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mercredi 1 juillet 2015

Les blogueurs parlent aux blogueurs # 3- Mior


Cet entretien  avec Mior était prévu depuis plus d'un mois, je lui avais proposé de se prêter au jeu pour parler du slow-blogging, qui lui tient à coeur, mais les récents échanges sur Facebook, ont bien montré que cela peut déclencher la polémique ce type de billet.

Je maintiens quand même ce rendez-vous par principe, en espérant que cela ne déchainera pas en commentaires les leçons de morale et autres commentaires outrés, car si ça ne me pose pas de problème que certains blogueurs se réclament d'une certaine popularité et affichent leur réussite et autres bons scores chez les différents baromètres de la blogo, si je me réjouis pour tous ceux pour qui les blog est un peu plus qu'un loisir, j'aimerais vraiment qu'on manifeste le même respect pour ceux qui décident de dire, un peu fort parfois et pas toujours avec la forme souvent, qu'ils bloguent peu  mais le mieux possible.

Mior est un tempérament bouillant et excessif, je le sais car nous étions jurées ensemble chez ELLE en 2014, elle ne mâche pas ses mots, dépasse parfois la limite de bienséance (sachez que nous avons, d'un commun accord, coupé tout ce qui pourrait encore faire polémique ou choquer tel ou tel). Mais comme pour toutes les vraies grandes gueules, il y a chez cette blogueuse quelque chose de fragile et faillible, la persistance du doute (et l'impossibilité de faire dans le court et le concis ;-)

J'espère que ce billet serait lu pour ce qu'il est: non pas un jugement de valeur sur la blogosphère mais le portrait d'une blogueuse passionnée et au grand coeur.

1- Trois mots de présentation : mais qui est Mior ?


Bonjour !  Je suis violoniste et prof de violon de profession, parisienne d’adoption. Tout le monde sait que ce sont les plus férocement attachés à Paris, et même si régulièrement je râle contre la difficulté des transports, le temps pourri, le prix délirant de l’habitat,  la capacité des parisiens à ronchonner tout le temps et à se la péter, j’aime l’idée de vivre dans une capitale, et une très belle ville, et j’essaye d’en profiter culturellement :  quelle offre !...

J’ai un âge qui me classe direct dans les mamies de la blogo , bien que je ne blogue que depuis trois ans tout juste.. nan, je ne vous dirai  pas… bon , allez , je suis née dans les années soixante, j’avoue… (pff, faich’…) Mais bien sûr je fais beaucoup plus jeune que mon âge :-)) J’ai trois enfants de 17, 15 et bientôt 11 ans. Autant dire que ce n’est pas de tout repos ;-)

2- Ceux qui te suivent depuis longtemps savent que « les livres sont nos maisons de papier » était un blog collectif à ses débuts, avec plusieurs intervenants. Quelle a été la petite étincelle qui a mené à l’ouverture d’un blog et surtout comment se fait-il que tu y sois la seule "tenancière" actuellement ?

Oui , nous partîmes à 3, et me voilà toute seule (mais ce n’est peut-être pas définitif ;-) . Il y avait avec moi ma fille -qui avait tout juste quatorze ans en Juin 2012- et une amie de mon club de lecture IRL, Poppy. C’est une fille fabuleuse, qui lit énormément et dans très grande ouverture d’esprit, une belle curieuse comme je les aime . Mais elle s’est très rapidement rendue compte qu’elle était mal à l’aise sur un blog : à qui s’adressait-elle ? pourquoi ? Elle a donc très vite jeté l’éponge , à mon grand regret.

Quant à ChupaChups, elle avait eu les yeux plus grands que le ventre (les chiens ne font pas des chats) . Son rêve secret étant d’écrire une somme qui fera date sur Harry Potter, il n’est pas déraisonnable de penser qu’elle reviendra pointer son museau ici un de ces jours (mais en rentrant en Terminale et faisant bcp de musique, hum...la thèse Es Pottologie attendra peut-être encore un peu ).

L’étincelle ? une bibliothécaire sympa qui me parle de son blog , comme ça en passant… je découvrais vraiment, jamais entendu parler de ça avant ce printemps 2012, pas le moindre clic sur une page . Rigolo, non ? J’ai alors eu l’impression que j’avais toujours eu envie de bloguer sans le savoir ! Et j’ai foncé. Ta question me permet d’évoquer les cercles de lecteurs IRL : pour moi une expérience fabuleuse. C’est ce club en premier lieu qui a un peu changé ma façon de lire : il fallait lire un peu plus analytique pour pouvoir échanger, dépasser le stade du j’aime-j’aime pas, dialoguer avec une professionnelle (notre libraire de quartier), aussi …  j’ai adoré

En fait , pour moi, bloguer , idéalement c’est créer un très grand Cercle de Lecture avec ceux avec qui on se sent “bouquino-compatibles” C’est un peu cette atmosphère qu’on trouve dans “le Mois Anglais “ par exemple, et qui fait son succès, certainement. On se motive pour lire des choses plus exigeantes , éventuellement, et on se tourne un peu plus vers les classiques, aussi.


3- Tu es une blogueuse exigeante, tu écris des billets longs, et tu fais aussi des commentaires assez longs. On ne peut pas dire que tu survoles la question, tu es plutôt du genre à aller fouiller en profondeur. Alors  quelles sont les pratiques ? Le temps passé chaque jour ou chaque semaine sur ton propre blog mais aussi sur celui des autres? Combien de blogs suis-tu, à partir de quels agrégateur. Es tu d’accord pour donner ton nombre de visites ou c’est black-out sur les stats ? Celles-ci te conviennent-elles ?


Euh , exigeante , je ne sais pas ? Je veux apprendre quelque chose , ou sourire, ou sentir quelqu’un à travers son billet, j’essaye de procéder ainsi moi-même, donner du “grain à moudre”, susciter la discussion. Mon kiff , c’est les commentaires ! J’essaye de répondre très vite, pour que le “ping-pong” puisse éventuellement durer. Les commentaires , c’est la troisième mi-temps du billet , c’est un aspect convivial du blog qui est une vraie récompense, la gratification du blogueur, en vérité. Le ton y est plus léger en général, mais on peut aussi approfondir, mine de rien, le fond du billet, établir des passerelles avec d’autres ouvrages, d’autres auteurs, d’autres billets .

Comme je l’ai expliqué quand j’ai commencé mes billets “Voyages dans la blogosphère” j’ai d’abord blogué en toute innocence et en toute autarcie (ce qui me paraît un peu ridicule quand j’y repense…). J’ai mis un temps fou à découvrir qu’il existait une blogo ! Mais là , ça m’a bien passionnée tout de suite, en revanche.

Une anecdote tordante : quand j’ai commencé, j’ai dû -sans le savoir- être repérée et mise en avant, sur un site type HelloCotton peut-être ?? (j’en ai eu confirmation plus tard par la mère d’une amie, mais qui n’a pas su me dire qui ou quoi) . Alors j’avais 2000 visites par mois et pensais que c’était normal !! Evidemment ça s’est vite écroulé, d’autant plus que je ne publie pas frénétiquement , c’est le moins qu’on puisse dire ; maintenant je suis remontée à 2500/3000 vues par mois , ça me va, ma foi.

J’ai fini par rallier Feedly pour suivre une bonne soixantaine de blogs régulièrement ; c’est un vrai temps de lecture , qui entre d’ailleurs en concurrence avec celui que je peux consacrer aux livres, ce qui est un problème. Alors je le fais , comme le reste, irrégulièrement. Je commente pas mal , comme tu l’as souligné, parce que je pense que tout le monde aime ça ? !  Mais j’aime aussi me plonger , de temps en temps , dans un nouveau blog , lire tout ce qui a été publié depuis six mois, car on sent bien “la personne derrière”, de cette façon ; on sait vite si on a envie de faire un bout de chemin ensemble … ou pas .
Je ne lis pas vite , et je rédige lentement (je tape lentement, je suis une quiche informatique…).Je ne sais pas faire un billet en moins de deux heures ! Donc , bloguer, même slow, me prend un temps considérable ;-)
C’est quotidien , au moins un volet ou l’autre : lire/rédiger/commentaires/visites chez les autres.

4-Du blogueur à l’individu, quel rapport ? Le blogueur (avec ou sans pseudo) est-il un nous amélioré ? Jusqu’où va la volonté de transparence ? On assume ou pas ce que l’on écrit ? Tu parles assez peu de ta vie personnelle sur ton blog, en revanche, tu es très engagée sur certains sujets, jusqu’à quel point Mior te ressemble-t-elle ?


Mior c’est mon nom d’enfant qui avait jusque là un emploi strictement familial ; mon vrai prénom est Marie-Laure, comme on peut le deviner. Le pseudo, je m’en fiche un peu, c’est juste une signature. Je ne me cache pas derrière, mon entourage sait que je blogue , par exemple. Certains amis me suivent, d’autres s’en fichent complet . Il est probable que Mior et M-Laure ne fassent qu’une depuis le début.

 Oui, on assume ce qu’on écrit ! (comment faire autrement ??). Je suis quelqu’un d’assez cash dans la vie, j’aime la franchise, l’engagement, les passionnés ; je rêve de pondération et de douceur, mais cela me semble souvent hors de portée ;-) Quoique en ce moment je suis “en plein travaux” !  Alors la Mior nouvelle sera peut-être plus consensuelle et plus apaisée ? Mais il y a belle lurette que j’ai renoncé à plaire à tout le monde si c’est ce que tu veux dire ;-)
Mior a peut-être plus d’humour que la vraie M-Laure ; c’est donc bien moi en mieux  (un moi amélioré, j’aime bien l’expression, je m’en resservirai !)

5- Tu es parisienne, donc tu as un grand choix de librairies, quelle lectrice es-tu ? Tu fréquentes les bibliothèques ou tu préfères acheter tes livres ? Tu offres des livres mais t’en offre-t-on encore ? (c’est le problème des gros lecteurs auxquels personne n’ose offrir de livre).

Oui, on m’offre encore des livres , heureusement ! Je vais te dire, très honnêtement je ne me classe pas dans la catégorie des grands lecteurs (gros, tu m’excuses, je n’y tiens pas !)  ne serait-ce que parce que je lis assez lentement . En revanche , oui , je lis passionnément et depuis toujours.
Je fréquente les bibli, celle de mon lieu de résidence , celle de mon lieu de travail , et puis encore le bibliobus où ils ont pas mal de nouveautés (et pour le côté fun du camion garé, c’est festif, ça fait tout de suite place du village !) J’achète beaucoup également. Car il y a beaucoup de librairies fabuleuses à Paris, en effet ! Ma préférée reste Galignani, Rue de Rivoli, pour son cadre somptueux , dedans, dehors. Mais j’aime aussi, par exemple “La Belle Lurette” rue St Antoine, “l’Arbre à lettres”  Faubourg Saint Antoine , une toute petite Rue du Jourdain qui fait de très belles sélections, ou “Atout Livre” dans le 12ième (hello Marjorie !) Géographiquement je suis proche de Millepages (Vincennes) et Folies d’Encre (Montreuil) donc vraiment pas à plaindre . Sans oublier sur mon-tout-petit-libraire ;-)  (Librairie Mot à Mot ) Je ne crache pas sur une virée Fnac de temps à autre ; ma préférée, celle des Ternes, qui a un côté luxe, calme et volupté qui me ravit. En revanche, je crache sur Amazon, oui ! Il faut une excuse valable, à mes yeux, pour recourir à leurs services (et il y en a peu…). Sponsorisons nos libraires, c’est important !

6- La question qui gratte : Mior et le monde l’édition ? On en parle, ou on préfère ne pas s’étaler ? Ceux qui te connaissent savent que tu n’es pas opposée aux partenariats, qu’il t’est arrivé d’en faire et tu as même dit une fois que quand tu as ouvert ton blog, tu espérais en recevoir. Tu maintiens ? Car vu que tu parles fort, on sait aussi que c’est un principe qui parfois t’agace. Alors est-ce que Mior est claire dans son rapport avec les éditeurs ?


Zéro souci , rien dans les poches. Alors je dissipe un malentendu entre nous : aucun partenariat, aucun SP. La seule fois où j’ai reçu un bouquin gratos (hormis jeux, et délicates attentions entre blogueuses) , c’était “Passés par la case prison”, ouvrage collectif auquel a contribué Olivier Brunhes , un auteur que je connais IRL ...en tant que parent d’élève ! 

Oui quand j’ai commencé je rêvais de recevoir plein de livres ; c’était naïvement l’image que j’associais à celle de la réussite de ce projet de blog. Personne ne m’a rien proposé jusqu’alors , ça m’a calmée ;-) J’ai appris avec une certaine surprise qu’on pouvait demander, poliment, aux éditeurs, de bénéficier de services de presse. Je ne me vois pas le faire. On en revient à des réalités économiques : si les grands amateurs de livres, eux mêmes, ne veulent pas payer leurs livres, mais alors ? ? Il me semble qu’aucun acte d’achat -ou de non-achat, en l’occurrence- n’est totalement anodin. Le gratuit n’existe pas , c’est juste que quelqu’un paye à votre place, et moi qui appartient au monde de la musique suis bien placée pour le savoir. Beaucoup de blogueurs se vivent comme des critiques amateurs de qualité, ce qui légitime la démarche à leurs propres yeux. Ok… Je ne dis pas “fontaine, je ne boirai pas de ton eau” mais c’est de moins en moins ce que je recherche dans cette aventure, je le crois sincèrement (mais c’est facile de jouer les incorruptibles tant qu’on ne vous a pas sollicité , j’avoue !!)

7- J’en viens naturellement au Slow Blogging. Certaines pratiques de la blogosphère t’exaspèrent (et tu n’es pas la seule), tu ne t’es pas privée de le dire un peu sur tous les tons, c’est ainsi que tu as créé le SlowBlogging (la qualité plus que la quantité), auquel pas mal d’entre nous ont adhéré (et tout de suite en ce qui me concerne). Je te laisse rappeler les grands principes du SlowBlogging je vais néanmoins me faire l’avocat du diable : le slowblogging n’est ce pas la communauté des blogueurs qui ne sont pas influents, qui savent qu’ils ne le seront jamais (par manque de temps, de talent ou de réactivité) et qui ont du mal à le digérer ?

Bien sûr on peut le penser ! Si j’ai écrit ce billet, c’est que j’ai du mal à m’affranchir d’une pression que je ressens fortement : la multiplicité des blogs et la multiplication des billets devient un peu folle, et le lien régularité abondante/ fidélisation d’un lectorat semble inévitable. Or elle donne peut-être lieu à une affadisation des blogs : vite lu/vite chroniqué , par exemple ? Ce n’est qu’une hypothèse bien sûr ;-)

 Autre problème : dans ces conditions ils devient problématique de suivre beaucoup de monde ( ce qui reste mon envie). Les billets s’entassent, si on décroche ne serait-ce qu’une petite semaine on peut se retrouver avec pas loin de 200 billets de retard, c’est dément ! Cela m’attriste, car c’est la porte ouverte au billet lu en diagonale, forcément  (et là , je sais que je rejoins une “fixette” à toi !!). Heureusement, les slows compensent les stakhanovistes. Mais attention : certains bloguent plus vite que leur ombre et vachement bien ! (plusieurs de mes blogs favoris sont dans ce cas ) .

Il est évident que cela dépend aussi du temps dont on dispose, des facilités rédactionnelles que l’on a, du type de billet que l’on aime écrire...Tout se complique, ah ah… M’enfin , je peux te dire que si ce billet sur le SlowBlogging a été lu plus de 669 fois (et tu te doutes que ce n’est pas mon étiage habituel ),  s’il a suscité autant de réactions d’adhésion et de soulagement (c’est palpable dans les commentaires !) c’est bien qu’il évoquait une réalité qui pèse à beaucoup, et l’envie que ça respire un peu plus là-dedans .

 Je n’invente pas le slowblogging , évidemment (certains m’ont répondu malicieusement le pratiquer depuis toujours) et je ne peux ni ne veux imposer quoi que ce soit ! Simplement réfléchir à une sorte de “décroissance” peut-être, pour le bien et le meilleur de la blogo qui menace de devenir obèse.

8- Le blogueur écrit pour son blog … et sinon, est ce que Mior envisage d’écrire pour de vrai, sur des cahiers à spirales par exemple ? A force de parler des romans des autres, est ce qu’on aurait envie d’écrire le sien propre ? On t’imagine assez bouillonnante pour te lancer là dedans.


Oui j’ai très envie de fréquenter des ateliers d’écriture, et depuis longtemps. Je vais peut-être me lancer cet été. Le blog correspond  bien sûr en partie à cette envie de rédiger. Mon métier ne nécessite pas d’écrire le moins du monde, alors depuis tout ce temps cela me manquait un peu .  Mais un je-ne-sais-quoi me dit que dois surtout développer ma carrière de lectrice ! De quoi occuper une vie toute entière…  Je doute vraiment avoir une quelconque plume et si écrivain est pour moi un métier de rêve , cela restera je crois dans cette sphère irréelle



9- De quelle couleur est ton blog ? (interdiction de mettre arc en ciel, c’est trop consensuel, mais je prends toutes les autres du jaune citron au marron glacé en passant par le bleu pacifique). Et pour illustrer, cites 3 livres sans lesquels tu ne serais pas tout à fait le même.


Eh bien jaune citron, ça me va , je crois ! J’aime ce qui est acidulé, qui pique, qui pétille , qui réveille . Il paraît que c’est la couleur de l’été cette année, dis donc . Avec un peu de maturité je pourrai peut-être atteindre au jaune soleil , voire à l’orangé couleur de sérénitude ? On peut toujours rêver :-)

 Trois bouquins sans lesquels je ne serais pas tout à fait la même ?ARGHLLL, trois ?? Misère…

Enfance : comme beaucoup j’aurais pu citer Les Trois Mousquetaires comme choc initial, mais je choisis Le pays où l’on n’arrive jamais d’André Dhôtel. Un enchantement poétique et comme hors du temps qui m’a suffisamment marquée pour que très longtemps après je nomme mon dernier-né d’après le jeune héros de Dhôtel , Gaspard. 

 Jeunesse : Marcel Proust et sa Recherche du temps perdu. J’ai découvert Proust  jeune, je devais avoir dix-huit ans ;  je me souviens le lire assise dans le couloir de ces vieux Corail  ( je parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître ;-) avec compartiments de huit, bondé , forcément bondé. Ce devait être l’été, j’étais amoureuse d’un type plus âgé qui me pygmalionnait et me faisait découvrir (entre autre) beaucoup de textes. J’avais une vision très politisée de la littérature, à l’époque , je pensais que Proust était une sorte de bourgeois décadent, et partant , nul et non avenu (je pleure de rire en y repensant !!) . Et là, c’est le choc , la littérature plus grande que la vie, etc.. C’est le seul bouquin que je relise (et le seul auteur avec Virginia Woolf qui me mette à la renverse à ce point-là, je crois bien) 

 Et le troisième : me rend malade depuis plusieurs jours ! Que dire , qui choisir ? Je pleure, je me désespère, choisir c’est éliminer et partir c’est mourir un peu …Bon, ça ne peut pas être un écrivain de langue française, les deux premiers le sont (et comment) . Ni un classique, ni un écrivain homme, partant… Alors je choisis  Le livre de Dina d’Herbjorg Wassmö : un récit crépitant, une femme flamboyante et libre, la musique, la Scandinavie, cette façon simple et droite de dire et de vivre les choses  … beaucoup de choses qui me fascinent et me parlent profondément (et en cela H.Wassmo est bien la digne héritière de sa voisine la grande Selma Lagerlöf) Ouf, c’est fait ...


10 - Le mot de la fin  est pour toi Mior.

Eh bien Galéa , je voudrais raconter que nous nous sommes vraiment rencontrées grâce au Prix ELLE 2014, qui suscita  à ton instigation mon inscription sur Facebook en tant que blogueuse il y a environ dix-huit mois ( il m’arrive de penser que j’aurais mieux fait de me casser une jambe ce jour-là , mais bon , ceci est un autre sujet que tu traiterais tellement mieux que moi ! J’ai hâte que tu t’y colles !).  Je m’en rappelle bien et  rien que pour cela je ne regretterai pas cette aventure ELLE. Ne manque plus qu’une rencontre IRL ;  je ne désespère pas ;-)

Tout d’abord je te remercie de cette invitation sur ton blog qui m’a fait un plaisir infini . Mais plus encore je te remercie pour la pertinence  et l’impertinence de tes billets ! Enfin d’avoir initié cette nouvelle chronique “des blogueurs parlent aux blogueurs “ qui est un vrai plaisir de début de mois . Très bon été à tous , très belles lectures, très bon blogging , slow ou pas ;-)  

MIOR

lundi 1 juin 2015

Les blogueurs parlent aux blogueurs # 2 : Titine de Plaisirs à cultiver

Je ne pouvais commencer ce mois anglais sans un clin d'oeil de fayote à l'une des patronnes de ce mois un peu fou de la blogo, qui est un peu plus qu'un rendez-vous ou qu'un challenge. Le mois anglais, c'est l'anti-nouveauté, l'anti-fashion, l'anti-bling-bling. Nous écumons tous les titres anglais de nos étagères, pour les bonnes raisons: les partager ensemble. Il y a dans ces 30 jours une brume intemporelle, élégante et rassurante, qui revient pour moi à l'esprit originel du blog (en tous les cas celui pour lequel j'ai ouvert le mien)

Titine est celle des trois organisatrices que je connais le mieux, et c'est aussi avec elle que je bois de la Despé en regardant La Grande Librairie, que je fantasme sur Benjamin Biolay, ou que je disserte sur Modiano... Alors, évidemment, ça me paraissait évident qu'elle soit la blogueuse du mois de juin. Mais vu qu'elle est plutôt discrète, je craignais qu'elle refuse ce petit questionnaire, surtout après Jérôme, qui il faut bien le reconnaître, avait mis la barre assez haute. C'était mal la connaître, Titine s'est pliée au jeu et pas qu'un peu. Je la remercie très sincèrement.

1. Trois mots de présentation

Nouvellement quarantenaire, je suis célibataire sans enfants. Je suis gestionnaire de concours au ministère des affaires sociales depuis septembre après avoir passé 13 ans dans l’administration de l’enseignement supérieur. J’habite Paris où je suis venue pour mes études il y a 17 ans....tout ça ne me rajeunit pas !! Mon vrai prénom est Martine, comme beaucoup le savent déjà, ce qui montre ma grande originalité quant au choix de mon pseudo. Bon il faut dire à ma décharge que je n’imaginais pas tenir un blog aussi longtemps et qu’il soit lu !

2- Présentation du blog: quelle est la petite étincelle qui a mené à l’ouverture de ton blog? Et d’ailleurs Plaisir à Cultiver a quel âge ? 

Je ne risque pas de te parler de la volonté de partage puisque je n’ai jamais eu envie d’ouvrir un blog, on l’a eu pour moi ! C’est mon ami de l’époque, grand et fin lecteur, qui a voulu ouvrir ce blog et c’est d’ailleurs lui qui a trouvé le nom. Je me suis occupée de la partie décoration d’intérieur ! Je ne connaissais que peu de blogs (Lily et ses livres, les chroniques d’Isil qui malheureusement n’existe plus puis celui de Lou) et je ne me sentais pas capable d’écrire des billets sur les livres. Je me suis lancée quand même et les premiers billets furent mis en ligne le 8 novembre 2007. Le mien portait sur « Suite française » et je n’ose pas le relire tellement il doit être minable ! Je ne me souviens plus à quel moment je me suis retrouvée toute seule sur le blog mais j’ai pris goût au fait de parler de mes lectures, de cinéma et d’expos. Et j’ai surtout aimé les interactions avec les autres blogs grâce aux lectures communes, aux challenges, aux commentaires.

3- Quelles sont tes pratiques de blog ? Le temps passé chaque jour ou chaque semaine dessus ? T’astreins-tu à des publications régulières ou c’est quand tu peux? Combien de blogs suis-tu, à partir de quel agrégateur, ou bien est-ce facebook, qui oriente tes visites au hasard des clics. Es tu d’accord pour donner ton nombre de visites ou c’est black-out sur les stats ? 

Je ne saurais pas te dire combien de temps je passe sur mon blog, je n’ai jamais vraiment fait attention ou tenter de comptabiliser. Je crois que c’est très variable selon les semaines. Je laisse parfois traîner la rédaction de mes billets et de mes commentaires ou je peux écrire 4 billets pendant le week end. Ça dépend du temps que j’ai à ma disposition. Je ne m’oblige à rien en terme de rythme de publication mais en étant célibataire (je sais que cela fait deux fois que je le dis, mais ceci n’est pas une petite annonce déguisée !!), j’ai quand même la possibilité d’écrire des billets régulièrement. Après, ce n’est pas parce que l’on publie beaucoup que l’on est plus lu. Je tourne à 3000 vues par mois ce qui n’est pas énorme mais j’en suis déjà contente ! Je suis environ 100 blogs sur netvibes et c’est vrai que facebook aide aussi à suivre toute cette bouillonnante activité bloguesque !

4- Et la lectrice Titine? Elle achète ses livres où ? en librairie (je sais que tu en connais une de près), sur Amazon, en grandes surfaces ? Elle emprunte un peu, beaucoup, à la folie ? Elle offre ? 
Oui, j’ai une amie qui est libraire mais malheureusement ce n’est pas chez elle que j’achète car sa librairie est assez loin de chez moi, je n’y vais donc qu’occasionnellement. Je fréquente donc des librairies plus proches de chez moi et également les fnac et Gibert Joseph. Je ne vais sur Amazon que pour les livres d’occasion (sinon la libraire sus mentionnée me fouetterait en place publique). J’ai également une liseuse car j’habite dans un petit appartement et il y a déjà des livres partout. J’ai la chance également d’avoir un excellent réseau de bibliothèques à Paris et j’y emprunte régulièrement des ouvrages. Le problème c’est que je connais maintenant un certain nombre de blogueuses et qu’immanquablement nous nous offrons des livres ! 

5-Pour beaucoup Titine fait partie du gang des Austen girls, est-ce que dans la vraie vie, avec ta clique, vous vous faites des soirées P& P où vous parlez anglais en buvant du thé et grignotez des macarons ? (n’essaie pas de faire croire sur ce blog - qui se veut honnête- que tu ne bois jamais d’alcool, personne ne te croira). En tant que parisienne, comment se passent les rencontres IRL entre blogueuses, et acceptez-vous des extérieures ? 

Je suis effectivement une Austen girl mais le groupe de blogueuses que je fréquente depuis des années est parti d’une passion commune pour l’époque victorienne. Nous avons en effet dans le groupe une brebis galeuse qui n’aime pas Jane Austen mais comme tu le vois nous sommes hyper tolérantes ! Nous acceptons bien entendu des personnes extérieures mais il faut quand même s’intéresser un minimum à la littérature. Au départ, nous choisissions un auteur par mois et nous en parlions la fois suivante. Il faut bien avouer qu’au fil des années, nous sommes beaucoup moins sérieuses dans notre programmation ! En dehors de ce groupe de victoriennes qui sont devenues des amies, je vois d’autres blogueuses aux goûts proches des miens. Et il faut bien le dire, nous buvons plus de cocktails, de bières dans les pubs que de thé ! Mais j’apprécie autant le thé que la bière, les deux boissons emblématiques de l’Angleterre !

6- On arrive donc naturellement à LA question d’actualité : The english month. Avec Lou et Cryssilda, depuis 4 ans, vous menez d’une main de maître (nan je ne suis pas fayote?!!!) l’un des rendez-vous les plus suivis de la blogo, une énorme machine qui dure un mois pendant lequel une quarantaine de blogueurs pensent, lisent, discutent et mangent anglais. On se demande tous comment est née cette idée ? Et surtout, comment faites-vous toutes les trois, pour gérer ce mois aussi virtuel qu’euphorique avec la kyrielle de billets, de concours, de rigolades qui vont fuser pendant 30 jours ?

Lou et Cryssilda font partie du groupe de victoriennes dont je parlais précédemment et nous avons une grande capacité à nous emballer dans nos discussions d’où la naissance de challenge, swap et autres semaines ou mois thématiques. L’Ecosse et l’Irlande avaient déjà été mises à l’honneur et c’est tout naturellement que nous avons pensé à un mois anglais. Nous n’avions pas imaginé que le rendez-vous serait aussi suivi et nous n’avions pas l’intention au départ de le refaire tous les ans. C’était sans compter sur l’enthousiasme de nos participants qui ont réclamé à corps et à cris le retour du mois anglais ! La première année le mois anglais avait lieu en décembre pour passer en juin les années suivantes afin que nous ayons plus de temps pour lire et récolter les nombreux liens. Je dois bien avouer que l’année dernière, je n’ai pas réussi à lire tous les billets. C’est mon grand regret, je n’ai malheureusement pas le temps de lire le nombre toujours grandissant de billets. Je m’en excuse d’ailleurs auprès des futurs participants (sauf Belette qui cherche depuis plusieurs années à avoir ma peau !). Mais ce qui me fait vraiment plaisir, c’est de voir à quel point chacun a l’air de s’amuser durant ce mois anglais et la bonne humeur qui règne sur notre groupe facebook. Et c’est toujours pour moi un beau moment de partage et de découvertes.

7- Naturellement, tu n’échapperas pas à la question qui gratte (parce que je suis une sale gosse) : Titine et le monde l’édition ? On en parle ou on préfère ne pas s’étaler ? Les éditeurs se positionnent en général sur le mois anglais pour faire gagner des livres aux participants. Alors pendant les 11 autres mois, comment gères-tu tes partenariats ? N’y a-t-il pas le risque de lire un peu sous la contrainte (d’autant que tu enchaînes avec ton mois américain en septembre), et qu’en est-il des choix des lectures quand le livre arrive directement dans sa boîte aux lettres ? Quand on connaît un auteur (et je sais que c’est ton cas) est ce qu’on modère ses bémols ?


Alors, je tiens à préciser tout de suite que les éditeurs ne se positionnent pas sur le mois anglais. Lorsque j’ai fait gagner des livres, c’est toujours parce que j’avais repéré la sortie d’un roman anglais chez l’une des maisons d’édition avec qui j’ai un partenariat et je demande alors gentiment si je peux organiser un concours. Je ne dis pas ça par modestie mais mon blog n’est absolument pas influent et il n’intéresse pas tellement les maisons d’édition. Je suis loin d’être parmi les blogs les plus suivis. Les partenariats sont apparus au fil des ans mais restent limités à quelques maisons d’édition et les livres n’encombrent pas si souvent que ça ma boîte aux lettres. Et en général, ce sont des livres que je demande et que j’ai envie de lire. Lorsqu’ils arrivent sans que je les ai demandés, je ne me sens pas du tout l’obligation de les lire. En revanche, je trouve normal de préciser à la fin de mes billets s’il s’agit d’un service de presse ou non. C’est pour moi une manière de remercier les maisons d’édition qui me l’ont envoyé et une forme d’honnêteté par rapport à ceux qui me lisent. Et je ne pense pas avoir déjà retenu ma plume parce que le livre m’avait été envoyé ou parce que j’ai rencontré l’auteur.

8- Titine écrit pour son blog…et sinon, est ce qu’elle envisage d’écrire pour de vrai ? Certains le cachent, d'autres l’affirment, A force de parler des romans des autres, est ce qu’on aurait envie d’écrire le sien propre ? Je sais que tu participes de temps à autres aux ateliers d’écriture de la blogo, as-tu des projets plus pérennes ? 

Je participe effectivement aux ateliers d’écriture de Leiloona car ça m’amuse d’imaginer des vies, des histoires à partir des photos. Mais je n’ai pas de plume, pas d’écriture. Je vais donc me contenter d’être une lectrice et de faire passer mes coups de cœur littéraires.

9- Titine et les réseaux sociaux. Fais-tu partie des addicts aux réseaux sociaux ? Un compte Facebook, Twitter, Instagram ? Est-ce que ça change la manière de bloguer, ou au contraire est-ce un moyen de mieux se connaître les uns les autres ? Est-ce qu’on peut dire que les réseaux sociaux vampirisent le blog ou bien continue-t-on de travailler dur à chaque billet sur un bouquin ? Avons-nous vraiment le temps d’être partout ?


J’ai un compte sur facebook, un sur Instagram parce que j’aime faire des photos et un sur twitter pour voir ce que c’est mais je sens que je ne vais pas le garder longtemps (je ne comprends pas toujours le sens des hastags....) ! Je n’étais pas tellement addict de facebook avant de me mettre à discuter avec un groupe d’adeptes de l’apéro dont je tairais les noms par respect pour leurs proches ! Je ne passe pas ma vie sur facebook non plus mais j’adore les discussions que nous avons qui peuvent être très sérieuses sur la littérature ou complètement barrées selon l’humeur des unes et des autres (et du nombre de bières déjà avalées...). Pour moi, les réseaux sociaux n’ont pas grand chose à voir avec mon blog, ils ne me servent qu’à le faire connaître. Et c’est mon compte perso que j’utilise le plus sur facebook. Alors, non les réseaux sociaux n’ont absolument rien changé à ma façon de bloguer, ils permettent simplement plus d’échanges directs entre lecteurs.

10- De quelle couleur est ton blog Titine? (interdiction de mettre arc en ciel, c’est trop consensuel, mais je prends toutes les autres du jaune citron au marron glacé en passant par le bleu pacifique). Et pour illustrer, je veux bien que tu cites 3 livres sans lesquels tu ne serais pas tout à fait la même.


Je dirai entre gris clair et gris foncé (oui j’ai bien grandi dans les années 80). Je sais que je choisis la même couleur que Jérôme mais j’ai eu beau me creuser la tête je ne vois pas d’autre réponse me correspondant. J’aime la noirceur, la mélancolie, les loseurs magnifiques. Un des premiers livres qui m’ait marquée est Les  Hauts de Hurlevent  dont le héros, Heathcliff, est d’une noirceur absolue. Tout le roman est basé sur sa rage de vengeance. Je peux également citer  Oblomov  de Gontcharov dont le personnage me touche infiniment. J’en parle pour symboliser mon amour pour la douloureuse et mélancolique âme russe (parce que ne citer que trois romans est horrible pour moi, comment n’en choisir que trois ?). En dernier, je vais dire Macbeth , ma pièce préférée de l’immense Shakespeare. Je l’ai vue au Globe à Londres et c’est la plus extraordinaire expérience théâtrale que j’ai vécue. Et on peut difficilement imaginer personnage plus sombre que Macbeth !

 Le mot de la fin est pour toi bien sûr 

Je te remercie de m’avoir choisi pour ta deuxième interview, ça m’a fait très plaisir de répondre à tes questions. J’espère n’avoir pas été trop longue et ennuyeuse, je m’en voudrais de faire fuir tes lecteurs habituels ! Et puisque ton billet sera en ligne le 1er juin : happy and merry english month to everyone ! 

vendredi 1 mai 2015

Les blogueurs parlent aux blogueurs # 1 - Jérôme d'une berge à l'autre

Il y a eu l'épidémie des blogs qui ferment, puis ceux qui se sont mis à tourner au ralenti; il y a les blogueurs qui ont tiré le rideau et ceux qui sont passés à autre chose, aux réseaux sociaux, plus instantanés, plus simples plus rapides. Alors, à quoi ça sert le blog? Est ce que ce n'est pas vain le temps qu'on y consacre, tout le travail en amont d'un billet...

Sauf que le blog reste comme un témoin de nos lectures, comme l'instantané d'un moment donné, d'une émotion et finalement je garde d'avantage le souvenir d'une chronique d'un livre que d'une dispute sur Facebook. 

Il y a aussi le fait que je sois une fille pénible, de celles qui critiquent tout et tout le temps, qui donne des leçons tous azimuts (alors que soyons honnêtes, je suis très mal placée pour ça). Et, à un moment, monologuer sur mon blog en marmonnant tout ce qu'il ne me convient plus, c'est un peu tourner en rond aussi.

C'est ainsi que le 1er de chaque mois, je m'entretiendrai avec un blogueur (que j'aime bien sûr) pour parler un peu de ce que qui nous passionne tous: les bouquins, la blogo, les blogueurs. Le Comment, le Pourquoi et le Parce que d'un média auquel finalement je reste très attachée.

Et j'ai eu la chance, pour amorcer ce rendez-vous, d'avoir l'accord d'un blogueur suffisamment influent (pour que je puisse lui poser mes questions tordues), suffisamment bienveillant (pour accepter que je les lui pose), et de suffisamment mesuré (pour ne pas se disputer avec tout le monde au premier rendez-vous). C'est donc avec Jérôme d'une Berge à l'autre qu'on va se regarder le nombril, Jérôme qu'on ne présente plus (et sûrement pas sur ce blog), celui qui fait partie de cette minuscule poignée d'hommes dans ce monde de femmes, dont une blogueuse itinérante dit "qu'il est une blogueuse presque comme les autres" (tout est dans le "presque", surtout depuis qu'il a coupé ses cheveux), mais surtout qui a le grand mérite d'être loyal et honnête, et aussi de supporter (et même d'encourager) la sale gaminerie je suis.

Merci à lui de se prêter au jeu. 

1- Trois mots de présentation

Je suis un homme de 40 ans. Marié, papa de trois filles de 2, 9 et 12 ans. J’habite dans l’Oise et je suis professeur documentaliste au sein du réseau CANOPÉ (je suis en fait responsable d’une médiathèque pédagogique à destination des enseignants et je mène en parallèle des actions autour de la lecture dans les écoles primaires et les collèges).

2. Le blog

Jérôme est-ce que c’est indiscret de te demander quelle a été la petite étincelle qui a mené à l’ouverture d’une berge à l’autre ? Certains assument que c’est par désoeuvrement, d’autres parce qu’ils ont eu envie d’avoir un coin à eux, ou bien un rapport avec le travail etc

La raison première du blog était une volonté de garder une trace de mes lectures, de faire de cet espace une sorte de pense-bête. Au départ c’était une démarche purement égoïste, sans aucune ambition de partage ou d’échange. D’ailleurs si tu regardes mes premiers billets tu verras que je ne répondais jamais aux rares commentaires. Je n’en avais rien à faire en fait, j’écrivais mes avis pour moi et je ne pensais pas une seconde qu’ils puissent intéresser qui que ce soit. Les premiers mois, je ne fréquentais pas du tout la blogo, j’étais un ours bien au chaud dans sa caverne sans aucune envie d’en sortir.

Par la suite j’ai appris à découvrir la richesse qui m’entourait, d’abord chez ceux qui prenaient régulièrement le temps de venir sur mes berges, puis le cercle s’est élargi. Cela s’est fait naturellement, j’ai compris que les autres avaient beaucoup à m’apporter par la diversité de leurs lectures et de leurs avis, par la diversité de leurs écritures aussi. Mais au départ je n’ai pas du tout créé mon blog dans ce but-là.

3-  Pratique du blog.

Combien de temps passes-tu chaque jour (ou chaque semaine) dessus ? Combien de blogs suis-tu, à partir de quel agrégateur, ou facebook, ou au hasard des clics. Ta gestion de réponses aux commentaires. Es tu d’accord pour donner ton nombre de visites ou c’est black-out sur les stats ? Comment fait-on pour être un blogueur régulier avec un métier et une petite famille ? Le temps du blog, il empiète sur quoi ?

Le temps que je passe par jour sur le blog est assez réduit. En général je prends 15-20 minutes le midi pour répondre aux commentaires et 45 minutes le soir pour écrire un billet. J’ai la chance d’écrire vite (je n’ai pas dit bien, hein !), ce n’est jamais contraignant pour moi de faire un billet. Je fais les choses sérieusement mais sans me prendre la tête non plus, et tant pis si cela se sent parfois…

J’ai une centaine de blogs dans mon Netvibes, c’est le seul agrégateur que j’utilise quotidiennement.

Pour les commentaires, j’y réponds rarement le jour de publication du billet. Je laisse toujours passer quelques temps, mais il n’y a aucune règle en fait.

Concernant les stats, il n’y a pas de black-out, j’ai passé l’âge de jouer à qui a la plus grosse. Blogger me dit que j’ai entre 700 et 800 pages vues par jour, avec des pointes à 2000 et des creux à 400. C’est variable, je ne sais pas si c’est énorme ou ridiculement faible par rapport à d’autres, ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse à vrai dire. Je constate juste que ces chiffres n’augmentent plus depuis au moins un an, qu’ils auraient même tendance à baisser un peu. Mais franchement, c’est le dernier de mes soucis.

Le temps du blog n’empiète pas sur grand-chose. En semaine, je profite de ma pause du midi pour aller lire les blogs de mon netvibe et répondre à mes commentaires et le soir, quand les filles sont couchées et que madame regarde la télé, je m’autorise une petite heure pour faire un billet. Le week-end le rythme est différent, ma femme est une grosse dormeuse et moi pas, donc je m’occupe de bébé qui est une vraie lève tôt et je suis souvent au taquet vers 6h30. Mais une fois qu’elle est changée et qu’elle a bu son biberon, elle a pris l’habitude de jouer toute seule en attendant le réveil de ses grandes sœurs. J’ai donc souvent deux heures devant moi dans une maison tranquille, j’en profite pour lire et bloguer.

4- Le blogueur et toi

Jérôme, tu as choisi de ne pas prendre de pseudo (à moins que tu avoues ne pas t’appeler Jérôme IRL). Quel est ton rapport avec le Jérôme virtuel ? Tu es un blogueur populaire, apprécié par les blogueuses de tous âges, tu n’es pas sans ignorer que tu passes pour le chouchou de ces dames de la blogo. Bref virtuellement, tu es un homme à femmes, et ceux qui te connaissent un peu savent qu’IRL tu as aussi beaucoup de femmes dans ta vie (ne serait-ce qu’avec tes filles ou ton épouse). Alors le Jérôme d’une berge à l’autre est-il un Jérôme amélioré ou te ressemble-t-il? Es-tu aussi bienveillant dans la vie que sur la Toile ? Et comment perçois-tu l’image que tu renvoies ?  Jusqu’où peut-on aller avec la volonté de transparence ?

Je n’ai pas pris de pseudo parce qu’au départ ce blog ne s’adressait qu’à moi et qu’il n’était censé intéresser que ma petite personne.


La popularité, le chouchou de ces dames, tout ça, tout ça, tu sais à quel point j’ai horreur de cette image ! J’ai toujours dit que les choses seraient bien plus simples si j’étais une femme, malheureusement ce n’est pas le cas. Maintenant est-ce que le Jérôme virtuel est LE vrai moi ? Bien sûr que non. C’est un personnage, un petit bout de moi forcément tronqué mais sûrement pas amélioré. Ce n’est pas une vitrine, je ne suis pas là pour me vendre ou jouer un quelconque jeu de séduction à travers lui. J’ai dit des choses très personnelles et très sincères sur le blog, d’autres enjolivées, et d’autres encore bien moins reluisantes qu’elles ne l’étaient en réalité. Je joue un peu avec ce personnage, il serait stupide et malhonnête de le nier. Mais il me ressemble dans une certaine forme d’autodérision, une bonne dose de mauvaise foi, une absence d’orgueil et d’amour propre, une modestie et une forme de gentillesse à toute épreuve qui reflète assez bien ce que je suis dans la vraie vie. Et puis mon moi virtuel a fait grandir mon moi réel, notamment dans le rapport aux autres. Je ne vais pas m’étendre sur ton divan pour entamer ma première séance de psychanalyse, mais je crois que tu auras compris ce que je veux dire.

A part ça je ne perçois pas du tout l’image que je renvoie, heureusement que de bonnes âmes le font à ma place et m’ont plus d’une fois ouvert les yeux. Le regard des autres n’est pas un paramètre que je prends en compte quand je m’exprime sur le blog, heureusement d’ailleurs, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec ce genre de considération.

5  -    Le blogueur et le lecteur

Tu sais que tout donneur de leçons qui se respecte (je sais que quoi je parle hein) milite pour les librairies indépendantes, tape sur Amazon et s’insurge sur l’achat des bouquins en grandes surfaces. Mais il me semble que tu m’as dit un jour n’avoir plus de librairie dans ta ville. Alors, où, comment et à quelle fréquence achètes-tu tes livres ? Est-ce tu empruntes un peu, beaucoup, à la folie ? (je sais aussi que tu offres beaucoup).

Ma ville préfecture de 60 000 habitants est restée deux ans et demi sans aucune librairie. Étant un très gros acheteur de livres, j’ai dû passer nombre de commandes en ligne. J’ai aussi la chance d’aller régulièrement à Amiens et j’y fais toujours des emplettes, notamment dans une excellente librairie BD. Depuis septembre dernier les choses ont évolué puisqu’une petite FNAC a ouvert ses portes en ville et qu’à l’automne prochain Le Furet du Nord doit s’installer dans un méga centre commercial actuellement en construction. L’offre va donc redevenir tout à fait correcte et il ne sera plus question pour moi de commander en ligne, sauf les livres d’occasion. J’emprunte aussi beaucoup à la médiathèque et j’ai la chance de recevoir pas mal de livres en cadeau (et je ne parle pas ici des SP !). J’accepte aussi de recevoir quelques livres voyageurs mais en général je les « séquestre » bien trop longtemps, j’en profite pour m’excuser auprès de celles qui m’ont envoyé des ouvrages et qui attendent encore que je leur rende.

6-  Le blogueur et le monde du livre (où la question qui gratte)

Alors on ne va pas se mentir, ton blog est populaire, et pèse lourd dans la blogo. Tu es dans le top 5 d’ebuzzing, et même si les mauvaises langues (dont je suis) disent que ce classement ne veut rien dire, il suffit de parcourir ton blog pour voir qu’il est très suivi, tes billets reçoivent toujours autour d’une vingtaine de commentaires (avec pourtant un rythme de publication soutenue), alors forcément, des attachés de presse ont du te contacter pour des partenariats. Le blogueur et les Services de Presse c’est tabou ? On en parle ? En chemise avec les attachés de presse où carrément opposé aux partenariats ? Qu’en est-il des choix des lectures quand le livre arrive directement dans sa boîte aux lettres ? Quand on connaît un auteur est ce qu’on modère ses bémols ? Est-ce que c’est important d’être reconnu par les maisons d’édition ? Un blogueur est-il un professionnel de la littérature ? As-tu déjà demandé des romans avant qu’on ne te les propose. Je ne crois pas à la théorie de recourir aux partenariats pour économiser une vingtaine d’euros par roman, alors qu’en est-il des liens qui se créent entre éditeurs, romanciers et blogueurs ?
Le blogueur et les Services de Presse on en parle autant que tu veux, je suis très à l’aise avec ça.

D’abord mon blog ne pèse rien du tout pour le monde du livre et ce n’est absolument pas de la fausse modestie. C’est un paramètre essentiel à garder en tête et j’y tiens beaucoup. Après, le classement dont tu parles, et qui ne reflète absolument pas la réalité selon moi, est un outil très utilisé par les maisons d’édition. Donc, oui, je reçois beaucoup de propositions. Et j’en accepte certaines. Je ne suis pas « en chemise » avec les attachées de presse mais je ne suis pas du tout opposé au partenariat. Surtout, ça ne changera jamais ma perception du livre, mon ressenti et la manière dont je vais l’exprimer. Volontairement, je ne précise jamais dans mes billets si le livre vient ou pas d’un partenariat (c’est une obligation légale, je sais, mais peu m’importe) parce que pour moi il n’y a aucune différence dans ma façon de l’aborder. Un livre reçu en SP ne passera pas avant les autres, il attendra son tour, comme tout le monde. Et d’ailleurs, il y en a bien une trentaine sur mes étagères qui y resteront sans jamais être lus, tu vois à quel point je traite les envois de SP avec le plus grand sérieux ! Mes choix de lectures sont uniquement dictés par mes envies du moment ou par des lectures communes à venir. Encore une fois, je ne me prends pas la tête avec ça, le blog reste pour moi un espace de liberté et de légèreté ou je fais ce que je veux, comme je veux, et à mon rythme.

Je demande souvent à recevoir des romans avant qu’on ne me les propose, ça ne me pose aucun souci de l’avouer. Et encore plus souvent, quand une maison d’édition me propose un titre, je le refuse pour en demander un autre de leur catalogue qui m’attire davantage. En général ça ne pose pas de problème et ça me permet de découvrir un ouvrage que j’ai choisi moi-même.

Il n’est absolument pas important pour moi d’être reconnu par les maisons d’édition, il ne manquerait plus que ça ! La seule chose qui importe est ma crédibilité de lecteur, le fait que quand je m’emballe totalement pour un livre (ce qui arrive rarement), mon avis incite certain(e)s de mes lecteurs(trices) à me faire totalement confiance et à le lire. Je perdrais tout ce qui fait le sel du blog à mes yeux si je perdais cela un jour. Alors que perdre des partenariats, franchement, peu importe.

La relation avec les auteurs, notamment via les réseaux sociaux, est beaucoup plus problématique selon moi. Quand il s’installe une forme de connivence entre le blogueur et un auteur, le jugement est forcément biaisé. Je refuse systématiquement les offres de SP venant directement des auteurs (j’ai fait une exception une fois, parce qu’elle a su si prendre et que je suis faible, mais ce n’était pas un roman pour moi et je l’ai dit sans problème dans mon billet), c’est à peu près le seul principe auquel je ne veux pas déroger. J’ai refusé aussi que l’on me paie pour écrire un avis élogieux, comme j’ai refusé des propositions de partenariats pour des produits qui n’avaient strictement rien à voir avec le monde du livre. Après, chacun fait ce qu’il veut et heureusement.

7-  Le blogueur et l’écriture

Le blogueur écrit pour son blog, pour lui…et sinon, est ce qu’il envisage d’écrire pour de vrai ? Certains le cachent, certains l’affirment, d’autres se déclarent auteurs. A force de parler des romans des autres, est ce qu’on aurait envie d’écrire le sien propre ? Je sais que tu t’y es tenté une fois, c’est définitivement derrière toi ou tu continues de t’exercer dans ton coin ?

Je m’y suis essayé une fois, c’est vrai, mais c’était plus une blague qu’autre chose (une nouvelle érotique pour célébrer l’anniversaire d’un rendez-vous de la blogo que j’apprécie particulièrement). Sauf que cet essai-boutade sans autre ambition que celle de faire un petit clin d’œil a déclenché des réactions auxquelles je ne m’attendais pas du tout avec notamment des témoignages en « off » qui m’ont plus effrayé qu’autre chose. Je vais même t’avouer que j’ai été contacté par une maison d’édition qui m’a proposé d’écrire un petit roman suite à ce texte. J’ai décliné sans aucune hésitation, l’écriture « fictionnelle » ne m’intéresse pas du tout, c’est bien trop contraignant et trop fatigant pour un dilettante comme moi. Et puis je manque d’imagination pour inventer et raconter des histoires. Donc, non, je ne continue pas à m’exercer tout seul dans mon coin (du moins pas à l’écriture…).

8-  Le blogueur et le réel

Est-ce qu’il est, selon toi, nécessaire de passer par une rencontre physique pour solidifier une relation entre blogueurs ? La frontière entre le virtuel et le réel est-elle hermétique, ténue ou friable ? Sans forcément donner des noms (quoique) n’as-tu eu que de belles découvertes ou bien y-a-t-il eu franches déceptions ?

Alors là je te dis oui, trois fois oui, il n’y a rien de telle qu’une rencontre physique (en tout bien tout honneur) pour solidifier une relation entre blogueurs ! Les rencontres réelles m’ont permis de créer de véritables liens d’amitié. Certaines d’entres elles sont aujourd’hui bien plus que des blogueuses, (et je n’ai pas besoin de donner de noms, elles sont très peu nombreuses et se reconnaîtront sans aucun problème).  Après, je n’ai pas eu de franches déceptions, juste des personnes avec lesquelles je n’ai pas senti d’affinité particulière, rien de grave au final.


9-  Le blogueur et les réseaux sociaux

Indubitablement une blogo parallèle se met en place sur FB, Twitter ou IG. On se met à discuter tous azimuts de tout et n’importe quoi, avec plus ou moins d’amis. Il se murmure que l’échange sur FB serait plus intéressant et dynamique que celui des blogs. Tu crois à la résistance du blog où à sa dilution dans l’échange immédiat ?

L’échange sur FB est plus direct et plus réactif mais il est aussi beaucoup plus « soluble ». Sa durée de vie ne dépasse en général pas les 48h, et encore, je suis optimiste. L’échange immédiat n’a rien à voir avec le blog pour moi. Le blog permet déjà de toucher un public plus large que tes quelques amis FB (en ce qui me concerne en tout cas parce que je n’en ai pas tant que ça) et la réflexion que l’on y propose est plus dense et plus structurée. La trace que tu y laisses est aussi bien plus durable selon moi, elle ne va pas être noyée et parasitée par les dizaines d’autres informations qui s’affichent en permanence sur les murs des uns et des autres. Après, les réseaux sociaux sont utiles pour la visibilité du blog, c’est indéniable, mais c’est une autre question…

10- De quelle couleur est Jérôme d’une berge à l’autre?
Interdiction de mettre « arc en ciel », c’est trop consensuel, mais je prends toutes les autres du jaune citron au marron glacé en passant par le bleu pacifique. Et pour justifier ta couleur, je veux bien que tu nous donnes les 3 livres sans lesquels tu ne serais pas tout à fait le même lecteur et peut être pas le même homme non plus ?

J’aurais bien dis arc en ciel mais je n’ai pas le droit, tant pis… Blague à part, je crois que je suis plutôt gris. J’aime cette couleur qui me rappelle le ciel bas et chargé de ma Picardie natale. J’aime les âmes grises, la tristesse, la mélancolie, le blues. Je trouve qu’il y a une certaine lucidité à voir la vie en gris, entre le noir le plus sombre et le blanc le plus pur, entre l’obscurité et la lumière. (Mince, j’ai un peu l’impression d’avoir plombé l’ambiance. Remarque, vu comme j’ai été bavard, pas certain qu’il reste beaucoup de lecteurs ayant fait l’effort de tenir jusqu’à cette question).

Les trois livres sans lesquels je ne serais pas tout à fait le même lecteur ni le même homme ? N’importe quel recueil de nouvelles de Bukowski pour commencer. Ensuite le « Biribi » de Georges Darien, brûlot antimilitariste qui a fait de moi un objecteur de conscience et, par ricochet, m’a permis d’exercer le métier qui est le mien aujourd’hui (c’est une longue histoire…) et enfin n’importe quel recueil de poésie d’André Laude, âme grise s’il en est qui restera le seul poète a m’avoir ému aux larmes avec la force de ses mots.

Le mot de la fin est pour toi (aucune consigne, c’est totale liberté ;-)


J’ai été très touché (et surpris) que tu me proposes d’être le premier invité de ce rendez-vous. J’espère avoir respecté l’esprit de transparence et de sincérité que tu souhaites lui donner. En tout cas ce fut pour moi un vrai plaisir de répondre à tes questions. Et je m’arrête là, j’ai déjà été bien trop long.

Merci Jérôme ;-)

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