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vendredi 8 août 2014

Le confident

Hélène Grémillon, Le Confident (2010)
Folio, 2013, 311 p.
Ca ne tient à rien la lecture d'un livre finalement : d'une aire d'autoroute près de Montbéliard qui ne prend pas la carte bleue au dessous de 10€, et voilà,  bam. On voit Le Confident sur un présentoir qui tourne, entre un Levy et un Musso, et on le met dans le panier, avec une petite bouteille d'eau, un paquet de chips et une boîte de réglisse.

Ca ne tient vraiment à rien.

En trois mots: 1975, c'est l'histoire d'une fille de 35 ans, Camille, qui reçoit chaque mardi des lettres d'un anonyme qui lui raconte l'histoire de quelqu'un qu'elle ne connaît pas. Autant dire que ça fonctionne, et tout de suite. Et c'est deux mois plus tard, alors que je suis en plein mois de juillet, dans le Sud de la France, face à une cheminée, et grelottant encore des grêlons qui me sont tombés dessus le matin, c'est  là que je m'aperçois que Le Confident, c'est LA recette du best-seller en cinq points.

1er point :  Le style. Il est accessible, sec et efficace. Pas extrêmement littéraire, mais avec du charme et du cachet. "Un jour, j'ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée" (incipit). Le style qui permet de tout de suite rentrer dans l'histoire, et sans effort (dixit l'Homme qui lit seulement en vacances et qui a des idées très arrêtées sur la question).
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2ème point : le décor . J'aurais pu dire le contexte, mais ça ferait trop scientifique, je préfère donc le décor que Grémillon a choisi parmi les valeurs sûres : la seconde guerre mondiale. La plupart d'entre nous ne l'ont pas connue (à part moi dans une vie antérieure), mais dans l'imaginaire français, l'Occupation c'est LA période du pire et du meilleur, c'est le moment de tous les possibles romanesques.
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3ème point: la famille. Que serait un bon roman sans une histoire tordue de famille? Qui dans cette blogosphère peut faire abstraction de cette entité qu'on se traîne bon-gré mal-gré selon les années et les périodes ? Personne. Grémillon, nous parle donc de filiation douteuse, d'histoires d'amour contrariées et d'énigme identitaire. Irrésistible.
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4ème point: le sexe. Il en faut une pincée, point trop, mais un peu. Un roman sans désir, ça pèche qu'on le veuille ou non. Je suis une lectrice très exigeante sur le sexe en littérature qui souvent tourne au mièvre, au vulgaire ou au gratuit. Et là j'ai trouvé que ça fonctionnait très bien d'autant que bon j'ai envie de dire : c'est un peu le sel de cette histoire aussi.
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5ème point: le procédé du miroir. Il est inévitable, je pense qu'aucun best-seller ne peut sérieusement s'en passer.  Ici Grémillon fait fort : deux grossesses dans le reflet l'une de l'autre, deux périodes que se réfléchissent, deux points de vue qui se font écho. Le procédé littéraire du miroir, c'est LA garantie que le lecteur se sentira privilégié d'avoir lu ce livre.
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Et comme tous les best-seller, Galéa fait sa snobinarde et cherche la petite bête. Pour ne rien déflorer, je vais juste dire: 
- qu'est devenu le patrimoine des M.? L'Escalier, la maison de Colliour, le moulin et l'appartement à Paris ? Ca coince pour moi ici. 
- le parcours de Mme Merleau est-il vraiment crédible ? De mon point de vue: non. 
- quelle est cette affreuse première de couv' qui n'a rien à voir avec le contenu du roman? Stop aux substances illicites chez Folio, on se croirait sur la présentation par Télé 7 jours d'un téléfilm du mercredi soir.

A ceux que ça tente, je veux bien en débattre (surtout pour les deux premiers points).

Sinon j'oubliais, ce billet ne vaut pas grand chose finalement, parce que  là dans un moment d'honnêteté (ça me prend par surprise parfois), on va se le dire quand même : les cinq points ne suffisent pas pour faire un succès littéraire (c'est d'ailleurs ce qui dissocie les écrivains du commun des mortels). Il faut aussi du talent, de l'imagination, un supplément d'âme, l'envie de raconter et peut-être aussi quelque chose qui ressemble à une touche personnelle, un ton, une couleur, une saveur. Et ça, ça ne se décrète pas. Je crois que le Confident a tout cela à la fois.

Donc, en ce mois d'août ensoleillé, je remercie la station service de Montbéliard, Mind The Gap dont l'enthousiasme m'a éblouie,  Valérie et Pauma qui étaient emballées aussi, Malika qui l'a détesté et surtout à cette merveilleuse de semaine de vacances d'été auprès du feu.

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