lundi 28 janvier 2013

Gone girl


Gone girl est le titre original des Apparences de Gillan Flynn. Je viens de le finir, partagée entre plusieurs sentiments contradictoires (oui je sais, cela m'arrive malheureusement très souvent).



L'histoire démarre le jour du cinquième anniversaire de mariage d'un couple américain de quasi quadragénaires qui ne s'est toujours pas remis de la crise de 2008 et qui s'est installé dans l'Amérique profonde au bord du Mississippi. Les premières pages s'étendent sur ces grandes perdants devant l'Eternel. Why not?! Sauf qu' Amy, "the gone girl" (mais bon sang, pourquoi le titre n'a-t-il pas été conservé? la fille partie, la fille disparue...ça aurait été bien plus fidèle à l'esprit du livre...mais bref !), m'a été très antipathique dès la page 52 : elle déteste Murakami. Amy s'évapore subitement et Nick est rapidement suspecté par la police.  S'en suit alors une longue enquête qui dissèque lentement mais sûrement le mariage des Dunne. Nick, aidé de sa soeur jumelle Margo, se retrouve à mener seul des investigations parallèles aussi inquiétantes que tordues. J'ai peur de trop en dire donc je vais m'arrêter là sur l'histoire.

Flynn Gillian, Les Apparences,
 
Sonatine, 2012, 574 p.
C'est un récit à deux voix rudement bien mené, c'est l'excellente idée de l'auteur. La voix de Nick d'une part et les journaux intimes (le pluriel a son importance) de sa femme d'autre part. L'intrigue est superbement bien menée, très articulée, très américaine, une équation parfaite. Rien à dire de ce côté, c'est un pavé que j'ai englouti en quelques jours, parce que soyons honnêtes on est très très pressé de savoir ce qui va se passer, même si à mon gout la surenchère de rebondissements était un peu excessive (mais je mets cela sur mon côté trop "européen"...enfin dixit ma meilleure amie...américaine, of course).

Gillian Flynn décrit bien cette Amérique d'après la crise, l'omniprésence des médias,la généralisation de l'inculture, la question de l'image que l'on aimerait renvoyer de nous même, nos petits arrangements avec la réalité! C'est indubitablement brillant, bien esquissé et sans compromission ...Et pour être complètement sincère, si on a globalement l'âge des personnages, ce livre est plutôt néfaste, conjugalement parlant. Enfin dès la deuxième partie, théoriquement, on ne s'identifie plus à eux...

En bref, ça se lit vite, ça se lit bien, une vraie série de 20h50 qui fait un peu froid dans le dos, il ne faut pas bouder son plaisir.Ce qui est certain c'est que j'ai détesté la fin et précisément la dernière page. Pourtant, le ton général du roman n'annonçait pas forcément un dénouement des plus moraux, mais je suis restée très naïve et candide...

Une question subsiste néanmoins:  mais pourquoi les bons thrillers (un très bon, indubitablement) ne sont-ils jamais correctement écrits? Pourquoi manque-t-il toujours ce petit supplément littéraire qui résonne comme du velours? Je suis toujours un peu frustrée de la pauvreté du style. Il n'y a que sur certains blogs (qui se reconnaîtront) que les gros mots ne me dérangent pas. Sur presque 600 pages, ce n'est qu'indigence de vocabulaire, absence absolue de poésie  avec une crudité assez proche d'une Virginie Despentes (l'humour en plus). 

Ceci-dit je l'ai englouti...donc si je n'intellectualise pas, c'est évidemment un bon polar. Mais de vous à moi, j'étais quand même très contente de l'avoir fini, ce n'est pas un livre qu'on tarde à achever parce qu'on sait qu'il va nous manquer.


12 commentaires:

  1. je l'ai réservé à la bibliothèque, vrai qu'il est dommage qu'il n'y est pas un petit effort d'écriture qui du coup transformerai un petit polair en un vrai bon livre

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    1. Exactement ! Je vais guetter ton billet Dominique

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  2. Hum... est-ce que c'est un compliment pour un roman que dire que c'est une bonne série de 20h 50 ? Ou alors la télé s'est vraiment améliorée depuis que j'ai largué la mienne :-) Ceci dit, je découvre ce blog avec ce livre que pour ma part, j'ai beaucoup aimé. Sens du suspens, maîtrise narrative, minutie des détails et personnages hyper consistants : que de bons ingrédients.

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    1. Je suis d'accord avec toi, c'est un excellent scénario, les ressorts psychologiques sont solides et rien n'est laissé au hasard... Ça ne m'étonnerait pas qu'il soit adapté comme savent le faire les Américains. Mais il manque, je trouve, une dimension littéraire (et humaniste peut-être?) . De toutes manieres on n' attend pas tous la même chose d'un roman. ;-) Merci de ton passage

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  3. Hum…Amérique, crise, intrigues, rebondissements…Il me tente bien tout de même !!

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    1. Il se lit très bien, très vite et il nous tient en haleine. Il est noir et un peu glauque...à la limite que demander de plus pour un polar?

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  4. J'avais beaucoup aimé son précédent "les liens du sang", je lirai donc celui-ci, sans urgence.

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    1. Je vais me renseigner sur "Les liens du sang", voir si c'est aussi un polar. Tu sais ça m'a fait un peu le même effet que "La vérité sur l'affaire...", une intrigue brillante, un style un peu léger et la question de l'image de soi (encore et toujours!)

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  5. Peut-être que la traduction ne peut pas tout rendre complétement ? Et puis soyons honnêtes, les américains ont peu de vocabulaire.

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  6. Oui il y a un gros problème avec les polars. La sélection ELLE à laquelle je participe cette année semble le confirmer. Je n'ai aimé, à ce jour, aucun policier choisi pour ce prix sauf un, celui-ci. Et je peux te dire que comparé aux autres, il est vraiment très bien écrit. J'ai passé un très bon moment de lecture en sa compagnie mais de là à lui donner le prix...

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    1. Oui je me souviens de ton billet, cela m'avait convaincu de le mettre sur ma liste. Je suis aussi emballée que toi par l'intrigue; seulement je l'ai lu au milieu de romans vraiment bien écrits et tellement poétiques...mais qui n'étaient pas des polars, ceci expliquant cela sans doute.

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