mercredi 26 décembre 2012

Une agréable imposture

Joël Dicker, La Vérité sur l'Affaire Harry Québert, 
Editions de Fallois, l'Age d'Homme, 2012, 665 p.
Je ne sais pas avec La Vérité sur l'Affaire Harry Québert ce qui l'emporte entre l'imposture du roman ou sa lecture finalement assez agréable.

Parce que l'imposture est incontestable. Ce roman en est un monument. Ses prix ne sont pas vraiment mérités, en tous les cas pas celui de l'Académie français. D'ailleurs, nos académiciens se sont incontestablement perdus en chemin pour avoir primé un roman aussi mal écrit. Il faut bien le dire, ça heurte un peu l'oreille quand même. L'histoire d'amour est décrite avec une mièvrerie assez rare, les dialogues sont creux et je pense que Joël Dicker aurait pu couper une centaine de pages dans la première partie. Il manque à ce pavé de belles phrases, des mots choisis et bien articulés, un peu d'allant dans les dialogues qui occupent la majeure partie de livre. 

C'est d'abord une histoire d'amour. Mais la relation entre l'écrivain Québert (34 ans) et la jeune Nola (15 ans) peine à être crédible (n'est pas Nabokov qui veut), il y manque probablement un petit quelque chose. Mais à la limite c'est plus un policier qu'un roman sentimental, puisque Nola disparaît en août 1675. Mais ce n'est que 33 ans plus tard que son corps est retrouvé. Québert est inculpé. C'est alors que son ancien élève, Marcus Goldman, revient à Aurora pour disculper son maître.


L'imposture est le sujet ET l'objet de ce roman où presque tous les personnages sont des mystificateurs, faux romanciers, policiers menteurs et j'en passent. Tout le monde triche. Et ça, même mal écrit, j'aime bien. J'aime encore plus le livre dans le livre lui même dans le roman. 

Dicker s'interroge sur l'écrivain version américaine, ce personnage médiatique, égocentrique qui veut le succès et l'argent. L'écrivain veut être star. Nous sommes très loin d'un Patrick Modiano ou d'un Jean Echenoz; et bien plus proches d'un Dan Brown finalement.  Toutes les histoires de ce livre (celle de 1975 et celle de 2008) commencent  avec le syndrome de la page blanche, maladie des écrivains, rempart au succès et à l'argent .Il faut dire que Dicker donne à la littérature une dimension essentiellement marketing, financière et sociale; ce qui explique sûrement le manque de beauté littéraire du livre. 

Mais, les 31 conseils à l'écrivain ne sont pas dénués de sens, et malgré tout, on s'attache à cet ensemble étrange, imparfait et laborieux. Certains critiques ont crié au cliché, mais moi, j'adore l'idée du romancier tourmenté qui habite une belle maison en pierre sur les bords de l'Atlantique à la lisière d'une forêt...d'autant que la présence de la maison,  de la forêt et de l'Océan est loin d'être anecdotique dans l'intrigue. 


On ne peut qu'admirer l'ingénieuse et originale construction du récit avec des têtes de chapitres à rebours, des flash back divers et variés. Dicker met le temps dans un shaker et le mélange énergiquement. Rien n'est linéaire, et l'histoire est bien bouclée. Même si les personnages manquent de fond, la trame est remarquablement articulée; moi il ne m'est pas tombé des mains et honnêtement j'avais envie de le finir et de connaître la fin.


Finalement La vérité sur l'affaire...est une belle partition jouée par un instrumentiste médiocre. Joël Dicker étant à la fois l'une et l'autre, compositeur génial et piètre musicien, et vu son très jeune âge, je suis bien obligée de reconnaître qu'il a réussi un vrai tour de force. Alors, je dirais que l'imposture de ce succès pas forcément mérité répond au thème général du livre...alors, pourquoi pas, après tout? Chacun jugera si le fond l'emporte (ou pas) sur la forme...

22 commentaires:

  1. Nos avis sur ce roman ne sont pas très éloignés. S'il travaille d'arrache-pied, il peut devenir bien meilleur, parce que c'est vrai, il sait monter une intrigue.

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    1. Oui je me souviens très bien de ton billet! Mais comme tu le disais bien les extraits du prétendu chef d'œuvre sont tellement plats que je ne pense pas que Dicker devienne un jour un grand écrivain.... Mais ça n'empêche pas de le lire avec plaisir . Peut -être qu'il finira scénariste finalement .

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  2. Réservé à ma BM, j'ai hâte de le lire....

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    1. Très bien la BM. Je regrette de ne pas avoir attendu qu'il sorte en poche ! Mais on passe néanmoins un bon moment.

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  3. Je me demandais si j'allais le lire, et, grâce à toi : je me le demande toujours.

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    1. C'est mon talent, 200 mots pour ne pas répondre a la question... Ou l'art de ne pas faire avancer le scmilblick. Fais le toi prêter par quelqu'un ou attends qu'il sorte en poche!

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  4. Il paraît que lors de la remise du Goncourt des lycéens, à Rennes, l'auteur a trouvé, sur la table disposée devant lui pour son discours, un soutien-gorge "gris perle"... Les organisateurs, disait l'article (de je ne sais plus quelle revue, le Nouvel Obs je crois), n'avaient jamais vu ça. Les adolescentes, en transe, n'en pouvant plus d'admirer ce bel écrivain tout jeune, allaient jusqu'à crier comme des groupies des Beatles autrefois.
    Assez étrangement, cette anecdote m'a enlevé toute envie de lire ce roman :-(
    Mais je venais surtout te souhaiter une belle et douce année 2013 !

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    1. Merci Margotte
      Tu sais c'est drôle parce qu'il paraît avoir tout prévu dans son livre où clairement il se met en scène (beau gosse, écrivain célèbre avant 30 ans, dépassé par son propre succès). C'est troublant. Il ne lui reste plus qu'à apprendre à écrire convenablement, quoique je me demande si un livre très littéraire pourrait avoir un succès comparable à celui-ci?
      Belle année à toi aussi...et surtout bonne chance pour les échéances diverses

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  5. Très très impatiente de lire ce bouquin !

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    1. Moi aussi, j'en entendais tellement parler que j'avais hâte de m'en faire ma propre idée, sauf que j'aurais du le prendre à la bibliothèque...

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  6. oui mais à la bibliothèque tu aurais dû l'attendre plussieurs mois non? Parce qu'ici les nouveautés sont prises d'assaut !!

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    1. Pas faux! D'autant que je n'aime pas rendre les livres...du coup je les achète (moyennement stratégique d'un point de vue financier et logistique.)

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  7. Ah, moi, j'ai beaucoup aimé et j'ai passé deux bonnes soirées.

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    1. mmm; on pourra dire que tu l'as englouti alors. Mon mari l'a avalé en deux jours aussi!

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  8. Je te souhaite une très belle et bonne année 2013.
    Tous mes voeux.
    Alex

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    1. Pareillement Alex, tous mes voeux à toi et aux tiens pour cette nouvelle année (littéraire et autre) au plaisir de te lire...

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  9. Ton billet est " p'tet ben qu' oui ou p'te ben non" quand même avec un penchant pour le oui !
    J'hésitais à le lire mais tu dis que l'intrigue est valable, alors...
    Il a fait fort le p'ti gars ! Premier au top!!!!
    J'aime beaucoup la maison au bord de l'Atlantique...
    Bonne année !
    C'est par le chemin de chez Aifelle que j'arrive ici

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    1. oui, son succès a quelque chose de fascinant...surtout après la lecture du roman; finalement ça forme un ensemble étrangement cohérent entre la réalité et la fiction. Merci de ton passage (Aifelle nous permet à tous de cheminer sur la blogo)

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  10. On me l'a offert et je vais le lire... mais après les critiques élogieuses du début, les commentaires plus mitigés commencent à tomber. Mon enthousiasme est du coup pas mal refroidi...

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    1. Disons que s'il avait eu une belle plume, le roman aurait été parfait. Les blogueuses sont dans l'ensemble assez élogieuses sur ce livre. Il tient en haleine. Je vais guetter ta chronique.

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  11. Je reviens sur ce billet, puisque, ça y est, je l'ai lu !
    Tout à fait d'accord avec toi sur les longueurs parfois et sur le fait que l'intrigue est plutôt bien menée, on a vraiment envie de finir le livre !
    J'ai bien aimé aussi les personnages imposteurs. Grâce à eux l'intrigue fonctionne très bien. Pour le style, on repassera mais on passe quand même un moment pas si désagréable.

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  12. C'est toi GS? Oui je pense que c'est toi. Je suis d'accord, c'est un bon moment malgré le niveau d'écriture assez moyen

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