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vendredi 10 janvier 2014

Tout ce que je suis

Anna Funder, Tout ce que je suis
Editions Heloïse D'Ormesson, 2013, 492 p.
Avant de vous parler de Tout ce que je suis d'Anna Funder, il faut que vous sachiez que nous sommes peu à l'avoir aimé (trois à ma connaissance), que In Cold blog a été tellement déçu qu'il n'en a même pas fait de billet, et que je suis convaincue, depuis l'âge de 14 ans, d'avoir vécu la Seconde Guerre Mondiale dans une vie antérieure et d'y avoir beaucoup souffert (peut-être même que j'y suis morte).

Donc j'ai été emballée par la démarche d’Anna Funder. Quelle belle idée de lever un coin de rideau de l’histoire et de rendre justice aux Allemands qui, avant 1939, ont été victimes du nazisme, et d’une certaine manière, le brouillon des méthodes à venir.

Théoriquement, on ne peut qu’être séduit par ce roman à deux voix qui raconte une période disparue.  Un homme à New York et une femme en Australie, tous les deux au crépuscule de leur vie, expatriés et aux antipodes, qui tentent de se souvenir, de recoller les pièces d’un puzzle et d’une personne disparue: Dora. 

Ces narrateurs, Ruth et Toller, sont de beaux personnages, bien campés, leur récit  a de la force et du désespoir. Le personnage de Hans, que l’on croit secondaire mais qui ne l’est pas du tout, est une totale réussite. Il permet d’avoir une idée de ce qu’est la peur, la panique de sentir une situation sans issue, et ce que cela peut faire entraîner même chez des gens de bonne volonté. 

La description de la vie des exilés allemands en Europe, à une époque où le pacifisme était de mise, où lutter contre Hitler ressemblait à de l’agitation politique, est vraiment poignante et a postériori, accablante. J’ai trouvé la montée dramatique très réussie, la peinture de l’époque crédible. J’ai été bouleversée de voir que cela a été inspiré d’une histoire vraie. 

La peinture de cette Allemagne qui se précipite dans la Seconde Guerre Mondiale, qui met en place sa Machine de guerre devant une Europe qui ferme les yeux, est très bien retranscrite (de ce que je me souviens de ma vie antérieure - humour- ). L’épisode de l’incendie du Reichstag est particulièrement terrifiant. L’élimination progressive des opposants préfigure ce que deviendra l’Europe 10 ans plus tard. 

Bon, certains y ont vu quelques longueurs. 

Après, on ne va pas se mentir, il a manqué quelque chose à ce livre pour qu’il soit vraiment réussi. Peut-être est-ce dû à la traduction, mais on peut regretter une certaine mollesse, une absence d’énergie, et la fin est sans doute un peu trop bavarde. 

Surtout, il y a un problème sur l’un des personnages principaux : Dora. Pourtant punaise, avec un prénom pareil, la modianette que je suis était pleine d'espoir. Dora est d’une certaine manière la clef, et même l'épicentre de ce roman historique. Elle est décrite par Toller (son amant) et Ruth (sa cousine presque sœur), mais l’un et l’autre semblent garder une distance. 

Dora incarne la figure de la résistance, une femme qui peut mourir pour des idées, une femme libre, inflexible, à la fois extrêmement sensuelle et débarrassée des convenances féminines. Et là quelque chose ne prend pas. Difficile de savoir quoi. Est-ce mon girl-power inexistant ou bien les répétitions sur le fait qu’elles se rongent les ongles ou que son chemisier est à l’envers ? Dora reste insaisissable et cela nuit au livre (pas insaisissable comme Dora Bruder, plutôt insaisissable parce qu'on n'a pas envie de la saisir). Le lecteur ne craint pas pour elle, ne s’y attache pas, ne s’attarde pas. Elle devrait être au centre et reste à la périphérie. 

C’est probablement voulu par Anna Funder, mais cela empêche de rentrer complètement dans ce livre, pour lequel je conserve néanmoins une grande tendresse. 


Par soucis d'honnêteté (qualité qui me caractérise entre toutes), je vous mets les liens de mes copines (oui, elles le sont encore bien que je me sente de plus en plus le vilain petit canard des jurées Elle): Coralie qui ne l'a pas trouvé abouti,  Valérie qui a été déçue, Enna qui l'a abandonné, Eva qui s'est ennuyée, Mior qui l'a trouvé très mauvais, seule Fleur et Mathilde ont eu un sentiment proche du mien...

Terminons par ma référence mensuelle à présent: "Ne pensez pas au pire, reléguez-le plutôt hors de votre esprit." (p.113)
Ok, je vais faire ça alors....(ce type ignore tout de ce que j'ai vécu dans les années 1940)

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