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mercredi 7 octobre 2015

Le Livre des Baltimore-Joël Dicker

Le plaisir coupable de la littérature populaire

Voilà, c'est toujours pareil, j'avais dit que j'attendrai un peu, que je ne me jetterai pas dessus, parce que bon, quand même ce n'est pas de la grande littérature. Et puis bon, ça pourrait attendre la sortie poche...Mais je me suis servie du premier prétexte venu pour me ruer à ma librairie, et faire passer Le Livre des Baltimore avant tous les autres qui patientaient, tels des âmes en peine esseulées, sur ma table de chevet.

Le Livre des Baltimore-couverture
Joël Dicker, Le livre des Baltimore
Edition de Fallois, 2015, 476 p.

Certes, le style n'est pas à la hauteur de son succès

Alors oui, le style de Dicker laisse à désirer. Oui, ses dialogues amoureux sont à la limite du pastiche tant ils sont mièvres. Oui, parfois il frôle la caricature. Oui ça reprend la recette du succès du premier. Oui ce n'est pas un polar, mais on a la solution de l'énigme qu'à la fin. Classique, facile...oui oui.

Mais que voulez-vous (et c'est peut-être ça le talent au fond), ça a marché quand même. Je l'ai lu avec délectation, pressée de l'ouvrir dès que je le pouvais, j'ai même pleuré de temps à autre, j'y ai vu tous les défauts...mais n'empêche, toute snob que je suis (car moi aussi je me sens au dessus de la populace) je me suis régalée, il m'a fait du bien ce livre, j'y ai cru du début à la fin...bref.

Il vend plein de livres Dicker ; et peut-être que ce n'est pas que parce que les gens sont des idiots abreuvés de publicité et de télévision.  Il existe des journalistes de talent à BiblioObs qui se permettent de démonter un livre sans l'avoir lu, juste parce qu'il est populaire. Comme on le sait tous, un auteur populaire écrit forcément de la daube en barre, vu que la grande majorité du genre humain baigne dans son imbécilité SAUF les valeureux journalistes de BiblioObs qui viennent nous éclairer de leur culture - et leur aigreur - sans égal.

Mais, décrire les arcanes des cousinades nécessite un certain talent

Bref, on a beau dire, on a beau faire, moi je le trouve réussi le dernier Dicker, et davantage que son précédent pour tout dire.

Déjà parce que les personnages sont formidables. Si Dicker n'est pas très bon pour créer des jeunes filles désirables en littérature (je ne les supporte jamais, Nola ni Alexandra ne trouvent grâce à mes yeux), en revanche il sait vraiment peindre les hommes. Du jeune garçon qui vient de muer au sexagénaire revenu de tout, Jojo, il sait parler des amitiés masculines, des cousinades plus fortes que des fratries, des rêves et des frustrations des hommes en devenir.

On retrouve donc le Marcus Goldman de La Vérité sur l'affaire Harry Québert, dont les mauvaises langues disent que c'est pour reprendre la recette du succès. Honnêtement non, car Marcus n'est plus tout à fait le même personnage (et sa mère- qui me faisait hurler de rire au précédent tome- encore moins). On retrouve ici un Marcus au cœur de la sphère familiale, avec ses souvenirs d'enfance et ses cousins (ou assimilé).

Finalement Le Livre des Baltimore, c'est l'histoire de cousins, le gang des Goldman, des cousins pas exactement du même rang social, ni avec les mêmes prétentions dans la vie, et que l'on suit de leur petite enfance à leur année d'adultes, jusqu'au Drame final et inévitable. Il y a  Marcus, le Goldman de Montclair et les cousins Goldman de Baltimore, la branche de l'oncle Saul, la caution "successful" de la famille, ceux qui réussissent tout ce qu'ils touchent. 

Finalement,  le Livre des Baltimore touche un sujet universel : la réussite

Mais alors quand Busnel dit que Le Livre des Baltimore est un roman sur la jalousie, je me demande s'il l'a lu. Parce qu'il n'est pas vraiment question de cela, en tous les cas pas uniquement. Il est davantage question de ce dont on rêve pour soi, de l'image qu'on a de nous même. Et ça pique un peu c'est sûr, mais tous les personnages de Dicker  gardent au fond du cœur des rêves de lumière (l'écrivain veut être célèbre, la chanteuse reconnue, le footballeur adulé, l'avocat admiré). Ce qu'il nous dit, c'est que ce que l'on cherche dans la réussite, c'est peut-être l'aboutissement personnel, mais aussi et surtout le regard et l'admiration des autres. C'est complètement américain comme point de vue, mais totalement vrai.

Alors naturellement, ce dont il nous parle aussi c'est de la toute puissance de l'argent, le sésame de tous les désirs et de tous les bonheurs, la condition sine qua non de l'existence de chacun au sein de la société. Ce dont il est question ce sont des grandeurs et des décadences des puissants, de la possibilité de briller au sommet puis de tout perdre, c'est aussi le fait qu'il y aura toujours plus riche, plus beau, plus fort que soi.

La véritable histoire de ce roman c'est donc celle des cousins Goldman (Hillel le surdoué, Woody le sportif, Marcus l'éloigné, sans oublier Scott le très malade) et des parents de chacun (l'avocat prodige, le père discret et vaguement loser, l'investisseur ingénieux). Chacun joue sa partition et tente d'obtenir le meilleur rôle.

Parfois, les derniers sont les premiers

Celui qui a gagné le concours de la vie, c'est celui qui reste...Bref, ça a beau être écrit à la truelle, le questionnement est universel, décomplexé et infiniment touchant. Dicker, il ne sait pas écrire les scènes d'amour passionnel, mais parvient à merveille à me tirer les larmes sur l'amour filial, les amitiés indéfectibles et vachardes entre garçons, et je suis convaincue que beaucoup d'Hommes se retrouveront dans ce qu'il raconte.

Et puis, n'en déplaise aux élitistes, c'est bien qu'un roman populaire, qui sera lu par le plus grand nombre, et qui finalement parle des vanités et des tours de Babel. Il nous rappelle que la dignité c'est la seule chose qui n'ait besoin ni d'argent, ni de pouvoir, ni de puissance.

Bref, Le Livre des Baltimore est sans lyrisme ni envolée stylistique. Il est de ceux dont on peut y voir un authentique navet, à côté duquel on passe sans regret. Ou bien, selon l'humeur de chacun,  ce sera un bon livre prenant,  qui marchera sans doute parce que malgré tout, on s'attache aux Goldman et à leur destin. 

Et ma clique et moi, c'est ce qu'on attend de la littérature au final.

mercredi 26 décembre 2012

La vérité sur l'Affaire Harry Québert-Joël Dicker

Les joies d'une polémique littéraire

Je ne sais pas avec La Vérité sur l'Affaire Harry Québert ce qui l'emporte entre l'imposture du roman ou sa lecture finalement assez agréable.

Une incontestable imposture

Joël Dicker, La vérité sur l'Affaire HArry Québert
Parce que l'imposture est incontestable. Ce roman en est un monument. Ses prix ne sont pas vraiment mérités, en tous les cas pas celui de l'Académie française. D'ailleurs, nos académiciens se sont incontestablement perdus en chemin pour avoir primé un roman aussi mal écrit. Il faut bien le dire, ça heurte un peu l'oreille quand même. L'histoire d'amour est décrite avec une mièvrerie assez rare, les dialogues sont creux et je pense que Joël Dicker aurait pu couper une centaine de pages dans la première partie. Il manque à ce pavé de belles phrases, des mots choisis et bien articulés, un peu d'allant dans les dialogues qui occupent la majeure partie de livre.

C'est d'abord une histoire d'amour. Mais la relation entre l'écrivain Québert (34 ans) et la jeune Nola (15 ans) peine à être crédible (n'est pas Nabokov qui veut). Il y manque probablement un petit quelque chose. Mais à la limite c'est plus un policier qu'un roman sentimental, puisque Nola disparaît en août 1675. Ce n'est que 33 ans plus tard que son corps est retrouvé. Québert est inculpé. C'est alors que son ancien élève, Marcus Goldman, revient à Aurora pour disculper son maître.

L'imposture est le sujet ET l'objet de ce roman

Presque tous les personnages sont des mystificateurs, faux romanciers, policiers menteurs et j'en passe. Tout le monde triche. Et ça, même mal écrit, j'aime bien. J'aime encore plus le livre dans le livre lui-même dans le roman. 

Dicker s'interroge sur l'écrivain version américaine : ce personnage médiatique, égocentrique qui veut le succès et l'argent. L'écrivain veut être star. Nous sommes très loin d'un Patrick Modiano ou d'un Jean Echenoz; et bien plus proches d'un Dan Brown finalement. Toutes les histoires de ce livre (celle de 1975 et celle de 2008) commencent avec le syndrome de la page blanche, maladie des écrivains, rempart au succès et à l'argent. Il faut dire que Dicker donne à la littérature une dimension essentiellement marketing, financière et sociale; ce qui explique sûrement le manque de beauté littéraire du livre.

On s'attache à cet ensemble étrange, imparfait et laborieux.

Les "31 conseils à l'écrivain" ne sont pas dénués de sens, finalement. Certains critiques ont crié au cliché, mais moi, j'adore l'idée du romancier tourmenté qui habite une belle maison en pierre sur les bords de l'Atlantique à la lisière d'une forêt...d'autant que la présence de la maison, de la forêt et de l'Océan est loin d'être anecdotique dans l'intrigue.

On ne peut qu'admirer l'ingénieuse et originale construction du récit avec des têtes de chapitres à rebours, des flash-back divers et variés. Dicker met le temps dans un shaker et le mélange énergiquement. Rien n'est linéaire, et l'histoire est bien bouclée. Même si les personnages manquent de fond, la trame est remarquablement articulée; moi il ne m'est pas tombé des mains et honnêtement j'avais envie de le finir et de connaître la fin.

Finalement La vérité sur l'affaire...est une belle partition jouée par un instrumentiste médiocre. Joël Dicker étant à la fois l'une et l'autre, compositeur génial et piètre musicien, et vu son très jeune âge, je suis bien obligée de reconnaître qu'il a réussi un vrai tour de force. Je dirais que l'imposture de ce succès pas forcément mérité répond au thème général du livre...alors, pourquoi pas, après tout? 

Chacun jugera si le fond l'emporte (ou pas) sur la forme...

Joël Dicker, La Vérité sur l'Affaire Harry Québert, 
Editions de Fallois, l'Age d'Homme, 2012, 665 p.

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