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mercredi 10 juin 2015

Un bûcher sous la neige

Susan Fletcher, Un bûcher sous la neige (2010)
J'ai lu, 2013, 475 p.
Un Bûcher sous la neige c'est l'histoire d'un clerc qui rend visite à une sorcière en prison, et combat sa répulsion en espérant tirer d'elle des informations pour chasser du trône d'Angleterre Guillaume d'Orange, le Hollandais protestant qui a renversé Jacques II.

Du coup, la sorcière dont le bûcher attend le dégel pour la brûler, lui raconte toute sa vie, et termine par la période pendant laquelle elle vivait dans les Highlands.

Pour moi les Highlands c'était l'endroit où les Crowley partaient chasser. Mais ici les Highlands c'est tout à faire autre chose (what a surprise ?!).

Je l'ai aimé sans m'en rendre compte ce roman, alors que j'étais épuisée, toujours à droite ou à gauche, entre deux courses, en train de râler, de me plaindre de tout ce que je n'ai pas le temps de faire...bref, là il en fallait pour me tenir attentive.

Peut-être est-ce à cause de Corrag, la jeune sorcière emprisonnée qui raconte sa vie, parce qu'elle ressemblerait presque à une elfe ou à une fée, dans la description que Mr. Leslie (l'homme d'église) en fait à sa femme dans ses lettres. Je me suis retrouvée dans le début du film Molière d'Ariane Mnouchkine, avec les cris des sorcières sur les bûchers. Parce que la sorcière qu'on brûle c'est so XVIIe siècle, c'est l'époque, des poisons, des intrigues, et des morts suspectes. C'est l'époque où on saigne les gens plutôt que de recourir aux plantes. 

Et franchement Fletcher a drôlement bien travaillé son sujet mine de rien, elle montre bien qu'être sorcière ne tient finalement pas à grand chose: une allure, une maladresse, l'amour des plantes. La sorcière c'est l'autre, la marginale, celle qui ne se plie pas aux codes. Parce que le XVIIe siècle, c'est mon domaine, la période que je connais le mieux, et franchement je me suis complètement régalée, la rudesse quotidienne, l'absence d'hygiène, la manière de vivre, tout est terriblement crédible.

Ensuite, comme toujours chez Fletcher, la nature est sauvage, grandiose et évidente. Comme toujours il y a la contemplation, la rugosité. Moi qui n'ai jamais vécu que dans des villes bruyantes, il y a quelques choses de l'ordre du fantasme dans la manière dont elle parle des arbres, des collines, des rivières et des forets. Il n'y a pas à tortiller, Fletcher sait créer une atmosphère, un lieu, moi, je m'y suis vue à Glencoe avec ses hameaux disséminés d'Est en Ouest, j'ai regardé les montages et entendu la mer. Et pourtant, franchement je ne suis pas une contemplative, il m'en faut pour me tenir en haleine sur 500 pages, avec une forêt traversée à dos de jument.

Et puis bien sûr toute la partie politique (par le bas) m'a passionnée, parce qu'il est question du mythe de Guillaume d'Orange (que je verrai toujours comme l'ennemi le plus prégnant de Louis XIV), du serment des clans écossais au roi d'Angleterre, des dégâts collatéraux des décisions, des parties du royaume qui reste récalcitrantes. On n'est pas dans les antichambres des palais royaux mais bien dans les endroits reculés d'une nation qui se divise. 


Bref, sans être un authentique coup de coeur (probablement par trop d'âpreté à certains endroits...et encore je n'en suis pas certaine car j'aime ce qui gratte), j'ai une vraie tendresse pour ce roman (que je garde au chaud pour ma grande fille qui l'adorera l'âge venu).


 Hormis le fait que son écriture me parle et me convienne, il y a la question des religions (catholicisme avec Mr Leslie, protestantisme avec tous les Anglais, et paganisme avec Corrag la sorcière), et avec Fletcher il reste toujours, au bout du compte, quelque chose qui ressemble à la phrase convenue, "en son âme et conscience", et il est vraiment question de cela finalement dans Le Bûcher sous la neige, de ces petites choses qui restent malgré tout dans un coin du coeur et de la tête et qui donnent encore foi dans le genre humain. 

Ce billet devait s'intégrer dans la journée "roman historique" du mois anglais, mais je me suis, avec mes collègues, complètement ratée, c'est donc ma seconde et poussive participation.

 Fournisseur officiel de ce roman : Liliba, ma première swappeuse, (une blogueuse que je regrette pour sa bonne humeur, son esprit potache et sa bienveillance). 

lundi 5 août 2013

Avis de tempête-Susan Fletcher

L'histoire d'une vie tourmentée, douloureuse et imprévisible

Avec un titre comme celui-ci je ne pouvais pas ne pas l'acheter, d'autant que Susan Fletcher a plutôt bonne presse sur la blogo.

Avis de tempête déroule la vie de Moïra, depuis sa naissance jusqu'à ses 27 ans. En fait, Moïra est assise pendant tout le roman au chevet de sa petite soeur Amy, de 10 ans sa cadette. Mais cette veille n'est qu'un prétexte pour parler d'un tronçon d'existence, la sienne. Et c'est bien d'une tempête qu'il sagit, avec ses turbulences, ses douleurs et ses bouleversement. 
 
C'est un livre très dense, qui se lit extrêmement vite (même avec le boulot et les enfants dans les jambes).

 La description d'une mer brutale.

Susan Fletcher, Avis de tempête 
C'est un roman qui regarde la mer, à travers l'attachement viscéral de Moïra au littoral, aux côtes, aux embruns et aux mouettes. C'est l'Atlantique dans son côté le plus sombre, le plus violent, le plus inhospitalier. Moïra a l'océan chevillé au corps, et cela ne pouvait pas me laisser indifférente. Ça se déroule en Angleterre mais je pense que les Bretonnes y retrouveront quelque chose de profond.

Un roman de femmes

Avis de tempête détricote les relations entre sœurs et observe la maternité. Cela aurait pu me déplaire, en général, je fuis ce genre de sujets, mais pas là. Parce qu'il y a deux fois deux soeurs: deux jumelles d'un côté, deux (presque) étrangères de l'autre; avec cet amour qui ne dit pas forcément son nom. Et puis, il y a toujours cette histoire des tensions entre sœurs, de culpabilité et de jalousie.

Elle a une plume splendide Susan Fletcher (et sa traductrice): sa description d'une enfant de 5 ans m'a mouillé un peu les yeux, elle parle en creux de la maternité (et même de la non-maternité), elle sait décrire l'amour d'une cadette pour son aînée, elle sait parler de cette forme étrange d'affection...

Le portrait d'une enfant pas comme les autres

Moïra c'est l'enfant myope, surdouée, maigrichonne et asociale qui avance douloureuse dans la vie collective du pensionnat et qui ne pense même pas pouvoir être aimée. Une personne toujours à la lisière du monde et des autres. Vous savez bien, c'est cette première de classe qui ramasse tous les prix; et qui finalement n'en fait rien (ou presque) parce qu'il faut plus que du génie pour avancer dans la vie. Il faut aussi de la confiance en soi ...

C'est long finalement d'apprendre à s'aimer, et j'ai envie de dire que c'est un peu la morale de ce livre puissant, brutal, bouleversant qui m'a presque mise un peu mal à l'aise. La fin m'a émue plus que je ne saurais l'exprimer, justement parce que Fletcher met tellement bien les mots dessus.

Susan Fletcher, Avis de tempête (2007)
Traduit de l'anglais par M.-C. Pasquier
J'ai Lu, 2009, 407 p.

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