lundi 18 février 2013

Ville Close

Ville close par Maubert
Franck Maubert, Ville close
Editions Ecriture, 2013, 184 p.

Avant de m'envoler vers des vacances méritées (en prenant le risque que le grippe nous tombe dessus pendant les 10 h de train ou à 1 500 m d'altitude...c'était bien la peine de se vanter d'être passé à travers si elle nous gâche les vacances...passons...), donc, avant de partir, je rends ma copie à Babélio dans le cadre de Masse Critique.


J'avais choisi Ville Close de Franck Maubert, parce que le titre a du Modiano et Modiano le recommande. Tout pour me séduire donc. Ville Close raconte l'histoire d'un homme, anciennement chroniqueur gastronomique, qui revient dans la maison de sa tante décédée, à Richelieu. Il y reste un mois environ, le roman raconte ses quelques semaines en ville close.

Indubitablement, Maubert sait rapporter une ambiance, toute fantomatique soit-elle. Richelieu est la ville créée par le cardinal éponyme. Une ville ex-nihilo, moi ça me parle, parce que c'est un sujet que je connais bien, ces villes nées au XVIIe siècle cherchaient encore leur âme cinquante ans après, et Richelieu la cherche toujours trois-cents ans après.

Ce qui me gêne, c'est de présenter Richelieu  comme le "bout du monde" ; là je m'insurge. Le bout du monde, c'est l’extrémité de la terre, et sans faire de chauvinisme, c'est le Finistère à l'horizon ouvert (Penn-ar-Bed : bout du monde en breton). Richelieu coincé entre la Touraine et le Poitou, c'est le creux du monde, tout se passe à côté, mais rien entre ses murailles où plane encore l'ombre méprisante du Cardinal. Maubert fait de Richelieu une ville déjà perdue, vidée de ses habitants et qui ne peut produire que du mauvais tant elle est sans perspective et sans espoir. Evidemment, c'est une problématique qui me plaît : "Richelieu n'a d'autre raison d'exister que celle de n'avoir pas été détruite" (p.170).

J'ai aimé sa galerie de personnages désespérés, dont aucun ne sort indemne de cette histoire : un libraire glauque et libidineux, tout juste sorti de prison, un médecin-maire volage, un homme-à-tout-faire inquiétant, un bistrotier à tête de musaraigne,  un vieil acteur de théâtre et surtout un antiquaire, reclus en solitude, la soixantaine digérée, dont le compagnon a été assassiné et qui se meurt de paranoïa. Qui connait l'oeuvre de Modiano ne peut ignorer le clin d'oeil.

J'ai évidemment apprécié la place que tient la cuisine dans ce livre: la purée Soubise qui cuit pendant 36 heures, les perdrix qui attendent de l'accompagner, l'assiette des restaurants qu'un critique jauge d'un coup d'oeil. Tout cela, c'est ma partie, j'aime qu'un romancier s'étale un peu dans ses préparations culinaires, j'aime que les oignons frémissent.

En revanche, je trouve que le roman manque de coeur, le narrateur semble n'avoir aucun passé, il raconte mais ne se met pas en scène. Pourquoi n'est-il plus critique gastronomique? Que vient-il faire à Richelieu? Qu'a-t-il fait jusqu'à ses 50 ans? Bref, je trouve qu'il y manque un certain supplément d'âme. Je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages- même Jeanne- que je n'ai pas trouvés suffisamment denses. Peut-être est-ce un choix littéraire concordant avec le parti-pris de faire un roman glacial. Dans ce cas, c'est réussi: les personnages ressemblent à la citée, qui d'ailleurs est bien plus qu'un décor dans ce roman.


La fin, qui glace les sangs, donne une étonnante cohérence au propos de l'ensemble du livre, elle met en perspective tous les chapitres précédents. Inspirée de faits réels paraît-il, cette histoire fait une publicité très défavorable à Richelieu, où je ne pense pas que Maubert y serait bien accueilli. 
Livres contre critiques
Moi j'y ai retrouvé l'ambiance des villes qui s'éteignent depuis trois siècles, entourées de vieilles pierres qui pèsent plus qu'elles ne rassurent. 


Merci à Babélio et aux éditions Ecriture de m'avoir permis de lire Ville Close.

Maintenant, je peux partir vers la pluie et la neige.

11 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ta conclusion, qui me donne envie de découvrir ce livre.
    Et comme le dirait notre ancien président : "C'est beau, mais c'est loin".....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui c'est exactement ça. Je pense que ça plaira beaucoup à une certaine catégorie de lecteurs.

      Supprimer
  2. Je te souhaite de bonnes vacances et note ce livre dont tu parles très bien !
    Bises et à bientôt :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup, cette année nous sommes la première zone... C'est étrange de partir les premiers. Bonnes vacances à toi, elles ne sauraient tarder... Bises

      Supprimer
  3. Eh bien bonnes vacances !! :)
    Belle chronique :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, 15 jours H24 avec les enfants c'est un concept en soi ... Mais on en a tous besoin . A tout bientôt, je passerai sur les blogs grâce à mon téléphone ;-) belle semaine

      Supprimer
  4. Très bonne route !!! Et bonnes vacances !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour la route. Tout ce que j'aime: des trains bondés puis des virages en montagne...que du bon (réponse totalement ironique, j'ai le mal des transport) bises

      Supprimer
  5. Bonne neige..............

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tant est qu'il y en ait chère anonyme ....

      Supprimer
  6. Bonnes vacances, je suis impatiente de voir tes photos de montagne...

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés car je n'accepte que les remarques qui encensent mes billets ou qui crient au génie.
Merci de votre passage
(je plaisante!! La modération est activée pour échapper aux vérifications diverses et variées dont tout le monde sature ;-)