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| Ian Manook, Yeruldelgger Albin Michel, 2013, 400 p. |
J’aurais pu l’aimer, et peut-être
même l’adorer, ce policier. Mais non en fait.
Pourtant, il surfe sur une tendance historique
importante : the global history qui, même si elle appartient à mon ancienne vie, me tient encore à coeur. Manook réfléchit à l'histoire à parts égales entre Orient et Occident, avec
chacun ses monstres et ses héros mal connus de l’autre. Comme point de départ c'est louable.
Donc vouer un culte à Hitler en Mongolie, c'est aussi et surtout ignorer l'entendue de l'horreur qu'il a déclenchée en Europe (avec un petit parallèle avec Gengis Khan). Et là, je me suis dit "punaise, c'est du lourd, là, le type il est solide". En plus, tout en mesure, il nous rappelle que certaines traditions sont nécessaires pour garder son identité profonde mais que le nationalisme reste un principe dangereux. Bien bien bien.
Il dénonce la
manière dont on saccage des terres et des usages ancestraux pour le loisir (d’ailleurs,
j’espère que le livre ne sera pas traduit en Corée, parce que les Coréens
pourraient vraiment mal le vivre. Manook, les Coréens il les déteste.)
Yeruldelgger est bien ficelé,
sans être surprenant: page 116 j’avais compris qui était le premier
policier corrompu, j’ai eu une petite surprise pour le second, mais aucune sur
le fin mot de l’histoire. Les grands thèmes du polar sont bien tenus ; les
pires bourreaux ont été des victimes qui ont perdu une part d’humanité, le
cours de l’histoire échappe aux hommes, les gens bêtes sont pratiques pour que les gens intelligents arrivent à leurs fins, une famille ressort fracassée par un crime, avec en prime un petit laïus sur les ressources naturelles et la cupidité des hommes…
Pas mal, pas mal
Seulement voilà....
Moi, je suis une chochotte et mon seuil de
tolérance à la violence littéraire a été dépassé dès la page 28 : le
cadavre d’une enfant (qui a l'âge de la mienne), trois corps lacérés et mutilés post-mortem avec les
descriptions détaillées de tout cela ; déjà, j'ai failli vomir. J'ai cru que c’était terminé, mais non, 10 pages plus loin, on assiste à la description (qui dépasse la limite du supportable, la preuve: l'enquêteur Yeruldelgger vomit lui) de deux nouveaux corps suppliciés dans une mise en scène
hideuse.
Mais surtout, il y a dans ce livre une violence envers les femmes, les
jeunes filles et les fillettes qui dépasse l’utilité littéraire, et que je n'ai pas trouvée forcément
nécessaire. Entre les viols décrits sur plusieurs
pages, ceux qui sont racontés, ceux qui sont suggérés, le lecteur doit se rendre
à l’évidence : dans ce roman les femmes sont à la merci des hommes. Aucune
figure féminine qui ne soit pas une potentielle victime. Et la seule femme courageuse et vaillante du livre, Oyun, prend très cher avec des détails qui ne peuvent être inventés que par un homme qui se complait quand même dans cet exercice.
Ian Manook (qui serait le frère d'un juré d'une émission musicale populaire reconverti en animateur radio sur Inter) est pour le coup l'Homme qui n'aimait pas les femmes. Et franchement, bien que je ne sois pas spécialement féministe (ce qui désole ma mère) cette part-là a été trop envahissante pour que j’en aime le
reste.
Participation aux challenges d'Asphodèle A tous prix (prix des lecteurs 2014 quais du polar, prix 20 minutes), et de Liliba Thrillers et polars.













