage d'Haruki Murakami

Papillon (présidente en chef des Reinhardtophiles)
- Price de Steve Tesich
- Autour du monde de Laurent Mauvigner
- L'Amour et les forêts d'Eric Reinhardt

Valérie (Blogueuse Itinérante)
- Meursault Contre enquête de Kamel Daoud
- Le Puits d'Y-Repila

Anne (qui chapitre chez ELLE)
- Le Violoniste de M. Borrman

Mior (ancienne jurée ELLE, adepte et initiatrice du slow-blogging)
- L'idée ridicule de ne jamais te revoir de Rosa Montéro

Christiane (non-blogueuse mais bienvenue quand même)
- La couleur du lait de Nell Leyshon

Laeti (la bulleuse de la blogo)
- Jacob, Jacob de Valérie Zenatti
- Les corps inutiles de Delphine Bertholon

Mina (l'intransigeante marquise du plat pays)
- Dans le bleu de ses silences de Marie Celentin

Kathel (expressément lettrée)
- Aucun homme ni dieu de William Giraldi


mardi 6 janvier 2015

Non-challenge des pépites : le point de l'An

Après avoir fait semblant de bien s'entendre avec sa famille pour Noël, après avoir crû qu'on aimait se coucher tard (et qu'on tenait l'alcool) pour la Saint-Sylvestre, il est temps, chers amis lecteurs, de refaire ensemble le point sur les pépites des blogueurs (enfin de certains blogueurs) qui m'ont fait le plaisir de venir déposer ici leurs livres préférés.

Alors, avant que la rentrée d'hiver nous emporte vers de nouveaux horizons, qu'est ce qu'on garde de celle de septembre ?

D'abord c'est l'arrivée tonitruante d'une jolie pépite de chez Monsieur Toussaint Louverture, Price de Steve Tesich, totalement plébiscité par Maxi Vav' et Papillon qui ne cachent rien de leur enthousiasme. Ce roman initiatique américain nous parle donc d'un jeune homme, Price, qui a déjà la notion de la "perditude" car comme le dit superbement Papillon: "L'auteur y décrit la difficulté d'être jeune dans un monde où les jeunes n'ont aucun espoir en l'avenir, rien que la promesse d'une vie banale et médiocre. Ils ont tous l'impression qu'avec la fin de leurs études, le meilleur de leur vie est passé. Les adultes, dans cette histoire, sont tous des vaincus". Maxi Vav' en retient "La vie de Daniel Price, ses sentiments, ses interactions, ses espoirs ruinés et sa façon d'échapper à son quotidien malheureux par l'imaginaire et l'écriture". Je vous laisse aller lire ces très beaux billets dans leur intégralité sur les blogs.

C'est ensuite la remontée d'Autour du monde dans le classement, grâce encore à Papillon qui se joint  cette fois à la Comète pour dire tout le bien qu'elle pense du dernier opus de Mauvigner aux Editions de Minuit. On reste dans le registre joyeux et léger avec le tsunami de mars 2011 au Japon vu de différents points du monde. Et Papillon après avoir ressenti "la solitude existentielle de l'Homme" revendique "un roman ébouriffant, un concentré d'émotions qui m'a laissée bouche bée d'admiration". Déjà que la Comète en "avait eu le souffle coupé tellement c'est intense", j'ai envie de dire, qu'attendons-nous ?


La Peau de l'Ours de Joy Sorman chez Gallimard n'a pas eu de nouvelles voix depuis Maxi Vav' et Margotte, mais ce sont bien ces trois titres-là qui tiennent le haut du pavé, ce qui est totalement étrange, car ce ne sont pas ceux qui ont été les plus médiatisés cet automne, ni qu'on n'a le plus vu sur les blogs. Alors entre un livre sorti depuis 20 ans aux Etats-Unis, un conte vraiment surprenant avec personnage mi-homme mi-ours, et un roman qui ressemble une succession de situations, j'ai envie de dire que la blogo brille par son côté décalé ...et ça ça me plait beaucoup. #blogorebelle


Pour les nouveaux entrants, nous trouvons le Meursault, Contre-enquête de Kamel Daoud chez Actes Sud, challenger malheureux du Goncourt, sorti en mai dernier et pour lequel je fais une exception (pas seulement parce que c'est Val qui le nomine). Comment refuser un roman sorti sans bruit en mai et qui est sur toutes les lèvres en novembre? Comment refuser l'envers littéraire de l'Etranger, qui va bien au-delà de l'exercice du miroir littéraire, tant et si bien qu'il déchaine contre lui les foudres intégristes? 

Nous trouvons, toujours chez Val, donc toujours sans lien blog (en attendant qu'elle dépose sa pépite chez un blogueur sympa), le très controversé Puits d'Yvàn Repila, chez Denoël, dont le huis-clos fait clairement froid dans le dos: deux frères coincés au fond d'un puits (dont on devine que de toute manière ça finira mal cette affaire). Je sens qu'il sera mon Kinderzimmer de cette saison, c'est-à-dire le livre qui me fait tellement peur à lire que ce n'est pas sûr que je le fasse.


Jérôme amorce les pépites BD avec Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé chez Delcourt (que j'ai eu la chance de lire aussi). Un album sans concession, mièvrerie ni sensiblerie sur la paternité, et plus précisément le fait d'être le papa d'une petite fille trisomique....Jérôme nous confie donc que ce témoignages "l'a bouleversé à un point inimaginable. J'en suis ressorti ébloui, admiratif devant la façon dont il a abordé le sujet". Une histoire qui a fait des émules sur la blogo littéraire et même au delà. 


Sinon, Papillon qui s'est découverte une âme réelle de Reinahrdtophile n'a pas pu s'empêcher d'intégrer l'Amour et les Forêts  de son nouvel auteur favori qu'elle aime d'amour chez Gallimard, et qui me convaincrait de me pencher sur le cas Reinhardt. Il y est question de la rencontre entre Reinhardt himself et l'une de ses lectrices assidues, une certaine Bérénice brisée silencieusement par un mariage malheureux. C'est le style de sujet que je fuis, mais c'est sans compter le talent de persuasion de Papillon: "Un roman écrit d'une plume hypnotique qui se lit en apnée, vous laisse assommé et dresse le portrait sublime d'une femme que l'on n'oubliera pas de sitôt, et qui semble avoir une étonnante parenté avec son créateur".

Vio nous revient aussi avec Tristesse de la terre d'Eric Vuillard chez Actes Sud qui nous raconte l'étrange histoire de mise en scène de la conquête de l'Ouest au sein d'un spectacle monté par Buffalo Bill qui offre un miroir étrange des combats entre Indiens et cow-boys. Vio nous parle là des figures marquantes de cette période mais pas seulement; car il y a aussi "en creux une réflexion sur notre présent, notre rapport à l'Histoire et au spectacle". Je ne voudrait pas dire de bêtises, mais je crois avoir entendu que Gaëlle Josse en a fait aussi un coup de coeur (oui je l'ai croisée dans une librairie près de chez moi...j'espère que ma mémoire est bonne ...)

Enfin, ma chère Anne, qui a pris le relai des jurées Elle pour la saison 2015, a été transportée par Le Violoniste de Mechtild Borrman au Masque sur lequel je mise beaucoup à titre personnel, et dans lequel il est question d'un violon, de la terrible époque stalinienne, tout ça sur fond, d'arrestation arbitraire et de frère et soeur séparés. Un polar historique ou saga familiale, ce roman visiblement inclassable a enthousiasmé Anne: "il y a du suspens, peut-être pas au sens où on l'entend pour un polar, mais on a envie de savoir ce qu'il va se passer, je n'arrivais pas à lâcher ce livre. J'ai aimé les personnages, même les moins sympathiques".


N'oublions pas néanmoins Je refuse, Le Dernier gardien d'Ellis Island,  L'Ecrivain national, Retour à Little Wings, La Lumière des étoiles mortes, Dans la gueule du loup, Un homme amoureux, Une vie à soi  et La Condition pavillonnaire (dont tous les liens sont en fin de billet).


J'en profite chers amis, pour vous souhaiter une très belle année 2015, j'espère que vous avez échapper aux textos faussement chaleureux, que de vagues connaissances ont envoyé à tout leur répertoire, dont vous. J'espère que vous avez supporté stoïquement le premier jour de travail avec les 250 Bonne Année lancés à la cantonade. J'espère aussi que vous avez pris des résolutions intenables (du genre : arrêter de fumer, être à l'heure, ne plus se plaindre, ce plus crier, avoir une maison toujours nickel, éviter toutes sortes d'embrouilles...) , comme ça nous serons plusieurs en mai à se dire que vraiment, on ne met pas toutes les chances de notre côté.

Pour terminer, quelqu'un m'a rappelé récemment que la blogo, ce n'est pas que des blogueurs, que la plupart des gens qui lisent les billets (entièrement) ne les commentent pas, que la grande majorité des lecteurs de blog ne bloguent pas....Alors, à vous lecteurs de l'ombre qui sous-marinez sur la Toile, qui suivez ce blog sans que je ne sache rien de vous, je vous souhaite de belles choses à venir.



Récapitulatif des pépites 2014-2015

Asphodèle (la grande prêtresse)

Aifelle (la photographe maritime que je jalouse)
Dans la gueule du loup de M. Levi-Strauss

Aaliz (une petite cerise exigeante )

Laurie (que je découvre avec plaisir)
Une vie à soi de L. Tardieu

Margotte (la petite Bretonne sauvage qui se cache dans les bois quand elle le peut)
La peau de l'ours de Joy Sorman

Vio (qui ne lit que sur un banc)
Estelle (entre crochet, pouponnage, train et enseignement)
L'Ecrivain national de S. Joncour

La Comète (avec ses hommes entre deux bouquins garnis)
Autour du monde de Laurent Mauvignier

Jérôme (avec ses quatre femmes entre deux berges)
Je refuse de P. Petterson
Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé

Maxi Vav' (qui n'arrête jamais de s'abîmer les yeux)
La Peau de l'ours de Joy Sorman
Price de Steve Tesich

Papillon (présidente en chef des Reinhardtophiles)
Price de Steve Tesich
Autour du monde de Laurent Mauvigner
L'Amour et les forêts d'Eric Reinhardt

Valérie (Blogueuse Itinérante)
Meursault Contre enquête de Kamel Daoud
Le Puits d'Y-Repila

Anne (qui chapitre chez ELLE)
Le Violoniste de M. Borrman

lundi 3 novembre 2014

Pépites 2014-2015: le point de Toussaint

Voici venu le moment, au milieu de cette rentrée à la fois tonitruante, plombante et polémique,  du premier bilan des pépites. Il sera long et je m'en excuse, mais quitte à faire un bilan, je le veux le plus complet possible (il y a un résumé en fin de billet, pour ceux qui ne veulent pas se coltiner extraits de billets et réflexions galéesques)


Contre toute attente, alors que nous n'en sommes qu'aux balbutiements des découvertes de la rentrée, c'est La peau de l'ours de Joy Sorman chez Gallimard qui prend la tête provisoire de ce non-palmares. Surprise et perplexité en ce qui me concerne, puisqu'il s'agit DU livre que je n'avais pas envie de lire cet automne, sûrement parce que l'histoire d'un type né du viol d'une femme par un ours, je ne sais pas, disons que j'étais moyennement tentée. Mais ça c'était avant, et surtout c'était sans compter les billets d'Eva et de Margotte, valeurs sûres de la blogo. Maxi Vav' qui nous parle "d'un récit très beau", "d'une langue belle et pure" bref "d'un vrai petit bijou", et Margotte qui en rajoute une couche quand elle nous crie son "enthousiasme des découvertes type coups-de-coeur" et nous raconte "une atmosphère qui baigne dans l'indétermination du conte". Alors voilà, je range mes a priori et me réjouis de voir pépité un roman qu'on a finalement peu vu sur les blogs jusqu'à présent.


La bonne nouvelle de cette rentrée c'est aussi la présence, avec deux titres, d'un petit éditeur : Notabilia. D'un côté Vio s'emballe pour La condition pavillonnaire  de Sophie Divry, avec un billet qui a suscité mon engouement. Pourtant ce n'est que l'histoire de la vie d'une femme, mais pas seulement, parce que Vio nous parle d'une lecture à deux entrées, du fantôme de Mme Bovary mais aussi nous promet de nous "interroger sur nos vies, nos propres conceptions du bonheur, mais aussi l'époque dans laquelle nous vivons et ce qu'elle nous offre à désirer".

De l'autre côté, Aspho la grande prêtresse, s'emballe pour Le Dernier gardien d'Ellis Island de Gaëlle Josse, maintenant éditée chez Notabilia aussi, et Aspho ne tarît pas d'éloge "Dans le tableau contrasté de cette époque si particulière, où des millions d'Européens ont fait de l'Amérique ce qu'elle est aujourd'hui, Gaëlle Josse fait émerger dans la lumière ce gardien taciturne et hanté de souvenirs douloureux".  Je crois que tout est dit non ?

Mais la grande prêtresse est d'humeur complètement pépitante en ce moment et ne s'arrête pas là. Celle qui a été en panne de lecture pendant un petit moment ne livre pas Une pépite mais deux, avec La Lumières des étoiles mortes de John Banville, chez Robert Laffont, qui globalement parle d'un sexagénaire qui se remémore ses jeunes années lorsqu'il aimait passionnément une femme de vingt ans son aînée (oui une cougar!).  Et Aspho de nous dire "J'ai été suffisamment fascinée par cette plongée dans la mémoire, mouvante comme les sables du même nom, cette mémoire qui permet aussi de redonner sens, vie et lumière à ce qui n'est plus en justifiant ce qui est".  Bon, moi c'est le genre de phrases qui me donnent la chair de poule .... 

Le non-fiction sera présent dans ce non-challenge d'abord grâce à Aifelle qui s'enthousiasme pour Une Enfance dans la gueule du loup de Monique Levi-Strauss au Seuil, qui retrace l'enfance d'une petite fille juive en plein nazisme, Aifelle nous dit "J'ai lu son récit quasiment d'une seule traite, passionnée par une expérience que je ne pensais pas possible. Une famille étrangère vivant parmi les civils en pleine guerre en Allemagne".  Nous ne devrions pas tarder à la voir fleurir sur les blogs puisqu'il était dans l'une des pré-sélections du prix ELLE. 

Toujours en non fiction, nous retrouvons, comme l'année dernière, Laurence Tardieu, avec Une Vie à soi, chez Flammarion. Cette année c'est Laurie qui pépite ce livre qui ne fait pas croire qu'il est un roman et qui revendique sa dimension autobiographique. Laurence Tardieu y raconte sa rencontre avec la photographe Diane Arbus et la manière dont elle va affronter ses démons et reconstruire ce qu'elle souhaite ce que sa vie soit. Et Laurie de nous dire "Les phrases ont résonné en moi. Je suis surprise et sûrement admirative de voir à quel point avec ses mots simples, directs, empreints de sensibilité, Laurence Tardieu arrive à m'embarquer, à me mettre dans sa peau, à vivre sa souffrance et sa lente remontée, avec elle".  Chaque année Tardieu fait accoucher les blogueurs de billets magnifiques et celui de Laurie n'est pas des moindres.

Encore dans l'autobiographie, masculine cette fois, c'est avec un gros pavé, encore très peu présent sur les blogs mais qui a été au programme du Masque, qu'Aaliz pépite Un Homme amoureux de Karl Ove Knausgaard chez Denoël. Personnellement, c'est typiquement le genre de titres qui me font fuir dans une librairie (rapport au fait que je n'ai aucun coeur), mais Aaliz est tellement enthousiaste, et précise dans son explication de l'oeuvre, qu'on est immédiatement convaincu, même si c'est le deuxième tome des six qui composent l'autobiographie d'un romancier que je  ne connaissais pas du tout : "Le style est celui d'un écrivain qui ne cherche pas à faire beau. Il ne veut rien d'artificiel. Karl Ove écrit sans fioritures, pour lui la littérature se sublime dans la liberté de ton, dans l'écriture spontanée et s'inscrit surtout dans la réalité. Karl Ove ne veut rien inventer". 

On reste en Scandinavie avec un autre auteur du Nord, pépité par Jérôme avec Je refuse de Per Petterson chez Gallimard. Avec un titre, une première de couv et une histoire qui forcément ne laissent pas indifférent. L'histoire de deux hommes, qui furent il y a longtemps les meilleurs amis du monde, et qui se retrouvent au milieu du chemin, face au temps qui a passé et à ce qu'il reste de chacun. Mais c'est Jérôme qui en parle le mieux "Dans ce récit polyphonique, Per Petterson met en scène des hommes qui s'écroulent. Dans tous les sens du terme. Des hommes seuls, désorientés, en plein doute. Des hommes fragiles, qui pleurent et se cherchent. Des hommes lucides, sachant pertinemment qu'il est impossible de regarder en même temps en avant et en arrière si l'on veut avancer".  Difficile de rester insensible à un tel cri du coeur, n'est-il pas ?

Dans la même veine, mais sur son versant lumineux, j'enchaîne sur un livre qui traite aussi du temps qui passe, de ce qu'on devient et de ce que nos amis de jeunesse deviennent (à croire quand même que c'est LE thème de cette rentrée), mais avec plus de légèreté, avec Retour à Little Wing de Nickolas Butler chez Autrement, pépité par Estelle qui en fait un gros coup de coeur. L'histoire d'une star qui rentre dans le village de son enfance pour le mariage d'un de ses amis. Ce roman commence à se voir un peu partout sur les blogs et ce n'est pas prêt de s'arrêter vu qu'il fait partie des candidats des matchs de la rentrée littéraire chez PM. Visiblement la construction tient en haleine, puisque chaque personnage est le narrateur d'un chapitre, et Estelle nous promet "un roman frais, les chroniques des aléas de l'amitié, dans un paysage verdoyant qui donne envie de s'y promener. Si vous en avez assez des romans nombrilistes du moment, si vous avez envie de fraîcheur et de simplicité, ce roman pourrait vous plaire".  Bon, j'ai envie de dire: Pourquoi pas ?

Mais Estelle ne s'arrête pas là, et enchaîne sur une deuxième pépite avec L'Ecrivain national de Serge Joncour chez Flammarion avec un billet qui moi, m'a mis l'eau à la bouche. Difficile pour un amoureux de la littérature de résister à l'histoire d'un écrivain parisien, en résidence dans un petit village rural : "Il oscille entre la chronique un peu comique du séjour de l'auteur, la descriptions des relations parfois intrusives de la campagne et le thriller quand Serge commence à fouiner son nez partout. (...) C'est finalement un bel exercice de désacralisation de la figure de l'écrivain. Et en toile de fond, la campagne est décrite avec une plume acerbe".  A titre personnel, j'attends beaucoup de ce roman qui a tout pour me plaire.

Enfin, je termine avec la pépite de la Comète avec Autour du monde de Laurent Mauvignier aux Editions de Minuit, que je me sens incapable de résumer, je vais donc citer notre Comète : "C'est un roman "monde", où plutôt un ensemble de nouvelles, qui va du Japon à Dubaï, en passant par Paris ou Rome, où des dizaines de personnages qui ne se croiseront jamais se trouvent à des moments importants et différents de leur existence".  J'ai été tellement émue du billet des Bouquins garnis, que je ne vois pas bien ce que je pourrais rajouter.

Pour achever ce premier bilan qui compte onze pépites (chiffre pour moi inespéré en ce commencement d'année littéraire), je ne peux m'empêcher de remarquer que s'il n'y a pas que des inconnus parmi les ouvrages pépités, on ne trouve néanmoins point de Carrère, de Foenkinos, de Reinhardt ou autre star de la rentrée de septembre, contrairement à l'an dernier. Bien sûr, cela peut encore évoluer, mais je crois qu'il est réjouissant de voir surgir des auteurs pour la plupart absents des listes et sélection de prix.

J'espère que j'ai bien tous les liens, Blogger est facétieux et je sais que des commentaires disparaissent, j'espère que ce n'est pas le cas pour ce non-challenge, et si cela arrivait, bien sûr je m'en excuse.

Pour terminer, je voudrais rappeler qu'en dehors du fait du rentrer du lien (ce qui est clairement une épreuve pour moi, car je manque d'organisation), ce non-challenge m'a rappelé tout le temps d'un week-end, ce que m'apportait la blogosphère littéraire. La qualité, l'intimité et oserai-je dire, la beauté de certains billets attestent une fois de plus que la blogo a quelque chose que la critique professionnelle n'aura jamais: la dimension intime de la lecture, une sincérité individuelle qui, pour nous lecteurs, seront toujours plus prescriptrices que n'importe quelle émission ou magazine. Il y a des billets qui mettent tripes et sanglots sur la table, et qui, de mon point de vue, sont la raison d'être des blogs.

Merci donc à la poignée de participants, ceux que je connais bien et ceux que je découvre, et qui nous donnent encore et toujours envie de lire davantage...

Asphodèle (la grande prêtresse)
La lumière des étoiles mortes de J. Banville
Le dernier gardien d'Ellis Island de G. Josse

Aifelle (la photographe maritime que je jalouse)
Dans la gueule du loup de M. Levi-Strauss

Aaliz (une petite cerise exigeante )
Mon combat, t.2, Un homme amoureux de. K. Ove Knausgaard

Laurie (que je découvre avec plaisir)
Une vie à soi de L. Tardieu

Margotte (la petite Bretonne sauvage qui se cache dans les bois quand elle le peut)
La peau de l'ours de Joy Sorman

Vio (qui ne lit que sur un banc)
La Condition pavillonnaire de S. Divry

Estelle (entre crochet, pouponnage, train et enseignement)
Retour à Little Wing de N. Butler
L'Ecrivain national de S. Joncour

La Comète (avec ses hommes entre deux bouquins garnis)
Autour du monde de Laurent Mauvignier

Jérôme (avec ses quatre femmes entre deux berges)
Je refuse de P. Petterson

Maxi Vav' (qui n'arrête jamais de s'abîmer les yeux)
La Peau de l'ours de Joy Sorman


Et moi je vous donne rendez-vous à Noël, une fois les prix de novembre décernés, 
pour un nouveau bilan
(d'ici là, profitons de la dépression automnale, car les réjouissances de fin d'année ne vont pas tarder à pointer le bout de leur nez avec leur cortège d'efforts obligatoires)
Je rigooooooole !
(pas tant que ça)

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