vendredi 14 novembre 2014

Constellation

Cela ne tient à rien une lecture en fait.
Adrien Bosc, Constellation,
Stock, 2014, 193 p.

Constellation était dans la LAL  de Valérie et du coup, influençable comme je suis, je l'ai commandé aux matchs de Price Minister (c'est le problème des gens indécis). En plus je venais de finir L'année des volcans qui traite aussi de ce monde et de cette période, donc vraiment, je me disais qu'entre Bosc et moi ça collerait.

En fait, si j'avais su qu'Adrien Bosc était journaliste, je ne l'aurais pas commandé, car je peux compter sur les doigts d'une main,  les journalistes qui sont de bons romanciers (à mes yeux). Hormis celle de Sorj, leur écriture est trop formatée pour m'enthousiasmer.

"Ce soir du 27 octobre 1949 sur la piste de l'aérodrome d'Orly, le F-BAZN d'Air France s'apprête à accueillir trente-sept passagers en partance pour les Etats-Unis" (incipit)

Et ça n'a pas manqué. Je suis déçue.

Tout est à l'image de l'incipit: clair, factuel, précis.

Pourtant le thème était vraiment tentant: l'histoire du crash d'un avion dans les Açores, qui transportait les stars des années 40': Marcel Cerdan et Ginette Neveu pour les plus connus.

En plus, la construction est intéressante, puisqu'Adrien Bosc alterne les chapitres sur le déroulement de l'enquête et les portraits des occupants de l'avion. Donc clairement c'est intéressant, très intéressant. J'ai appris des choses bien sûr, je me suis régalée du personnage de Bernard Boutet de Monvel ou des petits Basques partis chercher fortune aux Etats-Unis, j'ai aimé les pérégrinations du narrateur et son enquête auprès des proches des victimes. Donc, ça m'a intéressée.

Oui mais moi ça ne me suffit pas qu'un roman soit intéressant, j'ai besoin d'un supplément d'âme, d'une dimension plus romanesque, d'un ton, d'une patte, oserai-je dire d'un point de vue. Sinon, je lis un document, et je ne m'attends à rien d'autre qu'un déroulement de faits, à une véracité historique.

Et là ce n'est ni l'un ni l'autre.

Ce qu'il y a de plus littéraire dans ce livre ce sont les citations mises en exergue en début de chapitre, qui sont formidables, justes et bien choisies.

Je suis certaine que toutes les informations sont justes, les sources convenablement exploitées, que la reconstitution est fidèle, mais voilà j'en attendais plus, un frisson (surtout pour moi qui ne monte jamais dans un avion), un engouement, une intensité dramatique autour des violons de Ginette Neveu, ce quelque chose d'impalpable qui fait du roman un part de vérité dans la fiction, cette petite étincelle qui permet de rentrer dedans, alors que moi je suis restée dehors (dans le froid et sous la pluie même).

Pourtant tout aurait du me parler: j'ai une vraie phobie des avions et une curiosité assez malsaine pour les crashs, Numerobis a décidé soudainement de devenir violoniste, je suis fascinée par les anciens résistants devenus pilotes grands courriers, j'aime les boxers je connais toutes les chansons de Piaf...je pensais que ce serait dans les seconds rôle de cette histoire qu'il y aurait quelque chose à creuser, à comprendre, à travailler, pour en faire une histoire et pas seulement des informations mises bout à bout. Il manque du liant finalement, qui ferait tenir le tout ensemble.

A certains moments j'y ai cru, quand l'enquête sur les violons de Ginette Neveu progresse, quand une femme se suicide en Allemagne parce que son idole est morte dans l'accident d'avion (avec un exergue de Zweig drôlement bienvenu). Il y avait du romanesque, quelque chose de beau, le frémissement d'un roman.

Mais la dernière partie du livre mêle plein d'éléments qui sans doute ont du sens pour l'auteur mais pas pour moi. Je n'ai rien compris aux recoupements de dates, à la liste des accidents d'avion des années 50', la vie de Blaise Cendrars, la propre date d'anniversaire de l'auteur, la Pape... je ne sais pas, mon univers doit être trop éloigné de celui d'Adrien Bosc pour que j'y trouve mon compte.

Je suis restée complètement à côté malheureusement, je suis même étonnée du retentissement médiatique qu'a  ce livre, il y a quelque chose qui a du m'échapper.

C'est une lecture commune avec mon amie Valérie (qui je crois l'a davantage apprécié), et une participation au challenge A Tous Prix de la grande prêtresse Asphodèle, car en plus, il a reçu le Prix de l'Académie française, ce qui me laisse tout aussi perplexe, car je pensais que ces jurés récompensaient l'utilisation d'une langue. Bref, là, j'en suis à un point ou je m'interroge beaucoup sur moi-même.

Merci à Oliver Moss (qui organise toujours les matchs avec humour) et aux éditions Stock (qui, je pense, vont s'empresser de me proposer un partenariat)

vendredi 7 novembre 2014

Oona et Salinger

Frédéric Beigbeder, Oona et Salinger
Grasset, 2014, 336 p.
Voilà typiquement le genre de livre que je n'achète (car oui je l'ai acheté) que contrainte et forcée par les Bibliomaniacs qui l'avaient mis au programme d'octobre. Mais je leur pardonne (après 10h de train, ça me paraît un minimum).


Je n'aime pas Beigbeder, depuis 99 Francs, ou sous couvert de dénoncer le monde de la publicité, il ne pouvait s'empêcher de noter qu'il marchait "avec un SMIC à chaque pied" (de mémoire hein, mais c'était l'idée). Depuis il incarne tout ce que je déteste: l'argent facile, l'irrespect, la fainéantise, la cuillère en argent... Pourtant, comme lui je pense que les publicitaires sont les nuisibles de notre société, au même titre que les politiques véreux, les assureurs, certains journalistes et les banquiers.

Donc, bien que je n'aime pas trop Beigbeder, je me suis dit, que j'allais quand même lire le livre, sans aucun a priori (oui parfois j'ai des éclairs où je suis en plein surestimation de moi-même).

Et bien malgré mes efforts, je n'ai pas été emballée par Oona et Salinger, pour tellement de raisons que j'ai peur d'en oublier.

- Déjà, de quoi parle-t-on? d'un type d'à peine 20 ans qui tombe amoureux d'une fille de 15 avec laquelle il ne se passe rien. Doit-on vraiment faire un roman là dessus ? Même si le garçon en question c'est Jerry avant Salinger et que le père de la jeune fille a reçu le prix Nobel (non parce que sinon, moi je peux faire un roman sur mon année de seconde pendant laquelle j'étais transie d'amour pour le beau gosse de la classe qui n'a jamais su que j'existais).

- Comment parle-t-on? Comme les malheureux participants d'une téléréalité. Sauf que ça se passe dans les années 1940 entre des gens globalement éduqués dont on peut imaginer qu'ils avaient un peu plus de trente mots de vocabulaire en stock.

"-Finis ta bière Oona, commande une vodka martini et dis-moi des choses importantes. Je ne veux pas bavarder, j'essaie de te connaître. Que s'est-il passé putain?" 
(Loft Story 2000 était à peu près du même acabit)

- De qui parle-t-on? Officiellement d'Oona, future Mme Chaplin, de Salinger, futur auteur de l'Attrape coeur, de Truman Capote et même d'Hemingway.

"Truman Capote n'avait d'yeux (bleus) que pour le serveur, un jeune Antillais aux dents écartées qui ressemblait à Yannick Noah bien avant la naissance de Yannick Noah" 
(p.35 Au secours !!! c'est trop avant-gardiste pour moi cette écriture)


Mais le problème c'est qu'on parle aussi de Beigebder qui aime les très jeunes femmes et qui s'en justifie misérablement. Il nous raconte sa rencontre avec sa femme, dans un récit à la fois pathétique et déplacé, qui a le mérite d'être honnête à défaut d'être littéraire.



- Quel est le propos de fond? Bon, je pourrais dire la littérature, l'amour, le couple,  la désillusion par ce qu'on a quand même la chance d'avoir des conseils pour séduire une fille et une réflexion sur l'importance de la télécommande dans un couple d'aujourd'hui. Disons que c'est...déroutant 

"sa façon de résister à ses avances était mille fois plus érotique que n'importe quelle nuit avec une salope à gros seins prénommée Samatha" (p.111). 
(oh que j'aime l'élégance surannée de ce style)

Enfin, on y trouve en peu de psychologie de comptoir aussi, car au fond, Beigbder se sert de son roman pour justifier sa passion pour les jeunes femmes 
"Un corps neuf et une âme confiante, c'est tout ce dont un vieillard a besoin" 
(p.296, Voilà voilà...je sais donc que je n'ai aucune chance avec Fredo.)

Dans sa grande bonté, Beigbeder nous rappelle que la guerre c'est mal et que le débarquement fut une boucherie ...et là je dis "merci Frédéric!" punaise, je croyais que ça avait été propre, moi le débarquement en Normandie (comme l'attestent les kilomètres de croix blanches qui ont été installées depuis).

Et pourtant je n'ai pas envie de descendre entièrement ce livre, j'ai envie de sauver quelque chose, sûrement parce que j'ai un coeur, une conscience, que ce mois de novembre est bizarre...bref...ce livre a néanmoins une qualité. 

Je reconnais à Beigbeder une belle introduction, dans un pur esprit de loose, autour d'une non-rencontre avec Salinger, parce qu'il se défile. Je ne peux rester insensible à cet acte manqué, de la même manière que je ne peux rester insensible à ce que j'ai lu entre les lignes. L'incipit sur son jeunisme est drôle et sincère, et  je crois que Begbeider reconnaît dans ce roman (qui n'en est pas vraiment un) qu'il ne sera jamais un grand écrivain, qu'il restera toute sa vie du côté de ceux qui les admirent sans jamais les égaler, qu'il sera plus célèbre pour sa vie dissolue, ses histoires avec les filles de, ses rails de cocaïne, ses interventions au Grand Journal que pour ses romans. Beigbeder a compris qu'il n'écrira jamais le livre qui change la vie d'un lecteur, je n'ai pas d'extraits pour en attester, mais sa manière de se présenter à l'opposé de l'ermite Salinger en dit long pour moi...

...

Et peut-être a-t-il tort (enfin un peu...). J'espère qu'il est allé faire un tour chez Malika qui a aimé Oona et Salinger et surtout chez mon ami MTG qui a adoré ce roman ET qui a mis une citation de Beigdeber sur sa bannière.

Rien que pour ça, pour une fois, je vais respectueusement fermer ma bouche pour ne pas gâcher le bonheur des autres...

lundi 3 novembre 2014

Pépites 2014-2015: le point de Toussaint

Voici venu le moment, au milieu de cette rentrée à la fois tonitruante, plombante et polémique,  du premier bilan des pépites. Il sera long et je m'en excuse, mais quitte à faire un bilan, je le veux le plus complet possible (il y a un résumé en fin de billet, pour ceux qui ne veulent pas se coltiner extraits de billets et réflexions galéesques)


Contre toute attente, alors que nous n'en sommes qu'aux balbutiements des découvertes de la rentrée, c'est La peau de l'ours de Joy Sorman chez Gallimard qui prend la tête provisoire de ce non-palmares. Surprise et perplexité en ce qui me concerne, puisqu'il s'agit DU livre que je n'avais pas envie de lire cet automne, sûrement parce que l'histoire d'un type né du viol d'une femme par un ours, je ne sais pas, disons que j'étais moyennement tentée. Mais ça c'était avant, et surtout c'était sans compter les billets d'Eva et de Margotte, valeurs sûres de la blogo. Maxi Vav' qui nous parle "d'un récit très beau", "d'une langue belle et pure" bref "d'un vrai petit bijou", et Margotte qui en rajoute une couche quand elle nous crie son "enthousiasme des découvertes type coups-de-coeur" et nous raconte "une atmosphère qui baigne dans l'indétermination du conte". Alors voilà, je range mes a priori et me réjouis de voir pépité un roman qu'on a finalement peu vu sur les blogs jusqu'à présent.


La bonne nouvelle de cette rentrée c'est aussi la présence, avec deux titres, d'un petit éditeur : Notabilia. D'un côté Vio s'emballe pour La condition pavillonnaire  de Sophie Divry, avec un billet qui a suscité mon engouement. Pourtant ce n'est que l'histoire de la vie d'une femme, mais pas seulement, parce que Vio nous parle d'une lecture à deux entrées, du fantôme de Mme Bovary mais aussi nous promet de nous "interroger sur nos vies, nos propres conceptions du bonheur, mais aussi l'époque dans laquelle nous vivons et ce qu'elle nous offre à désirer".

De l'autre côté, Aspho la grande prêtresse, s'emballe pour Le Dernier gardien d'Ellis Island de Gaëlle Josse, maintenant éditée chez Notabilia aussi, et Aspho ne tarît pas d'éloge "Dans le tableau contrasté de cette époque si particulière, où des millions d'Européens ont fait de l'Amérique ce qu'elle est aujourd'hui, Gaëlle Josse fait émerger dans la lumière ce gardien taciturne et hanté de souvenirs douloureux".  Je crois que tout est dit non ?

Mais la grande prêtresse est d'humeur complètement pépitante en ce moment et ne s'arrête pas là. Celle qui a été en panne de lecture pendant un petit moment ne livre pas Une pépite mais deux, avec La Lumières des étoiles mortes de John Banville, chez Robert Laffont, qui globalement parle d'un sexagénaire qui se remémore ses jeunes années lorsqu'il aimait passionnément une femme de vingt ans son aînée (oui une cougar!).  Et Aspho de nous dire "J'ai été suffisamment fascinée par cette plongée dans la mémoire, mouvante comme les sables du même nom, cette mémoire qui permet aussi de redonner sens, vie et lumière à ce qui n'est plus en justifiant ce qui est".  Bon, moi c'est le genre de phrases qui me donnent la chair de poule .... 

Le non-fiction sera présent dans ce non-challenge d'abord grâce à Aifelle qui s'enthousiasme pour Une Enfance dans la gueule du loup de Monique Levi-Strauss au Seuil, qui retrace l'enfance d'une petite fille juive en plein nazisme, Aifelle nous dit "J'ai lu son récit quasiment d'une seule traite, passionnée par une expérience que je ne pensais pas possible. Une famille étrangère vivant parmi les civils en pleine guerre en Allemagne".  Nous ne devrions pas tarder à la voir fleurir sur les blogs puisqu'il était dans l'une des pré-sélections du prix ELLE. 

Toujours en non fiction, nous retrouvons, comme l'année dernière, Laurence Tardieu, avec Une Vie à soi, chez Flammarion. Cette année c'est Laurie qui pépite ce livre qui ne fait pas croire qu'il est un roman et qui revendique sa dimension autobiographique. Laurence Tardieu y raconte sa rencontre avec la photographe Diane Arbus et la manière dont elle va affronter ses démons et reconstruire ce qu'elle souhaite ce que sa vie soit. Et Laurie de nous dire "Les phrases ont résonné en moi. Je suis surprise et sûrement admirative de voir à quel point avec ses mots simples, directs, empreints de sensibilité, Laurence Tardieu arrive à m'embarquer, à me mettre dans sa peau, à vivre sa souffrance et sa lente remontée, avec elle".  Chaque année Tardieu fait accoucher les blogueurs de billets magnifiques et celui de Laurie n'est pas des moindres.

Encore dans l'autobiographie, masculine cette fois, c'est avec un gros pavé, encore très peu présent sur les blogs mais qui a été au programme du Masque, qu'Aaliz pépite Un Homme amoureux de Karl Ove Knausgaard chez Denoël. Personnellement, c'est typiquement le genre de titres qui me font fuir dans une librairie (rapport au fait que je n'ai aucun coeur), mais Aaliz est tellement enthousiaste, et précise dans son explication de l'oeuvre, qu'on est immédiatement convaincu, même si c'est le deuxième tome des six qui composent l'autobiographie d'un romancier que je  ne connaissais pas du tout : "Le style est celui d'un écrivain qui ne cherche pas à faire beau. Il ne veut rien d'artificiel. Karl Ove écrit sans fioritures, pour lui la littérature se sublime dans la liberté de ton, dans l'écriture spontanée et s'inscrit surtout dans la réalité. Karl Ove ne veut rien inventer". 

On reste en Scandinavie avec un autre auteur du Nord, pépité par Jérôme avec Je refuse de Per Petterson chez Gallimard. Avec un titre, une première de couv et une histoire qui forcément ne laissent pas indifférent. L'histoire de deux hommes, qui furent il y a longtemps les meilleurs amis du monde, et qui se retrouvent au milieu du chemin, face au temps qui a passé et à ce qu'il reste de chacun. Mais c'est Jérôme qui en parle le mieux "Dans ce récit polyphonique, Per Petterson met en scène des hommes qui s'écroulent. Dans tous les sens du terme. Des hommes seuls, désorientés, en plein doute. Des hommes fragiles, qui pleurent et se cherchent. Des hommes lucides, sachant pertinemment qu'il est impossible de regarder en même temps en avant et en arrière si l'on veut avancer".  Difficile de rester insensible à un tel cri du coeur, n'est-il pas ?

Dans la même veine, mais sur son versant lumineux, j'enchaîne sur un livre qui traite aussi du temps qui passe, de ce qu'on devient et de ce que nos amis de jeunesse deviennent (à croire quand même que c'est LE thème de cette rentrée), mais avec plus de légèreté, avec Retour à Little Wing de Nickolas Butler chez Autrement, pépité par Estelle qui en fait un gros coup de coeur. L'histoire d'une star qui rentre dans le village de son enfance pour le mariage d'un de ses amis. Ce roman commence à se voir un peu partout sur les blogs et ce n'est pas prêt de s'arrêter vu qu'il fait partie des candidats des matchs de la rentrée littéraire chez PM. Visiblement la construction tient en haleine, puisque chaque personnage est le narrateur d'un chapitre, et Estelle nous promet "un roman frais, les chroniques des aléas de l'amitié, dans un paysage verdoyant qui donne envie de s'y promener. Si vous en avez assez des romans nombrilistes du moment, si vous avez envie de fraîcheur et de simplicité, ce roman pourrait vous plaire".  Bon, j'ai envie de dire: Pourquoi pas ?

Mais Estelle ne s'arrête pas là, et enchaîne sur une deuxième pépite avec L'Ecrivain national de Serge Joncour chez Flammarion avec un billet qui moi, m'a mis l'eau à la bouche. Difficile pour un amoureux de la littérature de résister à l'histoire d'un écrivain parisien, en résidence dans un petit village rural : "Il oscille entre la chronique un peu comique du séjour de l'auteur, la descriptions des relations parfois intrusives de la campagne et le thriller quand Serge commence à fouiner son nez partout. (...) C'est finalement un bel exercice de désacralisation de la figure de l'écrivain. Et en toile de fond, la campagne est décrite avec une plume acerbe".  A titre personnel, j'attends beaucoup de ce roman qui a tout pour me plaire.

Enfin, je termine avec la pépite de la Comète avec Autour du monde de Laurent Mauvignier aux Editions de Minuit, que je me sens incapable de résumer, je vais donc citer notre Comète : "C'est un roman "monde", où plutôt un ensemble de nouvelles, qui va du Japon à Dubaï, en passant par Paris ou Rome, où des dizaines de personnages qui ne se croiseront jamais se trouvent à des moments importants et différents de leur existence".  J'ai été tellement émue du billet des Bouquins garnis, que je ne vois pas bien ce que je pourrais rajouter.

Pour achever ce premier bilan qui compte onze pépites (chiffre pour moi inespéré en ce commencement d'année littéraire), je ne peux m'empêcher de remarquer que s'il n'y a pas que des inconnus parmi les ouvrages pépités, on ne trouve néanmoins point de Carrère, de Foenkinos, de Reinhardt ou autre star de la rentrée de septembre, contrairement à l'an dernier. Bien sûr, cela peut encore évoluer, mais je crois qu'il est réjouissant de voir surgir des auteurs pour la plupart absents des listes et sélection de prix.

J'espère que j'ai bien tous les liens, Blogger est facétieux et je sais que des commentaires disparaissent, j'espère que ce n'est pas le cas pour ce non-challenge, et si cela arrivait, bien sûr je m'en excuse.

Pour terminer, je voudrais rappeler qu'en dehors du fait du rentrer du lien (ce qui est clairement une épreuve pour moi, car je manque d'organisation), ce non-challenge m'a rappelé tout le temps d'un week-end, ce que m'apportait la blogosphère littéraire. La qualité, l'intimité et oserai-je dire, la beauté de certains billets attestent une fois de plus que la blogo a quelque chose que la critique professionnelle n'aura jamais: la dimension intime de la lecture, une sincérité individuelle qui, pour nous lecteurs, seront toujours plus prescriptrices que n'importe quelle émission ou magazine. Il y a des billets qui mettent tripes et sanglots sur la table, et qui, de mon point de vue, sont la raison d'être des blogs.

Merci donc à la poignée de participants, ceux que je connais bien et ceux que je découvre, et qui nous donnent encore et toujours envie de lire davantage...

Asphodèle (la grande prêtresse)
La lumière des étoiles mortes de J. Banville
Le dernier gardien d'Ellis Island de G. Josse

Aifelle (la photographe maritime que je jalouse)
Dans la gueule du loup de M. Levi-Strauss

Aaliz (une petite cerise exigeante )
Mon combat, t.2, Un homme amoureux de. K. Ove Knausgaard

Laurie (que je découvre avec plaisir)
Une vie à soi de L. Tardieu

Margotte (la petite Bretonne sauvage qui se cache dans les bois quand elle le peut)
La peau de l'ours de Joy Sorman

Vio (qui ne lit que sur un banc)
La Condition pavillonnaire de S. Divry

Estelle (entre crochet, pouponnage, train et enseignement)
Retour à Little Wing de N. Butler
L'Ecrivain national de S. Joncour

La Comète (avec ses hommes entre deux bouquins garnis)
Autour du monde de Laurent Mauvignier

Jérôme (avec ses quatre femmes entre deux berges)
Je refuse de P. Petterson

Maxi Vav' (qui n'arrête jamais de s'abîmer les yeux)
La Peau de l'ours de Joy Sorman


Et moi je vous donne rendez-vous à Noël, une fois les prix de novembre décernés, 
pour un nouveau bilan
(d'ici là, profitons de la dépression automnale, car les réjouissances de fin d'année ne vont pas tarder à pointer le bout de leur nez avec leur cortège d'efforts obligatoires)
Je rigooooooole !
(pas tant que ça)

jeudi 30 octobre 2014

Au revoir là-haut- Pierre Lemaître

Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut
Albin Michel, 2013, 568 p.

Une histoire de Première Guerre mondiale, l'année de centenaire de la déclaration, c'était bien vu.

Reçu à Noël comme la plupart des lecteurs, juste après son prix Goncourt, Au revoir là-haut attendait patiemment sur ma table de chevet. Il avait fait couler beaucoup d'encre avant même que je l'ouvre. Il y a eu les fans de Lemaître, les détracteurs, les puristes etc...À un moment il faut se faire son propre avis.


Et bien sûr, je me suis régalée.

Au revoir là-haut : une arnaque entre ombre et lumière

En trois mots, ce sont les parcours croisés d'anciens combattants qui escroquent l'État sur le commerce de la mort après l'Armistice. Alors dit comme ça, ça fait moyennement envie, mais ça marche drôlement bien.

D'abord, j'ai aimé le duo improbable des deux anti-héros. Édouard, défiguré à vie, fils de notable, artiste, délaissé par son père. Et, coïncidence éditoriale oblige, cet Edouard Péricourt résonne avec un certain Eddy qui a beaucoup fait parler de lui cette année, et ça c'est l'un des petits bonheurs des hasards littéraires.

"Edouard avait une voix trop haut perchée, il était trop mince, trop soucieux de sa mise, il avait des gestes trop...Ce n'était pas très difficile à voir, il était vraiment efféminé" (p.189)

Son compère, Albert a aussi tout pour me plaire: il est névrosé à l'extrême, petit comptable, d'origine modeste mais grandiose dans sa loose, et castré par sa mère. Ces deux-là forment une équipe aussi imaginative que pathétique, dissimulée au monde, dont même les identités ont bougé. Ils vendent, eux les fracassés des tranchées, des monuments funéraires qu'ils ne fabriqueront jamais. Ce sont les anti-héros positifs, le côté lumineux de l'arnaque en quelque sorte.

Pour le côté sombre, c'est le personnage d'Aulnay-Pradelle qui constitue un pur bonheur littéraire. Fin de race désargenté, qui n'a de noble que sa particule, sans honneur, sans parole et sans scrupule, il est coincé dans son château en ruine. Sa grande beauté le rend aussi attirant que veule, et franchement c'est délicieux. 

Évidemment, il y a des fils tenus qui rattachent les personnages les uns aux autres, et parmi eux, Madeleine, sœur d'Édouard, femme de Pradelle, qui est un personnage formidable qui rassure toutes les filles moyennes du monde.

 "Pas laide vraiment, banale, mais à un âge où être banale, c'est être moins jolie que beaucoup d'autres" (p.200). 

Tourner la mort en dérision

Personne n'est honnête dans cette affaire:  on laisse des gens fracassés par une guerre se débrouiller tous seuls, on biaise la mémoire des morts, on renie sur la taille des cercueils. Lemaître dénonce ce qu'il y a de plus mesquin et arriviste dans la nature humaine. Il se moque de tout cela avec brio, mais ce n'est pas une ode à la malhonnêteté, ni un éloge de l'escroquerie.

Car il y a ce personnage merveilleux et repoussant, ce fonctionnaire aigri, qui sent mauvais, qui mange mal, auquel on ne s'attache pas. Mais par sa grandeur d'âme et son incorruptibilité, il nous rappelle que l'honnêteté n'est pas glamour, et qu'être fidèle à ses principes est à la fois grandiose et vain, et c'est peut- être ça le plus beau. L'élégant du roman c'est lui.

Il y a aussi, de magnifiques pages sur la relation père-fils, qui font pleurer d'émotion (moi qui ne suis pas père et qui n'ai pas de garçon), des passages formidables sur les disparitions, les regrets, les gens qu'on a aimés sans le savoir.

Rassembler tous les ingrédients d'une saga

On voit surgir au fil des pages des personnes qu'on retrouvera surement. La petite Louise par exemple : une gamine vive, attachante, intelligente qui va au-delà de la gueule cassée qui fait peur. On la retrouvera en 1940, dans un prochain opus, (oui Lemaître l'a dit, et ça tombe bien c'est ma période de prédilection), je subodore donc une grande fresque sur le XXe siècle, avec des superbes personnages, décalés et profonds.

On a beaucoup glosé sur le style de Lemaître, en le trouvant un peu faible pour un Goncourt. Là, je m'inscris en faux car je trouve sa plume réjouissante, vive et drôle. 

Rien que son incipit est formidable : "Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps".

Réjouissons nous qu'un livre pareil ait obtenu le Goncourt ainsi qu'un succès populaire. Ce n'est pas si fréquent. Même l'Homme qui lit deux livres pas an (de la SF ou du polar généralement) l'a lu et aimé. 

Alors, en ces temps où la littérature peine à se faire une place, je trouve qu'il est bon de saluer un livre qui plaira au plus grand nombre, en tirant vers le haut (justement) les lecteurs occasionnels qui vont s'avaler un gros pavé, avec humour, distance et gravité.

mercredi 22 octobre 2014

24 mois: la loose, Galéa et moi

Aujourd'hui, ça fait deux ans que je blogue.

Bon.

C'est ballot, ça tombe à un moment où je ne suis plus spécialement motivée, sûrement à cause des blogs qui ferment, du manque de temps, de l'automne, d'une lassitude, de ma vue qui baisse, du changement des rythmes scolaires, de la fin du  fromage le Palet chez Président, de la disparition de mon démaquillant chez Monoprix, du pic de croissance de Numérobis, de la crise...

Que sais-je encore, tous les prétextes sont bons ....

N'étant pas naturellement encline à fêter les anniversaires (ni Noël d'ailleurs...#boutentrain!), je me suis dit que j'allais plutôt évoquer mes doutes existentiels, et préciser deux ou trois points totalement personnels et égocentriques 

La loose d'abord, celle dont j'ai fait mon fond de commerce depuis deux ans (on fait avec ce qu'on a ceci-dit). Alors soyons clairs, je trouve ça drôle de rire des contrariétés quotidiennes, de voir le verre à moitié vide, de s'attendre au pire; et  je suis vraiment comme ça. Mais évidemment, c'est une posture. Je ne suis pas seulement une petite fille gâtée qui pleurniche sur ses contrariétés (même si clairement, je suis aussi cette personne, mes parents peuvent en attester): mais les vrais drames, les grands échecs ou les disparitions passées ou imminentes je n'en parlerai jamais ici. Ce qui me rend vraiment malheureuse (pas plus ni moins que les autres), je le garde pour moi, par pudeur et par élégance. De la même manière que les grands bonheurs, mes fiertés maternelles et mes félicités diverses (tout est dans le "diverses" évidement), je ne les exposerai pas là non plus. Mais je trouve que ça rend la vie plus légère de rire des choses futiles et contrariantes, et j'adore être la looseuse de la blogosphère, j'aime ce costume qui me va comme un gant...

Enfin quand je dis "qui me va",  je devrais dire "qui va à Galéa". Parce que depuis deux ans, cet avatar étrange, créé à partir du mot "galet" (originalité quand tu nous tiens), prend de plus en plus de place dans ma vie, jusqu'à m'étouffer un peu. Galéa n'existe pas, soyons clairs, Galéa est une invention bloguesque.  Ce n'est pas qu'elle ment mais disons qu'elle ne raconte qu'une partie de la réalité, et elle me ressemble de moins en moins.

Galéa trie ses contacts sur Facebook alors que moi je me suis fait dégager par une vieille amie (suite à une altercation où je n'ai pas mis les formes). Galéa crie sur les toits qu'elle fume, mais moi, mes cheveux sentent le tabac froid. Galéa parle de ses filles, mais moi je leur dis de faire moins de bruit quand je suis sur mon ordinateur. En plus, Galéa est honteusement gâtée par ses amis blogueurs (en livres, en cartes Reine des neiges, en carnets et cahiers divers, en cartes, en coupures de journaux, mais surtout en messages d'amitié), et je vais vous le dire franchement, je ne suis pas certaine qu'elle le mérite, parce que la Galéa c'est une imposture!

Elle est plus jolie, plus sympa, plus droite, plus loyale, plus drôle que moi. En gros, Galéa me fait de l'ombre (un peu comme la copine de collège dont on est le faire-valoir, vous voyez?). 

Galéa parle de la loose en rigolant, mais pour moi,  la loose, ça veut dire quelque chose. Revendiquer la loose, c'est se dire qu'on est pas obligée de tout réussir, d'être devant sur la photo, ni d'être celui qu'on admire et qu'on jalouse. Se réclamer de la loose, c'est se reconnaître faillible, c'est ne pas chercher à faire plus ou mieux que les autres, c'est ne pas avoir besoin d'être le premier. Alors, bien sûr c'est une point-de-vue que les successful ne peuvent pas comprendre, mais je pense sincèrement qu'on peut vivre sans être compétiteur, chacun à sa manière et trouver sa place sans entrer dans une catégorie. La loose, c'est aussi revendiquer l'humilité, la retenue, la discrétion. Un looser accepte de ne pas être du côté de ceux qui brillent, et ça ne le dérange pas. Et moi je me suis toujours sentie plus à l'aise à l'ombre (mon mariage de ce point de vue est un éprouvant souvenir...Heureusement que c'était avec l'Homme).

Alors à ce stade de mes réflexions,  alors que des blogueurs que j'aime se mettent sur la réserve et qu'on est plutôt dans un monde qui prône le succès, quitte à perdre en élégance ce qu'on gagne en notoriété, je me suis dit qu'il était peut-être temps de se poser les vraies questions: on blogue pour qui? pour quoi? au détriment de qui?


Moi je blogue parce que peu de gens lisent dans mon entourage, et aussi parce que je suis égocentrique (mais non, les livres ne sont pas  qu'un prétexte), je blogue pour trouver une place, mais je blogue au détriment des gens réels, ceux auxquels je tiens et que je délaisse un peu. (Oui, je l'avoue, j'ai déjà menti à des amis chers pour annuler un rendez-vous car je n'avais pas fini un billet).


Et peut-être qu'il est temps de réfléchir à la place, parfois un peu inquiétante, que le blog prend dans sa vie, en termes de temps et d'énergie.

J'en étais là de mes réflexions, quand  le 9 octobre est arrivé.  Quand Modiano, mon Modiano, celui dont je relis plusieurs fois les livres,  a eu son Nobel.  Modiano, c'est celui qui a su mettre des mots sur des choses dont j'ignorais que je les ressentais. Il est des auteurs comme ça, grâce auxquels on comprend qu'on ne sera jamais écrivain, parce que les livres qu'on aurait voulu écrire existent déjà. Modiano a fait de moi une lectrice qui n'en demande pas plus.

Et le 9 octobre, en tout et pour tout, deux clients, ma mère et l'Homme étaient contents pour moi.

En revanche, Galéa a été inondée de mails, de textos, de messages qui partageaient son bonheur, Galéa a eu le sentiment de le recevoir elle-même le Nobel, Galéa a pleuré de joie de voir son romancier récompensé et s'est trouvée emportée dans un tourbillon tendre et bienveillant, créé par des blogueurs qui la connaissent finalement drôlement bien (elle était tellement heureuse que Numérobis a dit à sa maîtresse le lendemain, qu'on m'avait félicitée pour mon Nobel).

Il faut donc se rendre à l'évidence, j'ai encore besoin de Galéa, donc elle et moi allons continuer un peu notre petit bout de chemin ensemble...

(il faut juste qu'elle me remotive un peu).

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