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mercredi 19 février 2014

Retour à Killybegs


La vraie star des jurées Elle, c'est Chalandon.

Il n'y a pas qu'en Bretagne qu'on trouve un gang de Chalandettes (c'est Gwen qui l'a dit la première), il y a aussi chez nous des fans, des vraies dont une sorjette qui l'appelle par son prénom et qui se souvient encore des discussions qu'elle eut avec lui. C'est à tel point qu'il nous a fait une dédicace commune, via une jurée que nous appellerons Martine.


Bref, il fallait bien que je m'y frotte, et c'est ma swapeuse favorite qui me l'a offert ce Retour à Killybegs...

Et finalement ....Il suffit juste d'un peu de poussière dans l'oeil pour trahir une cause. 

C'est ce qui arrive à Tyrone Meehan, un jour d'échauffourée entre l'IRA et les Loyalistes. Convaincu dès l'origine, héros irlandais par circonstance et traître par obligation, Tyrone Meehan, revient au crépuscule de la sa vie sur son parcours de soldat de l'IRA. Retour à Killybegs raconte finalement le cheminement long et douloureux d'un imposteur malgré lui.
Sorj Chalandon, Retour à Killybegs
Le Livre de Poche, 2012, 332 p.

Parce qu'il a mal vu le déroulé d'un échange de tirs, il abat, par erreur, l'un des siens et préfère pactiser avec l'ennemi, qui lui fait du chantage, plutôt que d'avouer à ses camarades de combat sa terrible méprise. Il est fort Chalandon parce qu'il échappe à tout manichéisme, caricature ou autres poncifs glorieux des camps adverses.

Je suis d'ailleurs stupéfaite qu'il ait autant de lectrices dans ses lecteurs (comme quoi!!!). Parce que j'ai eu l'impression de lire un roman d'hommes: du sang, du combat, de l'alcool, de la haine, des idéaux radicaux, des emprisonnements hideux, la misère, la crasse, le sale, le sacrifice de soi pour une cause collective, le vain...Tout cela devrait être glauque et c'est poétique. Il est là le talent de Chalandon, il rend noble ce qui ne l'est pas (la scène de résistance  anti-hygiénique en prison est ahurissante).

Il est fort Sorj parce que dans sa traîtrise, le narrateur deviendrait presque un partisan de la paix. Livrer des informations au camp britannique, c'est aussi un moyen d'expliquer un combat, de plaider une cause, de donner des clefs de compréhension de l'identité irlandaise. Est ce que trahir ce n'est pas aussi permettre à deux camps de se pardonner...ou du moins de se comprendre? J'ai eu le sentiment qu'il y avait cette question dans le livre.

Et puis, quand tout se termine, quand tout s'apaise, le piège se referme sur Tyrone, avec beaucoup de violence et une beauté brutale. Il avait juste suffi d'un peu de poudre et de fumée devant les yeux.

J'attends d'en lire d'autres pour me déclarer officiellement Chalandette, mais entre Sorj et moi, autant le dire, ça s'annonce plutôt pas mal...

Participation au challenge d'Aspho pour le roman de l'Académie française 2011



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