jeudi 14 mars 2013

Le romancier de la blogo

J'étais, il y a peu de temps, sur un cours ensoleillé du Sud de la France (forcément) ,en train de boire une petite bière avec Sophie LA styliste. (oui je sais j'ai la vie dure que voulez-vous). Au pied de cet immeuble.


A la base, je dois avouer que je suis assez réticente au passage du virtuel au réel, depuis qu'une amie réelle m'a dit que je gagnais à être connue. Ce qui est une manière délicate de me faire comprendre que je n'ai pas un premier abord très avenant (je le savais déjà). Passons. Finalement, tout s'est bien passé, parce que Sophie est aussi sympa que son blog.

Sophie et moi discutions des blogs, des blogueuses etc...et c'est là que je lui ai dit (et je vous en fais profiter maintenant) que je suis certaine que, parmi les 47 blogs  que je visite (dont je ne commente qu'une vingtaine), je pense qu'il se cache un romancier, un écrivain qui se cherche, qui grandit et qui un jour va surgir.


J'ai évidemment déjà mes petits poulains virtuels, ceux dont j'admire le style et le propos. Celles qui cachent sous des dehors débonnaires une sensibilité. On peut dire deux gros mots par phrase et tirer les larmes  du lecteurs quand on parle de sa fille. Je n'en dis pas plus elle se reconnaîtra  Je sais aussi que certains s'y essaient plus ou moins discrètement. J'ai lu attentivement les propositions de plumes qui surgissent sur les blogs littéraires. Notons que les grands écrivains sont des grands lecteurs, la réciproque n'est pas vraie, mais n'empêche. Parmi tous ceux qui dévorent les livres des autres, il y en a peut être un qui construit le sien. Et celui-là, je le guette.

Mais je ne mets pas tous mes espoirs que sur les chroniqueurs de livres. Je pense qu'il se cache parmi ceux et celles qui racontent leur quotidien, qui parlent de couture, de leur famille, du temps qu'il fait et qui passe, de politique même, je pense qu'il se cache peut-être un Modiano en devenir, un Auster qui s'ignore (dédicace à la comète), une Cusset qui s'invente, et peut-être aussi un Aragon du XXIè siècle.

En général, le blogueur aime écrire (sinon il faut qu'il se trouve un autre passe-temps), et je me demande si la blogosphère n'est pas le nouveau terrain d'apprentissage des romanciers (ceux qui n'ont pas de réseau).  Je me demande même si les blogueurs ne seraient pas le vivier des éditeurs de demain. Plusieurs fois par semaine, les blogueurs s'escriment à lancer un propos, mettent leur plume à l'épreuve, s'entraînent à mettre en forme et se relire; avec le terrible verdict quantitatif et qualitatif des commentaires. Le blogueur finalement se met en danger...à chaque fois qu'il publie.

Pour être complètement honnête, j'aurais aimé être cet écrivain qui fait ses armes sur la blogo (mais combien sommes nous dans ce cas?). Malheureusement, écrire un billet de 50 lignes n'a rien à voir avec construire un roman, donner une consistance aux personnages, tenir la longueur, organiser une trame, avoir un propos, donner un ton à une histoire. Je n'ai malheureusement pas ce talent...malgré mes efforts. Bien sûr je pourrais raconter ma vie palpitante, mes aventures quotidiennes, mes atermoiements maternels, mes désillusions universitaire; mais j'ai peur d'être ennuyeuse; et je pense que je le serais. Je lis trop de livres pour savoir que je ne suis pas cette personne (et en plus j'ai déjà essayé, j'avais honte en relisant, un souvenir douloureux). J'ai été formée pour écrire avec la méthode universitaire et je n'arrive pas à m'en départir.

Mais je pense qu'il y a parmi la petite cinquantaine de blogs amis, quelqu'un (et même, soyons fous ,quelques uns) qui a suffisamment d'imagination, de poésie, de style, de talent littéraire, de psychologie, qui a quelque chose à livrer de lui (ou d'elle), quelque chose d'assez profond pour nous emmener avec lui. A ce blogueur là, je lui dis, (vu qu'on se tutoie entre blogueurs):
 "Ne m'oublies pas quand tu auras écrit ton premier roman, j'irai l'acheter en librairie, je le chroniquerai avec sincérité...mais n'oublies pas de me prévenir (à moins que tu publies sous ton pseudo de blog) de ton nom de romancier; parce que moi je serai alors heureuse, mais vraiment heureuse, d'avoir eu le privilège de lire les brouillons, les esquisses, les essais éphémères d'un objet qui ne le sera pas".

J'invite bien entendu tous ceux qui sentent frémir chez eux la fibre de l'écrivain à se mettre au travail. Ils savent déjà qu'ils trouveront sur la blogosphère un accueil, un espace critique, une chambre d'écho à leur travail. J'attends avec patience et bienveillance (mes deux qualités principales) de me dire que j'ai connu le blogueur avant le romancier.

A bon entendeur...

Finalement, c'est drôlement bien la modernité...

42 commentaires:

  1. Tu as bien de la chance d'avoir pu rencontrer Sophie... Je l'ai ratée de peu l'été dernier, j'arrivais à Paris quand elle en partait...

    Pour en venir au fond de ton billet, il y a déjà de nombreuses blogueuses qui ont publié des livres sur la base des articles qu'elles avaient écrits.

    Affaire à suivre donc...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ha bon?!!! Je ne les connais pas (à part une dont m'a parlé SOphie hier), mais j'attends plutôt le roman...

      Supprimer
  2. Je pense que les chroniques, humeurs, avis, coups de gueule et autres bavardages quotidiens qui sont distillés sur la blogo seraient une manne d'inspiration pour qui se sentirait suffisamment motivé et charpenté pour se lancer dans l'aventure de la rédaction d'un livre. Il faut renouveler le genre, le filon DSK est aussi usé que le paillasson d'Albane!
    Bien sûr que la personne qui se lancera aura droit à notre considération et à notre soutien.Affaire à suivre...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'adore ton commentaire...nous serons donc plusieurs à attendre qu'il sorte de l'ombre...

      Supprimer
  3. Moi j'attendais un roman ou un récit de ta part!!!
    Ravie d'avoir retrouvé ton blog.
    A bientôt et bon jeudi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ravie de voir que tu as retrouvé du réseau! En ce qui me concerne, j'ai déjà renoncé. Peut-être que je suis trop exigeante avec les livres des autres pour avoir la prétention d'en créer un (il faut connaître ses limites dans la vie)

      Supprimer
  4. Quel beau billet ! Moi depuis que je te lis, j'ai envie de te connaître, vraiment !
    Et je pense que derrière Miss GaléasouslesGalets, se cache un écrivain.
    ps : je rêve d'écrire comme Paul Auster moj :)))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous avons tous nos chouchous...J'aurais adoré être Modiano ou Aragon, mais ils sont tellement immenses que les lire me suffit. Toi, il faut que tu me dises par quel Auster commencer.

      Supprimer
  5. Je vais te décevoir... mais je n'ai pas de roman en préparation. Et pourtant ce charmant billet me donnerait presque l'envie de m'y mettre !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est très dommage Albane, je sentais un potentiel chez toi (encore plus après ton beau billet d'hier), et surtout avec les gens que tu fréquentes, tu as de la matière ;-)

      Supprimer
  6. J'adore ton article ;) Moi aussi j'aimerais savoir qui se prépare à être écrivain :) Il y en a déjà un bon nombre qui écrivent et qui ont un blog (on les voit dans les ateliers d'écriture ;) ). J'en vois en tout cas qui pourraient être surement de bons écrivains. Je suis impressionnée par certaines qualités littéraires rien que dans des chroniques de livres. Je trouve que tu écris d'ailleurs très bien tes billets :)
    Bonne soirée bises :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te renvoie le compliment Laure, je lis attentivement tout ce que tu écris hors chronique (mais les chroniques aussi bien sûr)...Qu'est ce que tu appelles les ateliers d'écriture (virtuels ou réels?). De toute manière je me tiens prête à le voir surgir avec un beau roman!

      Supprimer
    2. Ateliers d'écriture virtuels auxquels je participe ;) Par contre moi j'y suis vraiment que pour le plaisir et m'amuser. Rien d'autre ne m'a jamais traversé l'esprit et je m'en sans de toute façon hors de portée, très loin même. :) bonne soirée bises

      Supprimer
    3. C'est ce que je pensais. Je les suis attentivement chez toi et Asphodèle, même si je ne commente pas toujours.
      Des bises

      Supprimer
  7. Bon, en tous cas ce ne sera pas moi...J'ai le cerveau qui mouline trop... Mais toi ? Y a du potentiel, c'est certain (allez, tu peux nous le dire, tu le sors quand ton roman ?)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ne te dévalue pas petit bonheur...si on blogue c'est qu'on aime écrire, et peut être même qu'on en a besoin...alors
      (Comme j'aurais aimé répondre par la positive à ta dernière question...)

      Supprimer
  8. L'écriture est un art, c'est une certitude.
    Plus encore, elle est un don.
    Quelques fois pourtant, quand l'écriture est trop sculptée,
    je me perds dans ses méandres et m'interroge sur sa vraie raison.

    J'aime beaucoup, je me répète, vos billets.
    Ne sommes-nous pas tous le fruit d'un vécu, d'une histoire....... ?
    L'écriture est un peu comme une carte d'identité;
    Une photographie, avec tout ce qu'elle dévoile et cache........
    Un blog c'est un peu livre ouvert sur l'instant......
    Un écrivain au final, c'est un peu celui dont on veut bien........

    Bonne soirée

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hannnnn! Ma chère Anonyme, bravo, je crois que vous avez tout dit et avec un très joli style (aucune flagornerie là dedans), clair, simple, percutant et subtil. Je souscris à tout: la définition du blog, le besoin d'être aimé quand on écrit, la sobriété dans l'écriture.

      Et si le romancier de la blogo n'était pas un blogueur mais un commentateur? (promettez moi de m'informer le jour où...)

      Merci de votre compliment, de votre fidélité et de vos commentaires toujours si justes.

      Supprimer
  9. Est-ce que tu crois que ce billet magnifiquement rédigé raisonne en moi ?!...bonne journée ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu te doutes que je pensais un peu à toi en l'écrivant bien sûr ;-)
      Les blogueurs se ressemblent parfois plus qu'ils ne le croient.
      Belle journée à toi

      Supprimer
  10. Depuis des mois je m'attache à écrire clairement et gaiement en chroniquant très rarement ce que je n'aime pas, ça évite d'être grognon, mais de là à écrire un roman il y a plus qu'un fossé, un véritable gouffre
    Dans ma série sur le moyen âge je ferai un billet sur un premier roman époustouflant de maîtrise, à le lire je remballe aussitôt mon écran et mon clavier

    je suis d'accord avec toi les écrivains sont avant tout de grands lecteurs et je trouve vraiment dommage que l'inverse ne soit pas vrai :-)

    je reçois de plus en plus de pub sur ma messagerie pour des livres en autoédition, hélas hélas si on peut regretter que les éditeurs soient un peu frileux pour les premiers romans, on peut aussi regretter que ces livres autoédités ne soient pas passer par le crible d'une censure qualité !!!

    Je suis déjà submergée par les livres que j'ai envie de lire, si en plus il faut que j'en écrive .....................:-) :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te rejoins complètement: s'appliquer à écrire un billet n'a rien à voir avec s'atteler à un roman. J'adore ta conclusion. Des bises DOminique. Je vais suivre ta série sur le Moyen-Age dans le train.

      Supprimer
  11. J'aime beaucoup ce billet... les amoureux des mots les savourent où qu'ils les trouvent, et comme tu le dis très justement, il est des Plumes qui réussissent à magnifier ces choses du quotidien pourtant à première vue anodines...
    Mais quoi que tu penses de tes écrits, je prends moi toujours beaucoup de plaisir à te lire... :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est évidemment réciproque! Je suis au max de mes possibilités avec les billets.

      Magnifier le quotidien, c'est évidemment ça le vrai talent.
      Des bises

      Supprimer
  12. s'il existe il ne le dira jamais. ....au moins pour etre sur que ce qu'il lira sera VRAIMENT SINCERE....parcequ'un vrai ecrivain se cache toujours

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je crois que malheureusement (ou pas) vous avez raison.
      Vous n'êtes pas mon anonyme habituelle ;-) mais bienvenue à vous!

      Supprimer
  13. Pour ma part, je suis très heureuse de n'être qu'une lectrice. Lire suffit à mon bonheur. J'aime avant tout éprouver de l'admiration. C'est un besoin vital chez moi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi aussi, je crois que les mots des autres me suffisent et j'ai comme toi une fascination pour les écrivains, ces génies des mots qui nous font rêver;-)

      Supprimer
  14. Et si c'était toi le fameux écrivains qui s'ignore sur la blogo ?? Quoi qu'il en soit c'est raiment un plaisir de lire tes petites réflexions en passant ...toujours pertinentes et petillantes !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu es adorable (même si ta page Facebook ne fonctionne pas), je pense que je vais m'arrêter aux réflexions justement et laisser aux autres copinautes le soin de laisser surgir leur roman. Des bises Malika

      Supprimer
  15. Et si l'écriture d'un roman ne tenait pas de l'envie mais d'un besoin. Soudainement se sentir investi d'une mission d'écriture. Je suis presque persuadée que cela ne se maîtrise pas tant que ça.
    Cette interrogation illustre peut-être une envie refoulée que tu tiens à garder à l'écart : l'universitaire face à la romancière :) Je suis sure que tu es bien trop exigeante avec toi même.
    Dans mes rêves les plus fous je suis romancière : J'en rigole. Moi je sais pourquoi. C'est une question Oedipienne chez moi. Je préfère continuer à rêver… Gribouilleuse de blog-couture : Pas trop haut surtout. Pas trop :)
    Ravie de te connaitre. Avec ou sans manuscrit !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense qu'on se comprend Sophie...l'envie, le besoin, le dilemme et le refoulement...je crois que le blog suffit à mes besoins d'écriture. Et entre nous, tu es un peu plus "qu'une gribouilleuse de blog-couture"...

      Supprimer
  16. C'est drôle.Aujourd'hui, et depuis quelques temps,je n'arrive pas à écrire. C'est douloureux comme si un petit marteau me tapait un clou sur la tête. Je suis comme Jules Le Zerte... Et tes mots, là... ils touchent un désir, un besoin, un manque. Quelque chose que je n'arrive pas à formaliser encore, et que, je crois, le blog ne réussit plus à maitriser. C'est malin, me voilà toute sloumpy sloumpy...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peut-être Fanny qu'il est temps pour toi de passer de la brièveté du billet à quelque chose de plus construit et de plus profond. Peut-être que le format du blog ne te suffit plus...à suivre donc!

      Supprimer
  17. J'arrive sur votre blog par celui de la Styliste, dont je ne manque aucun post!! En plus d'aimer la couture, j'aime sa prose ... Je pourrai passer des heures à lire, mais je ne serai jamais écrivain ... un de mes grands regrets ... je ne sais pas écrire ... Autre regret, j'aurai aimé savoir dessiner ... dessiner des caricatures!! C'est un autre art de la plume, raconter en croquant avec ironie, humour, avec le sourire, ... Votre blog est le premier "hors couture" que je consulte, peut être le début d'une nouvelle histoire??? Nathalie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nathalie vous me flattez...en m'associant à Sophie et en me donnant une chance "hors-couture". Bienvenue ici alors, et vous avez raison, les mots et les images correspondent à un besoin d'expression (sur lesquels nous avons tous nos regrets).
      Merci de votre visite et à très bientôt.

      Supprimer
  18. encore un superbe billet!
    perso, je pense que les vrais écrivains sont des âmes meurtries ( pas forcément maudites). Et il faut une dose de courage (en plus du talent évidemment) hors norme pour oser dire crûment les/leurs vérités - ce qui n'empêche pas l'élégance voire le génie du style. Je crois être trop indulgente et politiquement correcte pour écrire un texte qui vaille la peine d'être lu. Mon mari est en cours d 'écriture lui...
    Je voudrais juste partager cette tirade sublime de Cyrano (Rostand) avec toi - encadré chez nous. IL n'a rien à voir avec le bloggo roman, mais illustre un peu mon propos:
    "Et que faudrait-il faire ?
    Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
    Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
    Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
    Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
    Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
    Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
    Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
    Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
    Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
    Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
    Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
    Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
    Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
    Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
    Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
    Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
    Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
    Devenir un petit grand homme dans un rond,
    Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
    Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
    Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
    Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
    S'aller faire nommer pape par les conciles
    Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
    Non, merci ! Travailler à se construire un nom
    Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
    Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
    Etre terrorisé par de vagues gazettes,
    Et se dire sans cesse : "Oh, pourvu que je sois
    Dans les petits papiers du Mercure François ?"...
    Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
    Préférer faire une visite qu'un poème,
    Rédiger des placets, se faire présenter ?
    Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
    Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
    Avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
    Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
    Pour un oui, pour un non, se battre, -ou faire un vers !
    Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
    A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
    N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
    Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
    Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
    Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
    Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
    Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
    Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
    Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
    Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
    Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est superbe Sophie, merci de partager ce monument de littérature ici. C'est une ode à l'humilité, à la volonté d'être soi et de ne pas tricher cette tirade. Je suis d'accord, je pense que les écrivains doivent avoir une petit fêlure pour nous émouvoir. Je souhaite sincèrement bonne chance à ton mari (j'espère que tu nous en diras plus ...plus tard peut être).
      Des bises

      Supprimer
  19. malheureusement je ne suis pas de celles qui ont ce talent là; mais toi si, je crois ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourtant tes textes sont toujours très émouvants ....

      Supprimer
  20. Quel billet encore une fois et quel talent ! Tu pourrais écrire, je pense que nous sommes nombreux à "pouvoir" le faire ! Le désir est là, nous écrivons chaque jour (ou presque) pour notre blog... Mais voilà, de là à passer à un roman construit et à y apposer le mot fin, il y a un monde qu'il faut être capable de surmonter... Et puis, le doute, le doute insidieux qui jamais ne nous quitte, qui toujours nous dit "non c'est mauvais, il y a tellement mieux", et voilà, le temps passe, on se fait à l'idée qu'on ne sera jamais un grand écrivain !!! :)

    RépondreSupprimer
  21. Superbe texte dont j'ai avidement parcouru les lignes tant il m'a paru juste et sensible.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés car je n'accepte que les remarques qui encensent mes billets ou qui crient au génie.
Merci de votre passage
(je plaisante!! La modération est activée pour échapper aux vérifications diverses et variées dont tout le monde sature ;-)