jeudi 31 juillet 2014

Le point loose- juillet 2014

Ni juilletistes, ni aoûtiens, ni touristes, ni vrais vacanciers, cette semaine au coeur des vacances scolaires était pour nous. Parce qu'elle est bâtarde et parce que elle promet d'avoir été la plus moche de l'été.


Mais, optimistes, nous avons quand même décidé de quitter la côte pour passer des demi-vacances (tout est dans le demi), réfugiés chez un vieux motard retraité, asocial et misanthrope (mon père). Je m'en vais toujours plein d'optimisme sur ma frontière montagnarde où le réseau est alternatif, le temps capricieux et la densité humaine particulièrement faible.  Et cette fois, j'ai eu tort. Après 4 jours de pluie, de grêle, de balades où on revenait trempés et de feu dans la cheminée, je me suis dit: le point loose, c'est maintenant ou jamais.


Parce qu'aujourd'hui, le soleil est revenu (normal on s'en va demain).

En ce mois de juillet finissant, que vous dire de palpitant?

Rien.

Qu'en est-il de ma loose?

J'ai créé la confédération des blogo-loosers  (au lieu de travailler. Et c'est mal). Confédération dont je m'auto-proclame la présidente (j'ai besoin de reconnaissance en ce moment, depuis la 6ème où j'ai été , suite à un malentendu malheureux, déléguée de classe, je n'ai jamais eu la chance d'avoir de poste à responsabilité).

Mais, voilà, comment savoir si vraiment on est un blogo-looser?

Bien sûr le syndrome Guivarc'h reste une valeur sûre, mais tout le monde n'a pas la chance d'avoir raté, plusieurs fois de suite, un truc inratable. Nous sommes une poignée d'élus, mais vu que nous ne sommes pas sectaires, j'ai élargi les critères. 

1. Les caractéristiques de base que je vous livre en vrac pour donner la couleur.

Vous êtes hypocondriaques, vous attrapez la grippe au moins de juillet, vous oubliez les bougies à l'anniversaire de votre fille, vous noyez votre portable sous la pluie en août, vous vous sentez un extra-terrestre avec les autres parents d'élèves, vous ne savez pas dire non aux gens qui abusent (généralement amis proches), votre fille tombe avec la pire instit' de CM1 et avec tous les boulets de l'école, vous avez laissé le chargeur de portable (oui votre troisième main) chez vous avant de prendre la route des vacances, vous oubliez régulièrement vos codes d'accès du blog et de sites de vente en ligne, vous découvrez que vous avez le vertige à 35 ans (en plus du mal des transport, et de diverses phobies qui font de vous un boulet). Vous pensez donner un prénom pas trop répandu à vos enfants, et vous découvrez 5 ans après, qu'il était parmi les plus donnés leur année de naissance. 


2. Voir le verre à moitié vide est également un symptôme répandu.

Exemple; vous fêtez votre anniversaire de mariage, heureux et surpris d'être arrivés jusque là, surtout avec le patrimoine génétique que vous vous traînez. C'est vrai quoi, personne n'aurait parié sur vous à la base. Bref moment de contentement. Et Bam : vous tentez l'album photo (pour le fun, pour les enfants, pour la nostalgie). Et là, c'est le drame: car vous avez reçu de chez reçu (spécial dédicace à ma libraire qui m'a appris ce terme). Moins jeunes, moins beaux, moins bronzés, moins cool. Où comment se fracasser le moral un jour d'anniversaire de mariage. Il ne manque plus que cette merveilleuse phrase "tu sais maman, c'est pas grave  si vous êtes vieux". 

3. Etre optimiste à mauvaise escient est également une caractéristique du blogo-looser.

Exemple: on vous annonce de la pluie, une semaine pourrie, un temps mitigé? Vous comptez sur votre bonne étoile (vous qui êtes pourtant sûr que la poisse vous poursuit habituellement, mais là, je ne sais pas, disons une intuition vous a fait douter), et vous partez sans pull, sans bottes, sans cirés. Erreur. Pour une fois la météo tombe juste. Une semaine à claquer des dents, voire à attraper une pneumonie en plein été, avec une panne de réseau due à un orage énorme qui empêche toute connexion avec la blogo, pas de doute, c'est de la loose. 

4. Gérer son blog aussi efficacement que ses semaines est aussi significatif.

Vous arrivez souvent en retard à l'école et aux différentes activités? Vous ratez le mot de la directrice dans le cahier de texte? Vous faites toujours votre déclaration d'impôts au dernier moment et vous la postez toujours trop tard? C'est bien. Mais vous serez un vrai blogo-loosers si vous avez aussi 80 commentaires de blog en souffrance, des billets en retard et des livres oubliés avant d'être chroniqués

5. Aimer virtuellement des gens qui ne vous ressemblent pas.

Vous avez offert votre auteur préféré à des dizaines de personnes différentes? Aucune ne l'a aimé? Le pire c'est qu'ils ont essayé, et vous annoncent, un peu gênés, un peu tristes "je ne suis pas trop rentré dans l'histoire, pardon hein, c'est un peu...enfin tu vois je n'ai pas détesté..mais bon...enfin" là , plus un doute, vous êtes un blogo-looser!

Mais finalement, peut-être qu'un blogo-looser ne cherche pas des gens qui lui ressemblent, sans doute qu'on n'a pas besoin de partager les mêmes gouts et points de vue pour aimer quelqu'un, et j'ai même envie de dire que c'est pour ça qu'on blogue. Alors même si je pense tous les mots que j'ai dit à Yvonne au téléphone il y a 15 jours, même si je ne retire rien sur le fait que je pense que la blogo littéraire se vérole, je n'ai voulu faire de peine à personne et ça ne m'empêche pas d'en aimer beaucoup qui étaient pourtant clairement visés par ce billet.


En tant que présidente de la confédération des blogo-loosers, je proclame qu'il n'est pas utile d'avoir tous la même vision du monde pour tenir les uns aux autres. Ma pause blogosphérique m'aura fait comprendre cela, tant qu'il y a un peu de respect et d'honnêteté et tant qu'on évite le mépris et le mensonge, je crois qu'on peut tout accepter de ses amis d'ici et d'ailleurs.


Allez je file. Faire les valises est pour moi un challenge risqué que je ne réussis pas à chaque fois. Je reviens bientôt, avec Bussi, Lemaître, Lorrain, Grémillon...et le non challenge...

Pour les illustrations, c'était Boucle d'or 5 ans, pour qui rien n'est impossible, et surtout pas un ballet classique sur un rocher au dessus d'un lac à 2000 m d'altitude (elle s'est fracassée le genoux juste après et a jeté à l'eau ses chips de colère).

samedi 19 juillet 2014

La petite communiste qui ne souriait jamais

Lola Lafon,
La Petite communiste qui ne souriait jamais
Actes Sud, 2014, 315 p.
Ce livre j'aurais aimé l'adorer.

Parce qu'il m'a été offert par une toute jeune blogueuse pour qui c'est le coup de coeur, parce qu'il a enthousiasmé plus d'un lecteur, et que Fleur en a fait une pépite...bref, j'aurais aimé être au rendez-vous.

Et puis non, je suis passée à côté.

Pourtant les sportifs me font rêver, les enfants géniaux aussi, j'adore la gymnastique (que j'ai pratiquée), mon cousin (celui qui prend à la belote sans le 34) a épousé une Roumaine de Bucarest. Le pire c'est qu'elle écrit bien Lola Lafon...alors je ne sais pas ce qui s'est passé.

Est-ce que c'est parce que Nadia Comaneci avait déjà passé son heure de gloire la première fois que je me suis brulée la cuisse sur une poutre, ou raté mon piston sur les barres?  Ce ne peut pas être la seule raison. En plus, ça démarrait bien pour moi, j'ai adoré la première scène, celle du 1,00, qui est absolument géniale. "La gamine a défait l'ordinateur" (p.16).

Peut-être que c'est le postulat de départ qui m'a gênée: la fascination totale pour une championne, une toute petite fille volontaire et dure comme l'acier. Peut-être que ça me gêne qu'on qu'on décortique son corps, ses cernes, l'angle de ses cuisses, sa puberté... ça m'a fait presque mal qu'on l'observe à ce point. 

Peut-être aussi que faire parler fictivement quelqu'un qui vit encore, ça me dérange. Qu'une Nadia de fiction vienne donner son point de vue, ça me heurte quand la Nadia réelle vit encore.

A moins que ce soit le titre. Parce que dire qu'elle ne souriait jamais, JAMAIS, ça me fiche le moral en l'air. Un enfant normal qui se concentre ne sourit pas, alors un génie de l'équilibre, on imagine bien que c'est encore pire. Ca me blesse plus que je ne le pensais au départ, et plus les jours passent, plus je retins cela: ce titre qui nie la part d'enfance de Nadia. 

J'ai bien compris que Lola Lafon en fait un emblème communiste et nous parle aussi d'une gymnaste dans un moment particulier de la vie de son pays, une sorte d'instrument politique (presque plus contre l'URSS que contre l'Occident d'ailleurs). Et tout ça je l'ai apprécié. Et puis, j'ai aimé le personnage de l'entraîneur, j'ai aimé découvrir comment on apprend à des enfants à ne pas avoir peur, à ne pas penser à la chute.

J'ai aimé le passage ou Nadia répond (pour de faux) à Lola Lafon qu'elle a préféré une enfance dure mais exceptionnelle à une vie banale. Mais que sait-on de ce qu'a voulu une gamine de 8 ans dans un régime totalitaire?

Le mélange des genres me retourne moi: enfance, politique, représentation du corps, culte de la performance, totalitarisme....parce que je suis psychorigide, j'ai du mal à tout prendre. Tout comme je suis passée à côté des réflexions fictives de Nadia sur le régime de Caeaucescu vs/ libéralisme de l'Ouest. Oui c'est vrai que l'économie de marché à ses diktats, c'est vrai que le monde c'est un peu plus compliqué que les gentils d'un côté et les méchants de l'autre...mais quand même. Disons que je souscris à tout ce qu'elle dit sur la surconsommation, à la manipulation des marques, oui, trois fois oui....mais ça m'ennuie qu'elle prenne Ceausescu en contrepoids.  Les Roumains que je connais baissent encore la voix quand on l'évoque, alors je peine.

Comme je peine sur la seconde moitié du livre, avec l'adolescence et la vie d'adulte de Nadia, ce que Lola Lafon sous-entend des choix de la gymnaste, de ses fréquentations ou de la crudité de certaines de ses expériences.

Je ne sais pas, un vague malaise. J'ai le sentiment qu'on a volé quelque chose à quelqu'un à qui on a déjà beaucoup pris.

Et pour le coup, je ne m'en prends qu'à moi, car je crois qu'il a été très bien accueilli ce roman, sans doute que les raisons qui m'empêchent de l'aimer ne sont pas d'ordre littéraire, et sans doute ne l'ai-je pas lu au bon moment non plus.

Mea culpa Pauma donc ....;-)

samedi 12 juillet 2014

Anti-manuel pour le blogueur littéraire débutant.

Une amie à moi, 35 ans, mère de famille, ancienne prof,  a décidé d'ouvrir un blog.  Et figurez-vous qu'elle m'a téléphoné l'autre jour pour que je lui donne des conseils. Au début j'ai cru à un canular :

Moi: " Ecoute chérie, je suis un peu l'intruse de la blogo: je suis sudiste, j'ai quitté l'enseignement, et je suis moyennement suivie, alors bon...".

Mon amie blogueuse-en-devenir que nous allons appeler Yvonne: "Il me manque un petit quelque chose dans ma vie (en plus de temps et de sommeil bien sûr), j'ai lu plusieurs décennies seule dans mon coin et , là, tu vois Galéa j'ai décidé de me lancer  et de rejoindre la grande communauté des blogueurs littéraires. Ca va faire presque deux ans que tu blogues quand même, alors je m'étais dit que tu pourrais m'expliquer deux ou trois choses peut-être, tu vois une sorte de manuel de vie parallèle ....

Moi (j'avance prudemment) : "Au début, tu auras l'impression d'évoluer dans un monde 2.0 formidable, où, peu importent les origines sociales, les convictions politiques ou les sensibilités religieuses, tu retrouveras des gens qui comme toi ont une furieuse envie de lire, de défendre ou d'étriper un livre; et tu te réjouiras d'y retrouver une certaine notion du beau, l'amour des mots tout ça....mais....bon après, quand même la blogo ce n'est pas que cela non plus hein....

Yvonne:Tu m'étonnes Galéa... tu passes ton temps à présenter la blogo comme un monde merveilleux, à te vanter de tes copines, à montrer tes cadeaux sur Facebook, et là tu es en train de me dire quoi exactement?

Moi (moyennement courageuse): "Mais non, ma belle c'est juste que j'ai l'esprit lent et la réaction tardive. J'ai mis du temps à constater deux ou trois choses, tu vois, qui me chiffonnent un peu quand même. (temps de réflexion au téléphone...j'y vais, j'y vais pas, j'y vais). Disons que pour les blogueurs, les chiffres comptent autant que les lettres.

Yvonne: "De quels chiffre tu parles, toi qui a toujours eu du mal avec les nombres et qui est la seule de ta famille à ne pas avoir fait S ?"(Yvonne : 1 - Galéa: 0)

Moi (un peu énervée quand même, c'est elle qui m'appelle et pas le contraire non plus): "Je te parle du nombre de visites quotidiennes, des j'aime et des partages, des followers, du nombre d'amis Facebook, de son numéro de place dans les sites de référencement. Et oui ma belle tout ça compte beaucoup, vraiment beaucoup, dans cette blogosphère littéraire. Et je peux te dire que certains travaillent beaucoup à augmenter leurs chiffres divers et variés, quitte à demander tout et n'importe qui en amis. Pour eux, bloguer est un exercice tourné vers eux (et j'ai mis plus d'un an à m'en rendre compte), ils n'écrivent pas pour partager, ils écrivent  pour être lus, uniquement...ils ne lisent pas les autres (ou ils font semblant)

Yvonne (suspicieuse): "Oui, et alors? Le blogueur écrit pour être lu non, et par le plus grand nombre si possible. Si ça te gène Galéa, tu vas t'acheter un cahier à spirale et un stylo bille et tu t'en contentes. C'est hypocrite ce que tu dis.

Moi (qui commence à m'exciter un peu, il ne fallait pas me lancer sur le sujet) : "Mon problème Yvonne, c'est de savoir pour qui on écrit. Pour les gens qui lisent des livres ou pour ceux qui les vendent?

"Parce que plus le chiffre est grand, plus on est repéré par le sésame du blogueur: l'attaché de presse. Les éditeurs choisissent certains blogueurs à qui envoyer les livres qu'ils doivent vendre. Alors attention, je n'ai rien contre les partenariats, sauf que dans partenariat il y a partenaires, donc échange de bons procédés. Et dis-toi un truc, dans la vie en général et dans le monde littéraire en particulier, le gratuit ça n'existe pas. 

Yvonne (lassée): "Et alors? Qu'est ce que ça peut te faire, franchement? Si tout le monde y trouve son compte?

Moi (ça y est je suis énervée, j'allume une cigarette): "Parce qu'un cadeau commercial a toujours une contrepartie. Et la contrepartie de ce genre de procédés, ce sont les lecteurs des blogs qui la paient: donc moi entre autres, parce que les blogs je les lis.

"En littérature, il y a un peu de bon, un tout petit peu d'excellent, un peu de très mauvais, et énormément de moyen. Du moyen-plus, du moyen-moins....mais beaucoup, beaucoup de moyen, de passable, de correct, de pas mal, de sympa. 

 "Sauf que parfois  le "livre moyen" se cache entre les lignes des blogs complaisants qui nous font croire au chef d'oeuvre. Et ça tu vois, j'en ai plus qu'assez. Ces blogueurs-là sont faciles à reconnaître: ils  aiment tout et omettent de signaler quand le livre leur a été offert. Tu verras qu'une fois la chronique rédigée, elle sera livrée sur les réseaux sociaux , partagée et retwittée par l'éditeur (tu m'étonnes, pourquoi se priver d'une pub gratuite, dont on pourrait penser qu'elle est indépendante)? 

Et si tu lis attentivement les commentaires sous les billets, tu verras les petits bémols surgirent, écrits en petit, où on comprend, que ce livre n'est pas si exceptionnel que ça. Mais avant d'avoir mis 18 mois à comprendre que c'est une opération marketing, tu auras déjà acheté le livre en librairie. Un livre moyen, pas nul, pas top. Juste moyen : 22€ de gaspillés.

Yvonne: "Oui enfin Galéa, c'est peut-être juste qu'il n'était pas à ton goût aussi. Tu es difficile faut dire hein, peut-être qu'il existe des lecteurs plus enjoués que toi (c'est pas difficile non plus)? 

Moi (après trois cafés il faut que je passe au jus de pomme): "Une fois: oui, deux fois: à la limite, trois fois: je n'y crois plus. On ne peut pas Yvonne avoir 32 coups de coeur par an. Mais tu sais quoi, cette blogo là, on la démasque vite et on passe son chemin. Certains blogs sont sponsorisés par les maisons d'édition, ils sont là pour faire vendre.

Yvonne: "Tu sais quoi Galéa je me demande si tu n'es pas un peu jalouse dans le fond. Mais arrête un peu! Qu'est ce que ça peut te faire franchement que ces blogueurs chroniquent des livres offerts. 


Moi (tant pis pour le jus de pomme, je rallume une cigarette) : "Et bien si, ça me gêne de ne pas connaître l'origine du livre, et la phrase "ça ne change rien à mon point de vue" m'exaspère au plus haut point. On est toujours plus bienveillants sur les livres qu'on reçoit. Alors imagine quand ça vient d'un attaché de presse qui trouve un blog génial, et qui l'envoie à un blogueur qu'il considère pointu et sérieux dans ses critiques (et qui éventuellement en enverra  d'autres en plus, s'il est un bon partenaire). Qui oserait dire à cet éditeur que son livre est juste "moyen" s'il veut être retwitté et partagé?

Yvonne: "je ne suis pas sûre Galéa... peut-être que les partages et retweet sont automatiques finalement

Moi (avec un cri de triomphe): " Et bien non. J'ai tenté le retweet suite à deux mois d'investigation sur twitter et  je peux t'affirmer les éditeurs ne retwittent que ce qui est sans bémol (ou alors vraiment tout petit). Même sur un livre offert par un éditeur et dédicacé juste pour moi, je n'ai pas été retwittée, et malgré mes remerciements chaleureux. On ne met pas en avant  une chronique qui n'est pas entièrement élogieuse. 

"Et c'est normal.

"Business is business. Les éditeurs sont là pour vendre des livres avec les outils à leur disposition, et nous lecteurs on a tout intérêt à ce que leur commerce se porte bien. Les attachés de presse font juste leur travail, à nous de faire le notre, d'être une voix alternative. Eux ils vendent des livres et nous on en parle le plus honnêtement possible.

Yvonne: "Je vois les blogueurs complaisants dont tu parles, et figure-toi que j'ai en tête des critiques pas toujours sympa...

Moi (ça y est ça me reprend): "Oui, c'est quand ils achètent un livre avec leur sous. Quand ils aiment moyennement, punaise qu'est ce qu'ils leur mettent et ils nous en parlent ensuite pendant  3 semaines.  Je te rassure, ils ne font ça qu'avec les livres achetés, donc ça reste rare. Et parfois  le blogueur complaisant aime vraiment un livre, mais bon, on ne le croit plus. Et bientôt ces blogueurs-là seront payés pour ne pas dire de mal d'un livre moyen (ou même médiocre). 

Yvonne (elle mâchonne quelque chose....un bâton de réglisse j'ai l'impression): "Oh n'exagère pas non plus, on en n'est pas là...

Moi (complètement survoltée, même moi je me trouve ridicule): "Mais on en n'est pas loin. Des propositions ont déjà été faites à des blogueurs. Certains qui ont refusé net, d'autres ont laissé le mail en lettre morte, mais il y en a qui n'ont pas décliné et qui ont demandé  (juste pour savoir hein) combien ils recevraient. Ca n'a pas marché pour cette fois (quoique ce ne soit pas sur), mais ça viendra, parce que même en littérature l'appât du gain ça fonctionne.

Yvonne: "mais on le saura, le blogueur sera obligé de signaler que son billet est sponsorisé!

Moi: Oui, mais ce jour là, la blogo sera déjà devenu un espace sans intérêt sur lequel on s'ennuie, avec les mêmes travers que les critiques professionnelles. On ne sera plus une communauté de lecteurs lambda qui parlent de leur lecture.

Yvonne: "Tous les blogueurs ne sont pas complaisants, tu es de mauvaise foi, ce sont des cas isolés

Moi: "C'est vrai, tu as raison, mais leur proportion grandit.

"L'autre problème des partenariats c'est la blogo en nuance de gris, la mienne, celle de mes amis, celle qui n'a pas vendu son âme. C'est la blogo des blogueurs assez influents, qui reçoivent des livres qui ne leur ressemblent pas, tous les mêmes en tous en même temps. En général, ce sont les 20 premiers d'un site de référencement qui  chroniquent souvent  le même livre en l'espace de 15 jours. En général, ça donne des billets entre gris-clair et gris-foncé.

Yvonne (qui semble se réveiller, elle a toujours été branchée compétition, c'est son côté première de classe) : "Un site de réfèrencement des blogs? Avec un classement des meilleurs blogs?  c'est chouette...Je dois m'inscrire tu penses? 


Moi (blasée, elle m'énerve quand elle est comme ça): "C'est un site qui prend en compte les liens entre blogs, et qui les classent en fonction de cela. Ce n'est pas qualitatif ni basé sur ton nombre de visites quotidiennes. En gros, les organisateurs de challenges divers et variés sont les mieux placés, grâce aux nombreux liens vers leur blog et au dépôt des billets (certains semblent d'ailleurs organiser des challenges que pour ça, et se fichent absolument des billets). Il semblerait que ce soit une jauge pour les services de presse. 

Yvonne (qui tente de me prendre en faute): "Ne me fais pas croire que tu ne t'es pas inscrite à ce site?

Moi (suis claquée je manque de sommeil): "Si j'y suis, c'est une blogueuse connue qui est de mes amies les plus chères de la Toile, qui m'a référencée au mois d'octobre dernier. Une bonne leçon d'humilité : j'étais royalement à la 700è place, mais l'attention m'a touchée, et j'ai compris comment fonctionnait la blogo souterraine. Depuis je monte doucement.

"Comprends moi bien Yvonne, les blogueurs, je les aime d'amour,  le problème c'est que bientôt, ils vont être le support numérique des catalogues de rentrée des éditeurs.  Mes amies ne mentent pas, ne survendent pas un livre, mais leur fil d'actualité est décidé par les Services de Presse (et en septembre ce sera flagrant, les billets de la rentrée sont déjà programmés).

"Et peu à peu, la blogosphère devient uniforme, les blogs tendent à se ressembler dans leur choix de chroniques, même si elles sont honnêtes, les particularités se gomment.  Il y a ce problème des trucs qui ne vont pas ensemble; un peu comme une fille triste qui met un slim jaune citron, une vieille dame qui porterait des couettes, un bad boy qui se seraient acheté un polo Eden Park, une tradi qui tâterait du perfecto. Et bien là c'est pareil mais pour les livres avec des billets sans colère ni enthousiasme qui forment un ensemble bizarre et mal assorti.

Yvonne (dubitative...je me demande si elle ne fume pas en silence, elle est sensée avoir arrêté l'été dernier): "Je ne vois pas l'intérêt pour les éditeurs si les billets ne mentent pas, je te soupçonne un peu de t'être perdue dans la théorie du complot.

Moi (lassée, elle ne comprend pas si vite que ça malgré sa mention B au bac S-math): " Parce que ça marche. Parce qu'une première de couv que tu auras vu sur une dizaine de blogs, interpellera ton regard  à la librairie. Tu y jetteras un oeil quand même, tu liras nonchalamment la jaquette sans te souvenir exactement des avis, mais tu l'auras vu sur plusieurs blogs, ça c'est certain, sur des LC même qui seront en fait des partenariats concomitants et sans enthousiasme. Peut-être que dans le doute, tu l'achèteras. 

"Ils sont bons les éditeurs , ils ont tout compris. Leurs cadeaux ne sont jamais gratuits, et nous pendant ce temps on s'ennuie un peu quand même. 

Yvonne (qui me trouve lourde, je le sens au son de sa voix): "Mais tu voudrais quoi exactement?

Qu'on revienne aux fondamentaux. Qu'on choisisse nos titres en fonction de ce qu'il se passe dans notre vie, de ce dont on a envie. Il n'y a pas si longtemps, une blogueuse s'est fait reprocher d'un peu trop parler d'elle et de ses petits soucis. La lectrice accusatrice se plaignait qu'elle parle moins de livres...Je pense exactement l'inverse, le principe du blog de parler de soi, de ce qu'on aime, de ce qu'on déteste. Comme ça le lecteur sait où il va et d'où vient le conseil. 

"Plus un blogueur se met en scène, plus il est transparent sur ses choix et ses gouts, plus il est honnête aussi. Certains blogueurs littéraires feraient bien de parler un peu plus d'eux, leur blogs ne seraient plus des panneaux publicitaires et les livres correspondraient à quelque chose de l'ordre de l'affectif.

Chaque livre correspond à un moment précis de notre vie, et notre avis découle de la manière dont on l'a lu, notre état d'esprit du moment, de la météo, des soucis et des grandes joies qui l'accompagnent. Un livre, c'est un moment de l'année. J'ai lu Adèle et moi dans un chalet en plein mois de juillet, le Manoir de Tyneford à Montbéliard en avril avec mes filles dans un gite tout pourri, Lady Hunt dans mon lit au mois d'octobre, la Grande course de Flanagan sur un transat en Bretagne l'été dernier. Oui sur un transat Yvonne, il y a eu un très bel été l'an dernier en Bretagne...

Yvonne (je sens que je l'ai un peu exaspéré): "Et toi Galéa la donneuse de leçon, qui dit que tu n'en croqueras pas, toi, si on te proposait des livres qui arrivent dans ta boite au lettres sans rien demander? Qui dit que toi, tu ferais des billets assassins sur des livres moyens? Qui dit que tu serais une blogueuse plus méritante que les autres?"


Moi (un peu gênée aux entournures): "Rien. Effectivement. d'autant que tu sais que je suis lâche par définition. Sauf qu'après ce billet, je ne pense pas recevoir beaucoup de proposition de partenariats, et je pense perdre quelques amis aussi. Moi j'ai l'avantage d'être névrosée, phobique et monomaniaque, ce monde ne m'attire pas. Il faut dire aussi que j'ai reçu pendant un an des livres gratuitement, et je suis entrée en dépression littéraire, parce que je n'avais plus le temps de lire ce que je voulais. 

"Et ce n'est pas ce que je suis venue chercher non plus, mais peut-être un jour je deviendrai une blogueuse influente et tu pourras me taper fort sur les doigts Yvonne.

Yvonne (je crois qu'elle a une idée derrière la tête): "En fait Galéa tu souhaites parler de ce que tu veux quand tu le veux n'est pas? 

Moi (j'essaie de voir où elle veut en venir): "Oui c'est un peu ça. Quoique la liberté d'écrire implique la responsabilité d'assumer (ah...zut... je suis tombée dans le piège). En ce moment on parle beaucoup du droit à la liberté d'expression; mais étrangement on ne rappelle jamais les devoirs (trop tard, elle m'a eue).

Yvonne (qui triomphe): "Tu es en train de dire qu'on ne peut pas tout se permettre sur un blog Galéa?

Moi (résignée, tant pis autant aller jusqu'au bout): "Exactement, et j'ai envie de dire que plus un blog est influent, plus il a des devoirs envers ceux qui le suivent et ceux dont il parle. Je sais que je vais heurter, mais je ne me sens pas appartenir à la communauté des blogueurs en ce moment. Je considère qu'on ne passe pas ses nerfs sur son blog, je crois qu'une tribune n'est pas là pour tirer à boulet rouge parce qu'on a attendu trop longtemps son pastis. 

Yvonne (au bord de l'apoplexie): "Donc, Galéa la donneuse de leçons, trouve normal qu'une blogueuse paie 2500€ parce qu'elle s'est permise de critiquer une pizzeria qui attrape les touristes?

Moi (regrettant de m'être lancée dans une histoire où je vais être seule au monde): "Non Yvonne, je trouve pas ça normal, la somme est trop élevée, ça me choque qu'elle doive payer. Mais je suis pour une condamnation symbolique de ce type de pratiques. Parce qu'un blog influent doit échapper à la tentation de régler ses comptes via ses billets. 

"Parce que ça ouvrirait la porte à trop de choses. A ce moment là, pourquoi demain, je n'irai pas donner le nom et l'adresse de la maîtresse de CP de Rayures qui nous a fichu une année en l'air et qui n'a même pas été sanctionnée. Pourquoi pas après tout? Mon billet sera argumenté et pas qu'un peu, et pas sur la couleur de la robe de la maîtresse. Mais je le ferai peut-être aussi pour mes voisins qui m'empêchent de travailler parce qu'ils s'insultent à longueur de temps et que leurs voix portent. Je pense même donner les coordonnées de la boulangère qui discute tout le temps avec les vieilles du quartier pendant que j'attends ma baguette. Peut-être aussi celui de mon dentiste qui refuse de m'extraire ma dent de sagesse en cabinet parce qu'il ne me sent pas assez zen. 

"Et encore, cela n'aurait pas beaucoup de portée, parce que je ne suis pas très influente justement.

"Mais je parle de responsabilité. Quand on a du succès, de la notoriété, on a des responsabilités. C'est le principe de base. Et quand je vois comment tout cela est récupéré par des avocat-blogueur et journalistes approximatifs, franchement je suis écoeurée.

"Parce qu'avoir servi trop tard un Pastis un jour de grosse saison, ça ne mérite pas de se faire vilipender comme ça. Et les grands perdants de cette affaire, ce sont quand même ceux qui ont été l'objet du billet initial et qui n'avaient pas de blog à leur disposition pour faire un billet qui aurait montré l'autre côté de la scène.

Yvonne (qui je pense est à deux doigts de s'évanouir): hannnnn tu vas perdre tous tes amis Galéa, tu vas être blacklistée de la blogosphère, tu viens de te suicider virtuellement...tu étais plus solidaire sur l'histoire du Renaudot, pour défendre un auteur un succès ou bien quand tes copines font des marathons. 

Moi (je suis vidée): Un jour Yvonne, je te présenterai une blogueuse mode très influente qui suite à un événement familial gâché par des idiots,  a écrit à chaud un billet assez violent qu'elle regrette. Elle te parlera de la responsabilité qui découle de la notoriété. Et tu as de la chance, c'est une amie à moi.

Yvonne (un peu gênée): "Je ne sais pas si c'est du courage ou de l'inconscience mais je vais te laisser Galéa hein,  finalement ce n'est pas à toi que j'aurais du m'adresser

Oui, en tous les cas pas aujourd'hui. Aucun courage, on est au 14 juillet, la blogo est plus que calme, et je ne sais pas fermer ma bouche, mon père me le reproche depuis toujours. J'ai beau être heureuse de ma place ici, en ce moment  je ne me sens pas hyper en phase avec les blogueurs. Mais vraiment je n'ai voulu faire de chagrin à personne. J'ai essayé de ne pas être agressive, juste de dire ce que je pense, je n'ai cité aucun nom ( Yvonne répète tout, il faut le savoir), j'espère voir le même respect dans les commentaires (s'il y en a).

Yvonne devrait ouvrir son blog bientôt, et d'ici là j'espère être un peu plus paix et amour....

lundi 7 juillet 2014

Harry Potter et la Chambre de secrets

J-K Rowling, Harry Potter et la chambre des secrets (1998)
Folio Junior,  2003, 358 p.
Me revoici, en coup de vent évidement.

Pour faire court,  je m'apprête à faire la fortune des centres de loisir, à perdre toute dignité auprès de mes parents et amis pour qu'ils gardent les filles, à ne pas raccrocher au nez de ma belle-mère quand elle va me demander (comme chaque année début juillet) si je regrette d'avoir quitté l'enseignement et me rappeler combien mes enfants seraient plus équilibrées si elles restaient avec leur mère pendant deux mois ...

Sur ces réjouissances, je me dis donc qu'il est temps de laisser parler Rayures sur le deuxième tome d'Harry Potter.  Alors soyons honnête, on a fait tout ça un peu vite. Il vaut mieux bien connaître l'histoire de la Chambre des Secrets et avoir deux ou trois notions potteresques avant d'écouter Rayures en parler, car globalement ça manque de structure. Techniquement je pensais avoir évolué depuis la dernière fois, mais non en fait, je ne suis même pas parvenu à faire les transitions audio (d'ailleurs j'ai envie de dire : attention, la musique est très forte et la voix de Rayures très faible...donc bon point de vue confort d'écoute, c'est quand même assez moyen).


Mais à la limite, je ne concours pas non plus dans la sélection cannoise, donc on va y aller tranquillement et sans pression....et mentionner notre participation au challenge de George Relisons Harry Potter. 

Mes objectifs pour le mois de juillet sont simples:



- mettre à jour le non-challenge des pépites (d'ailleurs il sera clos au 15 août), en trois mots Kerangal est en train de sérieusement gagner du terrain. 

-  publier un billet par semaine serait formidable, mais rien n'est moins sûr.
-  éviter le coups de soleil (être brune et avoir une peau de rousse, comble de la loose).
-  supporter les touristes (et digérer le fait de ne pas monter en Bretagne cet été, ça passera, mais pour l'instant, autant être claire: je suis particulièrement aigrie, et sans aucun humour sur la question).

Je vous souhaite quand même à tous un bel été (parce que je suis bien élevée ;-)

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