vendredi 8 novembre 2013

Le garçon incassable

Un livre sur la différence; c'est une promesse...

Florence Seyvos, Le Garçon incassable
Edition de l'Olivier, 2013 (173 p.)
Deuxième document de la sélection de décembre du prix, Le Garçon incassable s'est fait doubler par Passion arabe, c'est pour moi une surprise...une bonne surprise, mais une surprise quand même.

Je dois dire que j'ai tout de suite été séduite par le titre qu'a trouvé Florence Seyvos. Dans ce récit, elle raconte l'histoire de son presque-frère Henri, un enfant "différent". On ignore sa pathologie exacte, mais on le suppose déficient (moteur et mental), suffisamment pour ne pas avoir une vie comme tout le monde, mais pas assez pour ne pas s'en apercevoir.

Le Garçon incassable,c'est donc un plaidoyer . Et moi, j'aime ça.

Les passages qui racontent la relation entre Henri et son père sont parfois d'une tendresse formidable (p.26). Le livre est par ailleurs très juste dans ses réflexions. Jusqu'à quel point doit-on se battre pour qu'un enfant différent devienne normal? Les parents luttent-ils par amour de leur petit ou par orgueil!! "Dans le combat mené par son père pour lui et contre lui, presque toutes les victoires dissimulent une défaite" (p.36). C'est aussi un ouvrage qui dénonce la petite cruauté et les grandes injustices  du monde envers les gens simples. D'ailleurs Florence Seyvos ne s'épargne pas non plus dans sa relation à Henri (les petits accommodements, exaspération  de celle qui est responsable).

Le  seul problème de ce document, c'est que Florence Seyvos met en parallèle Henri et   Buster Keaton. Et là, Galéa perd le fil de la narration. Le récit est émaillé d'extraits de films qui dénoncent ceux qui profitent de celui qui ne sait pas se défendre.

Mais lequel des deux est le garçon incassable?

Parce que vraiment, il n'y a aucun rapport entre Henri et  Buster Keaton. Comment comparer un enfant de la balle, qui va de théâtres en théâtres faire ses cascades, et un gamin relié à des machines, des béquilles et des atèles.... Leur solitude même n'a rien de comparable: Buster Keaton est un gosse de foire, qui, une fois adulte, devient la vache à lait de la famille de sa femme. Henri fut, au contraire, toute sa vie, à la charge de sa propre famille. C'est-à-dire que c'est très audacieux de comparer un comédien et réalisateur américain des années 1930 avec un garçon français des années 70'. 

Tellement audacieux que j'ai eu un peu de mal à trouver cela pertinent......même si Buster Keaton passait pour un imbécile, il a fait des films, mis en place des cascades, fait rire des gens, c'est un artiste qui a eu la reconnaissance de ses pairs.  Henri rêve de faire des trous dans une rondelle avec une machine... et le parallèle met presque mal à l'aise en réalité, avec un dernier  chapitre incompréhensible pour moi (et Julie) ou Florence Seyvos raconte son accouchement sur fond de Wagner. 

Rien ne tient dans cette comparaison et c'est dommage.

C'est dommage parce que  les deux histoires racontées sont passionnantes. ...Et quelque part, on sent que Florence Seyvos a perçu dans le handicap, la différence ou la naïveté, quelque chose qui ressemble à une chance, une faculté de résister au monde....

C'est dommage parce que c'est un livre qui se lit vite et bien, c'est un récit touchant sans être voyeur.

Malgré tout, j'ai de l'affection pour ce témoignage imparfait, mal ficelé, mais très bien écrit (j'ai été particulièrement touchée par son passage sur la plage du Havre p.79).....

Je l'intègre donc au projet non-fiction de Maryline chez Lire et Merveilles.



Et puisqu'on parle de handicap et de maladie, je me permets d'être un peu lourde (parce que tout le monde n'est pas sur Facebook, et que c'est un sujet qui me tient à coeur). Enna courra dans 15 jours un marathon solidaire pour l'AFHA. N'oublions pas que les maladies rares sont les oubliées de la Recherche, parce que l'argent public doit profiter au plus grand nombre (et par principe les maladies rares touchent peu de gens...)

Sans s'infliger 42,195 Km en courant (j'ai repris le tabac depuis qu'on m'a enlevé les points...je sais, c'est mal), il y a moyen de participer un petit peu au combat des familles touchées par l'hémiplégie alternante...

Comme dirait ma Tante C. "A votre bon coeur Messieurs Dames..."

Edit de 9h31: Enna et moi nous renvoyons mutuellement à nos blogs respectifs aujourd'hui, ce n'est même pas fait exprès.

32 commentaires:

  1. j'aime beaucoup ton post... j'ai été très touchée par le récit concernant Henri, son père qui le pousse et semble vraiment penser qu'un jour il mènera une vie "normale", par toutes les petites anecdotes tragi-comiques (l'histoire de l'accident de vélo!) ...Les passages concernant Buster Keaton m'ont également intéressée, mais comme toi je n'ai pas vraiment compris le lien entre les deux, tout comme j'ai trouvé que la fin tombait comme un cheveu sur la soupe (le début également, mais dans un moindre effet)
    Dommage pour la fin car j'ai vraiment apprécié ce livre.

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    1. Entièrement d'accord avec toi Eva, j'ai trouvé le personnage du père tellement poignant (quand il s'acharne à vouloir en faire un prof de tennis...) que vraiment je garde un petite place dans mon coeur pour ce garçon incassable. Ce roman répond vraiment à l'adage "qui trop embrasse...."

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  2. un livre qui ne m'attire pas mais un billet tout à fait intéressant et bien fait pour nous secouer un peu les puces

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    1. Merci Dominique, je garde quand même à l'esprit que le fil rouge de mon blog reste la loose et râle....

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  3. j'avais envie de le lire , ton post confirme que , malgré quelques faiblesses, ça vaut le coup
    Mior

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    1. Oui, je le crois vraiment Mior, il vaut le coup: l'écriture est belle et le message assez fort (dommage qu'il soit mal identifié)

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  4. Mal ficelé c'est dommage (je parle du livre parce que ton billet est lui parfaitement bien ficelé je trouve^^).

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  5. C'est un livre qui ne me tente pas, justement à cause de Buster Keaton, qui m'intéresse très moyennement. Peut-être y avait-il matière à deux livres séparés ?

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    1. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle a mené les deux de front, je pense que cela répond à un cheminement très personnel, tellement personnel qu'il est difficile pour le lecteur d'y voir la pertinence. C'est un beau doc quand même Aifelle...

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  6. Bouquin démarré, déconcertant (oui, deux romans peut être au lieu d'un?) et puis j'ai lu la fin, qui me laisse perplexe. Voilà.
    Bravo à Enna!!!!

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    1. Donc on est d'accord Keisha, elle aurait pu faire deux documents...

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  7. Buster Keaton ? Je dois avouer que je n'ai jamais vu un de ses film jusqu'au bout.
    Pour le marathon, tu seras dans les tribunes, alors ?

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    1. J'adore la Rochelle, si j'avais pu, je serais allée encourager Enna, mais là vraiment, ça me fait loin ;-)

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  8. très bon billet sur un livre qui me tente quand même, même si je sens que j'aurai les même réticences sur le mélange des genres.
    Je suis toute émue par ton message plus personnel! Merci de ton soutien!!!
    Et on ne savait vraiment pas ce que l'autre allait dire aujourd'hui alors on ne peut même pas parler de renvoi d’ascenseur! :-)

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    1. Mais du coup, quand j'ai lu ton billet hier matin, j'ai annulé la programmation du mien pour faire un édit (alors qu'au fond, tout le monde s'en fiche à mon avis, qu'on se renvoie l'une vers l'autre).
      Mais il faut reconnaître que le garçon incassable et la petite MAelys dans la même période je ne pouvais pas ne pas faire le lien ;-)

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  9. Buster Keaton ne me tente pas, ce petit garçon, si.
    Sans vouloir faire de son enfant "à part" un enfant "normal", on aimerait tant qu'il soit, parfois, "comme les autres"...

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    1. C'est bien pour ça que ça m'a interpellée.(tu te doutes bien)..quelque part, il y a cette volonté des parents (de nous hein!!) de vouloir le faire rentrer dans la norme ...bref on se comprend Lystig

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  10. Beaucoup semblent étonnés que ce livre ait été classé comme un document. ESt-ce autobiographique?

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    1. Complètement Valérie...c'est aussi pour ça que c'est mal ficelé, c'est tellement non-fiction, qu'elle mêle deux choses très personnelles qui n'ont rien à voir entre elles. Pour moi, cela reste un très beau témoignage...

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  11. J'ai bien aimé ce roman nostalgique inclassable. Bizarre qu'il soit justement dans la catégorie documentaires...

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    1. Je n'ai découvert ton billet qu'hier de mon téléphone Théoma, et je suis très surprise que tu y vois un roman. Je pense, comme je le disais à mes co-jurées, que nous l'avons lu vraiment comme une non-fiction puisqu'il était classé en document, ça a du influencer notre jugement. Mais pour moi, je ne savais vraiment pas qui était le garçon incassable et ce qu'elle a voulu dire avec la scène de l'accouchement. Ceci dit je te rejoins, c'est un livre très attachant malgré mes réserves...

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  12. Dans ces deux vies où la pudeur cache des blessures, j'au trouvé que l'auteure faisait preuve d'une constance à ne pas ne dire de trop, à laisser une place au lecteur. Et oui, certains handicaps nous font puiser au fond de nous-mêmes des forces pour affronter la différence, le regard d'autrui..

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    1. J'ai aussi découvert ton billet hier...j'ai été vraiment touchée par son témoignage, mais je persiste, la corrélation d'Henri et BK m'a vraiment dérangée. Ca reste un beau plaidoyer pour la différence.

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  13. Dommage que l'auteure ne se soit pas contentée de parler des relations qu'a Henri avec chaque membre de sa famille et la difficulté du quotidien (ainsi que les réjouissances). C'est chouette ce que fait Enna, je m'en vais de ce pas lui dire ! bisous à toi aussi (j'ai bien aimé la photo de l'enveloppe)

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    1. Heureusement, les parties sur Henri sont si touchantes pour moi qu'elles ont rattrapé la faiblesse du lien. Oui Enna est très courageuse, moi nettement moins puisque je me contente de poster une enveloppe!

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  14. je m'imprime le pdf du coupon demain au bureau...pour la petite Maelys et les autres. bisous!

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  15. Bon ba je ne suis aps du tout tentée!!

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    1. C'est dommage, parce que c'est toujours beau les livres sur l'enfance et la vie d'adulte des êtres un peu différents!

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  16. Étrange témoignage oui, d'après ce que je lis sur le récit avec ce parallèle Buster Keaton, mais j'imagine bien comme il est prenant malgré cette narration alambiquée. Les questions que tu pointes sont dérangeantes et essentielles, me semble-t-il.

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    1. Je le crois, mais ça reste un sujet très sensible et à mon avis difficile à traiter!!

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