dimanche 8 juin 2014

En finir avec Eddy Bellegueule-Édouard Louis

Le récit qui enterre Eddy Bellegueule

Je ne crois pas avoir déjà lu un livre aussi violent.

Inutile de rappeler l'histoire, à moins d'être sourd, aveugle ou retiré du monde (littéraire),  personne ne peut ignorer En finir avec Eddy Bellegueule. 

Couverture En finir avec Eddy Bellegueule

Le fascinant Édouard Louis

Je précise que je suis tombée en amour littéraire d'Edouard Louis, un soir de Grande Librairie, où il a failli me faire pleurer tant il transpirait d'intelligence, de justesse et de sensibilité. Quand il a cité Annie Ernaux, il était tellement bouleversant que je me suis dit que si son livre était à la hauteur de son discours, j'allais forcément être une lectrice comblée.

Et puis la polémique est née (avec des investigations aussi odieuses qu'indignes), et moi, courageusement, j'ai reculé. Il a fallu un concours aux Éditions du Seuil pour que je m'y frotte. Et quoiqu'en dise la première de couverture, Édouard Louis n'a absolument pas écrit un roman. Lui-même revendique son témoignage et assume le récit de son enfance pauvre et la découverte de son homosexualité.

La rage, la violence et la honte

Il est jeune Edouard Louis, il a la rage de la vingtaine, la cruauté de ceux qui ont beaucoup souffert et  la plume d'un Normalien. Alors forcément, c'est d'une violence ahurissante. Rien n'est épargné, ce livre suinte la haine de la famille pauvre dont il est issu et le rejet du prolétariat dont il a honte. Les pauvres (ceux dont il nous parle) sont alcooliques, violents, racistes, homophobes, bêtes, sales et incultes.

Je suis encore estomaquée qu'on puisse dépeindre les siens jusque dans les détails les plus humiliants. Rien n'est épargné : les rires de sa mère qui raconte sa fausse couche dans les toilettes, le niveau de langage  (mis en italique, comme tenu à distance de son propos), les tares familiales (cousins malformés, taulards et consanguins), l'omniprésence de la télévision (rendue obligatoire), le coït parental (écouté derrière la porte), la violence du frère (qui manque de le tuer), le harcèlement des collégiens (avec les détails pervers de la torture quotidienne que ses bourreaux lui infligent)...

Que le lecteur qui n'a pas été chamboulé de ces passages me jette la première pierre...

La confusion du combat

Mais, quelque part, tout cela, quoiqu'à la limite du supportable, est légitime, parce que la vie d'Eddy Bellegueule était insupportable. Et puis reconnaissons qu'on sait qu'ils existent ces gens-là et Edouard n'épargne pas plus Eddy que les autres dans l'image qu'il renvoie de lui.

Mon problème est ailleurs.

J'ai eu le sentiment qu'Edouard Louis associait son rejet en tant qu'homosexuel au milieu pauvre qui était le sien. La corrélation me paraît malheureuse. Comme si les familles bourgeoises (ou même moyennes) acceptaient mieux que les grands déshérités d'avoir des fils efféminés. Et là, pardon, (et pour le coup je sais de quoi je parle)... Non.

Les pauvres ne sont pas plus homophobes (ni plus racistes d'ailleurs) que les autres classes sociales. Les bourgeois aussi entretiennent l'image de base qu'un homme, un vrai, fait vivre sa famille, a une voix grave, est sportif (football, ski ou voile quelle importance?). Les bourgeoises aussi guettent les ventres des femmes qui s'arrondissent et suspectent une épouse sans enfant. Il y a juste le vocabulaire qui change. Ce n'est pas une question de classe sociale d'accepter son fils tel qu'il est, c'est une question d'intelligence et de tendresse.

La scène du hangar aurait pu se passer Place Bellecour à Lyon, dans l'Ouest parisien ou dans un hôtel particulier bordelais. Des cousins de 15 ans, pervers et dominateur, qui ressemblent à celui d'Eddy (qui n'a que 9 ans!),  je crois qu'il en existe dans les centre-villes et dans des appartements standing. Les tentatives douloureuses d'Eddy avec Sabrina ou Laura, l'auraient été pareillement dans un autre milieu, seulement elles se seraient appelées Clara, Léa, Constance ou Sixtine selon la classe sociale.

Le bruit sourd de la souffrance

Aujourd'hui encore, des garçons efféminés sont font harceler au sein de collèges classés en zone violence comme dans de prestigieux établissements privés, c'est juste le niveau de langage et la marque des vêtements qui changent. La victime aurait vu des chaussures bateaux quand sa tête aurait cogné contre le sol plutôt qu'une paire de baskets.  Mais la méchanceté gratuite et le plaisir qu'elle procure aux bourreaux restent identiques.

Je crois vraiment que son parcours d'enfant (qui se sait sexuellement différent) est très proche de celui d'autres garçons issus d'autres milieux. Il y a une universalité dans le récit de son apprentissage de lui-même et de son adolescence. C'est juste qu'Eddy a vécu tout cela en plus de la honte d'être pauvre, d'être privé de confort matériel, de référents culturels et d'une possibilité d'imaginer sa vie autrement (on est d'accord c'est énorme).

Les zones d'ombre et les nuances de gris

La grande absente du livre, c'est l'école de la République. Pour finir à Normale Sup, être un élève moyen de Picardie ne suffit pas. Le système scolaire a forcément joué son rôle avec lui, il a nécessairement eu les moyens d'exploiter ses possibilités intellectuelles, de travailler, de récupérer les bases qu'il assure ne pas avoir.  Cette ellipse est curieuse.

Par contre,  je trouve malgré tout, que sans cacher la répulsion que ses parents lui inspirent, il écrit quelque chose qui, sans ressembler à un hommage, tend vers une certaine reconnaissance. Il y a de beaux passages sur la condition ouvrière (p.41), et Édouard Louis évoque malgré tout les tentatives maladroites et sporadiques de ses parents de le défendre (contre son propre frère p.58) et de le soutenir (quand il part passer son audition), avec des moyens ridiculement peu adaptés mais une volonté réelle.

Dans En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis s'assume homosexuel tout en se débarrassant d'origines populaires dont il a terriblement honte. C'est peut-être qu'il fasse les deux ensemble qui me heurte. Car ce livre est un assassinat social et civil, dans lequel il enterre son ancienne vie et fait disparaître de sa carte d'identité un nom de famille transmis par des gens qui, sans doute, n'ont pas su protéger, comprendre ni rassurer le petit garçon qu'il fut. Et qui lui font encore honte sans doute.

Le malaise de la disparition d'Eddy Bellegueule

En finir avec Eddy Bellegueule est à mes yeux un livre important, qui marque la naissance d'un écrivain et la disparition d'un jeune homme qui n'est plus. Ce n'est pas une image, Édouard Louis a vraiment modifié son état civil, il a vraiment fait disparaître Eddy Bellegueule. Ce livre était sans doute nécessaire pour continuer à avancer.

Comme dirait ma mère, "ce qui est dehors n'est plus dedans", Édouard Louis en a donc fini avec Eddy Bellegueule maintenant. Je crois qu'un jour, s'il continue en littérature, il reviendra sur cette mue extraordinaire et fracassante.

Quant à moi, j'aurais aimé être plus concise mais je ne suis pas certaine d'avoir un avis définitif sur ce livre, je m'interroge encore sur ce que j'en pense vraiment.

Merci aux Éditions du Seuil.

jeudi 5 juin 2014

Ma remise du prix des lectrices Elle (en direct live)

Ce soir, je suis invitée à la remise du prix des lectrices de Elle.

Alors, j'aurais pu vous raconter que ce matin, je suis allée jusqu'à Marseille rejoindre mon amie Dominique pour prendre le train toutes les deux vers Paris. Vous auriez rigolé en sachant qu'à Lyon je serais descendue sur le quai pour fumer une cigarette, et que Dominique m'aurait hurlé de remonter vite dans le wagon sous peine de passer ma soirée dans la capitale des Gaules.

Je vous aurais ensuite rapporté ma surprise à la vue du beau temps parisien (avec une petite digression sur les terribles a priori des sudistes qui remontent au Nord de la Loire). J'aurais sans doute fait une crise de panique dans le métro, en admettant avoir pris le bon. Mais Dominique m'aurait rassurée et remise dans la bonne direction bien sûr.

Et nous serions (peut-être) arrivées à l'heure chez Ladurée où une poignée de jurées se séraient réunies  pour faire connaissance avant les tables rondes. Là je me serais ruinée en prenant une salade à un prix ahurissant tout en jaugeant, version IRL, toutes ces filles avec lesquelles je discute (ou me dispute) depuis presque un an. J'aurais découvert des couleurs de cheveux, des tailles, des grains de voix que je n'imaginais pas. Et puis, je me serais sûrement fait le complexe de la provinciale, qui n'a pas compris que pour un cocktail on met une tenue un peu habillée, et je me serais dit (en voyant les chaussures à talons et les robes distinguées) que j'aurais quand même pu faire un effort (surtout que ma mère me l'aurait dit avant de partir).

Et vu que j'aurais répondu à l'invitation de Elle, j'aurais su, une semaine avant, quels auraient été les lauréats.  J'aurais donc préparé  mon petit laïus pour M. Manook en lui disant quand même qu'il n'avait pas été très discret, puisque dans son commentaire du 19 mai sur mon blog, on se doutait quand même que Yeruldelgger serait le lauréat dans la catégorie polar.

J'aurais probablement amené avec moi mes exemplaires de Vendredi Soir et Stallone pour que Emmanuèle Bernheim me les dédicace, puisque j'aurais été au courant que Tout s'est bien passé avait remporté la catégorie Document.

Mais surtout, j'aurais su que ce que je craignais était arrivé, que le K avait raflé le prix du roman.

Moi qui ai aimé presque tous les gagnants des romans du prix Elle ces 10 dernières années, c'est un livre que je déteste qui l'emporte l'année où je suis jurée. Ce n'est plus de la loose, c'est de l'Art. 

Je me serais excitée toute seule, mauvaise perdante que je suis. Enna, Natalie, Coralie, Pascale et Eva m'auraient un peu disputée, en me disant que vraiment que je n'étais pas fairplay, qu'il fallait se ranger à l'avis de la majorité. Certaines m'auraient même peut-être carrément ignorée, voire trouvée terriblement lourde. C'est là que je leur aurais expliqué que même à la belote j'ai du mal à perdre et que je me suis fâchée avec mon cousin-presque-frère le jour où, en tant que partenaire, il a pris à pique sans le valet (ni le 9 d'ailleurs). Il a fallu du temps ensuite pour qu'il accepte d'être mon témoin de mariage et le parrain de ma fille.

Sans doute aurais-je crié au complot, à la falsification des résultats, j'aurais essayé de rallier à ma cause, Martine, Mathilde, Dominique et Marjorie pour ne pas être trop seule.

Et puis nous serions toutes parties aux tables rondes, moi empestant le tabac froid et avec ma mine des mauvais jours. A partir de 18h, j'aurais appelé chez moi toutes les 30 mn pour vérifier ce qu'auraient mangé les filles, l'avancée des devoirs et l'heure du coucher....jusqu'à ce que j'abuse du champagne.

Ensuite, il y aurait eu la photo des jurées sur les marches, que j'aurais montrée à ma soeur aînée ce week-end, histoire de frimer un peu devant mes nièces. Je me serais mise à côté de mes copines préférées, en sortant toutes mes dents et en priant pour que mon nouveau fond de teint (une escroquerie sans nom) tienne jusqu'au soir.

J'aurais peut-être, dans l'euphorie de l'alcool, tenté de transmettre à Olivia de L. les félicitations d'Attila sur son récent prix de meilleure journaliste littéraire. Et si j'avais eu l'alcool mauvais, j'aurais peut être agressé l'éditrice de Kasischke, en évoquant une théorie du complot. (Personne n'a prévenu Laura que je ne venais pas, du coup elle est restée aux US).

Je sais en fait que nous serions restées entre jurées, je ne crois pas que je me serais mêlée au gratin littéraire parisien (déjà rien que ma tenue aurait été un obstacle). Vaguement mal à l'aise, j'aurais rigolé avec mes copines, tenté de reconnaître quelques vedettes de la littérature, et je suis presque certaine que les affinités virtuelles auraient été fidèles à l'IRL.

Et puis repue de champagne et de petits fours, je serais rentrée chez une blogueuse qui aurait eu un bout de canapé à m'offrir (ou chez ma tante en banlieue qui veut m'engraisser dès qu'elle me voit, ou chez mes cousins et amis déjà serrés avec leurs enfants dans leurs appartements intra-muros, mais qui m'auraient fait une petite place "pour une fois que tu montes").

Et au retour je vous aurais régalé d'un délicieux billet d'envoyée spéciale, plein de mauvaise foi, ou Kasischke en aurait pris pour son compte, et dans lequel j'aurais brossé le portrait de certaines jurées (enfin celles qui m'auraient supportée jusqu'au bout).

Mais en fait, je ne me suis disputée avec personne car, dans la vie, on est moins libre qu'on le croit de se fritter avec autrui.

En réalité, aujourd'hui, je suis restée chez moi, j'ai reçu, dès l'aube, des textos de Dominique qui était sans moi dans la rame du train. J'ai travaillé toute la journée en faisant la tête, mais non sans échanger  avec Valérie-  privée de cérémonie pour cause d'oraux du bac- des petits mots de soutien. Nous serons vraiment restées jusqu'au bout la fayote et le leader. Finalement, l'école m'a appelée pour récupérer Rayures qui fait une grosse crise d'asthme (vivent les pollens). Donc je pense que le cosmos m'a envoyé un message clair: ma place était chez moi (n'est pas Clémence?)

Sauf que je reçois, tous les 1/4 d'heure, un petit texto de jurée, avec une photo, un petit mot gentil, une blague, et en plus Marjo et Dominique (qui réconcilieraient n'importe qui avec le genre humain) me font vivre la cérémonie en live (avec photos et commentaires). Ma coupe est donc vide....

...mais j'y suis un petit peu quand même...

Bien sûr, je vais attendre demain pour savoir qui sont les heureux lauréats, j'espère ne pas avoir une mauvaise surprise...

dimanche 1 juin 2014

Le miroir brisé

Jonathan Coe, Le Miroir brisé
ill. Chiara Coccorese
Gallimard Jeunesse, 2014, 112 p.
A partir de 11 ans.

Après deux trimestres sans être convoqués par la directrice de l'école, l'Homme et moi même avons décidé de féliciter Rayures de ce nouveau départ. Elle voulait le Terrier des Légo Harry Potter (oui alors c'est pas Noël non plus hein), donc je lui ai offert le Miroir Brisé de Jonathan Coe, vu chez Noukette et Jérôme


Personnellement, je ne lis jamais de livres jeunesse parce que :
1: je suis une mauvaise mère
2: j'ai à peine le temps de lire mes livres à moi
3: je crois que les livres (mêmes ceux des enfants) forment un jardin secret dans lequel la mère n'est pas nécessairement obligée de pénétrer (maman si tu me lis, ce n'est pas un message personnel...)

Donc depuis que Rayures sait lire, je lis l'histoire du soir à Boucle d'Or et je laisse ma grande bouquiner dans son lit.


Le problème chez nous, c'est que je suis fondamentalement désorganisée ET je tiens un blog. Et vu la place grandissante que prend le blog dans ma vie, c'est forcément au détriment des enfants. C'est ainsi que Rayures, excédée du temps que je passe avec mon ordinateur, s'est fortement fait entendre, en disant qu'elle aussi lisait, qu'elle aussi avait un avis ....


Si l'on rajoute à cela que  j'ai un fond influençable et envieux, je copie donc sans vergogne (mais en leur rendant hommage) George et Valérie qui, bien avant moi, ont fait parler leurs enfants sur leur blog respectif. 

J'inaugure donc aujourd'hui, pour le premier jour du mois anglais, un nouveau rendez-vous: Les mots de Rayures que j'essaierai de publier le 1er de chaque mois. Je tente dans la foulée (j'ai besoin d'émotions fortes en ce moment) un nouveau format. Le principe est donc  d'enregistrer les mots de Rayures et de les poser sur une vidéo de sa soeur floutée (parce que je ne voudrais pas, dans 10 ans, entendre que j'en ai mis une en valeur au détriment de l'autre- être une mère équitable ça commence très tôt). 

L'ensemble est (soyons honnête) un peu moyen. Elle a eu du mal à se détendre (je crains son bac de français pour tout dire...humour!!!), ses souvenirs étaient assez approximatifs, parce qu'elle l'a lu il y a plus d'un mois (mais bon je voulais coller au mois anglais), c'est décousu, subjectif, pas très pro...bref c'est un galop d'essai...et elle en est très fière, donc j'ai envie de dire, c'est un peu le principal...

Good bye friends 

jeudi 29 mai 2014

Je suis interdite

Anouk Markovitz, Je suis interdite,
J-C Lattès, 2013, 350 p.
Dans Je suis interdite d'Anouk Markovitz, les femmes sont des ventres avant d'être des esprits. 

Le roman commence avec l’horreur de la traque et l’assassinat massif des juifs d’Europe de l’Est, dont deux enfants rescapés, Josef et Mina, issus tous les deux de familles juives hassidiques seront le fil conducteur. 

Mais ce n'est pas un livre qui pleure le sort des juifs, c'est un roman qui dénonce l’orthodoxie religieuse (en l'occurrence les hassidiques). On y trouve des personnages masculins qui ont peu de chance d’être aimés par un lecteur et aucune d'être appréciés par une lectrice. La palme revient à Zalman (le père de famille qui recueille Josef et Mina), qui est aussi inquiétant qu’obtus, à la fois dictateur domestique et détenteur de la vérité universelle.

Le Rebbe (chef spirituel des hassidiques) se défend bien aussi, puisqu'il négocie, en pleine traque,  son sauvetage en laissant ses ouailles à leur sort. Markovitz montre à quel point même cette trahison des siens est pardonnée par une communauté aveugle qui y voit une volonté divine. 

Parce que dans cette communauté mal connue (de moi en tous les cas), il n'existe ni libre-arbitre ni liberté individuelle. Markovitz dénonce un fondamentalisme qui va jusque dans la couche conjugale dicter sa loi (d'où le titre). Et si les femmes ont le droit d'apprendre, ce qui est déjà un privilège, c'est uniquement la pensée unique dispensée dans des établissements encadrés et sans aucune ouverture sur le monde.

Une fois devenus adultes, Josef et Mina se marient. Et c'est à ce moment que j'ai senti bouillir un fond de colère. Parce que Mina  se croit stérile dans une communauté qui ne fait de la femme qu'un moyen de s'agrandir. Mina était tellement passive face à la tradition que je lui préférais de loin son amie Atara, fille de Zalman (pauvre enfant!). La jeune Atara va en cachette à la bibliothèque, lit les journaux dans l'ombre, essaie de comprendre le monde. Mais elle fuit la communauté et disparaît du roman. Même si on la retrouve à la fin, on ignore tout de son parcours. 

Le problème chez Markovitz, c'est qu'il n'y a pas de réconciliation possible :Mina est le ventre et Atara l'esprit.

Il manque malheureusement quelque chose dans ce roman, un supplément qui m'aurait permis de m'attacher aux personnages, de me relier à eux. La froideur, la description chirurgicale des us et coutumes hassidiques, la colère et la rage de la romancière sont telles que je suis restée en dehors de l'histoire. Pourtant, Je suis interdite (qui n'a aucune chance de gagner le prix) fait partie de ces ouvrages importants qui dénoncent le sort des femmes dans les communautés repliées sur elles-mêmes et je comprends que Fleur, à contre-courant de la plupart des jurées Elle,  en ait fait un coup de coeur (parce que même deux mois après l'avoir achevé, j'en garde encore un souvenir très précis).

samedi 24 mai 2014

Les blogueurs et moi (attention billet guimauve)

Le mois de mai court à sa perte, et je me dis que c'est l'heure de mon petit bilan des ratages et autres rendez-vous manqués qui sont depuis quelques temps ma marque de fabrique.

D'abord, j'ai ouvert mon blog trop tard (de la même manière que j'aurais du naître au début du siècle dernier). Suite au billet de Karine, j'ai lu avec avidité, jalousie et remords les billets nostalgiques des blogueuses. Et bien sûr, je me dis que j'ai manqué quelque chose ... Mais Liliba a mis la photo de mon colis SWAP (et ça ma belle, c'est un beau geste quand on sait à quel point notre échange était déséquilibré). Et sur un blog qui fêtait ses 5 ans,  je m'aperçois qu'en arrivant même après la bataille,  même après tout le monde, j'ai gagné l'amitié de certaines...et ce n'est pas rien...


Sinon, dans la série "le timing : toute une histoire", j'ai encore failli manquer un rendez-vous.  Au mois d'avril, j'ai été frappée par une crise aiguë de britannitude, et  voilà que j'apprends (après avoir publié mes billets sur Maisie Dobbs et Le Manoir de Solomons) que le mois anglais est une institution de la blogo (merci leader de m'avoir prévenue). Organisé par Titine, Cryssilda et Lou, il commence en juin (ce qui veut dire que je suis complètement passée à côté l'année dernière alors que je bloguais déjà...il est même possible, maintenant que j'y pense, que ma découverte d'Expiation date du mois anglais 2013...comme quoi, ma faculté à faire les liens dans la vie reste assez poussive).


Bref, il s'en est fallu de peu que je britannise toute seule quand toute la blogo lirait anglais ensemble. J'ai donc échappé au comble de la loose. Je range mon logo de comtesse douairière (que je ressortirai en juillet) , et je me prépare à penser, lire et bloguer anglais pendant tout le mois de juin. Et vu que j'ai plein de temps disponible en ce moment, je me suis jetée sur la proposition des organisatrices de concocter un logo de cette 3ème saison. Ni une, ni deux, sur mon mini balcon où je fume frénétiquement entre deux bagarres, j'ai pensé juin (donc chaise de jardin...enfin de balconnet), j'ai pensé livres (donc livres), j'ai pensé anglais (ouf, j'avais une théière). Evidemment j'ai quand même réussi à glisser contre mon gré un intrus là dedans...bref


Je britanniserai donc avec Jeanette Winterson (offert par mon amie ZAP), J-K Rowling (l'hyper star de Rayures), Jane Austen (il n'est jamais trop tard), Ian McEwan et probablement Agatha Christie...enfin tout cela dans un monde parfait évidemment, parce qu'on n'est jamais à l'abri d'un imprévu...ni d'autres choses d'ailleurs, donc je reste prudente sur mes objectifs...

Et bizarrement,  pendant cet étrange mois de mai, je me suis demandée si je n'étais pas dans une période de chance.

D'abord, alors que même à la kermesse de l'école, on arrive à ne remporter aucun lot, j'ai gagné chez George un sublime ex-libris de chez Leuchtturm 1917. Le nom est imprononçable, mais l'idée ressemble au Moleskine. Je l'ai reçu, ouvert et découvert en poussant des cris de joie, et je ne me suis pas privée de narguer les autres participantes malheureuses sur Facebook (oui je sais c'est mal).


Je comptais l'offrir dans un élan de générosité et, là je suis à deux doigts de changer d'avis (chassez le naturel....). C'est un très bel objet, vraiment. Parce qu'il est classe, parce qu'il est beau, parce que le gris est ma couleur préférée (ce qui en dit long sur mon tempérament joyeux), et parce que je sens qu'il va me rendre plus intelligente, j'envisage de le garder égoïstement pour moi. Je suis en plein dilemme cornélien en fait...


Mais ma chance ne s'arrête pas là, j'ai aussi gagné un exemplaire d'Eddy Bellegueule à un concours twitter par le Seuil. Incroyable quand on sait à quel point je ne comprends rien au fonctionnement de ce réseau social.  Je saurai bientôt si c'est en version papier ou audio (sachant que je ne lis jamais avec les oreilles). L'heure est donc venue de savoir dans quel camp de la blogo je me situe. 

Et puis,  je suis devenue accroc à l'actualité des blogueurs (ce qui inquiète sérieusement l'Homme qui trouve que je délaisse un peu mes amis réels)  : Estelle est revenue parmi nous après nous avoir fait une grosse frayeur (hein George?),  j'ai découvert une ultra-modeuse hyper calée sur les livres de la guerre froide,  j'en ai contaminé une autre avec ma loose légendaire (pardon Sophie). Et pendant que je souhaitais à Rayures son anniversaire sous des trombes d'eau (un 19 mai sur la Côte d'Azur...no comment, c'est génétique), une blogueuse à la plume lumineuse, à l'autre bout de la France, donnait naissance à son quatrième fils. Et c'est un blogueur né un 19 mai aussi qui m'a annoncé la nouvelle. Quand je vous dis qu'il y a des liens invisibles mais réels sur la Toile...


Et puis il y a les échanges spontanés que seul Facebook permet, au hasard du post d'un ami commun, on se retrouve à se dire les choses franchement et sans enrobage. Et c'est Stephie qui pendant une soirée m'a expliqué deux ou trois aspects que j'ignorais concernant les blogs, les blogueurs et les éditeurs. J'ai compris (grâce à elle) que finalement certains blogueurs littéraires n'étaient plus des lecteurs lambda. Merci à elle (mais j'y reviendrai quand même dans un prochain billet, parce que ça me perturbe cette histoire).


Ca me fait penser qu'il serait temps de mettre le challenge des pépites à jour, avant que la rentrée littéraire ne pointe le bout de son nez. 


Enfin, loose un jour loose toujours, je fais une déclaration d'amour à un romancier qui ne le saura jamais, et ce sont les auteurs dont je critique vertement le livre qui tombent par hasard sur mon blog. D'ailleurs, l'un d'entr'eux, même s'il écrit des pages bien violentes qui me font faire des cauchemars, s'est révélé carrément fairplay et à l'écoute de son lectorat. Pendant une soirée, je me suis sentie importante...merci M. Manook, mon égo en avait bien besoin. 

Voilà.

En cette veille de fête de mères (ou Enna courra son marathon solidaire jusqu'au bout), alors que je m'apprête à recevoir comme toujours des choses fabriquées avec amour par mes filles qui ne brillent pas en motricité fine, je me dis que si IRL il y a encore deux ou trois choses qui coincent (comme par exemple la remise des prix Elle auquel je ne pourrai pas me rendre), sur la Toile, j'ai quand même beaucoup de chance!

En conclusion, j'ai la win virtuelle (et finalement c'est déjà beaucoup).

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