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Frédéric Beigbeder, Oona et Salinger Grasset, 2014, 336 p. |
Voilà typiquement le genre de livre que je n'achète (car oui je l'ai acheté) que contrainte et forcée par l
es Bibliomaniacs qui l'avaient mis
au programme d'octobre. Mais je leur pardonne (après 10h de train, ça me paraît un minimum).
Je n'aime pas Beigbeder, depuis 99 Francs, ou sous couvert de dénoncer le monde de la publicité, il ne pouvait s'empêcher de noter qu'il marchait "avec un SMIC à chaque pied" (de mémoire hein, mais c'était l'idée). Depuis il incarne tout ce que je déteste: l'argent facile, l'irrespect, la fainéantise, la cuillère en argent... Pourtant, comme lui je pense que les publicitaires sont les nuisibles de notre société, au même titre que les politiques véreux, les assureurs, certains journalistes et les banquiers.
Donc, bien que je n'aime pas trop Beigbeder, je me suis dit, que j'allais quand même lire le livre, sans aucun a priori (oui parfois j'ai des éclairs où je suis en plein surestimation de moi-même).
Et bien malgré mes efforts, je n'ai pas été emballée par
Oona et Salinger, pour tellement de raisons que j'ai peur d'en oublier.
- Déjà, de quoi parle-t-on? d'un type d'à peine 20 ans qui tombe amoureux d'une fille de 15 avec laquelle il ne se passe rien. Doit-on vraiment faire un roman là dessus ? Même si le garçon en question c'est Jerry avant Salinger et que le père de la jeune fille a reçu le prix Nobel (non parce que sinon, moi je peux faire un roman sur mon année de seconde pendant laquelle j'étais transie d'amour pour le beau gosse de la classe qui n'a jamais su que j'existais).
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Comment parle-t-on? Comme les malheureux participants d'une téléréalité. Sauf que ça se passe dans les années 1940 entre des gens globalement éduqués dont on peut imaginer qu'ils avaient un peu plus de trente mots de vocabulaire en stock.
"-Finis ta bière Oona, commande une vodka martini et dis-moi des choses importantes. Je ne veux pas bavarder, j'essaie de te connaître. Que s'est-il passé putain?"
(Loft Story 2000 était à peu près du même acabit)
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De qui parle-t-on? Officiellement d'Oona, future Mme Chaplin, de Salinger, futur auteur de l'
Attrape coeur, de Truman Capote et même d'Hemingway.
"Truman Capote n'avait d'yeux (bleus) que pour le serveur, un jeune Antillais aux dents écartées qui ressemblait à Yannick Noah bien avant la naissance de Yannick Noah"
(p.35 Au secours !!! c'est trop avant-gardiste pour moi cette écriture)
Mais le problème c'est qu'on parle aussi de Beigebder qui aime les très jeunes femmes et qui s'en justifie misérablement. Il nous raconte sa rencontre avec sa femme, dans un récit à la fois pathétique et déplacé, qui a le mérite d'être honnête à défaut d'être littéraire.
- Quel est le propos de fond? Bon, je pourrais dire la littérature, l'amour, le couple, la désillusion par ce qu'on a quand même la chance d'avoir des conseils pour séduire une fille et une réflexion sur l'importance de la télécommande dans un couple d'aujourd'hui. Disons que c'est...déroutant
"sa façon de résister à ses avances était mille fois plus érotique que n'importe quelle nuit avec une salope à gros seins prénommée Samatha" (p.111).
(oh que j'aime l'élégance surannée de ce style)
Enfin, on y trouve en peu de psychologie de comptoir aussi, car au fond, Beigbder se sert de son roman pour justifier sa passion pour les jeunes femmes
"Un corps neuf et une âme confiante, c'est tout ce dont un vieillard a besoin"
(p.296, Voilà voilà...je sais donc que je n'ai aucune chance avec Fredo.)
Dans sa grande bonté, Beigbeder nous rappelle que la guerre c'est mal et que le débarquement fut une boucherie ...et là je dis "merci Frédéric!" punaise, je croyais que ça avait été propre, moi le débarquement en Normandie (comme l'attestent les kilomètres de croix blanches qui ont été installées depuis).
Et pourtant je n'ai pas envie de descendre entièrement ce livre, j'ai envie de sauver quelque chose, sûrement parce que j'ai un coeur, une conscience, que ce mois de novembre est bizarre...bref...ce livre a néanmoins une qualité.
Je reconnais à Beigbeder une belle introduction, dans un pur esprit de loose, autour d'une non-rencontre avec Salinger, parce qu'il se défile. Je ne peux rester insensible à cet acte manqué, de la même manière que je ne peux rester insensible à ce que j'ai lu entre les lignes. L'incipit sur son jeunisme est drôle et sincère, et je crois que Begbeider reconnaît dans ce roman (qui n'en est pas vraiment un) qu'il ne sera jamais un grand écrivain, qu'il restera toute sa vie du côté de ceux qui les admirent sans jamais les égaler, qu'il sera plus célèbre pour sa vie dissolue, ses histoires avec les filles de, ses rails de cocaïne, ses interventions au Grand Journal que pour ses romans. Beigbeder a compris qu'il n'écrira jamais le livre qui change la vie d'un lecteur, je n'ai pas d'extraits pour en attester, mais sa manière de se présenter à l'opposé de l'ermite Salinger en dit long pour moi...
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Et peut-être a-t-il tort (enfin un peu...). J'espère qu'il est allé faire un tour
chez Malika qui a aimé
Oona et Salinger et surtout
chez mon ami MTG qui a adoré ce roman ET qui a mis une citation de Beigdeber sur sa bannière.
Rien que pour ça, pour une fois, je vais respectueusement fermer ma bouche pour ne pas gâcher le bonheur des autres...