mardi 2 avril 2013

La Plume de l'ours

La plume de l'ours
Carole Allamand, La Plume de l'ours,
 
Stock, 2013. 391 p. 
Je me suis retrouvée un samedi soir devant "Ça balance  à Paris", fait rarissime puisque je ne peux jamais regarder cette émission qui tombe à une heure incompatible avec les obligations de mère de famille. Bref, la chroniqueuse parlait d'un thriller littéraire...donc forcément je me suis jetée dessus. (en fait on m'a offert le dernier Lévy pour mon anniversaire que j'ai été échanger contre La Plume de l'ours).


La Plume de l'ours raconte l'histoire de Carole Courvoisier qui a fait son doctorat sur Camille Duval, un auteur suisse mythique qui subitement a changé son style d'écriture. L'héroïne Carole concentre donc sa recherche (son post-doc je présume) sur la" rupture duvalienne", en arpentant les Etats-Unis à la recherche des causes profondes de ce brusque changement d'écriture chez un auteur national, aussi mystérieux que génial.

Tout, absolument tout, me plaît dans ce type de synopsis. Et tout,  presque tout, m'a emballée dans ce roman.

D'abord la chercheuse est une figure motivée et solitaire dans sa quête du mystère duvalien. Evidemment, elle m'a été immédiatement sympathique, d'autant qu'elle fume comme un pompier et manque d'embraser un campus universitaire dans un pays franchement réfractaire au tabac. J'ai aimé ses errances dans les fac, des grandes villes aux contrées reculées, avec des étudiants dont la bible est Google et qui manifestent un intérêt plus que modéré pour les études littéraires. 

J'ai aimé aussi les affres des Courvoisier, notables suisses touchés par le scandale. J'ai aimé la critique du petit milieu littéraire, et les atermoiements des éditeurs spécialisés. Bref tout ça me parle; forcément.On ne le lâche pas ce roman, c'est une lecture agréable qui nous emmène jusqu'aux confins de l'Alaska, aux côtés d'une ours femelle qui prend toute la place à la fin. Le surprenant parallèle entre l'ours et le roman n'est pas dénué d'intérêt. Je ne veux rien déflorer, mais il y a aussi une vraie réflexion sur l'amour atypique.

Il y a quelques chose du Joël Dicker dans La Plume de l'ours, parce que c'est la Suisse qui se déplace aux Etats-Unis, parce qu'il y a la question du romancier, de son identité, de sa notoriété et de son imposture. Il y a beaucoup de points commun avec le dernier prix de l'Académie française, avec une mise en abîme réussie et une belle description de l'Amérique.

Un bémol subsiste cependant si je veux être totalement sincère. Carole Allamand écrit bien, mieux que son compatriote Dicker. C'est propre, bien articulé, bien conçu. Mais l'auteur est piégée par son formatage universitaire (c'est fréquent chez ceux d'entre eux qui s'essaient au roman). Son personnage principal, qui porte le même prénom qu'elle et qui semble être son double, manque de chaire et de consistance. Elle est d'une solitude absolue, semble ne s'attacher à personne. Les personnages secondaires jalonnent son récit sans laisser de trace. Je pensais que Jasper (entre autres) resurgirait à un moment; mais non elle traverse seule les 400 pages. Carole n'a pas d'amis, pas d'amants; elle semble être un pur esprit occupé par Camille Duval et le tabac. Probablement l'auteur n'a-t-elle pas su prendre suffisamment de recul sur un personnage qui lui ressemble trop. Et cela, cette absence de supplément d'âme de d'affectif, refroidit beaucoup le récit, je le regrette un peu, c'est ce qui m'empêche d'en faire un coup de coeur (soupir!)

Mais c'est bien le seul point que je regrette dans ce roman palpitant qui pose encore une fois la question de ce qu'il reste des icônes littéraires...et c'est toujours un sujet qui m'enthousiasme...


20 commentaires:

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    1. Ca ne m'étonne pas ;-) visiblement elle connait bien le sujet des plantigrades (dont elle est un défenseur acharné). C'est très surprenant comment elle a lié les deux sujets (l'ours et l'écrivain).

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  2. Si tu dis que ça ressemble à Dicker, ça me refroidit un peu. Pas très envie de retenter l'expérience.
    En même temps, si c'est un coup de coeur pour toi, mon coeur balance... :-/

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    1. Seule les thématiques ressemblent à Dicker (le sujet du grand écrivain, l'Amérique, la notoriété, la propriété des mots...), pas le style, ni la construction je te rassure...Mais malheureusement, ce n'est pas vraiment un coup de coeur, il m'a manqué un petit quelque chose, mais c'est un livre que je conseillerais quand même...

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  3. je l'ai vu celui là sur plusieurs blogs et j'ai écouté une émission de radio, je me sens partagée , je me suis fait avoir avec Dicker que j'ai trouvé insipide et je n'ai pas envie de recommencer

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    1. Justement Dominique, la qualité littéraire de "La Plume..." est très supérieure à celle du Dicker. L'analyse sur la construction d'un roman est bien plus fouillée. Allamand méritait davantage les prix que son compatriote. Je trouve que c'est un bon livre.

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  4. Comment ça, tu as échangé le dernier Lévy ? ;-)

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    1. Honnêtement, je n'ai rien lu de lui, c'est juste un malheureux a priori peut être pas justifié du tout d'ailleurs. Mais au moment où on me l'a offert, j'avais très envie de lire "La PLume de l'ours", donc j'ai cédé à mon propre caprice ;-)

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  5. Voilà un billet qui m'interpelle quelque peu car moi ce roman m'a ennuyée au possible !! J'en attendais pourtant beaucoup (la comparaison au Dicker, le thème de la littérature ...) mais j'ai très vite abandonné tant le style de l'auteur m'a semblé laborieux !!
    N'étais-je pas d'humeur , étais-je trop impatiente ? devrais-je le retenter ? ... Autant de questions que je me pose suite à ton billet !!

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    1. A ta place Malika je le retenterais, même si tu as raison, la plume d'Allamand est particulière. Mais une fois qu'on est dedans, on est bien. Il y a des passages drôles; même si, comme je l'écrivais dans le billet, je regrette un peu le manque d'intensité de personnage principal. Mais l'intrigue est bien fichue et la critique des impostures littéraires bien tournée.
      Après...les goûts et les couleurs....

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  6. Ben voilà le Dicker qui fait de l'ombre à ses compatriotes !

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    1. Je regretterais presque d'avoir fait le rapprochement, même s'il était à la faveur de Carole Allamand. C'est un peu incompréhensible que ce soit lui qui ait tout raflé alors que "La PLume de l'ours" est bien plus intéressant (même si je dois confesser que j'ai lu le Dicker avec plaisir malgré tout).

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  7. Le Dicker ne me tentait déjà pas du tout, alors malgré ce que tu en dis, je crois que je ne suis pas plus tenté pour celui là... En même temps ce n'est pas grave, vu l'état de ma PAL en ce moment :0)

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    1. Je peux comprendre;-) même si je trouve dommage que la déception sur le Dicker décourage ceux qui auraient pu lire "La Plume de l'ours".

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  8. Alors le Dicker ne me tente pas mais celui-ci, avec la qualité littéraire dont tu parles... je me laisserais bien tenter. Je note ;) bises et belle soirée :)

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    1. Tu fais bien, il se lit vite et je pense qu'il aura davantage de pérennité que le Dicker.

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  9. L'échange m'a fait sourire...Ce livre, j'en ai tellement en attente sur ma pile!!!
    Bonne soirée !
    A bientôt

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    1. Un caprice plutôt qu'un échange. Je m'étais focalisée sur ce livre. Beau week-end à toi

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  10. En recherche de quelques lectures sympa pour mes vacances fin mai, je reparcours ton blog ... et je me laisserai bien tenter par ce livre. Merci pour toutes ces critiques que tu nous fais, c'est juste hyper pratique en fait !

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    1. Ca me fait très plaisir ce que tu écris...j'espère que tu aimeras. Des bises et très bonnes vacances (plus qu'un mois)

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