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lundi 9 octobre 2017

Mon immersion #4

Je m'appelle Galéa, j'ai 38 ans, j'étais plus ou moins addict aux réseaux sociaux,
Je suis abstinente (sur FB et IG) depuis 47 jours.

Je considérais être arrivée au bout de ma désintoxication 2.0 (c'est à dire que je ne suis pas retournée sur FB et IG, hormis la page du blog, mais j'ai repris twitter en douce pour être au courant de ce qui se passe dans le monde et pour suivre les blogs).

Je pensais donc m'arrêter là, quand j'ai reçu un mail du service du CHU. La prochaine séance serait donc à "ciel ouvert", c'est à dire en extérieur pour que nous puissions "reprendre contact avec le réel" . Oui rien que ça. Cela consistait à se retrouver dans un café, un vendredi soir à 18 heures ( heure bâtarde s'il en est: trop tard pour un thé, trop tôt pour un apéro).

J'ai donc renvoyé un mail où je déclinais. En me servant honteusement de mes 3 enfants comme prétexte, j'ai expliqué que c'était impossible pour moi, car c'est l'heure maudite, où je suis seule à gérer avec une bienveillance en deuil, les douches, les devoirs, les heures de colles, les histoires de copinages du collège, les gammes de violoncelle (saleté de position du pouce)...donc 18h, désolée, merci mais non merci.

Sauf qu'en réponse, on m'a dit que ce serait, si tout se passait bien, mon ultime séance, rapport à ma pathologie considérée comme modérée (tu m'étonnes vu les boulets).

J'ai donc du y aller, en espérant que cet effort surhumain marquerait la fin de ma thérapie.

Je suis arrivée évidemment un peu en retard, le mascara moyennement en place, la frange frisottant, avec dans mon sac des restes du gouter des grandes, le tout me donnant une allure franchement négligée. Ils étaient tous assis autour d'une table basse dans un bar totalement impersonnel, ni branché, ni ringard pour que toutes les classes d'âge se sentent à l'aise, et pour qu'on ne paie pas 7€ la consommation (j'ai tenté une photo mais j'ai eu peur qu'on s'en serve contre moi à l'avenir). Déjà mauvaise surprise, il n'y avait que des jus d'orange et des infusions sur la table, et Jean-Charles m'a prévenu "on ne prend que des soft hein ?" (RIP la bière que je me faisais une joie de boire à l'heure des bains).

La seule à côté de qui il restait de la place c'était évidemment Paméla (celle qui t'accroche comme une bernique en se pensant ta meilleure amie). Thierry, toujours dans les tons beiges est à côté de la dame pro-commerce-équitable (celle qui donne des leçons de moral à tout le monde). Je ne connaissais pas les autres, mais au total nous étions 7. Nous avons été sélectionnés pour cette séance parce que nous sommes ou avons été blogueurs à un moment (perso j'ai menti sur le formulaire, en disant que j'avais arrêté de bloguer après la naissance de Duracell, j'ai juste omis de dire que j'avais repris depuis).

"Vous êtes là réunis parce que le fait de bloguer a biaisé votre rapport aux réseaux sociaux, les pages FB, le nombre de like, les retweet, les partages etc...tout cela  a modifié le rapport que vous aviez à la communauté, parce que globalement vous aviez tous quelque chose à vendre".

Silence de plomb. Jean-Charles (qui est habillé d'une sorte de jogging -!- sans doute pour éviter que naisse toute ambiguité avec ses patientes - objectif largement atteint), Jean-Charles donc propose de faire un tour de table pour que chacun présente son blog (ou ce qu'il en reste).

Paméla commence fièrement par annoncer qu'elle a un blog lifestyle (je comprends qu'il s'agit d'un blog où on raconte sa vie et ses achats) avec tous réseaux confondus 9000 abonnés, un petit millier en moyenne de vues par jour, 3 billets par semaines, une dizaine de partenariats par mois etc...Je scrute les autres participants, en commandant (la mort dans l'âme) une menthe à l'eau. Ils hochent tous de la tête, pas franchement impressionnés (alors que moi j'hallucine). Thierry, comme on s'y attendait, alimente un blog d'opinion, ses chiffres claquent moins, mais bon ça reste le triple de ce que je faisais à ma période faste. Mme commerce-équitable tient un blog de "cuisine responsable" (on s'en serait douté),  puis se présente un blogueuse mode (qui cache bien son jeu tant elle est quelconque), une blogueuse famille (au secours purée), une blogueuse run (chouette ...mais en fait non, on voit qu'elle se la raconte même quand elle se tait) et un blogueur SEO (avec l'accent anglais) dont je ne comprends pas bien ce que ça veut dire mais je hoche la tête aussi.

Quand vient mon tour, je marmonne en toussant "littérature". Je sens bien qu'on évolue pas dans les mêmes sphères. Petit silence mi-gêné, mi-connivent.  A voir leur visages plein d'empathie à mon endroit, je me sens dans le même état que le dernier mariage où je suis allée, quand, au milieu des Mercedès et des Audi coupées,  nous nous sommes garés avec notre monospace français qui n'est plus si jeune (et dont j'ai déjà fait l'aile droite, embouti le pare-choque et rayé la portière passager). Je me sens à peu près dans le même sentiment de décalage, mais le pire est à venir.

Personne n'ose me demander mes scores (de toutes manières, j'ai dit que je l'avais supprimé), mais Jean-Charles poursuit sur sa lancée.

"Qui parmi vous n'a jamais quémandé des like, qui n'a jamais organiser des concours auxquels ne pouvaient participer que ceux qui partageaient votre page Facebook,   lesquels parmi vous n'ont pas inondé les fils et time-line de leurs followers en leur promettant des cadeaux pourris fournis par un sponsor qui ne servaient qu'à engranger des j'aime et des commentaires, qui n'a pas fait des demandes d'amis en cascade juste pour envoyer des invitations à aimer sa page ?".

Gros silence. Perso, je jubile. J'ai ma revanche, je me sens un peu comme l'incorruptible blogueuse du siècle, pour un peu j'embrasserais ledit Jean-Charles qui me regarde avec des yeux de veau. Je sirote très bruyamment ma menthe à l'eau, et je réponds un peu fort "moi, Jean-Charles! Je ne me suis jamais livrée à te telles manoeuvres"

-"Même pas pour faire gagner un livre de poche à 6€ Galéa ?
-"Même pas non.

Je savoure ma supériorité éthique; et j'entends derrière moi, une blogueuse famille qui me lance:

-" Oui enfin évidemment...une blogueuse littéraire"  elle rit bêtement ",je crois aussi que les blogueuses genre...heu...qui parlent des chevaliers de l'an 1000 au lac de Paladru, elles ne le font pas non plus, ou celles qui font de la peinture sur soie". Rires de fayots autour de la table. Dois-je me réjouir qu'elle ait vu un film de Resnais ou bien est ce que je l'attaque tout de suite sur son physique (et il y a de quoi) puisqu'elle vient de se moquer non seulement des gens qui lisent mais aussi de ceux qui ont fait des études d'histoire?

Mais à voir la tête des autres,  je comprends que la blogo littéraire, c'est la blogo du pauvre. Je vois les autres "patients" lever les yeux au ciel et la blogueuse mode, avec ses affreux ongles tigrés, pouffe carrément "Nan mais sérieux quoi!!! Un blog qui parle que de bouquins ?"

Je suis vexée comme un petit pou.

Jean-Charles qui sent que j'ai du potentiel en matière de frittage tente de calmer le jeu:

"Non mais Galéa, c'est juste que bon la littérature...non mais déjà la littérature c'est bien, c'est sûr il en faut, mais comment te dire, ce n'est pas ce qui génère le plus de flux sur les RS tu te doutes bien (j'ignore tellement sa présence qu'à un moment il va penser qu'il n'existe plus). Galéa, arrête de bouillir, ce n'est pas méchant, mais économiquement, tu comprends bien que bon, si tu tiens un blog littéraire, ça restreint beaucoup le public tu vois, personne ne peut te citer un blogueur littéraire connu, aucun d'entre vous n'est devenu secrétaire d'état par exemple (rire d'autosatisfaction communicatif au reste de l'assemblée), tu ne vas pas te faire sponsoriser par des marques de vêtement ou de puériculture, tu comprends, au maximum des éditeurs, enfin je ne sais pas, tu as déjà vu des foules se presser devant une librairie pour s'arracher un livre en solde? Non mais je plaisante hein...mais bon ça reste une niche assez marginale, tu comprends, mais ça t'honore d'avoir continuer malgré cela".

Dans ma carrière de perditude, je crois que cet épisode restera gravé à jamais dans ma mémoire. Je me concentre très fort sur un lampadaire, dans ma tête je compte jusqu'à 2 000, j'allume une cigarette en soufflant ma fumée bien fort pour tous leur donner le cancer, et je me dis que là, je devrais m'en aller, drapée dans ma dignité.

C'est alors que Paméla se sent obligée d'intervenir

"Nan mais attends Galéa il en faut pour tous les goûts aussi, je te comprends, c'est chouette de lire, moi j'aime bien aussi parfois, tiens par exemple là tu vois j'ai reçu le livre d'une blogueuse qui a fait une téléréalité avant de monter sa marque de thé, c'est drôlement bien, vraiment je le lis avec plaisir".

"Oui, oui c'est No Filter", rugit la blogueuse mode

Vu que je ne sais pas du tout à quoi elles font allusion,  je réponds :

"Certains blogueurs littéraires font ce que tu dis: les partages, les concours, les likes etc...hein, tu crois quoi, qu'on est trop stupides pour faire comme les autres?"

Rires contenus, puis moins contenus, puis carrément éclats de rires, j'entends des phrases genre "Tu crois que les blogueurs littéraires arrivent à en vivre toi ?", même Mme commerce-équitable est secouée de rire, Paméla tente de se contenir, et Thierry me regarde un peu désolé. Les autres tables nous regardent en souriant. Là de loin on passe pour une bande de copains qui rigolent joyeusement.

La blogueuse run m'assène le coup de grâce "C'est un peu facile de se la jouer détachée de tout ça quand on est sur un créneau qui n'intéresse personne". Saleté. 

Jean-Charles reprend la parole "Bon peu importe, je pense que Galéa, même à son échelle [vague de rires discrets autour de la table],  va pouvoir enrichir le débat, car si je vous ai réunis tous ensemble, c'est pour que vous compreniez que de toutes manières, le blog en tant que média, c'est complètement dépassé".

Silence de mort. C'est à ce moment là que L'Homme me harcèle de textos car il est seul avec les trois filles dont Duracell qui a décidé de manger ses lentilles à la fourchette (purée dans quel état vais-je retrouver ma cuisine?). Paméla, interloquée, regarde Jean-Charles avec les yeux du désespoir, Thierry semble résigné, Mme Commerce-Equitable fait une moue dubitative, M. SEO hoche la tête avec tristesse comme quelqu'un à qui on annonce un diagnostique qu'il sentait venir, la blogueuse mode réajuste son étole léopard en faisant non de la tête...On sent que ça pique pour tout le monde. L'Homme m'envoie que Numérobis à 39,7 et me demande s'il lui donne un doliprane. Je me dis qu'il est temps de lever le camp.

Mais, j'ai encore du tenir encore 1/2h avant de rentrer chez moi.

La question est: dois-je sur mon propre blog expliciter en quoi la blogosphère est devenue ringarde?

Ou bien  je fais comme si je ne m'étais pas rendue à cette ultime séance.

jeudi 24 août 2017

Mon immersion dans le service d'addictologie #2

Je m'appelle Galéa, j'ai 38 ans, et je suis addict aux réseaux sociaux.
Abstinente depuis 7 jours. 

C'est jeudi, le jour où je purge ma peine virtuelle dans mon groupe de parole. J'ai, pour l'occasion, décidé d'adopter une nouvelle stratégie en prenant la posture de la fille qui a compris son erreur et qui est prête pour une vie sans réseau. Pour faire crédible, j'avais opté pour un look zen, genre méditation, pour paraître débarrassée de la superficialité du monde (pantalon en lin et chasuble blanche; l'Homme m'a demandé pourquoi on avait l'impression que j'étais en pyjama).

A 8h45, nous attendons devant la salle des pestiférés, c'est un peu gênant, car en temps normal, nous aurions tous eu le nez dans l'Iphone, les pouces en action, mais bon, sevrage oblige, nous étions obligés  de rester comme des imbéciles les bras ballants et l'oeil éteint. Du coup, j'ai allumé une cigarette, c'était une mauvaise idée bien sûr, j'aurais pu me douter qu'on ne peut pas fumer dans l'enceinte d'un hôpital, j'ai passé un sale moment avec l'infirmière en chef.

Notre gourou est arrivé pile à l'heure (on a tous nourri l'espoir pendant 10 minutes qu'il soit empêché , mais non). Des 15 "patients" que nous étions la dernière fois, nous ne sommes plus que 8 (qui déjà regrettons d'être revenus).

Le gourou nous salue chaleureusement un par un, un peu comme un homme politique en campagne, et nous dit que le programme  démarre vraiment aujourd'hui.  Il nous informe que la règle est maintenant au tutoiement (Quelle horreur! déjà à 20 ans, quand je travaillais chez Mc Do, je ne supportais pas cela), et qu'il s'appelle Jean-Charles (alors que nous étions convaincus qu'il s'appelait Rahan).


Nous déposons sagement nos portables dans la petite corbeille, la fille qui avait été punie la dernière fois, a ostensiblement mis ses deux téléphones dedans. Il nous fait passer les papiers d'admission définitive à remplir chez nous. Au début, j'ai cru que c'était comme un dossier de cantine, d'inscription à la danse, au conservatoire, à la crèche etc ... (nom, âge, profession, n° de sécu...), mais ensuite je me suis demandée franchement si je n'étais pas chez les fous, avec 4 pages de questions complètement ahurissantes du style : "une discussion sur l'un des RS vous a-t-elle, à une ou plusieurs reprises, fait ajourner une tâche domestique, sociale ou administrative?"  (je ne vois pas le rapport) ou la très sympa : "vos enfants (ou quiconque sous votre responsabilité) ont-ils déjà été en danger suite à un manque de vigilance de votre part dû à une trop grande attention portée aux RS ? (accident de la route, chute de fenêtre, empoisonnement par produits ménagers?), comme si mes filles avaient besoin de ça pour faire des choses dangereuses...genre avaler des agrafes. A un moment je me suis demandée s'il n'y avait pas une caméra cachée.

Jean-Charles (je ne me fais pas du tout à son prénom qui ne correspond pas à sa coiffure) commence par nous demander comment s'est passée cette première semaine sans RS. Nous avons tous le nez dans la trousse, c'est le geek-expert comptable qui a le malheur d'être interrogé (ce type me paraît trainer une poisse extraordinaire, je l'envisage maintenant comme un éventuel paratonnerre). Il s'appelle Thibault mais par respect pour son anonymat, je l'appellerai Thierry. Il nous raconte que le matin il est désorienté au réveil (pareil), luttant contre le réflexe d'aller voir où en sont ses tweets subversifs (petits rires étouffés), que sa pause-déjeuner a été franchement triste toute cette semaine, il s'est retrouvé à lire la presse régionale pour agrémenter son repas, il a appris par coeur la carte des bus en attendant le sien, et est maintenant obligé de regarder par la fenêtre pendant ses 20mn de trajet. Dès qu'il a un moment de pause, il se retrouve démuni (tellement vrai, mes cafés- clopes sont d'une tristesse). Il est en pleine déclaration de TVA, avant il faisait des pauses Facebook pour se détendre, maintenant il fait d'une traite toutes les saisies, ce qui rend son travail encore moins supportable (pareil quand je fais le repassage).

Nous hochons tous la tête en coeur, solidaires dans notre désoeuvrement profond.

Jean-Charles nous regarde visiblement satisfait (ce type me fait peur):

"Merci Thierry de ta grande honnêteté, le but était d'identifier quels étaient vos moments dans la journée consacrés aux RS. Nous allons donc pouvoir attaquer le premier exercice de ce programme. 

Posture à la Busnel, jeu de cheveux, inspiration profonde.

"Je vous demande de penser à l'Acariâtre (silence de stupéfaction) , réfléchissez et visualisez-le: son ton, ses posts, ses photos. C'est celui de vos amis qui inonde les RS de ses plaintes, de ses mortifications, celui qui se plaint de la météo, de ses petits bobos, de la SNCF, de son voisin, de la Poste, de ses collègues, du prix du contrôle technique, du manque d'amabilité de la boulangère, pensez à cette personne qui vous n'avez jamais réussi à dégager de vos amis , et que Galéa, dans son courage immense, a sans doute masqué à un moment". Je fais comme si je ne savais pas qui était Galéa,  et lui réponds qu'on est tous à un moment ou à un autre "l'Acariâtre" de quelqu'un (j'appuie bien sur le mot pour lui faire comprendre à quel point je trouve cette appellation ridicule). Il ne me répond tout simplement pas (là tout de suite, j'ai envie de tirer sur sa queue de cheval). 

Il enchaine sur l'Autosatisfait. Là nous avons tous des yeux de bovins, on situe mal de qui il parle, la fille de 27 ans (qui, la pauvre, s'appelle Paméla), lui dit qu'elle n'en a pas dans ses amis. "Vraiment Paméla, tu n'as pas dans tes amis celui ou celle qui essaie en permanence de convaincre tous ses réseaux qu'il a mieux réussi sa vie que les autres ? Oh vraiment? Cherche bien. Une vague copine, ou un ancien fiancé qui publie 10 fois par jour des preuves qu'il a fait les bons choix, qu'il adore ce qu'il fait, qu'il est sur un projet de malade, qu'il rencontre des gens formidables, qu'il est archi bien dans son nouvel appartement, que ses enfants sont vraiment épatants, dès qu'il croise quelqu'un, il fait une photo où ça rigole, il clame partout qu'il est en accord total avec son moi profond ?". J'ai un peu le sentiment que Jean-Charles est dans la caricature, c'est le problème des gens qui parlent de ce qu'il ne connaissent pas. 

Il faut que je quitte ce programme au plus vite (d'autant que forcément, d'exemples en exemples, on finit bien par reconnaître un  "autosatisfait" dans ses "amis").

Jean-Charles qui a du hésiter entre être acteur ou travailleur social, prend une voix de plus en plus profonde, genre hypnotiseur du pauvre, et conclut, "enfin pensez à l'Inutile. Celui qui ne sert à rien. Là encore, on le regarde tous un peu inquiets. Il me fixe avec insistance, ce que je trouve tout à fait déplacé. "L'Inutile ne sait pas qu'il l'est évidemment, il pense vraiment que sa vie est intéressante, il publie 10 selfies par jour, nous raconte à quelle heure il va faire ses courses, ce qu'il va manger ce soir, s'il change de marque de lessive, il vous l'expliquera avec toutes les raisons adjacentes, s'il se met (ou pire s'il se remet ) au sport, il postera une photo, un détail de ses performances et un commentaire, sans se rendre compte que tout le monde s'en moque. L'Inutile prend les formules de politesse pour des marques d'affection.  Réfléchissez bien à la petite exaspération, certes bien vite passée, quand vous tombez pour la troisième fois sur son post. Rappellez vous ce soupir intérieur, destiné à vous même, quand vous perdez un temps précieux à lire cela. L'Inutile vous faire perdre votre temps. Et grâce à ce programme vous serez bientôt débarrassés de lui ou d'elle". 

Vu la manière dont il me fixe, soit Jean-Charles est subitement tombé amoureux de moi, soit il tente une expérience d'hypnose (cela m'est déjà arrivée avec l'anesthésiste qui gérait l'accouchement de Numérobis ce n'est pas un bon souvenir), soit il veut me faire comprendre quelque chose, mais vraiment, je ne vois pas quoi. 

Une espèce de silence pesant accueille cet exercice.
Jean-Charles est un repenti des RS, j'en suis sûre maintenant

"Vous êtes à présent débarrassés d'eux pour l'Eternité (je suis au bord du malaise, j'ai peur qu'il y ait de la drogue dans mon jus de pomme). Je vous demande de penser à ce que cette semaine de sevrage vous a apporté: Galéa par exemple? Ta maison est-elle mieux tenue ? (je ne vois pas bien pourquoi c'est à moi qu'il pose cette question ?), Paméla? as tu une meilleure qualité de sommeil maintenant que tu ne passes plus tes soirées les yeux rivées à ton écran de téléphone? 

"Pour la semaine prochaine, je vous demande de noter sur un carnet, tout ce que vous avez fait à la place de surfer sur Facebook, Twitter, Instagram, etc.... en notant les heures. Pour améliorer votre sevrage et le rendre supportable, il y a plusieurs astuces: discuter avec des vrais gens qui sont à côté de vous, faire des mots croisés, parler avec votre conjoint, vos parents, ou vos enfants, vous lancer dans des tâches ménagères, tricoter, crocheter, coudre (là il fixe une dame née dans les années 50 qui soutient son regard avec défi), faire vous-mêmes la vidange de la voiture, voire, pour les plus courageux, lire un livre. Bonne chance à tous, à dans 15 jours". (moment de joie dans l'assistance de savoir que ce ne sera qu'une semaine sur deux qu'on s'infligera cela).

Je murmure à Jean-Charles, parce que ça me turlupine quand même, mais en essayant de conserver un minimum de dignité, "Si je m'étais débarrassée de l'Inutile,  de l'Acariâtre et de l'Autosatisfait, j'aurais pu rester sur les RS sans problème finalement". Mme-Années-50-Qui-Ne-Raffole-Pas-DU-Crochet
m'approuve.

"Le problème Galéa c'est que l'Inutile, l'Acariâtre et l'Autosatisfait ne le sont pas en permanence, ils sont parfois  pertinents, drôles et cultivés, on s'y attache, c'est sans doute pour ça que tu ne les as pas dégagés, alors qu'ils te ramollissent le cerveau autant qu'une publicité de TF1. 

"Et la vraie question que tu dois te poser c'est: es-tu sûre surtout de n'avoir jamais été aucun des trois pour personne?"

Fin de la première vraie séance, il est 10h du matin, trop tôt pour se saouler (quoique). Je suis à la limite de me passer L'envie d'avoir envie de Johnny.

Ce qu'il ne comprend pas Jean-Charles, c'est que même s'il y avait un petit peu de vrai dans tout cela, il n'en reste pas moins que mes joggings n'ont plus la même saveur qu'autrefois,  je rentre en boitant chez moi dans l'indifférence la plus totale, je ne peux plus "partager" mes petites anecdotes ni me plaindre qu'il fait trop chaud (à plusieurs reprises je me suis dit "tiens ça je vais le dire sur Facebook, ah non, c'est vrai je suis punie), et surtout je me retrouve sans nouvelle de personne: ni de ma copine qui est sur le point de repartir vers Paris, ni de celle qui enchaine les trails avec des temps hallucinants, je ne sais pas ce que mes amis blogueurs ont acheté en librairie, je ne peux plus suivre l'actualité des uns et des autres par Facebook, je suis en manque de photo d'enfants prêts, propres et coiffés pour la rentrée. Je veux voir des cartables, de retours bouchonnés sur l'autoroute, de nouveaux canapés dans les salons, je veux voir les paysages des Pouilles, le concert de Cali, et les photos de plats flous et moyennement appétissants, et surtout je loupe le début du concours de celui-qui-a-reçu-le-plus-de-SP. 

Je ne suis plus au courant de rien, vu que Twitter était ma seule source d'info (pas de journal TV chez nous, et pendant les rares flash info sur France Culture, j'en ai toujours une qui beugle, et vu que je ne suis pas bienveillante, en général on est plusieurs), je ne suis donc plus LivreHebdo ni ActuaLitté, je n'ai aucune idée de l'actualité des auteurs,  c'est par Messenger que j'ai appris l'attentat à Barcelone, tout comme le tremblement de terre italien, je n'ai même plus accès à mes propres phobies.

J'ai l'impression d'être enceinte et d'avoir arrêté de fumer, au début on trouve ça tout à fait gérable et 15 jours après, on tuerait père et mère pour une cigarette et une bière.

J'en suis à ce stade et à mon avis je ne suis pas la seule  (Paméla avait très mauvaise mine en sortant, Thierry semblait au bout de sa vie et la petite dame baissait les yeux comme une malheureuse).

Très clairement nous sommes tous en manque.

A dans 15 jours (si tout va bien)

jeudi 17 août 2017

Mon immersion dans le service d'addictologie aux RS #1


Bonjour, 
Je m'appelle Galéa, j'ai 38 ans et je suis addicte aux réseaux sociaux.
Je suis abstinente depuis 2H.

Chers amis, je me suis rendue dans un service d'addictologie spécialisé pour les gens comme moi qui sont complètement sur-connectés aux réseaux sociaux divers et variés. J'ai décidé, la mort de l'âme (et poussée par l'Homme) de rompre mon lien avec les RS ("ton blog oui Galinette, mais sérieux tes RS ça devient flippant"). L'Homme en effet, trouve que je me fritte avec assez de gens comme ça dans la vraie vie pour ne pas en plus le faire sur mon téléphone. L'Homme est comme ça, il n'a pas d'adresse mail valide, trouve ça bizarre d'avoir des avatars de tous les côtés et a l'impression que je le trompe avec mon Iphone.

Soucieuse de sauver mon couple déjà éprouvé par 6 mois de travaux et un déménagement (plus Duracell qui ne dort toujours pas), j'ai cédé et me suis rendue dans un service spécialisé, dans un coin reculé d'un CHU poussiéreux, parqués à l'arrière du bâtiment comme si  nous étions contagieux (une infirmière nous a expliqué que c'était pour éviter qu'on contamine des gens qui avaient des maladies physiques et qui par définition étaient plus perméables à l'addiction numérique pour peu qu'ils aient un smartphone).

Nous étions une petite quinzaine, avec chacun de bonnes têtes de nolife. La salle de parole (oh Mon Dieu!!! je suis à présent une patiente!!) était privée de wifi et nous devions déposer nos téléphones et tablettes dans un panier à l'entrée (je me suis dis que si j'acceptais cela, je ne pourrai plus revenir en arrière). Il y en a une qui a essayé de resquiller en dissimulant un deuxième portable, elle a été au coin (à 27 ans ça fait quand même un drôle d'effet, elle m'a fait de la peine).

C'est un programme sur plusieurs mois, l'objectif est d'être complètement sevré à Noël, c'est-à-dire d'avoir complètement disparu des RS pour la nouvelle année. Ca me coûte un rein évidemment, rien n'est gratuit dans ce bas-monde. L'animateur est juste flippant, il n'a pas dépassé la mode des années 90, on se doute qu'il n'a jamais eu de portable puisqu'il nous confie qu'il va encore dans des cabines téléphoniques (je suis horrifiée), il ressemble vaguement à un gourou, et je doute de la propreté de ses cheveux.  Bref, je souffre.

Sois la bienvenue parmi nous Galéa, prendre conscience de son accoutumance toxique est déjà un grand pas, nous sommes là pour t'aider à franchir ce cap difficile du sevrage numérique. Ce ne sera pas simple, mais nous t'accompagnerons dans ta courageuse démarche.

Rien que ça me fait peur en fait. Le type commence assez light; avec des réseaux secondaires que je ne fréquente pas (Snapshat, Pinterest), il me félicite d'ailleurs devant tout le monde d'avoir résisté à ceux-là. Je me gargarise, je frime un peu, et prends la posture de la fille mature. Les autres sont jaloux de moi, c'est top. Chacun doit raconter sa propre expérience et l'un d'entre nous est tiré au sort pour convaincre les autres de disparaître d'un réseau social (je plains amèrement le deux premières désignées qui, des sanglots dans la voix, expliquent qu'il faut renoncer aux couronnes de fleurs et museau de daim). 

Il enchaine sur Instagram, chacun(e) raconte son expérience (et là je me rends compte que je suis une petite joueuse sérieusement, il y a vraiment des gens fêlés). C'est à moi de conclure sur la nécessité de se sevrer d'IG, je prends mon courage à deux mains devant une assistance déjà très éprouvée. Je sens monter en moi une vraie conviction:  "Instagram nous rappelle chaque jour qu'on a raté notre vie. Globalement si tu n'es pas à Bali (coucou Delphine) ou en Grèce (coucou Sido), tu as quand même le sentiment d'avoir fait les mauvais choix à un moment. Sans compter que tous ces appartements impeccablement rangés, ces enfants habillés et coiffés toujours nickel, ces couples dégoulinants d'amour, j'avoue de que ce n'est pas simple quand même de se dire que le monde n'est peuplé que de gens riches, beaux, heureux et bronzés qui vivent dans des décors de rêve". Salve d'applaudissements, je suis rouge de confusion. Mais le gourou a bien compris que j'étais une dissimulatrice.

-"Es-tu prête à te sevrer brutalement Galéa: à détruire ton compte pour toujours ?"

Non quand même pas, je dois récupérer les photos : 3 ans de portraits divers et variés de mes filles, ce n'est pas rien. Je vais donc y aller en douceur. (opprobre dans sa voix, au sujet de mes enfants, exposées sans leur accord, j'ai beau lui dire qu'à 18 mois, Duracell s'en fiche un peu, il me regarde avec mépris  : tu as jusqu'à Noël Galéa! - Je commence à me demander s'il ne recrute pas pour une secte).

Il enchaine sur Twitter, avec un geek de 40 ans qui nous explique qu'il rêvait d'être polémiste mais qu'il a fini expert-comptable, qu'il pensait vraiment déclencher des débats enflammés sur twitter, qu'il suit plus de 600 comptes et se gargarise de 400 followers (murmure d'admiration dans la salle). Il nous avoue qu'il est en train de douter de sa propre existence, "parfois je me demande si je ne suis pas dans le film de 6ème sens". Le geek nous avoue qu'il twitte dans le vide (un retweet de temps en temps, deux ou trois like), et qu'il se sent transparent. Il nous confie s'être demandé s'il n'y avait pas un complot contre lui parce qu'il était trop subversif (soupirs dans l'assistance) pour finir par reconnaître qu'il n'intéressait strictement personne (et oui). Applaudissements de compassion, petite accolade sur l'épaule. Le geek regarde le paniers à smartphone avec désespoir (comme nous tous).

On finit avec Facebook, et là, notre gourou est carrément hystérique:
- "Combien d'entre vous ont-ils passé des après-midi entières à défiler leur fil d'actualité pour ne pas lire un seul post d'intéressant, et vous ennuyer au lieu de faire des choses cons-tru-ctives ? (tout le monde lève la main)
- "Combien d'entre vous se sont-ils brutalement écharpés avec des gens qu'ils ne connaissent absolument pas sur des questions politiques, religieuses ou éducatives ? (Tout le monde lève la main, pour faire ma maligne je rajoute que je me suis beaucoup disputée aussi sur des questions littéraires, le gourou me demande de rester à ma place et de ne pas se la jouer l'intello de service).
- "Combien d'entre vous se sont-ils faits envahir sur leur mur, dégager sans préavis, bloquer par des presque inconnus....et combien d'entre vous ont-ils aussi fait cela chez les autres, combien élèvent leurs enfants avec les règles de politesse et se conduisent comme des bipolaires sur la Toile" (bon là c'est plus mitigé, je raconte que j'ai masqué la moitié de mes contacts par courtoisie et pour ne faire de peine à personne, je me prends dans la figure "ça ne montre pas que tu es courtoise, Galéa, mais juste que tu es lâche; et arrête d'intervenir à tout bout de champs dans la thérapie". Vexée, je suis a deux doigts de récupérer mon téléphone, de me connecter et d'aller chouigner sur mon mur.

"C'est ça le monde dans lequel vous voulez vivre?, vous avez tellement de temps libre que vous pouvez le consacrer à ça ?" hurle le gourou (moment de silence gêné, car il surjoue un peu l'exaspération, mais bon ça marche).

Personnellement, j'ai plein d'arguments à lui opposer, mais je ne le sens pas prêt à m'écouter, et si je me fait virer de la thérapie de groupe, j'ai peur que l'Homme divorce.

Ca se termine sur un pot de l'amitié (avec du jus d'ananas bio, visiblement on compte aussi nous sevrer de l'alcool par la même occasion), je brûle d'envie de fumer une cigarette mais j'ai peur des réprobations, j'ai déjà repéré deux autres patients qui me paraissaient chercher leur paquet dans leur sac (c'est réconfortant). Le gourou nous prend à part un à un et quand vient mon tour, il me dit "Galéa je sens que tu as beaucoup de choses à dire, à répondre et à justifier, la semaine prochaine, nous travaillerons sur les raisons profondes de vos vies parallèles, tu pourras t'exprimer, d'ici là, réfléchis à tout ce que l'on a dit aujourd'hui, j'espère que tu n'as pas un blog en plus ?".

J'ai simulé une quinte de toux (tout à fait crédible vu que je sens le tabac froid à 20 mètres). Mais la question c'est quand même celle-là: mon blog convalescent pourra-t-il tenir sans les RS? Peut-on exister sur la Toile sans soutien, je vais garder secrète ma page FB, parce qu'en plus j'ai peur qu'il me demande de couper messenger et whatsap, bref je tremble.

Prochaine réunion de groupe jeudi prochain. En attendant, ne vous inquiétez donc pas de ma disparition, (je sens que ce n'est pas gagné quand même). Je vous tiens au courant de la suite #PireQuarrêterDeFumer #MaVieSansRS.




PS: Juste un détail, parce que ça va mieux en le disant: ce blog est ce qu'il est mais il n'est pas libre de droits, ce que j'écris ici m'appartient, et ne peut en aucun cas servir d'inspiration à qui que ce soit, même en paraphrasant ce que j'écris, en l'adaptant ni même dans le but de me rendre "hommage" (surtout sans me citer ni me prévenir). Merci d'avance.

mercredi 9 décembre 2015

Lettre aux usagers de Facebook en période d'élections électorales

A toi l'usager Facebook, avec qui on rigole bien quand tout va bien; à toi qui me racontes tes péripéties, tes mini-coups de gueule et tes enthousiasmes futiles. A toi le blogueur littéraire (car l'essentiel de mes contacts Facebook appartient à la blogosphère) à qui je parle bouquins, éditeurs, prix et autres joyeusetés du monde du livre. A toi l'ami, le citoyen sur l'épaule duquel on pleurait ensemble il y a moins d'un mois...j'ai à te parler. 
crédit photo: journaldugeek.com

J'aime et je like les photos de tes enfants, de ton chien, de ta sortie piscine ou course à pieds, de ton assiette, de ta nouvelle couette, des travaux dans ton salon, des boutons de varicelle de ton petit dernier, de ta vitre de train, de ton gouter qui s'est renversé dans ton sac, de tes voyages formidables....tout ça me rend heureuse et me donne la vague impression d'être sociable et intégrée (et soyons claire, pour une no-life comme moi, c'est un vrai luxe). 

Seulement voilà, n'oublie pas le principe de base:  nous sommes Français, donc inhibés. C'est culturel que veux-tu. Nous n'avons pas le côté no-tabou de nos amis américains, et j'ai envie de dire qu'après la récente sortie de Donald Trump, ce serait presque une chance. 

Partons donc du principe qu'il y a deux ou trois sujets qu'il vaut mieux que tu te gardes pour tes noëls en famille, tes conversations avec tes amis ou les apéros enflammés avec des gens de ton camp. Globalement, il faut que tu te dises que tes pratiques sexuelles, tes croyances religieuses (ou non croyance d'ailleurs parce que dis donc, les gens qui ont la foi n'ont pas le monopole de l'intolérance), ton rapport à l'argent, et surtout tes analyses politiques, franchement on peut faire sans...et j'ai envie de dire, on doit faire sans. 

Comprends moi l'ami. Moi j'ai été élevé dans une famille dite "dysfonctionnelle", ou personne ne vote (ni ne pense, ni ne marche) du même côté. L'inconvénient, c'est que chez nous, aucun repas ne se termine sereinement. L'avantage, c'est que je suis devenue quelqu'un de tolérant (et d'indécis aussi car choisir entre son père et sa mère, c'est pas si simple, et crois-moi j'aurais à dire là dessus, mais ce sera pour une autre fois).

Du coup (comment te dire?) je suis un peu gênée par cette deshinibition politique qui pullule sur notre cher réseau, ma deuxième maison, mon havre social à moi: Facebook. Car sache-le, le principe du militant de base (qu'il soit religieux, politique ou sociétal), c'est d'être sûr d'avoir raison contre tous les autres qui naturellement ont tort. Mais à la limite, bon, c'est le jeu. 

Le problème, c'est qu'entre le facho complètement décomplexé qui affiche ses opinions racistes sans honte, le type de gauche qui va m'expliquer que la droite et l'extrême-droite c'est pareil, le type de droite qui répète à n'en plus pouvoir que c'est le gouvernement est responsable de ce carnage,  et tous ces convaincus ensemble qui vont taper sur l'abstentionniste qui finalement se révèle comme LE coupable de l'année 2015 (plus que l'EI et le FN réunis), c'est trop.

Quand, en plus, chacun pense qu'il est tout à fait légitime à insulter ceux qui ne votent pas comme lui, ou pire ceux qui ne votent pas du tout, je n'en peux plus. Car à force d'utiliser des mots orduriers à l'encontre des uns et des autres, à force de vouloir démontrer à quel point tu crains pour la démocratie et pour la tolérance, ça commence à me faire sérieusement penser aux résistants de la dernière heure en 43-44, de ceux qui mettaient plus de coeur que les autres à tondre les femmes qui avaient couché avec les Allemands, pour bien montrer (ou convaincre) qu'ils n'avaient rien à se reprocher. 

Pour moi la fin ne justifiera jamais les moyens, car les remèdes peuvent être pire que les maux, l'histoire l'a prouvé (j'ai des preuves si tu veux). Quand on n'est pas capable de bien se tenir, on ferme sa grande bouche. Quand on n'est pas capable d'écouter l'opinion des autres, on ne se réclame pas de tolérance. Quand on n'est pas capable de laisser les gens voter ou ne pas voter, on ne se dit pas démocrate. Aucun principe politique ni moral ne justifiera jamais l'utilisation d'injures aussi vulgaires qu'illégitimes. Sans faire d'élitisme à deux sous (vraiment ce n'est pas mon genre), je ne suis pas certaine que tout le monde soit vraiment en mesure d'analyser une situation politique complexe. Je ne dis pas que seuls ceux qui sortent de l'ENA ou Sciences-PO en sont capables (ben non vu l'état du pays, ça serait un peu risqué), mais disons quand même que le petit côté "café du commerce", on s'en passerait sans problème (parfois, il nous manque juste "Remets nous une tournée Francis, toujours ça que les Boches n'auront pas")

Tout ça pour te dire que, de la même manière que pour tes positions préférées au lit, le montant de tes économies sur ton Livret A ou ton rapport à Dieu, Allah ou Yahvé, tes analyses de comptoir sur l'avenir politique de mon pays, je m'en balance, et je dirai même plus, je préfèrerais les ignorer, parce qu'honnêtement, je ne suis pas sûre qu'elles t'avantagent tant que ça (tu n'as pas remarqué que même certaines grandes gueules des réseaux sociaux se sont mis en retrait ces derniers temps?).

De cette année 2015 (dont on ne sortira pas indemnes) on retiendra les attentats, les polémiques, la haine, et les certitudes. Les cohésions nationales n'auront été que de courtes durées, tellement chacun est certain d'avoir raison sur tout.

Alors tu sais quoi, quand on a un besoin viscéral d'étaler sa vie sexuelle, on va dans des établissements spécialisés (cabinets de sexologue ou club d'échangisme) ; quand l'argent est une obsession telle qu'on en parle tout le temps, on appelle son conseiller financier et on compte ses économies en silence ; quand on a une foi inébranlable, on intègre les communautés religieuses (à la synagogue, au temple ou à l'église) ou on arrête d'y aller quand on ne se sent pas à sa place (en laissant les autres faire ce qu'ils veulent), et quand on veut faire de la politique, on prend sa carte, on milite, on va aux réunions, meeting et on distribue joyeusement des prospectus avec la tête de son candidat dessus...

Mais on laisse les autres tranquilles car, en leur âme et conscience, ils font ce qu'ils pensent être le plus juste, le plus honnête pour eux et leur nation. La liberté c'est ça. Il y a plein de manières d'être citoyen, et il n'est pas certain cher ami, que tu détiennes de vérité universelle à ce sujet.

Alors, toi l'ami Facebook (que je n'ai plus, car j'ai fermé temporairement mon compte de blogueuse), contente-toi de montrer ta dernière tarte aux pommes sans lactose, les dessins de tes gosses, la couleur de ton mur, râle contre ton train en retard, ton collègue un peu lourd, ton ascenseur en panne, mais n'oublie quand même pas la règle de base du vivre-ensemble: la liberté de chacun s'arrête quand elle empiète sur celle des autres, et les propos de chacun sont acceptables tant qu'ils ne s'acharnent pas gratuitement contre autrui. 

Le mieux c'est que tu gardes tes opinions sensibles pour toi (ou trouve- toi un boulot d'éditorialiste dans un journal engagé  au sein duquel tout le monde sera d'accord avec ce que tu écris).

PS: à la base je devais parler aujourd'hui du Livre de Dina, mais mes hormones étant ce qu'elles sont, j'ai un mal fou à me maîtriser, et je dois dire que je me fiche totalement de perdre les amis réels ou virtuels qui ne respecteraient pas ce principe de base qui consiste à respecter les autres. Et vu que ce blog ne me rapporte rien et est totalement bénévole, je me contrefiche d'une perte de notoriété virtuelle.

A bon entendeur.
Salut.

samedi 28 mars 2015

Fil - AmeGraphique # 7

Je profite, complètement après coup (j'ai honte), du dernier thème proposé par le Petit Carré Jaune pour son AmeGraphique, pour vous emmener dans un petit village, dans lequel je me rend quand j'ai le temps et l'envie de prendre l'air.

Un village pas si petit que cela finalement, et même assez grand, bon, en fait c'est une mégalopole, mais on n'en voit toujours qu'une toute petite partie, selon l'endroit où l'on se tient, donc du coup, pour moi qui ai l'esprit étroit, ça reste un village...

C'est un espace sympa comme tout, on tient chacun un stand, disons une sorte d'échoppe, limite une paillote en fait,  souvent montée à la va-vite, qu'on décore selon son goût et ses couleurs, un peu comme nos chambres d'adolescents, dans une sorte de liberté esthétique étonnante (perso j'ai arrêté les poster de Vanessa et Patrick, j'ai tout misé sur le sobre). Dans nos stands, on y présente ce qu'on aime: des bouquins, des adresses de restaurant, des astuces de couture, des digressions personnelles, quelques photos de vacances ou vie de famille. J'ai envie de dire, c'est un peu au-tout-venant dans mon village....C'est vraiment l'esprit du souk en fait...

Donc, dans ce village étrange, on se balade tous avec une écharpe en travers du visage et un miroir dans le dos. En fait, on cache (un peu/beaucoup/parfois/tout le temps) une partie de sa figure tout en renvoyant aux autres une autre image d'eux même. Et ce qui est top (surtout pour moi), c'est que les filles quelconques jouent aux femmes fatales, les asociaux ont plein d'amis, les gros losers deviennent populaires, les taiseux tendent au bavardage. Tout cela offre des perspectives totalement vertigineuses non ?

On y va parce qu'on a trop de temps disponible ou parce qu'on en manque pour soi. On y va, bien que ce soit chronophage, pour déambuler dans les différentes travées. On regarde chez les autres, de près ou de loin,  avec admiration, jalousie, bienveillance ou indifférence. Il y a ceux qu'on aime, ceux qu'on aime moins et ceux qu'on adore. Sur la travée principale, on trouve les grands stands très fournis, très achalandés, construits en dur avec de beaux matériaux, dont le tenancier, qui est propriétaire , est là tout le temps. Bon et puis il y a aussi les paillottes louées, construites de bric et de broc, un peu au hasard de vieux meubles récupérés à droite ou à gauche.

Dans mon village de vacances, au début j'ai cru que tout le monde se ressemblait, et je dois dire qu'il y a surtout des femmes (pas de chance pour moi qui me suis toujours davantage entendue avec les garçons); avec le coin des profs, des retraitées et des femmes au foyer, chacun son espace, ses envies, ses discussions. Et puis non en fait, quand on s'aventure un peu plus loin dans le village, à peu à l'extérieur du centre, on y trouve d'autres quartiers, dont un vraiment étrange, avec des stands qui n'ont rien à voir les uns avec les autres. On entend des morceaux vraiment craignos des années 80', c'est abondamment fleuri été comme hiver, des filles se promènent en crinoline à côté de punks à chien qui n'ont toujours pas fini de lutter contre la société, il y a les falaises d'Etretat et des forets inquiétantes, des trucs en anglais littéraire à côté de plein de fautes d'orthographe en français. C'est étonnant, novateur même, un peu flippant quand même, car là dedans, personne n'a l'air bien en place non plus, faut pas se mentir (et après on s'étonne que j'y reste). 

En plus, tout le monde porte des noms étranges ou improbables, utilisent des sigles bizarres pour parler, et finalement bien qu'on soit tous différents, il semblerait qu'on aspire tous à un monde meilleur (quant à le définir, c'est une autre histoire car personne n'est d'accord avec personne).

Et puis il y a ceux qui sont partis du village, chacun à sa manière, mais qu'on n'oublie pas. Celui qui a fait son pot de départ en expliquant pourquoi il s'en allait, celle qui a brûlé son stand en partant et dont il ne reste rien, et  puis tous ceux qui laissent leur paillote à l'abandon, passant une fois de temps en temps, mais dont le coeur n'y est plus vraiment. 

Enfin, il y a tous les autres, les invisibles du village, ceux qui ont un badge de "visiteurs", ils sont là mais n'ont pas d'échoppe personnelle, ils passent d'un stand à l'autre, le plus souvent silencieusement (même si bien sûr il y en a toujours un ou deux qui parlent tellement fort, qu'on sait qu'ils sont là, je ne vise personne hein...). Ils forment le gros du village, mais on ne le sait pas.

Et nous, avec nos paillotes branlantes qui résistent au temps qui passe, est tous là, serrés les uns contre les autres, à s'échanger des titres de livres, des recettes de cuisine (enfin pas moi hein) ou des patrons de couture, à se raconter nos petites joies et nos grandes fiertés, à se laisser aller à des confidences honteuses où à des lamentations douloureuses. Tout le monde se tient là, dans ce village étrange, avec ses espoirs et ses attentes, en se serrant les coudes (malgré tout).

Soyons transparents, j'appartiens plutôt à l'équipe des bras-cassés avec les paillotes en location. L'équipe où il est question de ratages de haute volée, d'amours perdues, des deuils, de maladies dont on ne meurt pas toujours mais dont on ne guérit pas non plus. Dans mon équipe, il y a ceux qui ont un masque sur le visage et celles qui portent des perruques (et pas uniquement pour se dissimuler le visage). Il y a les fiertés qu'on partage, les combats de longue haleine qu'on soutient,  les bonnes nouvelles qu'on reçoit de gens qu'on ne savait pas aimer autant. 

Dans mon village, sans me vanter, je crois pouvoir dire qu'il y a beaucoup de personnes à la fois décalées et généreuses, généralement incasables et indéniablement attachantes. 

Bienvenue donc à Oblog-sur-Toile, le seul village de l'univers qui ne tienne que par un fil.


Il faudra à l'occasion que je vous parle du bar du village, chez Fanch' le Breton (niveau alcool c'était soit un breton soit un Polonais, bon, finalement on a privilégié une langue commune). Le bar, chez Fanch' le Breton donc, se situe quelque part entre les Bisounours, la cour de récréation et la foire d'empoigne. Entre nous, quand on va au bar, on dit qu'on va chez FB...je reviens bientôt vous en parler.

La Quadrature des Gueux : Le sens de la fête

Nouveau point d'étape de la quarantaine : le sens de la fête.  Que reste-t-il de nous quand il s'agit de faire la fête ? Je parle d...