lundi 23 novembre 2015

Le Onzième Jour

Le premier soir, à 22h07, une amie sur Facebook (oui je sais c'est moche, je passe ma vie sur les réseaux sociaux) n'arrivait pas à rentrer chez elle, à cause d'une rue bloquée à Paris. Le temps que l'Homme parvienne à s'extraire de sa nouvelle lubie (Face off: encore une émission qui porterait la responsabilité de notre divorce le cas échéant) et qu'il passe sur les chaînes d'info, à 22h30 on savait déjà que c'était des attentats terroristes.


Le deuxième jour, on s'est réveillé au son du glas et des 129 personnes abattues (sans distinction de sexe, de religion de couleur de peau, ni d'âge). Après la phase "textos tous azimuts" (on a tous quelqu'un à Paris ou pas loin: des Bretons qui ne trouvent pas de travail en Bretagne, des copines jurées Elle, une tante qui nous fait toujours une blanquette à tomber par terre quand on monte....bref, il y a eu le temps du harcèlement.) "L'un dans l'autre sur les 10 millions de Parisiens, vraiment ça aurait été étonnant que tu connaisses et tiennes à quelqu'un sur les 129" (les interventions pertinentes de l'Homme seront en italique pendant tout le billet). 

Mais même en ne connaissant personne, même en n'ayant aucun proche à pleurer, on rentre dans la phase : perte de dignité. C'est quand même moche de pleurer devant ses enfants sans discontinuer. Je ne me suis juste arrêtée pour hurler sur Rayures qui ne trouvait pas ses chaussettes et qui allait être en retard à ses activités.

Le troisième jour, on se surestime, on résiste (enfin les autres surtout) : "Hors de question qu'on change quoique ce soit, on maintient les activités des enfants" (il est comme ça l'Homme, il tranche). Donc pendant que tout le monde emmenait mes filles à droite à gauche, j'ai sangloté en peignoir sur ma tablette devant les réseaux sociaux, à regarder les photos des disparus.

Finalement les 129 morts nous ressemblent dans ce qu'on a de plus viscéral, "oui enfin Galéa, notre dernier concert c'était en 2002" (ça c'est l'Homme; dès que j'ai 2 ou 3 réflexions métaphysiques il s'incruste, il fait le type éberlué, il m'énerve). Disons que si je n'étais pas névrosée et si je n'avais pas peur de la foule et des pièces borgnes, j'aurais pu leur ressembler ; "avec un chanteur français dépressif alors, où la moyenne d'âge serait plus proche de celle de ta mère, parce qu'à part ton vieux CD d'Iron Maiden, on ne peut pas dire que tu écoutes du métal en boucle hein. " (Dieu qu'il est pénible cet homme). Il y a les bières en terrasse aussi où j'aurais pu être un vendredi soir, "mouaich allez va pour le Scwheppes agrume à 18h, on va dire que tu seras crédible", mais j'aime me retrouver entre amis à refaire le monde dehors -parce qu'on fume même s'il fait froid : "mais à 21h tu piques du nez ma pauvre surtout si le lendemain on doit se lever à l'aube pour emmener Rayures à une compétition de l'autre côté du département". M'en fiche, même à 1000 km du Xe , c'est à la possibilité de vivre comme cela qu'on a touché, c'est le droit d'être libre et insouciant qu'on a fracassé. C'est cette possibilité, cette chance qu'on croyait évidente et inaliénable qui nous échappe maintenant. 

Toute la journée je me suis dit qu'une information allait surgir du style: "tout l'état major a été arrêté, l'EI est complètement démantelé, dormez sur vos deux oreilles braves gens...". A la place, j'ai eu des copines qui faisaient tourner de prétendues informations sur un éventuel attentat dans ma ville. 

La quatrième jour, on retourne travailler, on papote devant l'école, on prévient les enfants, on console les copines plus fragiles qui pleurent devant les grilles, on s'inquiète de la maîtresse et de cette heure de discussion obligatoire qui peut être un carnage. On reprend le cours normal de notre vie. Enfin on le croit, mais bon voila, voilà, nous, enfants des années 70-80, la guerre on en a jamais entendu parler que de loin, le grand truc bouleversant pour notre nation, c'est le comportement inexcusable de l'équipe de France en 2010 en Afrique du Sud, du coup, on ne sait pas bien comment réagir, donc on essaie de penser à autre chose, et quand on y arrive pas on pleure. Rayures me récite en boucle l'Albatros (son intonation n'est pas très loin de celle Malraux lors de l'entrée des cendres de Jean Moulin au Panthéon, parfois je me demande quand même si je ne devrais pas les mettre davantage devant la télévision, mes filles appartiennent à un autre siècle). 

Le cinquième jour, on sature un peu des posts dégoulinants, du pathos gratuit et qui n'apporte rien, on supporte mal les témoignages pourris (du style : "je mangeais un panini dans le 18ème quand j'ai compris qu'il se passait quelque chose"), on a envie de claquer ceux qui connaissent quelqu'un dont la cousine avait un ami qui justement proposait deux places pour le Bataclan ce soir-là. On croit que c'est fini mais en fait non. C'est une gueule de bois qui dure et c'est pas si facile de passer à autre chose finalement. Et puis les termes ont été posés, l'état d'urgence déclaré, la psychose installée...et pendant ce temps, j'oublie d'aller chercher mes résultats de glycémie (diabète gestationnel or not ?)

Le sixième jour, l'assaut est donné à Saint-Denis, on se désole de la récupération politique indigne, des procès inutiles, des postures électorales, des experts qui viennent nous expliquer la situation, à coup de grands mots savants sortis tout droit de leur labo de recherche, ras le bol des émissions anxiogènes. On fait des polémiques sur tout et n'importe quoi: sur le drapeau français, le "pray for Paris", la Marseillaise, histoire de rester bien français quand même, pour l'unité et la tolérance on repassera. Numérobis a perdu son cache-coeur de danse, Rayures doit réviser les grandes dates napoléoniennes. J'ai vraiment envie de fumer. L'Homme verse sa larme devant Wembley en bleu-blanc-rouge. 

Le septième jour, il y a les langues qui se délient, des racistes qui sortent du bois pensant qu'avec tout ça, ce n'est plus si honteux d'être extrémistes. Il y a des enfants, dans les cours de récréation, qui ânonnent fièrement les opinions politiques de leurs parents. On se serait bien passé de savoir ce que votent les gens de notre quartier, surtout quand ce sont des copains. L'impression que le sujet "attentat" fait vendre, toutes les émissions font leur "spécial"- qui n'apporte rien-, du journal de M6 à la Grande Librairie "il perd pas le Nord ton François, hein, il va pouvoir se régaler en littérature qui répare.....".  Rayures nous montre sa choré de jazz dans le salon et se fracasse le genou sur le coin de la table basse.

Le huitième jour, on s'insurge des gens qui continuent comme si de rien n'était. Prise d'otage à Bamako pendant qu'un blog fait gagner des bons cadeaux (si on partage son post, like sa page et dépose un commentaire), "hé ho les gars c'est les mêmes méchants là ", c'est moi ou franchement c'est indécent ? Certains racontent encore leurs petits soucis quotidiens, (exemple : "la batterie de mon portage a lâché, sale semaine"). On croit que c'est fini, mais vraiment pas en fait. Une vague envie de vomir. "Tu ne supportes pas qu'on fasse comme si de rien n'était, mais tu ne supportes pas non plus qu'on en parle, tu veux quoi au fond?". Du silence.  Et un peu de dignité aussi. Numérobis rentre de l'école avec deux invitations à des anniversaires. 

Le neuvième jour, ça fait une semaine qu'on ne blogue plus, ni sur le sien ni sur celui des autres. Une impression latente de vacuité, je renonce à publier mon billet sur Tarte aux pommes et fin du monde. Bruxelles est une ville morte et en danger, Numérobis lit la clé de Fa plus vite que ses lignes de lecture.
J'envisage qu'on se retire tous dans la montagne, on fera l'école à la maison et je trouverai bien une sage-femme un peu baba-cool avec des fleurs dans les cheveux, qui me fera les monitoring du dernier mois avec un verre de cantine Duralex et un vieux tendeur. Elle m'accouchera à l'ancienne avec des encens, en jouant des airs sympas à la guitare. Nous aurons notre potager, et nous serons totalement autosuffisants  (de toutes manière vu le nombre d'amis qu'il va nous rester après l'arrivée de My Third, c'est juste de l'anticipation).  J'apprends que la saison 6 de Dowton Abbey reprend le 5 décembre, je rajoute une box dans mon organisation en ermitage. 

Le dixième jour, c'est journée sans radio. On se fait plaisir avec quelques acteurs télé oubliés de tous qui livrent leurs impressions "en tant qu'artiste et parisien", un vieux cabot se prend pour Jean Jaurès et s'exprime avec emphase, une chanteuse -qui ne vend plus de disque depuis 10 ans- tente de ressusciter  sur la scène médiatique  grâce à des textes hyper intimes sur les attentats. Tout le monde a un avis sur tout, même ma boulangère qui m'explique ce qu'il faudrait faire en Syrie et comment gérer la jeunesse qui se radicalise. On se moque, on brocarde mais le coeur n'y est pas...Rayures m'avoue avoir foiré son évaluation sur Napoléon "j'avais oublié la date de Waterloo".  L'Homme décline ma proposition de vie naturelle et protégée. Les 60 ans du Masque me passe au dessus de la tête, même plus envie de les critiquer, je n'écoute pas l'émission. My Third se prépare les JO 2032 dans mon ventre, essentiellement entre 2 et 4h du matin, du coup j'ai hyper bonne mine. 

Le onzième jour, on rallume l'ordinateur (et on s'aperçoit que depuis le début du billet, on a fait tout ce qui nous énerve chez les autres). #CohérenceQuandTuNousTiens

Le onzième jour, on n'a pas tellement le choix: la vie continue.
On accepte que, pendant quelques temps, la vie ne soit plus tout à fait comme avant.
On  va accepter que ce qui est le plus précieux à nos yeux est infiniment fragile.
On se dit qu'on va un peu plus prendre soin des gens qu'on aime. 
Les enfants gâtés que nous sommes viennent de se prendre une sacrée claque : nous qui avons connu les rave parties, les restaurants où on pouvait fumer, les boites de nuit sans capitaine de soirée, la techno, Nirvana, où le truc le plus politique qu'on ait fait, c'est sécher le lycée en 95 pour aller manifester (sans comprendre quoique ce soit aux enjeux de l'époque, mais on n'avait pas réviser son latin). 

Même si la plupart de notre jeunesse triomphante est rangée des camions en banlieue - ou pire, en province- croulant sous les obligations domestiques d'anniversaires et activités diverses et variées, même si on est souvent bien trop fatigués ou trop mal organisés pour sortir le soir, n'empêche que cette vie là, celle qui a été la cible du vendredi 13, ça a été la notre à un moment (et on comptait bien remettre ça un jour futur).

Alors le onzième
jour, on va essayer d'être un peu moins égoïste, un peu moins pleurnichard, un peu plus attentif, plus tolérant aussi et retrouver sinon un peu de légèreté, au moins un peu d'humour, ce qui, en l'état actuel des choses, serait un minimum de politesse.

63 commentaires:

  1. Que dire Galéa ? On fait tous ce qu'on peut face à tant d'horreur qui nous dépasse.
    J'aime beaucoup ton billet, empreint d'humour, comme toujours, même si on sent bien que tu a dû aller le chercher tout au fond de toi ce ton ironique qu'on aime tant chez toi.
    Je crois que nous devons essayer d'avancer, et surtout de dépasser l'émotion pour penser, réfléchir, envisager l'avenir et le construire en tant que citoyens, faire bouger les lignes chacun à son niveau partout où nous pouvons le faire. Et vivre librement, transmettre nos valeurs à nos enfants.
    Merci pour ton beau billet.

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    1. Merci à toi de ta bienveillance et de ta gentillesse Delphine ;-)

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  2. Super ton billet, vraiment... Tu résumes tout à fait les différentes étapes par lesquelles je suis passée aussi. Tout ça avec humour comme tu sais le saupoudrer partout et en toutes circonstances :)) Merci Galéa...

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    1. Merci Sandrion (ne me flatte pas trop après je deviens prétentieuse ;-)

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  3. Une tranche de VIE, c'est bien ça qui importe non ?

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  4. Alors je vais vous encenser Galéa...
    Merci une fois de plus, (parce que les autres fois sont restées timides et silencieuses) je n'ai pas votre talent d'écrivain (d'écrivaine...) mais j'aime tant vos mots!!! Et ceux-ci résonnent en moi très fort...
    A bientôt pour de nouveaux écrits, de nouvelles "pensées", de nouvelles joies...

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    1. C'est véritablement pour un blogueur très émouvant un commentaire comme le votre.
      Merci infiniment.

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  5. J'aime beaucoup ce résumé des derniers événements au jour le jour vu sous ton angle à toi et à travers lequel on peut tous plus ou moins s'identifier. Tout est dit, avec tellement de vérités et d'humour, bravo pour ce billet !

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  6. C'est un vrai bonheur de te lire, la vérité sur notre quotidien mais avec une dose d'humour et du recul.... que l'on ne trouve nul part ailleurs. Merci!
    Laure

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  7. Tu résumes assez bien mon ressenti : tristesse, colère, dégoût, angoisse... Sauf que dans mon cas, j'ai coupé le robinet informationnel très rapidement (le 4e jour), donc il y a quand même plein de trucs auxquels j'ai échappé. Et je suis contente de voir que tu as repris le chemin de ton blog, et que tu as retrouvé ton sens de l'humour...

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    1. C'est assez fragile je dois dire finalement, 2 mois après, il en reste encore des choses douloureuses...

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  8. je me suis déjà fait la même réflexion, qu'est-ce qu'on était des enfants gâtés, chanceux et heureux! :(((

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    1. OUi, peut-être qu'il faudra se battre pour garder tout ça...

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  9. rien à dire mais juste besoin de te dire (#CoherenceQuandTuNousTiens ;-)) que ton billet est beau et que je m'y retrouve. Merci.

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  10. Ma chère Galéa, ça fait un bien fou de lire ton ressenti, que je trouve fragile, vrai, honnête, et qui fait évidemment incroyablement écho à toutes ces choses que je n'arrive pas à faire sortir depuis le 13.11. Je me sens seule, j'ai hésité à quitter facebook, je suis écoeurée de certains propos et j'en ai tout simplement marre de n'entendre parler que de ça. Le traitement journalistique, n'en parlons même pas! Et depuis ce week-end, c'est rebelote chez nous en Belgique, tu l'as appris. Tous les soirs, en journée, dès que tu allumes ta télé. Je t'envoie un mail...

    Sinon, tu comptes nous parler du roman de Siaudeau? J'aimerais bien connaître ton avis :)

    Prends bien soin de toi, gros bisous!

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    1. Rho je sais Leati, on n'a vraiment pas été épargnés punaise!!!!! Nous entrons dans une nouvelle période, c'est évident.
      J'essaierai de parler du SIaudeau, mais je ne chronique plus un livre sur deux, par manque de temps et parce que j'ai vraiment l'esprit ailleurs.
      Je te fais plein de bises

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  11. Tu synthétises tellement bien la somme de nos contradictions, avec ton style inimitable... Face à des événements comme celui-là, oui, on est à court, on n'a pas le logiciel... Ceux qui ont grandi à Beyrouth dans les années 70-80 ou en Algérie dans les années 90 (et j'en passe...) sont peut-être mieux "armés". Mais la paix, y compris la nôtre personnelle, ou à notre petit niveau de collectivité (famille, travail, associations), ne s'invente pas à partir d'un manuel. Même si... Un peu de lecture, ça fait du bien dans ces moments-là, pour réfléchir (en fait ça fait du bien tout le temps évidemment). Douces pensées.

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    1. Tu as vraiment raison Ellettres, enfants gâtés que nous sommes, nous manquons d'outils pour résister à cela.
      Des bises à toi.

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  12. Bonsoir
    Tout est dit et surtout très bien dit ....Merci à toi , tu as su tout nous résumer , et j'aime la morale finale !
    Bonne soirée
    Bises

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  13. Et alors, ce genou ?
    Nan mais sans déc, tu as raison, et puis en même temps, tu sais, j'ai continué à partager des trucs pour gagner des machins, j'ai continué à lire des billets de blogs totalement inadaptés à la situation et j'en ai publié aussi, mais franchement, tu veux que je te dise, si je ne le fais pas, j'ai le visage de ma copine Véro là sous les yeux, celle qui était juste allée manger un bout avec des potes, celle qui avait la vie devant elle et une asso magnifique à Madagascar, et puis j'ai cette peur d'aller bosser qui arrive, qui me fout le bide en vrac, qui me tord les boyaux, qui me tétanise au moment de sortir du train / de mon bureau / du bus... Quand mes collègues me disent "ça va" avec tout leur amour dans les yeux, j'ai envie de les étriper, de leur dire que non ça va pas, qu'on est tous flippé et silencieux, qu'on marche sur du coton et que c'est irrespirable.
    Bon, allez, je te laisse, et n'écoute pas la radio ou la télé, c'est encore pire après ;^)

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    1. Je ne regarde pas les infos à la télé, je n'écoute que la radio, évidemment, tout le monde a peur pour soi et les autres, surtout si on est dans des zones dites sensible sou particulièrement surveillées.
      (pour tous les jeux et autres likes sur FB j'ai trouvé ça proprement indigne et assez indécent pour tout dire, mais je peux comprendre qu'on ait besoin de se changer les idées).

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  14. redonner l'espoir à mes enfants et petits enfants parisiens qui ont eu si peur, je ne sais pas comment faire, c'était leur vie , des gens comme eux et qui leur ressemblent tellement, retrouveront-ils leur insouciance d'avant!

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    1. Non je ne crois pas Luocine, il va falloir apprendre à vivre un peu différemment malheureusement, en ayant conscience des choses. Il est la le vrai choc.

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  15. Quel magnifique billet ... Pour ma part depuis le 13, pas moyen de pondre une ligne. Je ne peux que pisser du lien...

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  16. Et bien je ne fus concernée qu'un peu puisque ma fille de 17 ans s'est retrouvée boulevard Voltaire coincée toute la nuit. Je n'ai pas vraiment réalisé sur le coup. Elle a tout entendu mais n'a rien vu. Je n'ai rien pu faire la semaine dernière. Je n'ai pas pu faire à manger, pas pu faire le ménage. J'ai 75 mails dans ma messagerie que je n'ai pas ouvert. Je n'ai repris mes activités normales de mère de famille qu'hier. J'ai quand même réussi à poster un message sur mon blog. Je n'ai pas pu regarder l'hommage rendu à la fac de ma fille aux trois étudiants morts (les élèves de musicologie déplorent deux élèves morts dans leur section. Les trois premières notes de musique m'ont bouleversée. J'ai arrêté la vidéo rapidos) Quand ma fille a demandé à aller dormir chez une de ses copines samedi dernier et qu'elle m'a dit qu'elles iraient au cinéma j'ai failli faire un arrêt cardiaque. Elle m'a dit "oh mais les parents de Jeanne viennent avec nous". "Ben oui chérie mais les parents de Jeanne ne travaillent pas à la BRI". Je lui ai dit de m'envoyer un sms quand elle arrivait chez sa copine et un autre quand elle se coucherait. Elle m'a envoyé un sms du cinéma pour me dire qu'ils étaient passés au détecteur de métaux....Maintenant quand je lui dis "A ce soir" je me demande vraiment si on va se retrouver ce soir.

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    1. Sauf que c'est sans doute elle qui a raison, elle est jeune et choisit de continuer à vivre, et je pense qu'elle est dans le vrai. Mais pouvons nous vraiment résister à l'inquiétude de nos enfants ?

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  17. Moi je veux bien essayer de prendre toutes les bonnes résolutions dont tu parles mais pfiou, je sais que je ne vais pas y arriver.

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  18. J'aime ton billet. Je suis un peu comme toi. Je suis spectatrice, dans l'attente de quelque chose. Peur pour mes enfants, ma belle-fille travaille à la Défense
    Mais bon, il faut vivre quand même, alors, je prends ma chienne, mon appareil photo et je bats la campagne. Je me dis que je suis bien dans ma campagne, rangée des voitures.
    Je ne sais pas quoi dire d'autre sinon Profitez de chaque minute de votre vie

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    1. Oui, je crois qu'il va falloir apprendre à vivre en ayant peur, et en continuant d'être attentif aux gens qu'on aime.

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  19. Avant l'état d'urgence, l'état de choc ! Un petit gout de génèse avec quelques jours en plus car se reposer le septième jour ça déjà été fait et puis de notre temps se reposer ça ne le fait pas, hein, il faut continuer surtout ! On ne sait pas vraiment comment mais continuer.
    Bises

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  20. Je reprendrai le mot d'ordre du dernier billet de François Morel : ne renoncez à rien ! Parce que la vie est fragile, parce qu'on ne sait pas ce que sera demain dans ce monde pourri, il ne faut renoncer à rien, vivre notre vie en profitant de ceux que l'on aime et de chaque instant. Il faut continuer à privilégier l'inutile : la culture, les apéros, les discussions endiablées sur des sujets futiles, les balades, nos blogs, tout ce qui contribue à enchanter ce monde et notre quotidien.

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    1. Je suis d'accord avec toi Titine (et avec Morel du coup), nous devons résister (et ça ne va pas être facile).

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  21. Je l'ai lu 2 fois ta chronique . Il y a du fond et la forme est réjouissante comme toujours. Allez j'ai plutôt envie de relever des choses légères même si ton onzième jour m'a touché et que je ne me sens pas trop à la hauteur de relever tous les défis que tu poses, comme le dit Valérie dans sa sobriété habituelle.
    Ce que je voudrais relever c'est que plus j'en sais sur l' Homme et plus je le trouve top (même si je sais que tu déformes ses propos à l'avantage de tes chroniques) . J'apprends que tu as fréquenté des rave parties...alors ça je ne l'aurais pas imaginé. Au fait c'est qui Iron Maiden...pardon je suis né en 1969, je dois être un peu trop jeune pour savoir...
    Et surtout, je voudrais te convaincre de ne pas nous privé de ton article sur la tarte aux pommes et la fin du monde...même à postériori car tous ces articles d'humeurs sont des enchantements...on en veut encore !
    Bisous.

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    1. Tu sais, ton commentaire m'avait terriblement touchée à l'époque, évidemment que je déforme tout ce que dit l'Homme, et que je triche tout le temps, mais il était beau ton comm, parce qu'on était tous un peu cassés de partout, et c'était vraiment punk de choisir la légèreté (et ça j'avais adoré). Bon sinon, je suppose que tu plaisantes pour Iron Maiden non ?

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  22. Bonsoir Galea, merci pour ce billet qui m'a fait du bien. Malgré les tragiques événements, moi qui habite Paris, je suis fataliste, ce qui doit arriver arrivera. Je sors, je vais au cinéma. La vie doit continuer. Avec le plan Vigipirate, on est fouillé (surtout les sacs des dames au cas où au fond, il y aurait une kalashnikov), les hommes en revanche, passent plus facilement sans qu'on leur demande d'ouvrir leur veste ou leur manteau (une ceinture d'explosifs pourrait être dissimulée). Bref, tout ça pour dire que de toute façon, on n'y peut pas grand-chose. Je suis triste, en colère mais je me sens surtout impuissante devant l'obscurantisme et la bêtise de "ces gens là". Bonne soirée.

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  23. Qu'ajouter à ton billet ? Même si je ne l'ai pas vécu de la même façon, ces contradictions que tu cites m'ont aussi traversée, comme bien d'autres. C'est un peu rassurant de le lire, de se dire qu'on fait chacun comme on peut pour y faire face, parfois en faisant semblant, en essayant de reprendre le cours des choses dès que possible. Alors, oui, essayons d'assurer le minimum de la politesse (j'apprécie ta formule, entre autres choses dans ton article).

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    1. j'étais sure que c'était ce que tu retiendrais.

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  24. Tu as raison : la politesse avant tout, nom de D.....

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  25. Ton billet contient peu ou prou ce que nous avons tous ressenti à un moment ou un autre (même si on est plus vieux^^) et il est très beau, drôle, à ton image ! L'Homme est de plus en plus sympathique malgré vos "ronchonnements" respectifs ! Nous devons être le 14ème jour, je ne sais pas vraiment compter dans ces cas-là et je trouve que ça ne s'arrange pas, on ne récupère pas ...ou moins vite qu'avant (ça aussi c'est l'âge peut-être). Je continue de vivre mais j'ai une sensation d'apnée qui a du mal à passer... Bises Galinette !

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    1. Oui et je m'aperçois que finalement ça a duré un moment....

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  26. Un beau billet, Galea! On s'y retrouve ! J'ai souffert pour le genou de ta minette et ce diabète, alors?Tu m'as bien fait rire avec ton monitoring artisanal 😄
    C'est un peu délicat car je passe apres Asphodele qui écrit ce que je pense tout bas...Je n'y arrive pas...Je pleure encore.Meme si je ris un peu plus.
    Tout ce que tu dis est vrai sur notre génération (je suis née en 75).
    Gros bisous et prends bien soin de toi/vous!

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    1. Merci beaucoup Emilie (on a tous pleuré un bon moment quoiqu'on en dise)

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  27. Coco... je reviens aprés un long silence du à un deuil douloureux qui me situe prés de tous ces parents désespèrès...Six mois peut ètre que je n'ai pu vous lire mais je suis sure de trouver du réconfort dans vos écrits et dans les temps à venir ....Je m'en réjouis d'avance même si ce soir encore, trop fatiguée ,j'ose écrire un commentaire sur un écrit que je n'ai pas lu...Ce sera pour les jours à venir..Merci d'avance et à trés bientôt.Dame Galéa....

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    1. Oh Coco, j'ai du chagrin pour vous, je pense fort à votre peine, j'espère mal comprendre ce que vous dîtes à demi-mots ... je vous envoie plein de courage et d'affection Coco. A très bientôt ici ou ailleurs.

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  28. Très joli billet Galea, courage paris a déjà connu des moment de chaos,nos parents, nos grands parents, nous parfois selon notre âge et nos origines et même si rien n'est jamais certain, la vie à repris. ne renonçons à rien, ni pour nous, ni pour nos enfants :-) (et au fait si c'est bon on garde des potes même avec trois p'tits loups promis :-D)

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    1. Oui sans doute avons nous été trop gâtés depuis trop longtemps, nous sommes moins armés que d'autres (merci de me rassurer sur les potes qui resteront après l'arrivée de my third)

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  29. Je vais essayer de composer le billet Le premier du mois sans pleurer mais honnêtement c'est pas gagné (parce que rien que de l'écrire chez toi, j'en ai les larmes aux yeux. Mais je vais le faire, ce foutu biellet). Bises et merci pour cette décade + 1.

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    1. Ca m'avait fait du bien de me délester de ça finalement. des bises ma Phili

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  30. Je n'ai pas réussi à parler des attentats avec qui que ce soit, peut-être un peu avec mon chéri, et encore, on s'est contenté de suivre l'actualité, de sauter de chaîne en chaîne, lui d'être consterné, en silence, moi de pleurer, en silence. Et même encore aujourd'hui (et sans doute les autres jours) là quand je lis ton billet je pleure, quand j'ai entendu la chanson de Brel chantée par ces trois femmes, quand j'ai vu Hollande avaler ses larmes, j'ai pleuré, quand j'entends ces marseillaises entonnées dans chaque stade je pleure. Je pleure, je pleure, je pleure, ce que je pleure je ne le sais pas vraiment, enfin si je le sais, mais je n'arrive pas à l'exprimer. Et quand je vois les post racistes sur facebook je ne pleure pas, mais ce n'est pas l'envie qui manque, encore plus quand ça vient de ma propre famille, encore plus quand je pense à mes nièces franco-algériennes, musulmanes et à leur père, mon beau-frère. Voilà.
    C'est le plus long truc sur les attentats que j'ai verbalisé, ça fait du bien, et ça fait du mal, c'est inutile et ça ne m'aide à trouver d'autres mots, mais voilà, merci pour ce billet tellement normal, et tellement pas normal.

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    1. Oh mais qu'est ce qu'il est beau ton commentaire Tiph....je crois que ce billet et les réactions feront que même si j'arrête de bloguer je ne supprimerai pas ce blog, on s'est tous un peu révélé sur ce coup-là au final...

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  31. Merci pour ce très beau billet.
    C'est classe!

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    1. Merci à toi Louise Eléa c'est un beau compliment.

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Les commentaires sont modérés car je n'accepte que les remarques qui encensent mes billets ou qui crient au génie.
Merci de votre passage
(je plaisante!! La modération est activée pour échapper aux vérifications diverses et variées dont tout le monde sature ;-)