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vendredi 12 février 2016

My darling Third: le débarquement.

Il y a d'abord eu la sage-femme qui n'en revenait pas de me voir encore là, pitoyablement échouée sur le canapé de la salle d'attente, cernée jusqu'aux joues, boudinée dans un jean de grossesse qui avait  lui-aussi renoncé à aller aussi près du terme.

-" Mais quand même, on n'a pas idée de vous voir encore là à la 41ème semaine, un troisième on ne le mène pas au bout, sans compter qu'avec la grippe des filles et vu comment vous aviez l'air claqué, je pensais que vous auriez accouché ce week-end, vous habitez toujours au 3ème sans ascenseur ?"

Il y a eu le monitoring presque trop parfait, la boîte d'aiguilles d'acuponcture, la vérification du col et (attention je vends du rêve) le décollement de membranes  :
 "Dès que ça commence, par contre, ne traînez pas trop quand même hein, au troisième ça peut aller très vite". 

Et ça a commencé à 12h30 avec un Homme pas joignable avant 14h30. Il y a eu ma mère en renfort,  transformée en coach, qui m'a fait un steak et des pâtes "des sucres lents, c'est le secret de la résistance à l'effort". Il y a eu deux bombes parisiennes qui m'ont tenu compagnie sur Messenger autour de questions de fond: à quoi reconnaît-on un vrai travail ? dois-je me démaquiller avant d'entrer en salle ?  Le prénom fait-il l'Homme? Il y a eu une petite Madeleine de 4 mois qui m'encourageait depuis son transat.


Il y a eu la répartition des tâches, des clefs, des filles, des activités. Tel un chef de camp à l'agonie, j'ai donné mes instructions aux uns et aux autres (sans que personne ne me contredise). Je n'ai cédé sur rien. Psychorigide un jour, psychorigide toujours.

"Et surtout, Numérobis doit faire pipi AVANT son cours de violoncelle, même si elle dit qu'elle n'a pas envie."

Il y a eu l'arrivée de l'Homme, pas franchement stressé, qui a pris le temps de se doucher,  de vérifier son paquet de cigarettes, de prendre des rations de survie "au cas ou" (traumatisé par les 16h qu'il me fallut pour Rayures, pendant lesquelles il a failli mourir de faim), et la charge de son portable. Au passage, il m'a livré son diagnostique médical :  "à mon avis, on part trop tôt Galinette" (oui ok, mais on va y aller quand même hein).

Il y a eu la descente pénible des trois étages avec des voisins perspicaces  : "ah c'est maintenant alors? Elle contracte? " (non, non elle joue au tennis).

Il y a eu l'arrivée à la clinique, et l'Homme, complètement punk, qui se gare sur une place dépose-minute : "ta sage-femme a dit que ça irait vite non" (rire gras..vraiment pas stressé l'Homme). 

Il y a eu ma gynécologue qui n'est jamais venue:
 "Rho vous n'avez vraiment pas de chance, elle a eu un décès dans sa famille, elle est à un enterrement à Paris. Si vous y allez cool, c'est jouable, elle sera de retour vers 20h00".  
Il est 17h et clairement j'ai commencé le travail :  loose toujours. 

Il y a eu l'anesthésiste :  "vous continuez à vous agiter comme une enfant dès que j'approche l'aiguille, je vous préviens vous accouchez sans péri, c'est pas possible ça, punaise!!!" . Je suis dilatée à 5 et je fais des incantations vaudous contre elle : "ah bah voilà, j'ai ripé, bravo hein, une compresse!!!" , là dessus j'entends la sage-femme : "oh oui dis donc elle saigne bien"; je m'imagine paralysée à vie et suis au bord de l'évanouissement. J'arrête les incantations, j'essaie de penser positif, ou de ne pas penser du tout, de toute manière je vais faire un malaise. 

Il y a donc eu la chute de tension au moment où l'Homme, triomphant, revenait en salle de travail avec charlotte, blouse et chausson bleu clairs:  "punaise, j'ai ta chambre individuelle, j'ai été au top, même pas eu besoin de brandir tous les arguments que j'avais révisés" . C'était sa mission du jour, il n'en peut plus de fierté. Là dessus, je lui réponds que je suis en train de mourir, que je sens mon âme quitter mon corps. "T'inquiète, à chaque fois ça te fait ça après la péri" (vraiment vraiment pas stressé du tout). "Non je vais mourir". Une Sage femme qui passait par là bougonne: "pffff au maximum vous allez vomir, faut pas exagérer non plus". On m'injecte un truc dopant, je reprends mes esprits, et me demande si mon eye-liner a tenu le choc ou pas. 

J'entends deux sage-femmes discuter "c'est son premier à la dame? " "Son troisième je crois" "Nan ? et ben dis donc!!!!" C'est officiel, je suis un super boulet. Mais bon, faut bien se mettre au travail hein!

Et à 19h16,  il y a eu My Third :  toute ronde, toute brune, toute calme.

Ensuite, il y a eu l'Homme et ses réflexions profondes, "oh punaise, c'est Rayure je te jure, la tête de Mike Tyson....par contre quand elle hurle c'est Numérobis". Il y a eu les 200 photos prises de son téléphone, les faux prétextes pour sortir "c'est ta soeur, elle veut des nouvelles, je reviens" (en fait il part fumer une cigarette, manger un kit-kat et boire un café-machine). 

Il faut nous voir tous les deux:  l'Homme, plus sel que poivre, touchant presque sa quarantaine, et moi,  la jambe bleue comme une carte routière, le brushing en berne, la frange frisée, le périnée en deuil, les yeux pochés par mon mascara pas waterproof. On sait tous les deux que c'est la dernière fois qu'on vit ça, du coup, l'Homme se fait une orgie de sociabilité, rigole avec tout le monde, tente des blagues pas toujours pertinentes et fait des selfies assez moches (une puéricultrice de l'équipe de nuit le prend en pitié et propose de prendre une photo : la seule convenable de la soirée).

Bref, Ma Third a débarqué le jour de la Chandeleur et tient toutes ses promesses (surtout que maintenant on peut le dire, même la troisième fois, on n'est jamais certaine d'être à la hauteur du rôle quand même).

Et depuis il y a :
- un bazar incroyable dans mon appartement trop petit, 2 petites filles qui me paraissent géantes, bruyantes et brutales, deux machines de linge par jour, des envies de cafés, d'alcool, de cigarettes, des arheu, des pesées régulières, des nuits qui n'en sont pas, des réserves de couches, les bastons des filles, le cordon qui tombe, la déclaration à la CAF, les textos des copines, des cadeaux, les faire-parts à envoyer, des ressemblances décrétées par des gens qui ne nous connaissaient pas enfant, nos grands principes qu'on renie déjà (genre: avec elle, on ne cédera rien sur le sommeil), une écharpe retrouvée au fond d'un placard, des heures à la regarder dormir puis se réveiller, du liniment sur les doigts.

My Third a débarqué: fin du voyage en tandem. Elle et moi aurons surmonté le décollement du placenta, une tempête familiale, le désespoir des attentats du 13 novembre, la grippe de Numérobis, les réflexions de l'échographistes, mon hypocondrie. Sans nous vanter, elle et moi avons bien travaillé, et ça me fait quelque chose qu'elle commence sa route toute seule (enfin... manière de parler car, à ce jour, je ne laisse pas grand monde l'approcher et je ne m'éloigne jamais à plus de 1 mètre d'elle). 

En vérité, le 2 février dernier, l'essentiel de ce qui s'est passé ne se raconte pas dans un billet de blog, car je n'ai pas le talent pour parler de cette intimité-là, de ce quelque chose qui tient finalement à un regard, à l'odeur du lait, à un petit front plissé. Cette évidence presque animale qui se résume à la main minuscule qui s'agrippe , à la peau contre la peau, à l'oeil qui peine à s'ouvrir. Ce qui s'est passé de plus important il y a 10 jours va rester entre My Third et moi, enfin surtout entre moi et moi au final.

Mais bien sûr je répondrai toujours présente quand il s'agira de se plaindre de la fatigue, du manque de places en crèche et de tout le travail que j'ai à la maison. Je ne lâche rien (geindre sur tout, tout le temps est mon fond de commerce, je l'ai je le garde), et je reviens très vite avec la Photo du Mois, Alamut  et Azoulay (la romancière hein ! #HumourPolitique), et j'essaierai de reprendre le chemin des blogs dans la foulée.

PS: En parlant de blog et de blogueurs, merci du fond du coeur à tous les amis virtuels qui se reconnaîtront, et qui, sans nous connaître ni l'une ni l'autre (ceci expliquant sans doute cela d'ailleurs), nous ont accompagnées pendant toutes ces semaines, chouchoutées, gâtées, rassurées ou fait rigoler. Je mesure notre chance d'être à ce point entourées.

lundi 25 janvier 2016

My Third: Comment maman est devenue féministe.

My darling, darling, Third,


Je sais que tu ne devrais plus trop tarder maintenant, sachant que je suis terrorisée, rien n'est prêt, on ne recevra ton cosy et ta nacelle que samedi, ma valise est encore dans le placard de la salle de bain. Gavée de compléments alimentaires, je tente d'échapper aux virus pour ne pas saboter mon accouchement mais je n'en mène quand même pas large, donc j'irai droit au but : il faut que tu saches comment je suis devenue féministe.


A la base, ça ne m'inspirait pas beaucoup. Adolescente, je voyais les copines de Mamie qui (les pauvres) découvraient à 40 ans, qu'elles avaient épousé des gros beaufs à qui elles avaient consacré leur jeunesse. Leur combat se limitaient à se faire payer une pension alimentaire décente et dans les temps. J'avais aussi (toujours dans les copines de Mamie- elle m'aura tout fait ta grand-mère) la version célibataire endurcie qui ne VEUT pas vivre avec un homme ("je ne serai jamais une bobonne c'est comme ça") mais qui en ramenait un de temps en temps dans son lit, "pour des questions d'hygiène" (rire graveleux de Mamie et de ses copines - tu vois quand même que je reviens de loin).

Soyons claires, ma petite Third, depuis toujours je suis du côté des hommes : de Papi déjà, que j'ai longtemps placé juste à côté de Dieu, de mes amoureux de jeunesse (pour la plupart desquels j'ai nourri des passions aussi excessives que platoniques), de ceux qui m'ont brisé le coeur, de ceux qui , à défaut de me plaire, avaient le bon goût de me renvoyer une image très valorisante de moi-même. Et puis du côté de Papa, qui bien sûr, a l'immense mérite de m'accepter avec mes lubies, névroses et idées saugrenues. Je me suis toujours mieux entendue avec les garçons qu'avec les filles et car, grâce à ma puberté ingrate, je suis longtemps restée la bonne copine avec qui on pouvait boire une bière "sans aucune ambiguité ". Les garçons, j'ai toujours pu compter dessus, certains ont fait 15 h de route pour assister à mon mariage, et la plupart d'entre eux ne m'ont jamais laissé tomber dans les moments difficiles. J'ai toujours préféré être commandée par des hommes que par des femmes, et je reste encore aujourd'hui convaincue, que le pire ennemi du féminisme, c'est la femme. 

Je te passe les militantes à la fac,  dont le combat essentiel était de ne pas s'épiler, ni laver "les caleçons d'un mec". Déjà à l'époque, je me demandais quels étaient les vrais fondements de leur posture (la difficulté à choper peut-être).

Sache-le My Third, je vomis les prétendues défenseuses des femmes qui pensent qu'élever un bébé porte préjudice à leur cause, je déteste ces filles qui nous méprisent parce qu'on allaite, je ne me sens aucun atôme-crochu avec les pseudo intellectuelles qui vont m'expliquer ce que c'est qu'être une femme au XXIe siècle, j'abhorre les faux combats  d'arrière-garde, les leçons de moral stupides et culpabilisantes, et je ne souscris pas spécialement à celles qui défendent la cause des femmes en top less (et cela n'a rien à voir avec ce qu'il me reste de seins après chaque grossesse)...bref....Pour moi, savoir qui récure la baignoire ou repasse les chemises, c'est du détail domestique, pas un combat de fond (et il ne t'aura pas échapper que ton père ne sait faire ni l'un ni l'autre, et bien que je râle, au fond, soyons honnête, je ne monterais pas des barricades pour ça). 

Du coup, tu l'auras compris : je n'aurais pas été dérangée d'avoir des fils, même trois.

Et pourtant ma chère chère Third,  il faut rester sur la brèche. Le monde ne se réduit pas à nos frontières, tous les pères n'élèvent pas leurs filles comme le mien (même si avec le temps, le pauvre a du rabaisser ses prétentions concernant tata et moi). Il faut que tu saches, ma tout petite Third, que certaines petites filles sont privées d'instructions au Cambodge ou ailleurs, qu'au Sud du Soudan des filles et des fillettes sont des armes de guerre, corps à disposition totale d'hommes qui se comportent pire que des bêtes, qu'il y a des pays qui ne présentent pas de filles au championnat du monde d'échecs, et d'autres où elles sont plus mineures que des enfants, où elles ne peuvent même pas conduire une voiture, et je ne te parlerai pas de la manière dont on opère dès l'enfance des petites filles pour les empêcher d'avoir une sexualité épanouie, je t'épargne aussi l'histoire des mariages forcés...point trop n'en faut.

Même en France, my Third, certaines femmes se dissimulent pour ne pas être des objets de tentation, même en France des représentantes politiques (oui des femmes!) envisagent de supprimer les aides au planning familial et remettent en cause le droit à disposer de son corps. Il y a à côté de nous, des femmes qui n'ont pas tout à fait le droit d'être elle-même

Sache My Third que toutes les dictatures, régimes totalitaires et communautés réactionnaires ont commencé par remettre les femmes aux fourneaux et aux langes. A chaque fois qu'on résumera une femme à son ventre (pour porter les enfants) et à ses mains (pour servir les hommes), à chaque fois il faudra s'insurger. Alors my Third, je te le dis à toi, parce qu'à mon époque c'était tellement évident que j'en avais oublié que ce n'était pas partout pareil : il faudra toujours être vigilante.

Vigilante à bien faire marcher ta tête, à faire tes choix en fonction de tes gouts et non pas de ton sexe, à ne rien t'interdire parce que tu es une fille. Vigilante à choisir un homme qui te respecte et te laisse être toi-même. Vigilante à faire des enfants parce que tu le choisis et non par pression sociale. Que tu vires cagole, gothique, garçon manqué ou première de classe, que tu fasses de la danse, du judo ou de la poterie, quoique tu choisisses, il faudra le faire en âme et conscience.

Et n'oublie jamais qu'être féministe ce n'est pas lutter contre les Hommes, c'est lutter pour les Femmes. Et crois-moi, ça n'a rien à voir. 

Femme, épouse, amante, working-girl; mère, fille et grand-mère, créatrice, consommatrice, insurgée ou lunaire, amie fidèle et tante dévouée, fumeuse invétérée ou prof de Yoga, aventurière ou femme au foyer, tu ne pourras pas tout être, en tous les cas pas tout en même temps, en tant que femme libre, tu auras la responsabilité de choisir celle que tu veux être. 

Nous appellerons ça entre nous la "Simone Attitude" (Veil, Beauvoir, Weil) ou bien  "la Chanel Touch" si tu préfères, ou même  le "Marie Curie spirit" si vraiment tu y tiens. Je n'attends pas nécessairement que tu passes l'agrégation de philo à 21 ans, ni que tu deviennes une icône de la mode, ni non plus que tu sois une éminente scientifique...mais tant qu'on vivra dans un pays libre qui place hommes et femmes (au moins sur le papier) sur un pied d'égalité, tu auras comme devoir de donner le maximum de toi-même et de ne pas oublier qu'ailleurs sur la planète et parfois pas si loin de nous, il existe encore des femmes opprimées, soumises, abîmées et stigmatisées à cause de leur sexe...et si nous , les femmes libres, instruites et privilégiées, les oublions, qui pensera à défendre leurs droits ?


Alors chère petite Third, qui attend tranquillement ton heure de gloire (alors que je suis en panique), si rien n'est prêt à la maison, tout est au carré dans nos têtes. Nous essaierons -dans la mesure du possible- de te donner toutes les chances d'être heureuse, autonome et en accord avec toi (même si l'essentiel du boulot te reviendra évidemment), et toi, il ne faudra pas que tu oublies qu'être une fille, c'est formidable, mais ça implique aussi de ne pas oublier les autres, celles qui n'ont pas notre chance. 


Réfléchis tranquillement à tout cela et prends ton temps pour digérer les différentes informations que je viens de te donner...quand tu te sentiras prête, tu te manifesteras...et qui sait d'ici là, Papa, tes soeurs et moi serons peut-être totalement organisés pour t'accueillir (et si ce n'est pas le cas c'est pas grave, on a toujours été mauvais en organisation et logistique...et ça passe quand même - enfin habituellement).

jeudi 31 décembre 2015

My december

Une idée de génie pour le cadeau de Noël de Papa / L'automne qui s'éternise/ C'est flippant cette douceur quand même/ L'échographiste qui ne changera jamais/ My third aura donc les membres courts, une grosse tête et un nez épaté/ L'Homme et ses phrases "Tu vois le progrès quand même, tu viens pour vérifier que le bébé va bien, tu sors en ayant peur qu'il soit moche"/ Mais on n'en veut pas de ta photo 3D punaise / Les élections qui font mal / Des donneurs de leçons, des commentaires de comptoir / Dans convaincus, il y a surtout "con" finalement / Et si ne pas être sûr de tout tout le temps n'était pas le salut de notre civilisation décadente / J'ai voté 10 ans par défaut / Stop / Le Livre de Dina qui m'emmène ailleurs / Numérobis qui bluffe tout le monde avec son violoncelle / Des anniversaires en cascade / Les enfants de l'hiver / Une visite chez l'orthophoniste / Pas de nouvelle de Livre-Photo de Papa ? Nan mais il ne devrait plus tarder / 2015, c'est quoi finalement? Une année de tragédies nationales et de deuils familiaux / Et puis My third quand même / Il sort toujours quelques chose de beau de ce qui est douloureux / Col: 47, postérieur, fermé / Frimer devant les copines qui me prédisaient un accouchement en avance / "Maman tu as oublié le cadeau de Noël aux maîtresses" / Ah oui complètement oublié cette année / Attaquer HHhH / Col ramolli et court / Mais non voyons, il y a 10 jours j'étais au top / Colis Privé ou l'impression d'être chez Kafka / Préparer Noël quand il manque la moitié des cadeaux / Punaise: 100 pages, 450 photos, 15 ans de souvenirs familiaux des heures de boulot / Noël ne peut se faire sans ce livre photo / Catherine Certitude dans ma boîte aux lettres / L'avenir de la Poste est assuré tant qu'il y aura des blogueurs / "c'est fou les colis que vous vous envoyez alors que vous ne vous connaissez même pas" / Mieux que tu ne le penses l'Homme / Que nous restera-t-il de 2015 ? le sentiment que ceux qu'on aime sont précieux / "Tu vas l'appeler Thérèse? Tu es sûre? C'est ce que ta fille dit à tout le monde, mais je te jure Galéa à mon avis tu as au moins une génération d'avance, ça craint pour le bébé" / Je rêve de cigarettes, de bières et de run / "C'est bientôt fini tinquiète" / Pas trop vite non plus hein /
"Mamie, elle a dit que ses autres petitts-enfants étaient mieux élevés et plus agréables que Numérobis et moi (WTF?), et quand je lui ai répondu (WTF ?! ), elle a dit que j'étais vraiment la fille de ma mère (WTF ?!!!!!!)" / On ne répond pas à ses grands-parents, punaise/ L'impertinence et l'insolence ne sont pas ce que je leur ai donné de mieux / Peut-on réussir Noël avec des cadeaux qui manquent, une belle-mère qui nous déteste, et des contractions fortes et rapprochées ? / Galéa tu te calmes, tu ne vas pas accoucher dans la voiture le soir de Noël, arrête de pleurer maintenant / Pas d'accouchement, pas de disputes et une super Lulux qui a trouvé des cadeaux de substitution pendant que je chouignais sur mon colis perdu / Un beau réveillon avec beaucoup de rigolade / Pleurer devant le pommard que tout le monde déguste religieusement/ L'esprit de Noël /  "Du velours punaise, c'est trop dommage que tu ne puisses pas" /


Un coffret Chanel, des livres, du parfum, des dessins, une sculpture... / Numérobis qui fait le show, Rayures qui bat un beauf un peu ivre aux échecs / On résiste : on rigole / Qu'est ce qu'on garde de 2015 ? / Pas mes cheveux en tous les cas, ni l'appartement, ni une certaine insouciance / Je jette aussi la vanité -après avoir toujours prétendu le contraire - / On garde l'essentiel: my third, le plus longtemps possible -au chaud dans mon corps sain-, l'amour des siens, même différents, même divergents, même pas d'accord (et on oublie qu'hier il y en a qui sont allés voir Laurent Gerra)/ S'aimer les uns les autres le plus longtemps possible et mesurer sa chance /  Et continuer à se disputer copieusement sur tout et n'importe quoi...sinon on risque de vraiment perdre l'essentiel ;-)



Joyeux réveillon à tous les amis (ou pas d'ailleurs...la saint-Sylvestre, c'est quand même surfait), je m'en vais briller de mille feux dans ma tunique à paillettes, je vous dis à l'année prochaine.

Sur une idée de Moka. 

mercredi 2 décembre 2015

My (darling) Third : le prénom

On approche de la date fatidique (bien que je sois beaucoup moins grasse que je ne l'aurais souhaité mais bon), on remplit le dossier de l'anesthésiste, de la clinique (et surtout des dépassements d'honoraires et clairement cette année, soit on faisait le troisième enfant soit on changeait la courroie de distribution de la voiture et on achetait des pneus neige...bon bah...pas de ski cette année). A chaque fois, il y a la case "prénom du bébé" à remplir, à chaque fois je ne mets rien, à chaque fois, je pense à ma belle-mère "c'est important le prénom, vous savez, elle va le garder toute sa vie".

Sans blague ?!!!!!!!

Venant de quelqu'un dont le fils trouve atroce son prénom, je dois dire que ça ne manque pas de piment.

Quelles sont donc les vraies questions à se poser pour le choix du prénom ?
(Galéa, service public pour vous servir).

D'abord il est nécessaire de bien prendre en compte le nom de famille. Car, même si c'est une fille, on n'est jamais certaine qu'elle se mariera (et le cas échéant ni qu'elle prendra le nom de son mari). A titre personnel, j'aurais aimé éviter de prendre celui de l'Homme mais mon nom de jeune fille n'était pas non plus ce qu'on pouvait faire de plus glamour, donc je me suis résignée. Si vous n'avez pas un patronyme très "passe-partout" ou un peu ridicule, voire un peu "connoté", je dis : attention au choix du prénom. Un nom de famille terroir ou très régional, s'accorde rarement avec un prénom exotique ou ethnique. Je garde un souvenir ému d'un Géronimo Lozachmeur, un de mes premiers étudiants en TD, dont j'évitais de lire le nom en entier pour ne pas rire. Où que tu sois Géronimo, j'espère que tu as trouvé ta voie.

Le prénom c'est le moment où on se met d'accord dans le couple (à côté de ça, monter un meuble Ikéa c'est une lune de miel). Car chacun sait que le prénom c'est un signal, un marqueur social, une manière de se positionner par rapport aux autres. Soyons honnêtes, un Brandon ou une Jennifer s'intègrera difficilement avec un groupe de bobo qui écoutent France Culture, lisent Télérama et boivent du thé Mariage frères.  Une Emérentienne risque tout autant de se sentir décalé dans une boite de nuit un peu branchée.

Le prénom régional est risqué aussi, sauf si on veut toute sa vie rester au même endroit et que son enfant n'en parte jamais ensuite. En ce qui nous concerne c'est mort, mais on s'est quand même renseigné. Au delà des Maëlle, Gwenaëlle ou Soisic, globalement passées dans le langage courant (et déjà porté par des cousins au premier ou deuxième degré), avec l'Homme, on craint que Koridwenn ou Houarnevenn (surtout collé à des Galets) ne soient pas facile-facile à porter sur le littoral méditerranéen. Il a donc fallu chercher ailleurs.

Le prénom en vogue est également risqué, même par inadvertance, on m'a signalé plusieurs Loana née en 1999 qui sont en dépression.

Le prénom ancien, doit être vraiment ancien mais pas trop. Attention, les prénoms des années 40 ne sont pas encore revenus à la mode. Un nourrisson de 2015-16 n'est pas encore prêt à se faire appeler toute sa vie Renée, Micheline ou Gérard (mais sans doute y pensera-t-il pour ses propres enfants) Ceci-dit, le prénom trop ancien pourrait déstabiliser aussi , l'Homme a récemment refusé celui Aldegonde.

Car la vraie question est la suivante : jusqu'à quel point envisage-t-on d'être originaux ? Mon beau frère n'ayant donné que des prénoms inventés à ses enfants, nous avons mesuré le risque. Si tu tombes sur un gamin qui a hyper confiance en lui, qui cultive l'originalité, qui ne se fait pas marcher dessus, c'est banco. En revanche, si tu as un modèle timide, qui n'aime pas se faire remarquer, il vaut mieux prévoir le budget pour réparer les dégâts à l'âge adulte (Achille, le meilleur copain de Rayures est maladivement timide, avec du recul on se dit qu'il n'a pas fini d'en baver le guerrier grec).  

Si l'Homme et mois sommes d'accord pour trouver un prénom qui existe (malgré notre gout commun pour la bière et le tabac, nous avons renoncé à Malbo et Despé, ça sonne mal avec des Galets), il n'est pas encore prêt à appeler l'une de ses filles d'un nom dérivé d'une fleur qui pousse pourtant en Bretagne. Quant à moi, je refuse les héroïnes de Bande Dessinée (Numérobis a proposé Jadina en vain) et les personnages des chansons de Gainsbourg (Mélody Nelson, ça a de l'allure, Mélody des Galets tout de suite ça rend moins bien ).

Mais quand on se pique d'être quand même un peu au dessus du lot, n'est pas simple non plus. Rayures et Numérobis ont des homonymes depuis la crèche, et son condamnées à être Rayures G et Numérobis G, jusqu'à la fin de leur scolarité. Numérobis nous a de toutes manières prévenus qu'elle prendrait un nom de scène quand elle sera chanteuse-danseuse-violoncelliste.

Rajoutons qu'il faut éliminer une partie des prénoms déjà donnés par les amis proches et moins proches, les cousins germains et éloignés, ceux réservés par la frangine pour ses futurs enfants (alors que je suis sûre qu'elle n'aura que des fils) ; auxquels s'ajoutent également ceux des petites soeurs des copains des enfants "attends maman, tu vas pas appeler le bébé comme ça, tu verrais comme la petite soeur de X est moche, et en plus il parait qu'elle bave et qu'elle pleure tout le temps".

C'est pourquoi, il est absolument nécessaire de ne le dire à personne avant l'accouchement. Vous pensez être sûr de votre entourage ? Vous vous trompez. Tout le monde a un avis sur le prénom du futur bébé. Même des enfants de moins de 10 ans. Il y a dans les gens qui vous entourent un gros relou qui oublie de réfléchir avant de parler, il se cache souvent sous les traits de quelqu'un de tout à fait intégré socialement. Il se contentera peut-être d'une moue expressive qui veut dire que c'est bof bof (niveau 1). Peut être surjouera-t-il la surprise à coup de grand "non, c'est pas vrai, vous n'allez pas l'appeler comme ça, vous nous faites marcher", qui veut au fond dire qu'en mauvais parents vous condamnez votre enfant à une vie pourrie (niveau 2). Si cela ne dépasse pas ces deux niveaux, vous êtes chanceux. 

Car il est aussi possible que le gros relou prenne ostensiblement un air gêné en "préférant se taire", avant d'avouer, faussement gêné, que c'est le prénom d'un enfant décédé/handicapé de sa connaissance, avant de conclure cruellement "pour moi ce prénom restera toujours associé à ce douloureux événement".  Et ça, je peux vous dire que c'est du vécu.

Dieu merci, dans la plupart des cas, ça reste quand même acceptable:
décembre 2008 -"Numérobis ? c'était le nom de ma grand-tante, elle piquait"
novembre 2015-"My Third, oh punaise c'est bizarre, j'en ai connu une, tout le lycée lui était passée dessus"... (l'Homme a frôlé la crise cardiaque)
mai 2006 - "Wow Rayures des Galets? Punaise vous prenez un risque les amis, s'il y a une nouvelle guerre, elle va avoir des soucis".

Voilà, si vous voulez éviter tout ses commentaires désobligeants, bêtes ou les deux, gardez votre choix pour vous, jusqu'au jour de la naissance.

D'autant qu'au bout du bout du compte, la question reste entière : est-ce le prénom qui fait l'enfant ? Jusqu'a quel point est-ce important et crucial? Une troisième soeur récupère-t-elle ce qui a été recalé pour les deux premières. Rayures aurait-elle été moins lunaires si on l'avait appelée Violetta, Numérobis aurait-elle eu une voix moins rauque si on l'avait appelée Claire?

Quant à moi, serais-je davantage sortie du lot si mes parents avaient été un peu plus originaux? Pour être sûrs de ne prendre aucun risque, ils m'ont donné le prénom qui allait aux riches comme aux pauvres, aux branchés, aux ringos, aux lettrés et aux analphabètes. J'ai 203 homonymes rien que dans ma ville (c'est Leroy-Merlin qui me l'a dit), et plus de 2000 en France (c'est Nespresso qui me l'a dit). Je reçois donc des propositions de conventions obsèques, de véranda, de crédit à la consommation, de relooking pas cher.

Qu'en sera-t-il pour my Third, dont j'espère encore que l'Homme acceptera le prénom qu'il a refoulé pour les deux premières 'au prétexte étrange que la consonance lui faisait penser à son grand-père (alors que franchement : aucun rapport, mais il reste un Homme).

A ce stade de ma grossesse, je suis à deux doigts de lire des études assez poussées sur les prénoms les plus donnés aux musiciennes, tueuses en séries, femmes fatales, dépressives chroniques, championnes du monde d'athlétisme, Prix Nobel de physique etc...histoire de faire les choses bien....

Ou alors....

Je fais comme je le sens.

Car je reste malgré tout convaincue qu'il y va des prénoms comme des natures de cheveux, quel qu'il soit on en aurait préféré un autre (avant d'accepter, en vieillissant, ce que l'on est).

mercredi 21 octobre 2015

My (darling) Third: la Bonne Mère

Me voici à mi-chemin, suffisamment avancée dans la grossesse pour que n'importe quel planquin vienne me parler de sujets "maternité" mais pas assez pour être impolie et l'envoyer sur les roses. Bref, c'est le moment, ou chacun nous sort "c'est la meilleure période" (mais bien sûr, viens voir mes varices et on en rediscute)

Voici donc le moment de se poser la question de fond: comment définir la Bonne Mère ? Comment avoir une chance de le devenir?

Coincée entre la Vierge et la putain, pas facile facile pour la femme des années 2010 de savoir comment s'approcher au plus près de cette icône : la Bonne Mère. Heureusement, Galéa est là, prête à répondre à cette question épineuse et déterminante, en toute impartialité, en croisant des études sérieuses et validées par le CNRS et DDASS, Galéa vous offre une nouvel article de Service Public.

Qu'est qu'une bonne mère? Comment être sûre d'en être une?

Le postulat de base est le suivant: la bonne mère, aux alentours de la trentaine, est mariée, a deux enfants (idéalement un garçon et une fille), et a contracté un crédit immobilier sur 30 ans (car la bonne mère évidemment a commencé à consolider son patrimoine dès qu'il a été question de faire des enfants). La bonne mère est prévoyante et parie sur l'avenir, elle est jeune, diplômée, bien dans sa peau et dans son époque. 

Si déjà vous ne rentrez pas dans cette catégorie (que vous soyez locataire, que vos ayez passé l'âge fatidique, ou que vous ayez moins ou plus d'enfants), passez votre chemin, vous ne serez JAMAIS une bonne mère.

Il faut savoir que la bonne mère l'est AVANT d'avoir accouché. Elle a suivi des cours d'haptonomie pour déjà entâmer une communication avec son bébé, n'a pas fumé, ni bu d'alcool, de thé ou de café, ni mangé de charcuterie, fromages au lait cru, ni des crustacés (une seule exception est tolérée: en restaurant gastronomique avec un paiement en ticket restaurant- #ElleSeReconnaitra). La bonne mère a suivi pendant 9 mois TOUTES les recommandations de l'OMS et des gynécologues (rassemblées dans un livret de 40 pages écrits en petits caractères). La bonne mère ne se plaint JAMAIS de son état, porte avec stoïcisme ses bas de contention, soigne son rhume ou sa bronchite au miel et au citron. Elle ne se plaint ni du sexe du bébé, ni des nausées, ni des varices, constipation, douleurs dentaires. La bonne mère est épanouie enceinte, mais ne demande jamais qu'on lui laisse une place dans le bus, parce qu'elle n'est pas malade.

La bonne mère fait ensuite de son accouchement le plus beau jour de sa vie, quelques en soient les circonstances. Celle qui osera dire "punaise comme j'en ai bavé pendant 14h" a déjà perdu toutes chances d'être un jour une bonne mère. Evidemment elle allaite comme le préconise l'OMS, mais pas au-delà de 6 mois, sinon elle sera accusée d'être trop fusionnelle avec son enfant.

Une fois "délivrée", la bonne mère travaille; car c'est une femme moderne et indépendante, surtout en 2015, mais attention, point trop n'en faut. Seront évidemment exclues de la Bonnemèritude toutes celles qui travaillent en horaires décalés, qui laissent leurs enfants à l'étude le soir jusqu'à 18H,  qui les mettent à l'école avec de la fièvre et un doliprane (ouhhhhhhhh). Pire encore, seront exclues également celles qui les emmènent au travail, qui grognent quand il faut poser un jour Enfant Malade (si tant est qu'elles le puissent). La bonne mère travaille, mais pas trop, elle a une activité juste pour monter qu'elle est utile socialement.

La bonne mère gère. Elle sait tenir un intérieur, trier les affaires, préparer les sacs, sa maison est propre et globalement rangée (pas trop non plus, si la maison ressemble à un musée, elle sera accusée de ne pas laisser son enfant s'exprimer). Elle maîtrise les bases en cuisine et ménage, sait recoudre un collant, soigner une écorchure, gérer un gastro. Inutile de préciser que la mère hystérique qui hurle "vomis dans la bassine punaise" a perdu tout crédit.

La Bonne Mère ne se laisse pas aller. Elle ne va pas chercher ses enfants avec les cheveux gras, le jean lâche, les baskets d'une propreté douteuse et l'épilation approximative. Attention, elle ne doit pas être trop apprêtée non plus car elle a quand même autre chose à faire que d'aller chez le coiffeur toutes les semaines (les balayages trop élaborées sont proscrits). La Bonne mère n'a pas de kilos en trop (car ça voudrait dire qu'elle se néglige), mais elle n'est pas trop maigre non plus (car cela signifie qu'elle est constamment débordée et qu'elle saute des repas). Donc la bonne mère fait un 38, éventuellement un 40 (à débattre au cas par cas), souriante, détendue, peu cernée, on appréciera les petites pattes d'oies au coin des yeux (preuve qu'elle assume son âge et qu'elle a renoncé à toute séduction malsaine).

La Bonne Mère a des amies et est socialement responsable. Elle s'implique dans la grande communauté des parents d'élèves en s'intéressant aux autres mères, elle rend service aux maîtresse quand la situation l'exige, discute diversification alimentaire, programme scolaire, méthodes de lecture, prix des activités sportives. Bien entendu celle qui traînent avec des copines un peu étranges qui boivent des bières le soir dans des bars ou refont le monde autour d'un mojito sont a priori suspectes, de la même manière que les nolife qui ont une vie parallèle avec des gens qu'elles n'ont jamais vus en vrai, ne peuvent d'ores et déjà pas imaginer qu'elles puissent un jour intégrer le club des bonnes mères.

La Bonne Mère a de l'ambition pour sa progéniture. Enfin disons qu'elle en a suffisamment pour que son enfant ait les meilleures chances de réussir sa vie. Attention néanmoins de ne pas en avoir trop, sinon elle passera automatiquement dans la catégorie des "mères qui mettent la pression" ou pire "celles qui vivent par procuration". Celles qui envisagent polytechnique, chirurgie cardiaque, danseuse au Bolchoi ou prix Nobel de la Paix pour un enfant en élémentaire seront aussi condamnables que celles qui ne regardent jamais le cahier de texte de leur chère tête blonde. Tout est une question de mesure, mesdames, réfléchissez bien à cela.

La Bonne mère aime son mari. Elle ne le quittera jamais (ce qui attesterait d'un égoïsme condamnable), ne se fera jamais abandonnée non plus (car elle prend soin d'elle et de son foyer). Elle ne passera pas non plus le temps qu'il lui reste avec un Homme qu'elle n'aime plus, car la Bonne Mère a rencontré le Prince Charmant de bonne heure, Prince Charmant qui est non seulement facile à vivre,  investi dans les tâches ménagères, impliqué dans l'éducation des enfants, tout en restant viril, drôle et bon père de famille.

Mais quoiqu'il en soit, et je confluerai là-dessus:  la mère, aussi bonne soit-elle, sera responsable de tout ce qui arrivera à son enfant: décrochage scolaire, échec sentimental, mauvaise fréquentation, absence d'autonomie, myopie, erreur d'aiguillages, poursuite de chimère, perte du bonnet de piscine, gouts musicaux pourris. Bref quoiqu'elle fasse, tout sera de sa faute, elle sera jugée tout le temps, par tout le monde.

Pourquoi ?  parce que la Bonne Mère, tout comme l'Enfant Parfait et le Prince Charmant, n'existent pas. Enfin si, il y en a une à Marseille, mais là elle s'occupe d'une amie à moi qui sort de la tourmente. Donc bon, inutile de rivaliser.

En revanche, à défaut d'être une bonne mère, on peut tenter de faire le minimum syndical. Je vais donc de mon côté, me la jouer hyper modeste, et me préparer à accueillir My Third comme il se doit, c'est à dire comme elle est. 

Je m'engage donc sur ce blog à l'aimer, la chérir, même si je déguste à l'accouchement, même si elle est verseau, même si elle n'a pas les yeux bleus, même si elle fait ses nuits à 3 ans, même si elle aime les Winx, même si elle veut apprendre à jouer de la batterie, même si elle a comme copains tous les boulets de l'école, même si elle écoute Maitre Gims.

Bref, en l'acceptant comme elle est, j'espère qu'elle me pardonnera la mère imparfaite que je suis déjà.



C'était Galéa (conseillère familiale de la blogosphère)
Je reste à disposition pour tous renseignements complémentaires d'ordres éducatifs et conjugaux. 
Je reviendrai sur certains points cruciaux tout bientôt.

mardi 1 septembre 2015

My darling Third : les Autres

Galéa : 1 - décollement du placenta : 0

Et oui, c'est l'heure de mon point hormonal. Premier point : grâce à la force de mon esprit, j'ai gagné mon combat contre un placenta qui faisait des siennes (grâce aussi à un canapé résistant qui ne retrouvera sans doute jamais une forme digne de ce nom). Je suis donc officiellement valide. 

Du coup, la rentrée est faite et bien faite, et j'ai eu beau raser les murs pour ne croiser personne, les choses étant ce qu'elles sont, la nouvelle est officielle. Par définition, être enceinte c'est s'exposer aux regard, et je dirai même c'est devenir une attraction (surtout si on habite un village rural ou un quartier de centre ville, ou tout autre microcosme propice à la rumeur). J'ai donc eu le droit à ce merveilleux prologue : "Je savais qu'il se passait un truc chez vous, mais en fait je croyais que l'Homme et toi divorciez". Yeahhhhh. Qui c'est qui renvoie une image de couple-Calvin Klein-qui-marche-sur-la-plage-en-pantalon-en-lin? C'est nous!!!

Le Ventre.

La femme enceinte est d'abord un ventre, par conséquent, je ne me définis plus que comme telle aux yeux du reste du monde. L'irréfutable preuve: j'ai coupé ma frange toute seule, et personne ne s'en est rendu compte, même pas ma mère (ceci-dit ce n'est pas plus mal, bien que cela reste vexant). Impossible de croiser une vague connaissance sans avoir son jugement sur ma silhouette de femelle reproductrice. Je me sens un peu comme une jument ou une vache soumise au regard de l'éleveur (plus souvent l'éleveuse d'ailleurs) qui jauge mes capacités de portage. En gros, à 2 mois de grossesse, vu que je n'étais pas obèse (en plus d'être cernée et amaigrie par les nausées), j'ai eu le droit à : "mais bon sang, Galéa tu vas nous le mettre où ce petit ?".  Et à presque 4 mois, après avoir bien profité, j'ai maintenant  le droit à l'incontournable "Mon Dieu, mais dans quel état tu vas finir ma chérie ...il te reste encore 5 mois à tenir", couplé évidemment à la recommandation de base "Mets bien la crème sur ton ventre quand même", sous-entendu "tu as bien assez de vergetures comme ça".  

Bien entendu, je n'échappe pas aux gens lourds de chez lourds, qui se sentent tout à fait autorisés à me toucher le ventre, donc mon utérus, parce que c'est bien connu, la femme enceinte adore la main d'étranger sur son corps (surtout moi qui ai déjà du mal à communiquer gestuellement avec autrui, un jour je vous parlerai de mon amie américaine qui est beaucoup dans le toucher quand elle parle). Rajoutons à cela des années d'expérience en boîte de nuit (oui j'ai été une cagole dans ma jeunesse), mes réflexes étant restés ce qu'ils étaient en cas de contacts rapprochés non voulus par moi, il y'a eu quelques gestes malheureux de ma part et de regrettables malentendus sociaux.

L'âge.

Vu que je suis plus proche des 40 que des 25 ans, je n'ai pas échappé au désormais célèbre: "quel courage, ma pauvre" . J'ai donc eu le droit à "Tu te rends compte que tu auras 54 ans au moment de son bac (et plus en cas de redoublement) ? Ce n'est pas l'âge qu'avait ta mère quand elle est devenue grand-mère?" . Non Ma mère est devenue grand-mère beaucoup plus jeune que cela. La pharmacienne (ma dealeuse de Maternov des premières semaines-merci Clémence) m'a regardée avec un air de profonde empathie "Ca fait toujours un choc quand ça nous tombe dessus comme ça hein, mais vous verrez vous serez contente après". Je suppose que c'est en voyant les deux filles se battre sous un tabouret réservé aux personnes invalides, qu'elle n'a évidemment pas envisagé que je puisse vouloir sciemment m'y remettre une troisième fois. 

Sinon, on m'a récemment demandé le résultat de mon amniocentèse, si je n'avais pas mal à mes varices, et si je ne craignais pas une descente d'organes ou une distorsion de mon périnée. Bien sûr, la sale tête que je me suis traînée pendant 2 mois a été attribuée à ces grossesses tardives chez des femmes épuisées. J'ai aussi eu toutes les histoires de fausses couche possible, celles de malformations diverses et variées, des grandes prématurités et j'en passe, mais bien sûr à chaque fois "je ne devrais pas te raconter tout ça maintenant ma pauvre".  Ben non, tu ne devrais pas, mais visiblement, ça te fait un bien fou dis donc. Il ne me reste plus qu'à reprendre les expressions branchées de ma jeunesse pour faire la bonne mère ringarde dont mes enfants auront honte dans 20 ans (tiens, j'ai bien envie d'écouter Louise Attaque avec un vieux Levi's boot-cut,  tout à coup).

Le nombre.

Il semblerait que quiconque dépasse le cap des deux enfants n'ait pas d'activité professionnelle, ni aucune ambition personnelle. "Mais comment tu vas faire avec ton boulot?", bah comme j'ai fait avec les autres a priori...Bien sûr, pour quelqu'un qui ne sait pas cuisiner, qui vit dans le bazar toute l'année, qui est en retard aux réunions de rentrée, qui oublie le bonnet de piscine, qui conduit de manière approximative et un peu dangereuse,  prétendre à un troisième enfant a un petit côté anachronique. Après m'avoir demandé si c'était un oubli de pilule ou un problème de stérilet, j'ai eu en retour cette réaction résignée : "Comment peux-tu envisager une famille nombreuse alors que tu ne sais pas faire un gâteau au yaourt ?". C'est vrai mais je sais éplucher des carottes (avec un économe). 

Je vous passe les bonnes âmes qui me demandent où nous allons habiter : "Tu crois que vous pourrez rester dans le centre vu le prix des loyers?".  Non effectivement ça va être compliqué...donc on va se serrer comme des sardines. Bien sûr on me prédit des enfants étrangers les uns aux autres "10 ans d'écart avec ta grande, globalement tu en auras une qui passera le brevet quand l'autre quittera à peine la crèche...ce sera un peu un enfant unique quand même". Et surtout cette merveilleuse phrase de conclusion : "Mais comment tu vas gérer l'adolescence de tes grandes avec un bébé dans les pattes". Et de me parler de cette gamine qu'elle a vue grandir et qui maintenant se drogue par désoeuvrement parce que ses parents sont trop absorbés par la rentrée en Petite Section de leur dernier. Avec l'Homme, on a décidé de méditer là dessus quelque temps. 

Et le must: le sexe du bébé

"Tu sais je comprends que tu te lances dans un troisième, l'Homme veut tenter le fils, c'est normal  (puis avec un air entendu-genre je le dis sans le dire) surtout pour la transmission du nom". Ouaich. Le nom de l'Homme existe depuis 5000 ans, est porté sur les 5 continents par des gens de tous milieux. Il a survécu à l'exode d'Egypte, à l'Inquisition espagnole et la Seconde Guerre Mondiale...a priori je pense qu'il supportera aussi qu'on n'ait que des filles. "Quoi?", ou plus précisément, "QUOI ? c'est encore une fille!!!".  Je vois alors passer dans les yeux de mon interlocutrice un mélange de pitié, de triomphe et de supériorité. Visiblement même en 2015, il n'est pas évident que la petite fille soit aussi précieuse qu'un petit garçon, d'ailleurs ma belle-famille (championne de Bretagne en proportion de naissances mâles) n'a pas caché sa déception face à ce nouvel échec. 

Eh les amis, je vous le dis en passant hein, et sans trop me la raconter non plus (mais un peu quand même) :  mes filles sont élevées comme des fils, elles grimpent aux arbres plus vite que les garçons, sont bonnes en math, n'ont pas peur des mulots, n'ont pas peur de grand chose d''ailleurs, ma grande maîtrise les rudiments du football, est une vraie dure au mal, ne pleure presque jamais, et puis je vous le dis, j'ai autant d'ambition et d'exigence pour elles que si j'avais eu des fils. Et franchement, soyons clairs, ma soeur et moi ne transmettrons pas le nom de mon père, en revanche nous donnerons à nos enfants des valeurs, une exigence, un humour de mauvais gout, une asociabilité chronique, une rancune tenace, une loyauté envers les siens...bref, tout ce qu'il nous a transmis depuis l'enfance, et ça pardon, mais ça veut plus cher que quelques lettres collées sur un livret de famille hein...L'esprit d'une "lignée" ne tient pas à un nom, mais à un lien. 

Je conclurai avec cette merveilleuse phrase  que je ne sais toujours pas comment interpréter: "Tu n'as pas peur quand même qu'elle ...enfin, tu vois quoi, qu'elle ...ressemble aux deux autres?" . Dans la mesure où à ce moment précis, nous étions au parc, et que mon aînée venait de se gaufrer lamentablement en faisant une roue sans avoir enlevé ses lunettes alors que ma cadette dirigeait d'un air autoritaire 3 autres petites filles qui n'osaient pas la contredire, j'ai comme l'impression que ce n'était pas hyper positif comme remarque. 

Sinon, bon on est d'accord hein, l'enfer c'est les autres comme dirait l'autre...même si les autres c'est aussi mes copines émues qui m'envoient des textos plein de gentillesse, des services rendus ni vus ni connus pour ne pas que je m'étale en remerciements, des blogueurs qui me laissent des petits messages qui me font pleurer (à cause de hormones), l'Homme qui me gave de rillettes, une non-blogueuse sans coeur qui m'inonde de pavés pour être sûre que mon placenta se recolle...Mais bon, je ne le dis pas trop fort non plus, car je dois rester fidèle à ma réputation : une sale gosse qui dit du mal des autres...

PS: Merci à tous pour vos si gentils mots ;-)

samedi 1 août 2015

Moi après mois

Chez Moka
Arrêter de fumer, de boire et de courir/ Une partie de moi est restée en mai avec mon grammage en nicotine, goudron, kérosène, mes bouffées d'endorphines euphorisantes, mes gamma GT du soir et mes litres de caféine / "Maman, elle crie pour tout, elle pleure pour rien, elle s'endort n'importe quand"/ Ne ressembler à rien pendant des semaines/ Lutter contre les nausées du matin jusqu'au soir/ "Je te jure l'Homme je préférerais vomir que de supporter ça toute la journée"/ Mon tri-test qui se perd entre le laboratoire et le cabinet (WTF) / "Madame je ne peux pas vous donner les résultats, vous devez appeler votre gynécologue"/ Tête de la secrétaire: que dois-je comprendre punaise? / Ma lecture de Toulmé est encore trop récente/ Nan je ne psychote pas...par contre qu'est ce que je pleure/ "Le problème avec tes hormones, c'est ton absence totale de filtre social, déjà que bon....enfin, bref, je te jure ça devient vraiment délicat"/ L'Homme qui n'en revient pas de ce que je me permets : les mots qui sortent tout seuls / Le cortège des Cassandre qui vous donnent par le menu toutes les choses horribles qui peuvent encore arriver / Avoir peur de tout, tout le temps...et pour toujours / La liste des interdits alimentaires qui s'allongent d'une année sur l'autre / N'en respecter aucun/ "Attends déjà je ne fume plus, je ne peux pas en plus me priver de fromage et de saumon gravlax / Avoir une bonne raison d'être fatiguée/  "Serai-je plus suivie vu mon âge ? " "Votre problème, ce n'est pas l'âge c'est votre profession" / Repos forcé / Tiens je vais attaquer Proust du coup / "Votre gynécologue ne pourra vous recevoir aujourd'hui, il a du partir précipitamment en vacances ?/ Que doit-on comprendre par "précipitamment" ? / Un gynéco en burn-out c'est possible ça ? / "Au moins, tu vas pouvoir en parler sur ton blog"  a dit l'Homme, résigné / L'émotion contenue de ma mère, la fierté -pas contenue du tout- de mon père, l'euphorie des filles, le regard de l'Homme, les voeux de ma soeur, la bienveillance des copines d'ici et d'ailleurs /  Bref: il y a comme du changement sous les galets.

PS 1: Mea Maxima Culpa.

A toi, la femme enceinte malade à qui j'ai affirmée que la fatigue était dans ta tête, à toi à qui j'ai dit un jour, arrogante dans mes 30 kg de graisse "tu sais les nausées, c'est comme un dimanche où on aurait abusé de la raclette, va marcher un peu ça va passer", à toi à qui j'ai reproché d'abuser de t'arrêter de travailler à 2 mois : pardon. Je suis aujourd'hui punie. La grossesse n'est pas une maladie mais elle peut rendre malade, parfois.

PS 2: Message très personnel

Je ne peux faire ce billet sans avoir une pensée pour tous ces amis, qui de près ou de loin, connaissent le chemin de croix du bébé. J'appartiens à la génération qui doit parfois se battre pour avoir des enfants (après nos mères qui craignaient toujours le bébé non désiré, quel comble !). J'ai donc une pensée sincère et émue pour ces enfants perdus ou qui ne viendront plus, pour ces femmes qui ont gagné un combat contre une maladie terrible qui leur aura pris tout leur matériel, pour ces couples en attente ou qui ont renoncé. Depuis le début de cette grossesse - qui sera sans doute ma dernière - j'ai dans un coin de ma tête et de mon coeur les embryons congelés, les injections d'hormones, les espoirs qui récidivent, les tests, les environnement médicaux, les petites douleurs et grandes tragédies, les années qui passent,  car ce qui n'est plus si "facile" et "naturel" que cela à avoir un enfant. Je mesure ma chance (tout en croisant les doigts quand même), et remercie pour leur gentillesse à mon égard ceux qui se reconnaîtront (et les autres bien sûr).


Sur ce, je ne vais non plus trop me perdre en bons sentiments (ha ces hormones !!! faudrait pas croire qu'on n'arrête d'être égoïste du jour au lendemain), et je vous donne rendez-vous dans un mois, avec un florilège des meilleurs phrases entendues depuis 3 mois et je peux vous dire qu'entre la bêtise crasse, la méchanceté banale et les regrettables maladresses, on n'est jamais déçu par les gens ;-)

Une nouvelle manière de s'étaler sur une idée de Moka :-)

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