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lundi 19 janvier 2015

Jacob, Jacob

Valérie Zenatti, Jacob, Jacob
Editions de l'Olivier, 2014, 166 p.
Je savais que Jacob, Jacob serait au programme des Bibliomaniacs quand elles sont descendues me voir sur les bords de la Méditerranée. Je l'ai acheté tard et je ne l'ai pas lu tout de suite (heureusement qu'il est court). Il a traîné sur la table du salon pendant quelques jours avant que je m'y mette, et pour nous, à la maison, c'était bizarre de voir écrit sur une première de couverture Jacob, Jacob. J'ai donc eu le droit aux interrogations de Rayures - "C'est son nom et son prénom tu crois? Ils avaient un drôle d'humour ses parents",  aux questions codées de l'Homme - "Tu en es où avec double J?" et aux réflexions esthétiques et facebookiennes de Valou sur le regard dudit Jacob.

Bref, pour nous Jacob, Jacob suscitait toutes les interrogations. Mal organisée comme à l'accoutumée, je l'ai fini une heure avant l'enregistrement, en pleurnichant un peu sur mon canapé.

Jacob, Jacob c'est l'histoire de Jacob, juif algérien, qui est mobilisé pour partir au front pour le débarquement de Provence. Il n'a que 18 ans, il attend les résultats du bac, et est issu des milieux pauvres, où on s'entasse à plusieurs dans un pièce, toutes générations confondues, les uns contre les autres. Un univers dur, où la claque (et les coups) sont faciles sur les enfants insolents et dans lequel le patriarcat ça veut dire quelque chose.

Jacob c'est le sensible de la famille, un peu plus que son père et son frère en tous les cas, un presque adulte qui part faire une guerre glorieuse dont on ne sait pas s'il en reviendra. Zenatti invente le débarquement de Provence, tout en intuition et en odeurs de peur, de froid et de sang. Avec une remontée au Nord, dans un pays que finalement les Algériens ne connaissent pas, dans un pays où soldats musulmans et juifs doivent parfois manger du porc pour ne pas froisser les paysans de l'Est qui les accueillent le temps d'une ville reprise sur l'Ennemi.

Jacob, Jacob, c'est l'histoire de l'enfant qu'on attend, mais aussi celle de sa famille qui reste en Algérie - sans nouvelle. L'une des grandes réussites de ce roman, ce sont les magnifiques personnages de mères; des mères qui se taisent, qui souffrent, qui espèrent et qui parfois font preuve d'une détermination émouvante. Des mères en deuil aussi. Jacob c'est l'enfant disparu et celui qui va disparaître, c'est l'enfant des beignets et celui de la photographie avec un décor de carton-pâte.

Jacob, Jacob, ce sont les quelques mois d'un presque'homme, tels que les a imaginés Zenatti. C'est la fin de la Seconde Guerre Mondiale et les prémices de celle d'Algérie. C'est finalement l'histoire banale, troublante et tragique d'une partie de la communauté séfarade, sans forcer le trait ni grosses allusions.

Rien qu'à cause du titre, je ne pouvais qu'être sensible à ce roman, dans lequel pourtant, le style m'a complètement déstabilisée. Les phrases jaillissent des tripes de Zenatti (elle l'a dit elle-même chez Busnel), et il faut s'y habituer, mais la dernière partie est tellement poignante, et la dernière page tellement émouvante, avec une boucle bien soignée comme je les aime, que je ne peux que le saluer ce livre.

Il gardera pour moi la couleur d'un week-end  de septembre.

J'attends maintenant de découvrir d'autres romans de Zenatti, et particulièrement un dont le titre m'échappe et dans lequel elle raconte sa difficulté à se sentir française quand elle était enfant (si quelqu'un a le titre, je suis preneuse).

47 commentaires:

  1. ça m'intéresse ce dernier roman dont tu parles. Cela pourrait être intéressant pour mes cours. Mais celui-ci m'a l'air pas mal aussi, je le note, d'autant que j'ai déjà entendu parler de cette auteure.

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    1. elle en a parlé à LGL en disant qu'elle se faisait passer pour une ashkénaze qui selon elle, faisait plus "français" qu'une séfarade. Je trouve le parti pris de départ assez intrigant, j'ai vraiment hâte de m'y coller, ça se passe chez moi en plus.

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  2. J"en ai entendu beaucoup parler, mais je n'ai pas sauté le pas, pas encore

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  3. Bonjour Galéa
    Je ne connais pas le titre du livre que tu cherches :-(
    De cet auteur, ma fille qui est en 4ème a étudié en francais "une bouteille dans la mer de Gaza"
    J'en ai profité pour le lire ...très bon roman jeunesses épistolaire (par mail) entre une jeune israélienne et un jeune palestinien de Gaza)
    Bonne journée

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    1. Oui j'en avais entendu parler mais je n'avais pas fait le rapprochement dis donc....Merci de l'info Valentyne!

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  4. Voici le titre que tu cherches je pense : "le blues de Kippour" http://legoutdeslivres.canalblog.com/archives/2010/06/04/18115010.html J'aime beaucoup l'écriture de Valérie Zenatti, j'ai mis Jacob Jacob à mon programme, je le prendrai tranquillement à la bibliothèque, mais je veux lire "les âmes sœurs" d'abord.

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    1. ah mais je vais aller lire ça tout de suite Aifelle , merci ;-)

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  5. Galéa, le livre auquel tu penses sur sa jeunesse est à mon avis Mensonges, elle parle de ce sentiment et d'elle de manière très intime, profonde, et très touchante : j'ai adoré :-)

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    1. Ah oui, ce doit être celui-là, noté donc
      Merci Laure

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  6. Salut Galéa, je l'ai emprunté à la bibliothèque et j'en ferai ma toute prochaine lecture. J'ai lu un très beau roman de Valérie Zenatti, il y a quelques années mais qui me laisse encore un beau souvenir, c'est "Les âmes soeurs": https://bullesdair.wordpress.com/2012/03/08/3-femmes-extraordinaires-les-ames-soeurs/
    Bisous

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    1. Je vais m'empresser d'aller lire cet article Laeti.
      Merci de ton passage et j'ai hâte d'avoir ton verdict

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  7. Ah si je n'avais pas tellement de latin à réviser, à apprendre et à revoir, je me lancerai dans cette lecture...

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    1. Ah oui, je serais curieuse d'avoir ton verdict Alphonsine, mais effectivement, tu as beaucoup d'autres choses à faire en ce moment. Je t'embrasse.

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  8. Tu es enthousiaste mais ce livre ne me tente pas. C'est drôle de faire les chroniques avec autant de recul par rapport à l'évènement. Je ne pourrais pas y arriver je crois.

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    1. Oh tu sais MTG , je suis tout le temps à contretemps en ce moment, c'est devenu une seconde nature. L'avantage, c'est que tu chroniques sur ce qu'il te reste du livre et, c'est un exercice assez passionnant aussi...
      C'est pas grave si tu n'es pas tenté ;-)

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  9. il me tente bien ce roman, le sujet me plaît. de plus on ne voit pas souvent de sujets sur le Débarquement de Provence, il faut dire qu'avec ma Normandie, je bouffe du D-DAY à fond les ballons !
    c'est un auteur que je ne connais pas encore, les commentaires ci-dessus semblent démontrer que je loupe quelque chose.
    Pour réponse à Valentyne, ce livre a été adapté au cinéma "Une bouteille à la mer", il y a deux ans environ, et je le trouvais très bien ! je ne savais pas que c'était basé sur un roman aussi.

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    1. Hâte d'avoir ton avis Valou, oui j'imagine bien que tu en consommes du débarquement...
      Tu sais que je ne connaissais pas Zenatti avant les bibliomaniacs hein
      Des bises

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  10. Ton billet me renvoie à mon mémoire de M2 sur la guerre d'Algérie... J'avais lu un livre de témoignages d'Algériens, juifs, musulmans ou européens sur leur enfance là-bas avant 1962, leur famille, leurs mots, leur univers mental et ça m'avait marquée alors que c'est un monde complètement englouti dans les brumes du temps. Je ne me rappelle pas le titre malheureusement. Bien envie de lire ce livre en tout cas, son thème est original (pour moi qui suis provençale ET normande ;-))

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    1. C'est exactement l'impression que j'ai eue Ellettres: le surgissement d'un monde disparu.
      Pour ton mémoire, je suppose que tu l'as fait à Aix, ce sont les grands spécialistes de la question coloniale et c'est là où sont entreposées les archives d'Algérie dans mon souvenir (à moins que tu ne fasses pas référence à un mémoire d'histoire mais de littérature)

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  11. Malgré les avis positifs il ne me tente pas. Et moi je le trouve flippant ce Jacob Jacob sur la photo!

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    1. Je ne sais pas comment j'ai pu vous confondre avec Valou. Je l'imaginais bien plus que toi en train de traiter Jacob de type bizarre, bon il faut se rendre à l'évidence, je vieillis.
      Des bises Tiphanie.

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  12. Je suis comme Tiphanie, malgré les bonnes ondes diffusées ici où là à propos de ce roman, il continue à ne pas me tenter pas une seconde.

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    1. Et j'ai envie de dire, ce n'est pas grave Jérôme

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  13. Ah non, c'est Joseph que j'ai dans ma liseuse ! Je m'y perds.....

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    1. C'est drôle car tout le monde confond Jacob et Joseph, Laure faisait la même erreur alors que pour moi, il y en a un qui est le fils d'Abraham quand même et l'autre l'époux de Marie, l'un "appartient" au judaïsme et l'autre au christianisme. Bon l'un dans l'autre, je ne peux pas les confondre non plus pour des raisons personnelles.
      Ce comme est absolument sans intérêt, parfois je devrais m'auto-censurer.

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  14. Un livre plein d'émotions et de sensibilité et un superbe portrait des mères, en effet. J'ai juste regretté qu'il ne se termine pas un peu plus tôt, avant la guerre d'Algérie, ou alors il aurait fallut plus développer cette partie que j'ai trouvé un peu bâclée.

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    1. Oui, je pense qu'elle a voulu faire le pont, montrer que la guerre mondiale a fragilisé les juifs d'Algérie et que 20 ans plus tard, ils devront en partir...mais je suis d'accord, c'est très fugace

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  15. J'ai lu Jacob, Jacob un soir cette semaine, en un peu plus de 2h tellement ce roman était génial. Je crois aussi que je vais essayer de lire d'autres romans de V Zenatti.
    Je vois que toutes les deux on a été touchée par les mêmes choses : les mères et la boucle à la fin du roman. Je suis toujours très attirée par les romans sur le Judaïsme et la culture séfarade.
    La forme si originale du roman ne m'a pas du tout dérangée par contre. Au contraire, je crois bien que c'est cette forme qui m'a rendue très vite accroc au récit.

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    1. Bonjour Fleur, moi aussi il m'a vraiment donné cette envie de lire d'autres romans d'elle!! J'ai lu Les âmes soeurs déjà, très très beau souvenir également.

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    2. Tu as tout dit Fleur, c'est exactement ça, pour moi les mères sont la grande réussite du roman, car elles sont la mémoire aussi.
      Je vais lire Mensonge tout bientôt.

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  16. bon, tu sais que je n'ai pas accroché plus que ça...mais ce livre est rattaché à mon super souvenir du we passé ensemble à Nice :-)
    Le film "Une bouteille à la mer" est top (adapté d'"Une bouteille dans la mer de Gaza")

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    1. Oui je n'avais pas fait le rapprochement.
      C'est vrai que Jacob reste associée à notre we ;-)

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  17. Belle écriture ! Belle découverte pour moi aussi !

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  18. J'ai entendu une interview de l'auteur il y a quelques temps... votre commentaire me donne plus qu'envie!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!je le note et je vais voir si il est à la médiathèque
    merci!

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  19. Sais-tu que je pense à toi chaque fois que je vais à la cafétéria du campus ?

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  20. Pfiou je suis en train de le lire et il me prend tellement aux tripes que j'espère le terminer ce soir!! Le style des longues phrases, sans ponctuation, est déstabilisant au début en effet mais on l'intègre très facilement par la suite (alors que j'ai vrm du mal avec les phrases interminables). Il est tellement beau ce livre, j'ai besoin d'en parler, de partager!! Bref, je le termine ce soir ^-^ Bises Galéa

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    1. Je surguette ton blog Laeti, effectivement, il y a quelque chose qui prend aux tripes, et je pense que ça a quelque chose à voir avec la maternité....

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  21. Je suis en train de le lire et je suis totalement envoûtée et émue par ce livre. J'ai attendu comme toi pour le lire, j'ai rencontré Valérie Zenatti en avril et là c'est le moment... Tellement beau... ce qui est évoqué de la maternité, en particulier, me bouleverse totalement...

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    1. Entièrement d'accord ma Comète, les passages sur la Maternité sont bouleversants....

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