lundi 29 juin 2015

Pourquoi mon billet sur Trollope ne sera-t-il pas en ligne demain? (ou comment rater en beauté son mois anglais)

J'avais tout bien préparé depuis avril, lu des romans en avance, travaillé mon logo, pris des contacts, je m'étais faite remarquer sur le groupe FB. Le mois anglais, ça devait être mon mois, l'instant où mon blog redémarre, avec un billet par semaine et peut-être même 2 par dizaine de jours (un rythme de fou quoi).

Je sais, je sais, j'ai été trop ambitieuse. Déjà enfant, j'étais comme ça, je commandais des plats au restaurant que mon père devait finir par politesse pour le cuisinier (ça a duré jusqu'à mes 20 ans que l'Homme prenne la relève, résultat: à 50 ans, le paternel pesait ses 100 Kg -tout pile le double de sa fille capricieuse-, ce n'était pas si simple pour lui).

Bref, j'avais lu en mai le Fletcher (chouette), le Solomons (vraiment pas chouette) puis le McEwan (bof)  et il me restait tout juin pour lire Dr Thorne et rendre ma chronique le 30 pour la Lecture Commune. Mais c'était sans compter une avalanche d'obligations et d'imprévus qui allaient se mettre en travers de ma route, et me faire lamentablement échouer mon mois anglais.

Perditude quand tu nous tiens.

Je voudrais donc rendre hommage aux fournisseurs officiels de ce billet.

Mes filles d'abord que je remercie du fond du coeur. Car sans elle je n'aurais jamais gouté au burn-out social  (les relations humaines, comme la conduite automobile, me demandent un véritable effort, et là je suis au bord du surmenage).

Grâce à elles,  j'ai eu le droit aux kermesses et à la masse d'anniversaires divers et variés (comme quoi les mois d'août et septembre quand même, sont propices à la reproduction). Des anniversaires de tous les genres, du gros bourgeois qui propose une initiation tennis à des enfants de 8 ans, à des mères désespérées qui organisent chez Quick les 6 ans de leur bambin. A chaque fois il faut :
- penser au cadeau ("il est plutôt pirate ou chevalier Anatole?" "Il est Ninjago maman, voyons"),
- anticiper le trajet ("le GPS met que c'est à 20 mn, pourquoi a-t-on déjà 1 h de retard?" "Ils vont faire le gâteau sans moiiiiiiiii" sanglots sur la banquette arrière, culpabilité, panique)
- s'insérer dans une discussion avec (au choix) les voitures, le prix de l'immobilier, les pédiatres bien côtés, les activités ludiques, les méthodes de lecture (???????)...(parfois on se demande si on est un vrai parent normal quand même)
- attendre anxieuse la fin et le bilan implicite ("C'était un chouette anniversaire, merci " "oui Merci à vous d'être venues, mais dis donc elle a déjà un sacré caractère quand même ta fille"). 
Moment de solitude. Répétition du mantra de base "accepte ton enfant tel qu'il est".

Sans mes filles, il n'y aurait pas eu l'incontournable gala de danse, ni cette regrettable somnolence au milieu du spectacle. Rien, une ou deux minutes (et je vous jure que c'est la première fois que ça m'arrive, je suis archi fan de danse), une somnolence juste au moment du solo de Numérobis. Pour l'instant, elle l'ignore, mais déjà je me tricote le gilet de culpabilité pour deux minutes de somnolence. Et un jour, cela échappera à quelqu'un dans une conversation, et je sais que sa rancune sera éternelle (vous pensez que je suis une teigne, vous ne connaissez pas ma fille).

Je remercie aussi du fond du coeur le gang des mulots surdoués. Si c'est comme les humains, c'est moins de 1 pour 1000. Et chez qui ils sont allés ces génies ? Chez nous! Au troisième sans ascenseur. Des petits mulots qui mangent les appâts sans jamais se faire prendre, remarquablement intelligents, d'une rapidité étonnante, des mulots mignons, mais des mulots quand même. Et moi je n'aime pas les mulots, pas chez moi.

Avoir des mulots c'est rentrer chez soi en hurlant pour qu'ils aillent se cacher, c'est sursauter au moindre bruit, c'est en voir partout tout le temps, c'est avoir peur d'en trouver dans son lit, c'est guetter les plinthes, renoncer à ouvrir certains placards de la cuisine...avoir des mulots, c'est se dire que vraiment, non, on ne sera jamais une warrior (et que jamais on aurait tenté Koh Lanta).

Il y a donc eu l'épisode Rayures qui propose d'en domestiquer un ("Mais si Maman, il dormira avec moi, on sera bien, je suis allergique au chat, s'il te plait s'il te plait s'il te plait, je veux un animal). Vous me pensiez asociale, vous ne connaissez pas Rayures (ma fille, c'est moi en pire).

Une fois de plus, j'ai perdu tout sens de la dignité (je suis en train de faire la fortune des psy des années 2020-2030) j'ai menacé tout le monde de divorce et de suicide ( j'exagère à peine en fait), et l'Homme a passé une semaine à gérer l'affaire (et à se lever la nuit pour m'accompagner aux toilettes....shame on me). Mon Homme à moi est (entre autres choses) un redoutable chasseur, même avec des mulots surdoués.

J'ai intérêt à me mettre fissa à faire de trucs de bonne ménagère si je ne veux pas qu'il déguerpisse en courant  le jour de mes 40 ans (éventuellement, j'envisageais de m'acheter une centrale vapeur pour commencer...sinon je prends tous les conseils bien avisés pour garder un mari quand on est névrosée, capricieuse, phobique, têtue, rancunière, débordée et mal dégourdie....).

Je remercie ensuite chaleureusement Facebook et la blogosphère qui toujours me rappellent ma propension à m'exciter pour rien, à prendre des partis perdus d'avance, à défendre des trucs qui n'en ont pas besoin. Perdre le temps qu'on a pas, c'est un art, et j'ai la chance de le maîtriser.  S'il y a un sujet vérolé, il est pour moi. J'ai donc joyeusement relayé une énième polémique (je rappelle qu'une polémique c'est un sujet sur lequel personne n'est d'accord, ou chacun  se sent (au choix) "pointé du doigt" ou "très au dessus de cela", mais auquel tout le monde participe quand même, quitte à tâcler un peu tout en donnant des leçons à ceux qui ne seraient pas daccord) . Bref. La blogo quoi. Une fois encore, je n'ai pas su me taire. Il n'y a pas à tortiller, je ne serai jamais consensuelle.

C'est ainsi qu'à la question "Qu'est ce qu'un bon blog? " Je répondrai, ça n'existe pas sinon on serait tous journalistes ou écrivains (c'est bon, on se détend, c'est de l'humour, vive les blogueurs!!!!).

Enfin, je remercie du fond de mon coeur, la crève de juin. Oui ce virus que personne n'attrape, sauf au mois de novembre.

"Je ne tombe jamais malade, je ne peux pas être malade, pas maintenant" entre deux sanglots au téléphone avec ma mère-la-fée, qui me répond "Ne bouge pas, je t'apporte du Doliprane".

Serais-je vraiment la patronne de la perditude si je ne passais pas l'équinoxe clouée au lit avec une bonne fièvre? Aurais-je encore une légitimité à tenir mon blog si je n'étais pas aphone le premier jour de l'été? Ne perdrais-je pas un peu de moi si je ne vociférais pas par la fenêtre un 21 juin :"arrêtez votre bruit, y'en a qui sont malades punaise, un peu de respect". Vraiment non. Dans la vie, on ne se déclare pas looseuse, on l'est ou on ne l'est pas.

J'aurais aussi pu vous parler de la division de nombres décimaux, des compléments de noms (heureusement je paie l'étude le soir pour éviter d'aller trop dans le coeur du sujet), j'aurais pu vous parler de la famille qui débarque de Bretagne un dimanche soir à l'improviste dire bonjour (mais en fait c'est pour s'inviter à l'apéro alors qu'on travaille le lendemain), j'aurais pu vous parler des travaux du tram qui passera sous notre immeuble qui peut-être s'écroulera dans quelques mois, j'aurais pu évoquer une audition de violoncelle, la frénésie des bulletins scolaires....Mais ça serait un peu trop excessif.

Tout ça pour dire que j'ai lu seulement 150 pages des 760 du Dr Thorne, j'aime beaucoup, mais il faudra attendre un petit moment pour avoir un billet (et je sais que chacun retient son souffle, car le billet d'une blogueuse de seconde zone sur un auteur anglais connu que des spécialistes de la période victorienne, c'est quand même vendeur de chez vendeur- vous cherchiez le succès? Galéa vous donne la recette).

Jamais sans mon filtre
(devise du mois de juin)
Et vu que je vais enchaîner ensuite sur La Recherche  (j'ai toujours su que je l'attaquerai un jour, je crois que le moment est peut-être venu), ce blog risque de publier de moins en moins de billets littéraires et donc davantage de billets égocentriques, malhonnêtes et malveillants...car quoiqu'il en soit je garde un mauvais fond.

Voilà, j'ai bien raté mon mois anglais, sur mon propre blog d'abord mais aussi chez les autres, que j'ai à peine eu le temps de le suivre.

Mais on est le 29 et j'ai survécu à juin (et à la préparation de la pissaladière pour 25 personnes  pour les 9 ans de Rayures avec 39 de fièvre - je n'ai rien fait, mais je n'étais pas loin de la cuisine).

C'était Galéa la voix cassée, les yeux gonflés et le nez en chou-fleur, en direct de l'avant dernier jour du mois de juin.

Veni, Vidi, Vici
(oui je dégaine du lourd car je suis pour le maintien du latin au collège).

mercredi 24 juin 2015

Sur la plage de Chesil

Ian McEwan Sur la plage de Chesil (2007)
Folio, 2012, 178 p.
(oui c'est bien le fond de tasse d'un mug qu'on
voit imprimer sur la première de couverture. Vous
êtes prévenus: ne me prêtez jamais de livres)
Bon, je m'étais dit que ce serait une valeur sûre, qu'avec McEwan je n'avais aucune chance d'être déçue, en plus on m'avait dit que ce titre-là était sans doute son meilleur (quand je dis "on" c'est quelqu'un qui se reconnaîtra) , il y avait eu le clin d'oeil de ma libraire à la caisse "excellent choix vous allez vous régaler"

C'était sans compter l'immense perditude de mon mois de juin (je vous en reparle bientôt).

Sur la Plage de Chesil c'est l'histoire d'un très jeune couple, tout juste marié, qui s'apprête à vivre sa nuit de noce dans une chambre d'hôtel du bord de mer.

Voilà. J'ai tout dit.

Ah si pardon, ils sont vierges tous les deux. Lui il a faim qu'il n'en peut plus (si vous voyez ce que je veux dire), et Elle est très moyennement portée sur la chose.

Mon Dieu, je n'aime pas les huis-clos, je n'aime pas les histoires de couple, je ne crois pas qu'une nuit de noce (ratée ou réussie) soit un élément fondateur de ce que sera notre vie plus tard. Désolée je n'y crois pas du tout. En plus vraiment, je ne suis pas friande de ce genre de détails techniques. Elle m'a énervée la violoniste qui se croit frigide, il m'a gonflé le jeune puceau qui essaie de ne pas précipiter les choses. Je n'aime pas entrer dans cette intimité là, sauf quand McEwan en fait quelque chose de très émoustillant comme dans Expiation (magnifique scène de la bibliothèque). 

Ici ce n'est pas le cas.

Et surtout, surtout, j'ai attendu jusqu'à la dernière page le twist de McEwan, que j'étais habituée à retrouver, ou finalement la littérature triomphe de tout parce qu'elle a tous les droits. Où le vrai est faux, et le faux n'est que fiction, quand McEwan retourne son lecteur comme une crêpe. Rien du tout. (je n'en avais lu que deux de lui, je pensais qu'il faisait ce coup à chaque fois...et bien non).

C'est juste un livre déprimant sur (j'imagine) le sexe, l'amour, le désir, le destin, les divergences sociales etc....bref au secours.

Je vous le dis, ce mois de juin ne m'est pas hyper propice (j'ai du faire des trucs pas terribles terribles dans une autre vie en juin quand même).

C'était une lecture commune avec Aspho, ma grande prêtresse préférée à qui je souhaite que du bon pour les temps à venir.


Fournisseur officiel de ce billet: ma gentille libraire indépendante, dont je ne partage pas tous les goûts, mais à laquelle  je resterai fidèle quand même.

vendredi 19 juin 2015

La Galerie des maris disparus

Natasha Solomons, La Galerie des maris disparus
Calmann-Lévy, 2014, 348 p.
Et si je vous parlais d'une femme, Juliet, abandonnée par son mari qui disparait (of course...rapport au titre). Si je vous dis que c'est une femme juive, qui évolue dans une communauté où la femme n'existe pas sans son mari (à moins qu'il soit mort...bref il aurait mieux valu qu'elle soit veuve). Et si je vous promet que Juliet va aller au delà de cela et s'émanciper en tant que femme en créant sa propre galerie à Londres?

Tentant non ?

Alors sur le papier, franchement ça fait rêver : on nous promet de l'intrigue (mais pourquoi a-t-il donc disparu dis donc ?) , du destin de femme qui sort du carcan de la communauté, la saveur des années 60 (et d'un certain accès à la liberté), de la description d'une société juive repliée sur elle-même,  tout cela mêlé de peinture, de galerie, de peintres maudits...

On se dit "oh punaise, le bon moment que je vais passer, surtout après le Manoir qui m'avait enchantée".

La je dis: "doucement Galéa, attention".

Car hormis la description de la communauté juive orthodoxe (drôle, tendre, piquante et bien menée), tout le reste est absolument raté.

Le personnage de Juliet déjà, auquel on ne s'attache pas deux minutes (comment apprécier quelqu'un qui collectionne des portraits d'elle-même ? je pose la question). Elle n'est pas drôle, n'a aucune consistance, et manque autant de faille que d'aspérité, elle est assez ennuyeuse, en tant que mère c'est un peu difficile de s'y identifier, en tant que femme elle est bizarre, en tant que fille, éventuellement, on aurait quelque chose à sauver....peut-être...

L'histoire ensuite qui ne tient pas tellement debout. Il y a plus ou moins la quête du mari disparu ...enfin plutôt moins en fait, avec un roadtrip américain globalement sans intérêt, on ne sait pas bien où ça va nous mener (réponse : à une révélation assez molle).

La veine "romance" est assez pathétique aussi, autant Elise dans le Manoir avait quelque chose d'assez sensuel avec le père et le fils, autant là franchement, le Max, (peintre maudit et ermite qui ne s'est jamais remis de la guerre, parce que la guerre c'est dur, des gens meurent) dont Juliette est amoureuse,  ne fait fantasmer personne.

L'histoire de la peinture enfin, qui aurait du fournir une toile de fond convenable (jeu de mots!!!)  ne présente qu'un intérêt assez limité. La description des toiles (dont Juliette est l'éternel sujet) n'est pas à proprement parler très intéressante, ni très ludique. Hormis le suicide d'un peintre figuratif qui est plutôt bien trouvé, tout le reste m'a profondément ennuyée (les peintres, les galeries, les soirées dans un manoir).

Quant à la mention spéciale en fin d'ouvrage, intitulé Note de l'auteur,  sur la grand-mère du mari de Solomons, dont elle se serait inspirée, avec la petite anecdote du couple avant son mariage (je jure sur l'honneur que c'est vrai)  bon franchement, c'est simple, ça fait de la peine.

Voilà, on peut réussir un roman, et même deux,  et en rater complètement un troisième. 

Où alors, la pauvre Natasha a du répondre à une commande de son éditeur, où bien elle avait sa toiture à refaire, où (dernière possibilité) elle s'être prendre son identité par quelqu'un qui la déteste...

Sinon, c'est officiel Natasha Solomons est une romancière inégale qui est capable de faire de la soupe.

C'était une lecture commune avec Hélène (qui a tiré le bon lot avec Jack) et Fleur (qui partage ma déception).

Fournisseur officiel de ce roman : Aifelle, la merveilleuse, qui a toujours une petite attention pour ses amies virtuelles, et qui me gâte plus souvent qu'à mon tour. J'espère qu'elle me pardonnera ce billet un peu sévère.

lundi 15 juin 2015

Orange : photo du mois # 6

Ce mois-ci le thème de la photo du mois, c'est Orange, choisi par Xoliv'. Je dois dire que je m'attache de plus en plus à ce rendez-vous photo, qui a le mérite d'être mensuel (donc tenable), et de me forcer à avoir un autre regard sur les choses pendant quelques semaines. Depuis le 15 mai, j'ai donc un regard "compatiblorange" sur ce qui m'entoure, sachant que je déteste cette couleur, mais que je voulais quand même une jolie photo (enfin selon mes critères bien sûr).

Et c'est toujours pareil, on sait bien qu'on a 4 semaines pour penser au thème, et puis le week-end qui le précède, on n'a toujours rien. Rien de rien.  J'ai bien pensé à Guillaume (surtout après le Fletcher), mais bon je n'avais pas de gravure à portée de main et je ne suis pas certaine que la référence aurait été évidente, le coup de l'orange ou de l'oranger aurait nécessité un peu d'originalité pour ne pas être trop convenu, l'abricot me paraissait mesquin comme solution de repli, le coucher de soleil était interdit, je n'aime pas le feux de signalisation, aucun Zulma de ma bibliothèque n'est dans ces teintes.

J'avais donc décidé de vous parler des tuiles des toits du Sud, de ce orange aérien et mélangé qui sent l'Italie (surtout pour moi pour qui l'ardoise reste l'ultra référence en matière de toiture). J'avais réfléchi à plein de possibilités, avec ou sans clocher, sous un ciel d'orage, grand soleil ou feuilles de palmier.

Et puis voilà, au détour d'une rue,  on tombe là dessus, en temps normal mon tempérament joyeux m'aurait fait dire "il faut oser quand même se lancer dans une façade aussi tranchée". Mais là je cherchais du orange qui soit joli et qui m'évoque quelque chose,  un orange sans ambiguité, qui ne tire pas au ocre, au jaune, au saumon ou au rosé, un orange qui pique.

Un orange qui me rappelle combien l'architecture de la Belle Epoque ne sera jamais égalée dans mon coeur,  un orange qui est venu à moi sans que je n'ai rien besoin de faire finalement.


Allons voir comment mes petits collègues envisagent le orange.

KK-huète En Bretannie, Renepaulhenry, Calamonique, Dame Skarlette, Galéa, Loulou, Estelle, Lavandine, Philisine Cave, Pilisi, princesse Emalia, Luckasetmoi, Fanfan Raccoon, Giselle 43, Frédéric, Chat bleu, Testinaute, Sinuaisons, Dom-Aufildesvues, Thalie, Cocazzz, Krn, Eva INside-EXpat, Josette, Nanouk, La Fille de l'Air, François le Niçois, Iris, Utopique-Lily, Christophe, J'habite à Waterford, Lecturissime, A chaque jour sa photo, Lau* des montagnes, Lavandine83, A'icha, My Little Reflex, Autour de Cia, Guillaume, Sandrine, Blogoth67, MauriceMonAmour, BiGBuGS, Rosa, Loqman, Josiane, Les Filles du Web, Tambour Major, Blue Edel, ratonreal, Morgane Byloos Photography, Isaquarel, Les bonheurs d'Anne & Alex, Arwen, Alexinparis, Koalisa, Julia, Laurent Nicolas, Céline in Paris, Amy, Voyager en photo, Xelou, Pixeline, Akaieric, Champagne, Homeos-tasie, Laulinea, Canaghanette, DelphineF, El Padawan, Milla la galerie, Cara, Xoliv', Alban, Gilsoub, MyLittleRoad, magda627, Woocares, Noz & 'Lo, Philae, Dr. CaSo, Aude, MissCarole, Tuxana, Rythme Indigo, Mamysoren, Lyonelk, Nicky.

samedi 13 juin 2015

Pourquoi la série Dowton Abbey devrait-elle être remboursée par la Sécu.

Comment faire un mois anglais sans parler de Downton Abbey ?

Le château au fond , la famille Crowley à droite, les domestiques à gauche.
C'est tout bonnement impossible, c'est pourquoi aujourd'hui, je dégaine l'article de fond (Bernard de La Villardière n'a qu'à bien se tenir) et je pose LA question qui brûle à Marie-Sol Touraine notre ministre de la santé: Pourquoi la série Downton Abbey n'est-elle pas prise en charge par la Sécurité Sociale?

Car oui Downton Abbey devrait être reconnu d'utilité publique, et en voici les 5 raisons essentielles (en direct de mon canapé devant mon lecteur de DVD, Galéa reporter de l'extrême: pour vous servir)

Raison 1: l'indéniable effet anti-dépresseur

Qu'y a-t-il de plus efficace que Dowton Abbey quand on a eu une semaine pourrie, une déception sentimentale, une dispute sans retour avec une amie chère, quand on a eu la lâcheté de dire oui à la vendeuse de Sephora,  quand on a eu la faiblesse de visionner un reportage de chez M6 sur la drogue, la prostitution et tous ces restaurants qui arnaquent le client?

Je pose la question : qu'y a-t-il de plus efficace qu'un épisode de Dowton Abbey?  Hormis une énorme cuite, 2 Lexomyl ou 400g de chocolats industriels, la réponse est : RIEN.

Les Anglais tapent direct dans le costume, le château, le domaine. Nous, en France, le seul château célèbre qui ait fait l'objet d'un suivi attentif du public c'est celui de Dammarie les Lys pour les Star Ac' (dont le même registre de langue n'est pas exactement le même que celui de Dowton Abbey).

Lady Grantham, Lord Grantham,
Lady Edith, Lady Sybil et Lady Mary
Soyons clairs, dans tous ces cas de figure de perditude, déprime, grosse gaffe, faillite, rupture, Downton Abbey est LA solution. Une étude scientifique sérieuse (réalisée par le CFR l'an dernier) a montré que de se plonger dans l'Angleterre des années 1920 et de suivre la chiquissime famille Crowley, avec à sa tête l'emblématique comte de Grantham entouré de sa mère, sa femme et ses trois filles, diminuait le taux de dépression, permettait de mieux dormir et améliorait la qualité des relations sociales et professionnelles.

Cette même étude atteste que c'est particulièrement efficace le dimanche soir, surtout quand il pleut. On a d'ailleurs remarqué que certaines passages concernant  la vie et les amours des domestiques rendaient le sourire aux plus sombres d'entre nous (le désormais célèbre dialogue entre la gouvernante et le majordome à la fin de la saison 5 a sauvé récemment deux personnes du suicide).

Et surtout qu'y-a-t-il plus rassurant que de constater que dans la vie personne n'est noir ou blanc?

Raison n°2: l'effet d'identification à l'aristocratie (excellent pour soigner les blessures d'égo, selon le Pr. Dranem, ancien interne des hôpitaux de Marseille)

Mrs Patmor
Et pour cela les filles Crowley restent quand même des valeurs sûres. A part Lady Sybil (bouhhhhhhhhh la plus belle, la plus franche, la plus altruiste de toutes.... ), aucun personnage n'a le coeur vraiment pur, et du coup ça laisse à la téléspectatrice un boulevard de possibilités pour savoir à laquelle s'attachera-t-elle.

Mr Carson, Mrs Hugues, Miss O'Brien
 De Lady Mary (vénale mais sensible) à Lady Edith (envieuse mais avant-gardiste) en passant par Cora (l'Américaine devenue comtesse et dont la beauté se fane avec bienveillance), on a un peu toutes les figures possibles et inimaginable sur toutes les classes sociales. Si l'on préfère moins de chichi, de rubans et de protocole, il y a aussi la bouillonnante et généreuse cuisinière Mrs Patmor, ou bien la loyale et rigide gouvernante Mrs Hugues. Et si vraiment on veut de l'amour et du drame, il y aura toujours Anna, une femme de chambre indéfectiblement amoureuse de son valet de mari et intrinsèquement attachée aux ladies de la maison. Mais quand on veut de la nuance de gris, il y aura encore la comploteuse au grand coeur (si si) Miss O'Brien. Et pour celles qui auraient un petit complexe intellectuel (genre celles qui se sont toujours vues comme la nouille de la famille) pas de panique, il y a Daisy, l'aide cuisinière,  qu'on croit un peu simplette alors que non, pas tant que ça (mais il faut attendre la saison 5)...

Evidemment pour n'importe qui d'à peu près mon âge, l'idole entre toutes est  l'incomparable Lady Violet, de très loin la figure la plus moderne, la plus digne, la plus lucide et la plus drôle de la série. 

Matthiew Crowley
Mais dans Dowton, il y a de l'Homme, du vrai. Bien sûr, il y a le comte de Grantham qui nous offrira un personnage paternaliste, bienveillant, réactionnaire mais rassurant, j'ai envie de dire de la valeur sûre dans le style.  Mais bien sûr, il faut un beau gosse, le héros gagné au mérite, j'ai nommé Matthew (qui perso me laisse froide par tant de perfection et à cause d'une couleur de cheveux totalement improbable qui semble être subventionnée par Gifrer).  Mais, il reste le futur lord Grantham (enfin je me comprends parce que bon...paie ta fin de saison 4..oh my god), amoureux de Lady Mary, héros de guerre, qui cumule à peu près toutes les qualités du gendre idéal (donc globalement ce qui me fait fuir).

Mr & Mrs Bates
Avec Mr Bates, la valet de pied sombre mais droit, on aura enfin l'exemple du type estropié, au physique moyennement avenant,  mais qui fait tomber les coeurs (il n'y a que les Anglais qui peuvent se permettre ça quand même, depuis Charles et Diana), et dont on suppose qu'il aurait des ressources moyennement légales, si vraiment on le cherchait trop (mes origines populaires me le font apprécier avec une grande tendresse). Avec le valet Thomas par contre, on découvrira comment quelqu'un qui a souffert plus que de raison peut devenir fondamentalement tordu (et ça nous permettra de se souvenir qu'il y a 100 ans, dans des pays dits civilisés, l'homosexualité était non seulement un crime mais une pathologie qu'il fallait soigner, et peu d'entr'eux sortait indemne  de ce joug social). Avec Mr Carson, nous retrouverons The majordome emblématique , l'âme du château, le gardien de la demeure et du protocole.

Lady Sybil et Tom son mari (quand il était encore mince)
(Tom, si tu reviens j'annule tout
Oh ça va je rigole....)

Je ne peux pas ne pas parler de Tom et ses yeux bleus (avant sa légère prise de poids de la saison 4, marque ultime de son embrigadement dans la classe dominante). Tom, Irlandais, socialiste, chauffeur de la famille Grantham qui épouse Lady Sybil, et qui est le seul vrai personnage qui évolue de manière remarquable sur 5 saisons et qui dit à tous les spectateurs :
"I don't believe in types, I believe in people" 
(je ne vous ferai pas l'offense d'une traduction, à partir du moment où je comprends, je considère que le sens est à la portée de tous).

S'il se surveillait un petit peu plus et perdait cet embonpoint gênant pour une type qui travaille sur la lutte des classes, je dirai qu'il est de loin mon absolu chouchou, le personnage entre deux mondes, entre deux époques, en deux pays, et son comportement est une leçon de loyauté pour nous tous (je suis extrêmement sérieuse).

Raison 3: le souci du détail et le sens de l'auto-dérision (un aspect qui aidera grandement les fouineurs psychorigides et tous ceux qui manquent de recul sur eux-mêmes )

Car dans Downton, tous les personnages, les décors, les répliques sont remarquablement travaillés, les dialogues sont d'une grande intelligence. Rien est laissé au hasard, en série Tv comme en Marine et navigation, les Anglais travaillent tous les paramètres et ne laissent rien au hasard (pas souci de loyauté patriotique, je ne me prononcerai pas sur la comparaison avec nos séries françaises).

Mrs Levinson et Lady Violet
dans l'une de leur nombreuses joutes verbales
Mais surtout, dans Dowton, les Anglais se regardent droit dans les yeux, et se servent d'une certaine Mrs Levinson, américaine et mère de Lady Grantham, pour se moquer d'eux-mêmes. A chaque saison les dialogues entre les deux belle-mères que sont lady Violet et Mrs Levinson sont absolument délicieux, parce qu'ils parlent de la tradition, de la modernité, d'un monde qui change et qui société qui mute....et on sent bien que les Anglais sont critiques sur eux-mêmes (peu de nations peuvent en dire autant). L'auto-dérision étant pour moi la marque ultime du savoir-vivre , je plébiscite totalement les saillies de Mrs Levinson.

Raison 4: le règne de l'élégance (extrêmement important pour ceux qui sature du bling-bling, des motifs léopards, des gens qui parlent fort dans la rue, des sonneries de portable agressives). 

On a trop souvent tendance à l'oublier, l'élégance, ça fait tout passer : la boucherie de la première guerre mondiale, une femme qui meurt en couche, des mois d'emprisonnement, une femme abandonnée au pied de l'hôtel, un viol, un accident de voiture, une fausse couche, une bonne qui fait le trottoir, des russes qui meurent de faim, une société fondamentalement antisémites, un meurtre, une mort inavouable, des traitrises, des problèmes d'argent, des adultères.

L'élégance c'est ce qui maintient le monde supportable quand la situation ne l'est pas. C'est de mon point de vue ce que les britanniques auront toujours comme avantage sur nous. Dans Downton même pour se dire des choses affreuses, les femmes sont corsetés, le cheveux propres et coiffés, et avec un vocabulaire convenable. Et ça , c'est totalement rebelle à l'époque de la téléréalité, des politiciens qui jurent, des personnages publiques qui jouent à qui sera le plus déglingos.

Raison 5: Downton Abbey est moderne. 

Downton Abbey, c'est la série de la modernité (et c'est ça qui est fort quand même pour un film en costume) car c'est l'histoire d'une société qui change parce que le monde change. Dans Downton Abbey on rentre dans la période qui précède la plus grande crise économique du XXè siècle, le crash de 29, cet événement historique et sans précédent qui a secoué toutes la planète, qui a redistribué l'ordre social du monde, qui a donné le pire et le meilleur...Downton, c'est un regard sur un monde qui change fondamentalement, dont chacun essaie de sauver ce qu'il pense être acquis, quand les plus conservateurs comprennent qu'il faut sortir d'un certain entre-soi pour rester dans la course.... 

Il est possible qu'on ait beaucoup à réfléchir là-dessus, car sans doute vivons-nous aussi une période de grande mutation aussi. 

Alors chère Marie-Sol, soyez un ministre responsable, et rendez Downton Abbey accessible à tous.


De mon point de vue, la prescription de base consisterait en cures régulières (de 2 épisodes par soir pendant 15 jours) avec un traitement de fond (le visionnage d'une saison par an plus un suivi sur IG me paraît suffisant).

Luttons contre la dépression, la vulgarité et la sinistrose ambiante.
Militons pour la généralisation de Downton Abbey (au delà de TMC).

C'est ma troisième participation au mois anglais (certes totalement foutraque mais j'ai de bonnes raisons de partir dans tous les sens) et c'est un billet commun avec my dear Tiphanie et Natiora.



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