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vendredi 14 novembre 2014

Constellation

Cela ne tient à rien une lecture en fait.
Adrien Bosc, Constellation,
Stock, 2014, 193 p.

Constellation était dans la LAL  de Valérie et du coup, influençable comme je suis, je l'ai commandé aux matchs de Price Minister (c'est le problème des gens indécis). En plus je venais de finir L'année des volcans qui traite aussi de ce monde et de cette période, donc vraiment, je me disais qu'entre Bosc et moi ça collerait.

En fait, si j'avais su qu'Adrien Bosc était journaliste, je ne l'aurais pas commandé, car je peux compter sur les doigts d'une main,  les journalistes qui sont de bons romanciers (à mes yeux). Hormis celle de Sorj, leur écriture est trop formatée pour m'enthousiasmer.

"Ce soir du 27 octobre 1949 sur la piste de l'aérodrome d'Orly, le F-BAZN d'Air France s'apprête à accueillir trente-sept passagers en partance pour les Etats-Unis" (incipit)

Et ça n'a pas manqué. Je suis déçue.

Tout est à l'image de l'incipit: clair, factuel, précis.

Pourtant le thème était vraiment tentant: l'histoire du crash d'un avion dans les Açores, qui transportait les stars des années 40': Marcel Cerdan et Ginette Neveu pour les plus connus.

En plus, la construction est intéressante, puisqu'Adrien Bosc alterne les chapitres sur le déroulement de l'enquête et les portraits des occupants de l'avion. Donc clairement c'est intéressant, très intéressant. J'ai appris des choses bien sûr, je me suis régalée du personnage de Bernard Boutet de Monvel ou des petits Basques partis chercher fortune aux Etats-Unis, j'ai aimé les pérégrinations du narrateur et son enquête auprès des proches des victimes. Donc, ça m'a intéressée.

Oui mais moi ça ne me suffit pas qu'un roman soit intéressant, j'ai besoin d'un supplément d'âme, d'une dimension plus romanesque, d'un ton, d'une patte, oserai-je dire d'un point de vue. Sinon, je lis un document, et je ne m'attends à rien d'autre qu'un déroulement de faits, à une véracité historique.

Et là ce n'est ni l'un ni l'autre.

Ce qu'il y a de plus littéraire dans ce livre ce sont les citations mises en exergue en début de chapitre, qui sont formidables, justes et bien choisies.

Je suis certaine que toutes les informations sont justes, les sources convenablement exploitées, que la reconstitution est fidèle, mais voilà j'en attendais plus, un frisson (surtout pour moi qui ne monte jamais dans un avion), un engouement, une intensité dramatique autour des violons de Ginette Neveu, ce quelque chose d'impalpable qui fait du roman un part de vérité dans la fiction, cette petite étincelle qui permet de rentrer dedans, alors que moi je suis restée dehors (dans le froid et sous la pluie même).

Pourtant tout aurait du me parler: j'ai une vraie phobie des avions et une curiosité assez malsaine pour les crashs, Numerobis a décidé soudainement de devenir violoniste, je suis fascinée par les anciens résistants devenus pilotes grands courriers, j'aime les boxers je connais toutes les chansons de Piaf...je pensais que ce serait dans les seconds rôle de cette histoire qu'il y aurait quelque chose à creuser, à comprendre, à travailler, pour en faire une histoire et pas seulement des informations mises bout à bout. Il manque du liant finalement, qui ferait tenir le tout ensemble.

A certains moments j'y ai cru, quand l'enquête sur les violons de Ginette Neveu progresse, quand une femme se suicide en Allemagne parce que son idole est morte dans l'accident d'avion (avec un exergue de Zweig drôlement bienvenu). Il y avait du romanesque, quelque chose de beau, le frémissement d'un roman.

Mais la dernière partie du livre mêle plein d'éléments qui sans doute ont du sens pour l'auteur mais pas pour moi. Je n'ai rien compris aux recoupements de dates, à la liste des accidents d'avion des années 50', la vie de Blaise Cendrars, la propre date d'anniversaire de l'auteur, la Pape... je ne sais pas, mon univers doit être trop éloigné de celui d'Adrien Bosc pour que j'y trouve mon compte.

Je suis restée complètement à côté malheureusement, je suis même étonnée du retentissement médiatique qu'a  ce livre, il y a quelque chose qui a du m'échapper.

C'est une lecture commune avec mon amie Valérie (qui je crois l'a davantage apprécié), et une participation au challenge A Tous Prix de la grande prêtresse Asphodèle, car en plus, il a reçu le Prix de l'Académie française, ce qui me laisse tout aussi perplexe, car je pensais que ces jurés récompensaient l'utilisation d'une langue. Bref, là, j'en suis à un point ou je m'interroge beaucoup sur moi-même.

Merci à Oliver Moss (qui organise toujours les matchs avec humour) et aux éditions Stock (qui, je pense, vont s'empresser de me proposer un partenariat)

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