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lundi 23 février 2015

Confiteor

Jaume Cabré, Confiteor
(traduction du catalan par Edmond Raillard)
Actes Sud, 2013, 784 p.
On ne va pas se mentir, tout ne se vaut pas en littérature et Confiteor, vraiment, a intégré le podium de mes plus belles lectures. Ce livre est si dense, si universel, si exigeant et si grandiose qu'il y a une centaines de résumés, d'angles et de points de vue possible.  Mille billets peuvent naître d'une telle lecture, parce que chaque lecteur y verra des choses différentes.

Alors, vu que mon avis ne vaut pas plus cher que d'autres, voici mes cinq raisons, définitivement très personnelles qui font de ce livre, un roman que j'ai déjà prévu de relire dans un avenir proche.

1: Parce qu'il est question de ces intelligences extraordinaires, de ces enfants à la limite du génie qui ont une faculté d'apprentissage tellement supérieure à la moyenne qu'ils en deviennent à la fois fascinants et marginaux. Adria, le narrateur de Confiteor est l'un d'eux dans les années 50 en Espagne. C'est donc l'histoire d'un petit garçon surdoué , fils unique d'une famille qui a oublié qu'il était aussi un enfant, et qui lui vole cette part de lui-même. Entre un père qui veut en faire un érudit de haute volée et sa mère un violoniste prodige, Adria est condamné à une immense solitude (avec des passages absolument sublimes). Tous les parents d'enfants précoces (ou qui pensent l'être) devraient lire ce roman, pour comprendre qu'à force de réduire un enfant à son intelligence, on le prive de tendresse, d'amour et de légèreté.

2: Dans Confiteor, il est question du beau et du mal, qui ne vont pas l'un sans l'autre. Tout ce qui est beau et grandiose, toutes les oeuvres de ce roman se transmettent sur des cadavres. Le violon (au coeur du roman) est transmis sur la dépouille d'un oncle assassiné ou d'une vieille femme déportée. La médaille dans le bureau du père d'Adria a été volée sur la femme qu'on lapide. Confiteor c'est la part sombre de l'érudition et de l'amour de l'art,  Confiteor parle de la possession du beau plus que de l'amour du beau. Rarement un livre a aussi bien manié ensemble deux concepts qui d'habitude s'opposent. Et la fin, la mise en abime est absolument grandiose.

3:Cabré a écrit un livre-monde, qui passe d'une époque à l'autre, de l'Inquisition à la déportation, de l'établissement des monastère au Moyen-Age jusqu'en Libye du XVè siècle. Confiteor englobe presque 10 siècles d'histoire occidentale et orientales, entre lesquelles les seuls liens sont les objets qui traversent les siècles: un violon, un manuscrit, une médaille.... Mais toujours,  il est question d'amour, de solitude, de perte et de cupidité. Et pour lier tout cela sans effort, il fallait une narration d'exception et une traduction brillante . Confiteor c'est aussi le livre de l'excuse et de la rédemption: confiteor.  Celui qui confesse, qui avoue, qui regrette, qui rattrape le mal. En vain.

4: Confiteor est un livre sur le père, du patrimoine, de ce qu'on transmet à nos enfants,  d'où on vient et de qui l'on vient "j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable" (fin de l'incipit). Certains pères sont des petits monstres, mais  il y a aussi le père qui ne se pardonne pas d'avoir survécu à ses filles, le père qui se pend  pendant qu'on lapide son enfant, le père qui aide son fils à fuir en lui donnant tout ce qu'il a...et puis il y a Adria, celui qui ne sera jamais père.

5: Enfin il y a Bernat, le meilleur, le seul et fidèle ami d'Adria, le type assez doué en musique, mais pas génial, celui qui restera toute sa vie quelqu'un de moyen (voire moyen-plus) qui voudrait accéder à une sorte d'absolu -  en vain, comme la quasi unanimité d'entre-nous. Pouvons-nous nous contenter d'avoir tout pour être heureux (un travail honorable, une famille, des revenus confortables) ? Peut-on envisager de mourir sans avoir créé une oeuvre?  Sans accéder à l'immortalité ?  Bernat est deuxième violon mais se voudrait écrivain, et personne, ni Adria, ni le lecteur, ne comprend à quel point cette frustration littéraire le met en souffrance...Adria c'est le coup de maître du roman.


Il y a plein d'autres angles pour aimer ou détester ce livre, tout dépend de la sensibilité de chacun, et je peux aussi comprendre aussi qu'on y reste froid, ou en dehors, qu'on soit gêné par la narration ou l'alternance des périodes. Mais je peux vous dire que quand il sera sorti en poche, certains de mes amis vont le trouver dans leur boîte aux lettres (j'épargnerai ceux qui détestent les pavés je vous rassure).

Je conclurai ce billet qui m'a donné du mal avec un message personnel à destination du Masque (en toute bienveillance et respect- ça faisait longtemps):

 "Cher Masque, chère Plume, Vous que j'aime et que je suis depuis presque vingt ans, je voudrais vous dire de faire attention. Confiteor était au programme en décembre 2013 et je m'inquiète voyez-vous. Car je ne voudrais pas que la seule lettre de noblesse qu'il reste à l'émission soit la particule de Mme de Lamberterie (qui riait de n'avoir pu lire les 200 dernières pages parce qu'elle avait la dinde de Noël à farcir, alors qu'aucun des autres chroniqueurs n'avaient visiblement pas ouvert le roman). Parce qu'à force de mépriser la littérature populaire et divertissante, tout en ne se frottant pas à l'exigence littéraire quand elle se présente à vous (même si je reconnais qu'avaler 700 pages ça prend du temps, mais dans ce cas on ne le met pas au programme), vous risquez (et ça me ferait vraiment de la peine, parole!) d'être réduits à vendre les livres de vos petits amis publiés chez Grasset et Gallimard. Le Masque (par son histoire et son exigence) mérite quand même mieux que ça (de mon point de vue)
Bien à vous
Signée Galéa qui vous aime quand même (mais de moins en moins)."

lundi 6 octobre 2014

Une Education catholique

Catherine Cusset, Une éducation catholique
Gallimard, 2014, 132 p.
Chère Catherine,

Je suis cussetophile depuis plus de 10 ans, depuis que j'ai lu Le problème avec Jane en 2003 au moment de l'obtention de ma bourse d'allocataire-moniteur. Je ne vous cacherai donc pas que ce roman est une référence et un authentique coup de coeur. En plus, vous êtes l'un des seuls points de convergence littéraire entre ma petite soeur et moi. C'est ainsi qu'à Noël 2003 toujours, j'ai pu lui offrir Confessions d'une radine, sans que le repas de famille ne soit gâché par une énième dispute entre nous (elle m'a même dit merci, même après avoir lu le titre, c'est dire...notre père n'en revenait pas).


Chaque fois que vous sortez un livre, je me jette dessus, je m'enthousiasme des bons crus comme le Brillant avenir, et vous pardonne les opus moins réussis. J'aime que vous ayez un pied en France et un en Amérique, c'est ce grand écart qui donne une vraie originalité à vos romans et vous évite les écueils nombrilistes de la littérature française. Cette fois, c'est mon amie Marjorie qui me l'a offert, sachant que je l'attendais fébrilement.

Mais là, je vous écris, car ce n'est plus possible. Et c'est la lectrice qui vous aime qui vous le dit. Ne m'en veuillez pas de me le permettre.

Dans Une Education catholique, j'imaginais que vous parleriez de cette éducation justement,  de votre père chrétien, de l'odeur des églises, de la progression de la foi, de sa perte, des heurts, du questionnement religieux ....mais c'est un leurre, l'éducation en question ne concerne que 40 pages. Le reste du "roman" (90 pages)  touche à vos apprentissages sexuels. Mais là n'est pas le problème car à la limite, pourquoi pas.

Mon problème, c'est l'autofiction, cette gangrène littéraire française qui envahit notre paysage littéraire français.

Alors oui, vous allez me dire que vous faîtes ça depuis longtemps, et que si je connais votre oeuvre, je devrais le savoir. Oui, c'est vrai. J'ai lu La Haine de la famille, Confessions d'une radine, En toute innocence ou Journal d'un cycle (quoique ce dernier soit officiellement un récit). Mais peut-être était-ce à l'époque ou l'autofiction n'était pas encore à la mode. Mais peut-être aussi est-ce parce que vous êtes arrivée au bout de ce procédé. Peut-être que je connais trop les détails de votre vie. Et je vous le dis tout net, je vous aime en tant que romancière, mais votre vie ne m'intéresse pas Catherine (la panne sexuelle de votre futur époux lors de votre première nuit ou la taille de l'attribut de votre premier amour me laissent de marbre).

Ecrire un roman c'est comme cuisiner. On travaille une matière brute. Un restaurateur ne balance pas directement le produit l'assiette du client. Il y a un travail  en amont: le temps que la matière décante, qu'on lui donne sa saveur, qu'on expurge le trop (de sel, de gras, de sucre), qu'on cuise, qu'on dresse, qu'on transforme.  Le romancier travaille ses souvenirs comme le cuinisier son produit frais; et moi qui ne sait faire ni l'un ni 'autre, je suis une cliente particulièrement exigeante (typique des gens frustrés me direz-vous...pas faux).

Dans Une Education catholique, vous nous avez envoyé le produit tel quel, comme un condensé de 30 ans de journaux intimes . Pas de fil rouge.  Vous n'avez pas raconté d'histoire, vous n'avez pas réfléchi à une intrigue, vous avez balancé des souvenirs qu'on connaissait déjà de vos autres livres. Ca ne me dérange pas de lire tout le temps le même livre (je suis une modianette c'est dire), mais pas comme ça.

On sait qu'un romancier s'inspire de sa vie, de son entourage, de ses blessures et des autres pour fabriquer un roman. Mais il transforme, il ment, il enrobe, il biaise. Un romancier, il triche. Pourquoi vous ne trichez plus? Autant ça m'avait plu dans Confessions d'une radine, autant là je suis déçue. Parce que  moi voyez-vous, toute la journée je croise des gens qui me racontent leur vie, leur malheur, leur intimité, alors quand j'ouvre un livre, surtout l'un des vôtres, je cherche autre chose que ces confidences personnelles. Je cherche quelque chose de plus que le réel. De plus beau, plus grand, plus travaillé. 

Et puis (puisqu'on se dit tout hein) je ne supporte plus votre double, cette fameuse Marie qui est vous en pire. Vous en revenez toujours à elle quand il s'agit de vous dénigrer (pensez Catherine à toutes les Marie qui souffrent en vous lisant, parce que punaise, c'est dur que ce soit le prénom d'un personnage mou, pleurnichard, inconstant, pingre, mesquin, inconséquent et égoïste. Et vous savez bien que tous les parents n'ont pas la présence d'esprit de donner des prénoms originaux à leurs enfants, alors des Marie, il y en a beaucoup...je dis ça, je dis rien). Vous devriez moins vous regarder Catherine, parce qu'on en est tous là, si on s'observe trop attentivement, on se déteste. 

Si Marie est supportable dans Un brillant avenir, c'est parce que ce n'est pas elle le personnage principal, c'est Elena. Vous savez si bien parler des autres. Et dans Une Education catholique, vous aviez de quoi faire du roman. Ximena est un formidable personnage, en travaillant bien, vous auriez pu en faire autre chose qu'un souvenir de collège-lycée-prépa. Mince, il y a un quelque chose à creuser dans la relation dominé-dominant des amitiés adolescentes. Il y a matière à un roman avec cette Ximena. 

Les passages sur le décès de votre neveu (qui hante votre oeuvre) sont toujours aussi poignants (j'ai les larmes aux yeux à chaque fois) et démontrent vraiment l'affection réelle que vous avez pour votre soeur (même si c'est gênant ce que vous dites de son couple, même pour le lecteur). Pareillement, la femme entre deux hommes, l'esprit et la peau, j'aime. Mais là vos aller-retour entre Samuel et Al sont ennuyeux si on excepte les détails intimes. Je préférais de loin le trio amoureux d'Indigo qui m'avait bien plus émoustillée par la sensualité que vous y aviez mise autour de Géraldine.

Peut-être que 18 mois ne sont pas suffisants entre deux livres, en tous les cas pour que le second soit vraiment réussi (et puis bon 132 pages, franchement!!!)

Alors, en cette rentrée littéraire où les auteurs parlent essentiellement de leur vie ou de celle de personnages célèbres, en cette rentrée de non-fiction qui ne dit pas son nom, alors que la mode est à l'étalement de son enfance, de sa sexualité ou de ses affres matrimoniales, je suis déçue. Déçue que vous n'ayez pas fait la démarche du roman (et que ce soit quand même écrit sur la couverture).

Vous savez, et bien mieux que d'autres, mélanger réel et imagination,  vous inspirer d'individus pour faire des personnages, nous construire des ambiances indiennes, américaines ou bretonnes, nous livrer des romans dont vous maîtrisez les chutes et les retournements. Mais pas cette fois.

Ne m'en veuillez pas, Catherine, j'espère que vous comprendrez ma déception, même si je reconnais que certains y trouveront leur compte, ma petite soeur par exemple, ou Jérôme Garcin dans le Nouvel Obs (et mettre son enthousiasme sur le fait que vous publiiez chez le même éditeur est un pas que je ne franchirai pas).

Revenez-nous vite (moi je vous attends en tous cas)

Galéa

Une lectrice qui vous aime (et qui achètera votre prochain livre quoiqu'il en soit, parce que je reste fidèle, même quand les romanciers que j'aime se contentent du minimum syndical).

dimanche 9 mars 2014

Les blogs, le plagiat, Amazon et les autres...

A l'heure où j'écris, je devais publier le récapitulatif du non-challenge des pépites (que tout le monde attend avec impatience vu l'importance internationale de ce non-challenge dans le monde littéraire). J'avais aussi prévu de me plaindre de la rentrée qui m'attend demain et d'attendre le Masque en déblatérant dessus sur Facebook...


Le problème c'est qu'hier, certains blogueurs et dépositaires de critiques sur Babélio se sont rendues compte qu'une certaine Coline recopiait à la virgule près leurs avis pour les déposer sur Amazone. Si Coline existe, elle s'approprie les billets  des autres et gagne deux ou trois choses en passant..(pas de petits profits dans notre société ma bonne dame). Déjà c'est un peu gênant.

Mais ça l'est d'autant plus quand Amazon, alerté par les plagiés, ne se déclare pas concerné par le débat dans la mesure où les commentaires respectent leur charte d'écriture (tu m'étonnes....). 

Et ça devient inquiétant quand on s'aperçoit que les recours sont finalement aussi rares qu'incertains.

Alors soyons clairs, je ne suis pas du tout concernée par le plagia,  je publie sur Babélio quand je me brûle, jamais sur Amazon, ni sur Cultura (que je découvre aujourd'hui même)...., je n'ai donc à ma connaissance jamais été plagiée (ce qui est quand même assez étonnant vu la qualité de mes billets, ma visibilité sur la Toile et la régularité de mes publications mais bon).., je pourrais donc consacrer mon dimanche soir à autre chose (comme vérifier les cartables pour demain, finir le repassage ou préparer la quiche aux courgettes de demain soir)...Sauf que....

Sans se prendre au sérieux, ça me démange quand même un peu le pseudo tout ça....(j'ai mal à mon blog dirait l'autre)

On considère souvent qu'un critique littéraire est un romancier qui n'arrive pas à l'être  et qu'un blogueur littéraire est un critique - disons - bénévole ou presque...(ce n'est pas non plus les quelques SP reçus pendant l'année qui font office de rémunération )....

Alors, celui qui plagie le blogueur c'est qui dans l'échelle de la loose?

Pourquoi les billets des blogueurs seraient-ils moins protégés que les articles des journalistes?

Parce qu'on blogue (ou commente sur Babélio), est ce que cela nous exempte d'être propriétaires de nos mots?

Ca pose quand même la question de la place de ce monde 2.0 que tout le monde réel semble ignorer, mais qui se fait écorcher de temps à autre et plagier par moment. Que le blog soit  littéraire, cinématographique, culinaire, de broderie, de couture ou d'humeur, il nécessite du travail, de la patience, de la passion, de l'imagination et du temps disponible. Parce que c'est un espace gratuit, anonyme (ou presque), qui ne se prend pas au sérieux, il serait en libre-service? 

Chacun se sert, pille et prend ce qui lui plait pour éventuellement profiter des avantages fournis aux meilleurs commentateurs d'un site commercial qui n'a de littéraire que les codes-barres au dos des livres qu'il expédie?

Il y a des brodeuses qui se font voler des motifs, des chroniqueuses de romans qui se font plagier leurs billets, des couturières du dimanche qui se font voler leurs patrons...c'est un sujet qui ressort régulièrement sur la blogosphère...

Alors, au-delà de la mesquinerie et pingrerie d'une pétendue Coline qui plagie plus pour consommer plus (c'est bien, elle est dans l'air du temps, je pense qu'elle peut même tenter une carrière politique), je pose la question: serait-ce trop demander qu'un blogueur soit propriétaire de son blog et de son contenu? 

Je vous renvoie vers le billet de George qui explique tout mieux que moi et qui est concernée directement par ce sujet...



C'était Galéa -qui-se-prend-pour-Zorro
(si je continue sur ma lancée, je crains de finir avec un ulcère...) 

lundi 10 février 2014

Lettre à David Caviglioli

Monsieur Caviglioli,

Ma mère est abonnée au Nouvel Observateur, ainsi quand je vais chez elle, je lis entre le café et les macarons, après un repas généralement trop riche, les pages "Livres" de cet hebdomadaire.
Hier, je tombe donc sur un article que vous consacrez (on sent d'ailleurs que vous vous y pliez de mauvaise grâce) à Michel Bussi, l'un des dix écrivains les plus lus en France (que je n'ai pas encore lu mais dont je me réjouis qu'il existe dans la mesure où c'est grâce à ces gens-là que le secteur éditorial ne se porte pas si mal).

J'ai donc lu (et plusieurs fois pour en être sûre) des phrases qui parlent de la cible de Bussi.
"Le lectorat poche. Le Graal. Des lecteurs avides, qui engloutissement deux, voire trois romans par semaine, et réclament un réapprovisionnement permanent. Des femmes pour la plupart, qui ne regardent pas la télévision, se couchent tôt et lisent pour s'endormir, passent deux heures par jour dans les transports en commun, le nez dans leur roman. Elles veulent de l'intrigue. Se foutent bien du style. Ignorent jusqu'à l'existence des critiques et des vedettes de la rentrée littéraire. Se recommandent les livres entre elles. Ont des blogs. Rechignent à lire des romans trop violents ou trop érotiques...".
(Le Nouvel Observateur, n°2570, 6-12 février, Michel Bussi la Nouvelle Star, par David Caviglioli, p. 87-88)

C'EST QUOI CA? C'EST QUOI CE MEPRIS NAUSEABOND?

On va reprendre tout cela si vous voulez bien, M. Cavioglioli, es-maître-en-ce-qu'il-faut-lire.

"Le lectorat poche. Le Graal. (c'est sûr que le poche, c'est moins cher, plus pratique et moins encombrant).
"Des lecteurs avides, qui engloutissent deux, voire trois romans par semaine (sous-entendriez-vous que c'est parce qu'il s'agit de petits livres qui pourraient presque se lire en diagonale?)
"...et réclament un réapprovisionnement permanent" (oui alors là je sens sous le terme réapprovisionnement un je-ne-sais-quoi de méprisant, genre lecteur industriel)
"Des femmes pour la plupart" (évidemment les hommes écrivent, les femmes lisent c'est bien connu...).
"qui ne regardent pas la télévision (ben si quand même parfois...), se couchent tôt (peut-être parce qu'elles se lèvent tôt voire très tôt).
"et lisent pour s'endormir (j'ai comme l'impression qu'elles liraient pour s'endormir comme d'autres regardent la télé ou comptent les moutons, j'extrapole? )
"passent deux heures par jour dans les transports" (ben oui, parce que toutes celles qui lisent habitent Paris ou l'île de France évidemment, en province c'est bien connu, les librairies n'existent pas).
"Elles veulent de l'intrigue (disons que pour lire une histoire, c'est effectivement mieux).
"Se foutent bien du style. (Heu, était-ce nécessaire d'employer un langage aussi familier pour nous faire comprendre que nous n'entendions rien en termes de beauté littéraire?).
"Ignorent jusqu'à l'existence des critiques et des vedettes de la rentrée littéraire" (C'est drôle, vous mettez critiques avant vedettes...vous mettez ceux qui parlent de littérature avant ceux qui la font...alors ça, ça s'appelle un lapsus qui en dit long sur votre ego cher Monsieur).
"Se recommandent les livres entre elles (en fait j'hésite entre faire confiance à une amie ou croire aveuglément ce que nous promettent les bandeaux rédigés par vos collègues).
"Ont des blogs". (On sent bien qu'il est là le plus gros défaut de ces lectrices)
"Rechignent à lire des romans trop violents ou trop érotiques" (oui nous n'aimons que la romance et le thriller.)

Pour votre information, je vais vous confier qu'on achète aussi du broché, surtout lors des rentrées littéraires (dont on entend vaguement parler à la radio), parce que certains titres font tellement envie qu'on craque avant...Il arrive même (non vous n'allez pas me croire!)  il arrive même que nous en parlions entre nous, commentions les prix et dévalisions nos librairies après la découverte de tel ou tel auteur. Savez-vous aussi que certains d'entre nous lisent les romans d'un bout à l'autre, même quand ils sont longs, même quand ils sont exigeants et qu'il arrive qu'on y consacre la quasi-totalité de notre temps libre? Je vous conseille aussi de faire un tour des blogs littéraires, vous verrez qu'il y a plus d'hommes que vous ne le pensez, qui font un truc que vous allez trouver hallucinant: ils échangent leur points de vue sur un livre, oui je sais c'est limite punk...

Mais on sent bien que votre problème ce sont les blogueurs dont vous ne connaissez rien. Sachez qu'une lectrice ne lit pas que pour attendre le sommeil, elle lit quand elle peut, généralement avant de dormir parce que c'est le seul moment de la journée où elle peut le faire. Sachez aussi que si certaines blogueuses se couchent tôt, une grande partie d'entre elles sont insomniaques et lisent la nuit. Certaines sont retraitées, en arrêt maladie, en congé maternité, débordées de boulot, seules au monde, provinciales, parisiennes, mères au foyer, surdiplômées ou autodidactes...mais toutes lisent pour le plaisir, pour le besoin et pour trouver parfois un peu de beauté, de fantaisie et de grandeur dramatique dans un monde souvent mesquin et déprimant.

Je précise juste que si les blogs prennent de plus en plus de place, c'est essentiellement parce que les blogueurs parlent de livres qu'ils ont lus. Par exemple (à tout hasard hein) ceux qui ont parlé de Confiteor l'avaient lu, ce qui n'est pas le cas d'une émission de l'un de vos collègues du Nouvel Obs - dont les chroniqueurs sont payés pour lire et parler des livres mais qui se contentent parfois juste d'en parler et mal- c'est le problème quand on ne lit pas le livre en question.

Je ne connais pas M. Bussi (hormis qu'il est directeur de recherche au CNRS) mais je vais y remédier, parce qu'il doit sacrément vous énerver pour que vous laissiez éclater un mépris aussi virulent vis-à-vis des gens qui lisent et qui achètent les livres (et pas que les siens).

Auriez-vous un souci avec la littérature populaire, celle qui plaît au plus grand nombre? Non parce que ma mère me fait croire depuis 20 que le Nouvel Obs est un magazine de gauche, et dans mon esprit, je pensais que c'était très éloigné de ce genre de discours élitistes, en général tenus par les membres de la très bonne société qui font du latin-grec dès la 6ème et qui méprisent les petites gens qui n'ont pas accès à la finesse des mots, des expressions...bref à la beauté de ce monde, toute littéraire qu'elle soit.

Voyez-vous, il y a peut-être parfois du vrai dans ce que vous écrivez, mais votre article respire le mépris, et c'est dommage pour quelqu'un censé parler d'une chose aussi noble que la littérature. Sur ce, je m'en vais regarder Top Chef du fond de ma province et de mon inculture (que voulez-vous, il est des consensus inévitables pour préserver l'harmonie d'un couple).

Edit de 20h52: Merci à Cajou qui sans me connaître m'a rappelé que la forme peut nuire  au fond quand on laisse trop de fautes et coquilles....(et à Lystig à 21h47)

lundi 9 décembre 2013

Lettre à Actes Sud

Je continue sur ma lancée des lettres aux professionnels de la littérature, et vu qu'ils y a peu de chance qu'ils la lisent un jour (à l'heure où je vous parle ni Modiano ni les jurés du Renaudot ne m'ont répondu...surprenant non?), je peux me permettre un peu ce que je veux.

Chers éditeurs de chez Actes Sud (avec la liaison à la Garcin),


Je vous écris pour vous dire que je vous aime beaucoup. Je vous trouve formidables.

Déjà, vous produisez de beaux objets. Dans cette période où tout se dématérialise (l'argent, le courrier, l'opinion...et maintenant les livres), vous parvenez encore à sortir de vos imprimeries de jolis romans, avec de belles couvertures. 

Il se trouve que je reste attachée à la plus-value du livre papier sur le livre numérique. J'aime le contact de l'encre et du papier, j'en ai besoin parce que j'appartiens à une autre époque. Et même si je ne suis pas très "rouge" dans mes goûts, je me suis réjouie d'avoir dans ma bibliothèque des ouvrages aux couvertures soignées, aux photos pleines de poésie et qui font souvent un bel écho à l'atmosphère du roman. Sachant que ma palme personnelle va à Confiteor (que je n'ai pas encore lu mais ça ne va pas tarder).

Ensuite, je vous trouve vraiment chouettes parce que vous laissez une belle place aux romancières françaises (les Goby, Gallay, Frappat, Ferney, Petersen et d'autres...je ne les adore pas toutes- loin de là - mais c'est bien qu'elles existent). Quelque part c'est un peu chez vous qu'il faut venir chercher des écritures un peu différentes, des auteurs en voie d'épanouissement, des sujets traités différemment ... 

Et plus, j'adore votre  Actes Sud noir que j'ai découvert comme beaucoup avec Millénium (votre coup de maître paraît-il). C'est quand même la trilogie policière que je mets dans mon top 10 des polars (même si elle a généré dans mon cerveau malade un série de paranoïa que je dois combattre à chaque fois que j'allume mon ordi...merci Lisbeth Salander).

Du coup, vu que je vous aime bien et qu'il y a peu de chance que vous lisiez ce billet, je vais être complètement franche.

Je me permets donc une question : qu'est ce qui s'est passé avec Lady Hunt ?

"...avec liberté et ampleur, [H.Frappat] réinvente dans Lady Hunt le grand roman gothique anglais, et toutes les nuances du sortilège" ,  c'est ce que vous dîtes sur votre quatrième de couverture.


Je reprends: que s'est-il passé?

Vous conviendrez avec moi qu'il n'y a pas grand chose du roman gothique dans Lady Hunt, comme dirait ma blogo-copine Estelle, c'est un roman de l'intérieur, de l'intime. Qu'est ce que c'est que cette quatrième qui induit le lecteur en erreur?

Parce que, soyons clairs, vous avez créé un sacré malentendu avec les lecteurs quand même. Et c'est sacrément dommage.


Je m'explique. Moi, les romans gothiques, le surnaturel et tout ça, c'est moyennement ma cup of tea, voyez-vous. Donc avec une jaquette comme ça, ce roman je ne l'aurais jamais acheté. Heureusement, il était dans ma sélection Elle, donc j'ai du le lire sous la contrainte, et j'y suis allée à reculons.

 Et là merveilleuse surprise, je me suis régalée, j'ai été emportée par son style, son sujet, ses atermoiements.

J'en ai retenu la filiation, la mémoire des pierres, la solitude, les reliefs de l'enfance...et le surnaturel n'était qu'un accessoire pour moi. Quelques amis, qui m'ont fait confiance, l'ont lu aussi...avec le même plaisir.

En revanche, des lecteurs assez fans de littérature fantastique se sont jetés dessus, en confiance (parce que vous êtes des éditeurs sérieux) et pour eux cela a été une vraie douche froide. Ils l'ont d'autant plus détesté qu'ils en attendaient autre chose, qu'ils ont eu l'impression d'avoir été induits en erreur.

Vous serez d'accord pour dire que c'est dommage non ?

Sachez que nous lecteurs indépendants (oui, un peu comme les librairies vous voyez), nous sommes en permanence abusés par les chroniqueurs professionnels qui vantent les mérites de leurs amis et dézinguent un type qu'ils n'ont pas senti lors d'un dîner en ville, par certains blogs qui sont devenus des bandeaux publicitaires virtuels, par certains magazines qui peinent à se mettre à notre niveau ou qui à l'inverse nous prennent pour des abrutis.

Donc si même vous, vous nous fourvoyez sur le livre que vous éditez, on ne va  pas y arriver...

Comprenez-moi, on aime lire, mais on ne peut pas tout lire. Une belle photo en couverture c'est bien, mais une jaquette fidèle au livre, c'est encore mieux.

Hélène Frappat n'a pas réinventé le roman gothique mais elle a livré un objet littéraire étrange, soigné, sensible et inclassable. Et franchement, c'est déjà drôlement bien.

Donc ne le prenez pas mal, mais ça me turlupinait depuis un moment. L'accueil très contrasté qu'a reçu ce beau roman m'a fait du chagrin (et son éviction de la sélection de décembre chez Elle, au profit du K. m'a mortifiée...)

Bon comme d'habitude, je dis cela, je dis rien.

Vous restez parmi mes chouchous, d'ailleurs je suis en passe de vous préférer à la collection blanche de Gallimard qui reste ma référence depuis toujours. J'espère que vous mesurez le compliment... et le niveau d'exigence des lecteurs qui vous aiment...

Sans rancune?

jeudi 28 novembre 2013

Lettre aux membres du prix Renaudot

Ce matin, je ne savais pas que j'allais écrire ce billet.

Il y a 24 heures, je ne savais pas qui avait reçu le prix Renaudot catégorie essai (qui a été décerné en début de mois). Et puis, deux ou trois blogueuses ont tiré une petite sonnette d'alarme.

Le fameux jury du prix Renaudot -qui a déjà eu la clairvoyance de décerner le prix du roman à Yann Moix -a élu comme essai vainqueur un certain Gabriel Matzneff.

Dans Séraphin, c'est la fin, l'auteur rassemble les chroniques qu'il a rédigées depuis 1964 dans divers journaux. Et Matzneff de penser qu'il été récompensé "pour l'ensemble de son travail". 

Gloups! 

Le problème ce n'est pas Séraphin, c'est la fin,  le problème c'est le personnage: ce qu'il revendique, ce qu'il assume, ce qu'il défend. Le problème c'est ce que ce monsieur a écrit AVANT (et je ne parle pas de ce qu'il a fait, restons dans le domaine de la littérature). Ce type, qui se définit comme politiquement incorrect (le must-have du moment), est évidemment bien perçu par la plupart des intellectuels de notre pays (Jérôme Garcin ou F-O. Giesberg  par exemple qui sont justement membres du jury avec l'immense Beigbedder dont le talent n'est plus à prouver).

Ce qu'il défend, c'est  la p&dophilie, et pas en filigrane, pas en allusion, pas en sous-entendu.

Je vous laisse aller lire les extraits c'est par là ou par .

Et vous, jurés du Renaudot, vous nous dîtes qu'il faut récompenser cela?

Vous savez, Messieurs les jurés, que nous les blogueurs et lecteurs, nous gargarisons des prix littéraires, on les attend, on les espère et on le commente. Donc là, je m'interroge. Ce type a-t-il vraiment sa place dans le patrimoine des prix littéraires? N'aurait-il pas été plus adéquat de le laisser dans son rôle d'auteur maudit?

Comprenons-nous bien. Que les livres de Gabriel Matzneff existent, c'est une histoire entre lui et son éditeur (qui s'arrange avec sa conscience). Je suis absolument contre toute forme de censure, quelle qu'elle soit, même si le propos est à vomir, même si c'est mal écrit, même si ça flatte ce que l'Homme a de plus laid.

Mais décerner un prix à un auteur qui a pu écrire des phrases qu'un parent ne peut pas lire sans une vague nausée, et quand on sait à quel point les prix sont prescripteurs, quand on sait combien un prix ancre, qu'on le veuille ou non, un écrivain dans son siècle, ça laisse dubitatif.

Ai-je le droit d'être scandalisée ?

C'est oublier qu'il y a certaines valeurs avec lesquelles on ne transige pas...et s'il y en avait qu'une ce serait celle-là, celle qui protège nos enfants, et ceux du reste du monde. J'espérais qu'on était tous daccord pour considérer qu'abuser d'un enfant (même si ce n'est pas le nôtre hein!!!) c'est mal.

Mesdames, messieurs les jurés du prix Renaudot, par ce prix (qui était né pour réparer les injustices du Goncourt), vous déshonorez ceux qui vous ont précédés, ceux qui ont récompensé des auteurs importants de notre patrimoine littéraire (Aragon, Ernaux, Le Clézio...). Vous aviez des essais de qualité comme Sept femmes La première pierre ou le Dictionnaire de Proust...Il est difficile de comprendre et d'accepter un tel choix (même si je sais qu'être subversif est tendance)

 Ne me parlez pas de Nabokov, Lolita a 15 ans et est dans un jeu de séduction, ce n'est absolument pas comparable à un petit garçon d'un pays sous-développé qui se plie aux fantasmes d'un monsieur qui a payé pour ça. Ne me parlez pas non plus des artistes maudits comme Rimbaud et Verlaine qui étaient CONSENTANTS. Ce n'est pas le cas d'un enfant mineur des Philippines.

Pardon, je sais que la bien-pensance révulse beaucoup d'intellectuels radicaux, mais ça a du bon quand même!!

Pour nos enfants, ceux qui l'ont été, et ceux à venir, vous me permettrez de marquer mon désaccord et d'enjoindre ceux qui le souhaitent à signer une pétition contre l'attribution de ce prix à un p&dophile déclaré et assumé.

PS: moi aussi j'adore la figure du poète maudit, du génie trouble, de l'écrivain possédé par ses démons...mais les vrais, ils ne reçoivent jamais de prix, ça les rendrait fréquentables.

Je ne fais que suivre modestement un mouvement timide qui s'ébauche sur la Toile.

A lire l'excellent article de Dom Bochel Guegan
et les billets suivants:
Chez Secrète Louise
Cher Marion
Chez Manu
...et sans doute d'autres...


La Quadrature des Gueux : Le sens de la fête

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