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Susan Fletcher, Un bûcher sous la neige (2010) J'ai lu, 2013, 475 p.
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Un Bûcher sous la neige c'est l'histoire d'un clerc qui rend visite à une sorcière en prison, et combat sa répulsion en espérant tirer d'elle des informations pour chasser du trône d'Angleterre Guillaume d'Orange, le Hollandais protestant qui a renversé Jacques II.
Du coup, la sorcière dont le bûcher attend le dégel pour la brûler, lui raconte toute sa vie, et termine par la période pendant laquelle elle vivait dans les Highlands.
Pour moi les Highlands c'était l'endroit où les Crowley partaient chasser. Mais ici les Highlands c'est tout à faire autre chose (what a surprise ?!).
Je l'ai aimé sans m'en rendre compte ce roman, alors que j'étais épuisée, toujours à droite ou à gauche, entre deux courses, en train de râler, de me plaindre de tout ce que je n'ai pas le temps de faire...bref, là il en fallait pour me tenir attentive.
Peut-être est-ce à cause de Corrag, la jeune sorcière emprisonnée qui raconte sa vie, parce qu'elle ressemblerait presque à une elfe ou à une fée, dans la description que Mr. Leslie (l'homme d'église) en fait à sa femme dans ses lettres. Je me suis retrouvée dans le début du film Molière d'Ariane Mnouchkine, avec les cris des sorcières sur les bûchers. Parce que la sorcière qu'on brûle c'est so XVIIe siècle, c'est l'époque, des poisons, des intrigues, et des morts suspectes. C'est l'époque où on saigne les gens plutôt que de recourir aux plantes.
Et franchement Fletcher a drôlement bien travaillé son sujet mine de rien, elle montre bien qu'être sorcière ne tient finalement pas à grand chose: une allure, une maladresse, l'amour des plantes. La sorcière c'est l'autre, la marginale, celle qui ne se plie pas aux codes. Parce que le XVIIe siècle, c'est mon domaine, la période que je connais le mieux, et franchement je me suis complètement régalée, la rudesse quotidienne, l'absence d'hygiène, la manière de vivre, tout est terriblement crédible.
Ensuite, comme toujours chez Fletcher, la nature est sauvage, grandiose et évidente. Comme toujours il y a la contemplation, la rugosité. Moi qui n'ai jamais vécu que dans des villes bruyantes, il y a quelques choses de l'ordre du fantasme dans la manière dont elle parle des arbres, des collines, des rivières et des forets. Il n'y a pas à tortiller, Fletcher sait créer une atmosphère, un lieu, moi, je m'y suis vue à Glencoe avec ses hameaux disséminés d'Est en Ouest, j'ai regardé les montages et entendu la mer. Et pourtant, franchement je ne suis pas une contemplative, il m'en faut pour me tenir en haleine sur 500 pages, avec une forêt traversée à dos de jument.
Et puis bien sûr toute la partie politique (par le bas) m'a passionnée, parce qu'il est question du mythe de Guillaume d'Orange (que je verrai toujours comme l'ennemi le plus prégnant de Louis XIV), du serment des clans écossais au roi d'Angleterre, des dégâts collatéraux des décisions, des parties du royaume qui reste récalcitrantes. On n'est pas dans les antichambres des palais royaux mais bien dans les endroits reculés d'une nation qui se divise.
Bref, sans être un authentique coup de coeur (probablement par trop d'âpreté à certains endroits...et encore je n'en suis pas certaine car j'aime ce qui gratte), j'ai une vraie tendresse pour ce roman (que je garde au chaud pour ma grande fille qui l'adorera l'âge venu).
Hormis le fait que son écriture me parle et me convienne, il y a la question des religions (catholicisme avec Mr Leslie, protestantisme avec tous les Anglais, et paganisme avec Corrag la sorcière), et avec Fletcher il reste toujours, au bout du compte, quelque chose qui ressemble à la phrase convenue, "en son âme et conscience", et il est vraiment question de cela finalement dans Le Bûcher sous la neige, de ces petites choses qui restent malgré tout dans un coin du coeur et de la tête et qui donnent encore foi dans le genre humain.
Ce billet devait s'intégrer dans la journée "roman historique" du mois anglais, mais je me suis, avec mes collègues, complètement ratée, c'est donc ma seconde et poussive participation.
Fournisseur officiel de ce roman :
Liliba, ma première swappeuse, (une blogueuse que je regrette pour sa bonne humeur, son esprit potache et sa bienveillance).